Me and Mister Snape – (Me and Mrs Jones – Barry White)


Pourtant Harry m'avait prévenue.

"Hermione, il n'en n'est pas question. Tu cherches la mort… ».

Il n'avait pas tort… je n'aurais pas dû y aller. Mais il n'avait pas raison non plus. Ce n'est pas la mort que j'ai trouvée, c'est autre chose. Appelons cela un kidnapping, un emprisonnement, des tortures. N'ai-je rien oublié…

Ah si ! Bien sûr. Je suis enfermée dans une cellule en compagnie de mon ancien professeur de Potions.

J'aime le hasard qui fait bien les choses.

Moi qui ne suis pas une spécialiste de l'humour, je trouve la situation limite… limite ironique… limite désespérée… limite…. Ironique parce que je peux croire maintenant qu'il était vraiment du bon côté. Désespérée, parce que je ne peux même pas le sauver.

Il a été découvert. Et ils lui ont fait payer.

Et avec les intérêts. Je crois que je n'ai jamais vu un humain dans un tel état. Il me rappelle une musaraigne que Pattenrond m'avait ramenée un jour… encore couinante, parfaitement désespérée, et ne ressemblant plus à rien.

Il ne ressemble plus à rien. Je crois qu'il tient encore grâce à ses robes empesées qui lui servent d'échafaudage. Mais à l'intérieur, il est tout cassé.

Homme cassé, corps brisé, âme meurtrie.

Mais homme quand même.

« Granger, vous aussi… ». J'hésite à ramasser le chicot qu'il vient de cracher en disant cela.

Vous ne devriez pas parler, Professeur Snape, vous allez perdre le peu de dents qu'il vous reste.

« Moi aussi, Professeur… comment vous sentez vous ? ». C'est le genre de question que l'on ne devrait jamais poser à un gars aussi amoché. Que peut-il répondre : ça va très bien merci, comme vous pouvez le constater… appuyant cette affirmation d'un sourire édenté.

« Vous avez d'autres questions aussi débiles, Granger ? ».

Je constate qu'il n'a pas perdu de son mordant. Il ne va pas si mal que ça. Je me rapproche de lui pour le toucher. Il me semble si loin, effondré dans son coin de cellule, et moi il faut que je bouge mon corps endolori. En fait, je n'arrive à faire qu'une seule chose, c'est m'effondrer sur lui de tout mon poids.

Bon sang, je l'ai achevé !

Son cri m'a transpercé les oreilles. Je lui ai fait mal.

« Granger, je vais vous tuer ! ». Non, ça va, il est encore en vie… « … et cessez de me tripoter ! ». J'enlève ma main de son visage. Je voulais simplement m'assurer que sous cette couche de sang à peine séché, il y avait encore ce nez que j'aimais tant.

« Professeur, je suis désolée ». C'est vrai que je le suis.

S'il savait comme je le suis.

« … et cessez de m'appeler Professeur. Je ne suis plus votre Professeur. Je ne suis plus rien ». Voilà qu'il me fait le coup du gars déprimé. Il a raison, moi aussi je suis déprimée. Nous sommes très déprimés tous les deux. Je passe une main dans mes cheveux puant la sueur et le sang, je ne suis pas en meilleur état que lui.

« Je vous appellerais Mister Snape, si cela vous convient mieux ».

Il acquiesce. Nous sommes en train de nous faire des mondanités dans une cellule au Manoir de Voldemort. Les murs suintant de salpêtre et d'humidité nous servent de décor. Les gémissements des autres prisonniers dans les cellules adjacentes nous servent de musique de fond. L'obscurité de ce lieu loin du monde nous sert d'intimité.

C'est beau.

Je me permets d'essuyer le sang de son visage avec mon mouchoir… « … il est propre au moins ?, Granger !…. »…. Et ne peux m'empêcher de lui faire un bisou sur le nez. La seule chose qui ne soit pas cassée. Devant son hoquet d'horreur, je me sens obligée d'expliquer… « … ma mère faisait toujours cela pour chasser la douleur. Ca marchait la plupart du temps… ».

Le regard noir qu'il m'adresse me fait comprendre que les bisous de ma mère lui sont parfaitement indifférents.

Je m'éloigne de lui. Je sens qu'il en a besoin, il n'aime pas ma proximité et mes attentions lui sont odieuses.

Odieuses intentions.

C'est curieux, je suis contente d'être là, qu'il soit là. Quelque part, j'ai envie de me rapprocher de lui, de profiter de sa faiblesse pour qu'il me laisse entrevoir ce que j'ai toujours soupçonné.

Un tant soit peu d'humanité.

« Granger, vous ne m'aidez en rien. Servez vous de ce qui vous sert de cerveau pour nous sortir de là… Non, je n'ai rien dit. Taisez-vous, c'est moi qui vais réfléchir ».

Vexant le gars !

Je me tais et je l'observe. J'aime son regard intelligent qui dérape de temps en temps vers la compréhension de notre situation. J'aime ses cheveux noirs collés sur ses joues en sueur. J'aime sa chemise ouverte sur son torse frémissant. J'aime cette main qu'il tend vers moi….

« Granger, vous…. Vous avez peut être la solution ».

Certainement, Mister Snape, j'en suis persuadée. Nous avons tous notre solution en nous. Solution pour vivre, solution pour mourir aussi. Mais j'ai aussi la solution pour aimer avant qu'il ne soit trop tard. Qu'en pensez vous Mister Snape ?

« … vous n'étiez pas seule. Potter et Weasley peuvent venir à notre secours. Où sont-ils ces petits crétins, qu'ils servent au moins à quelque chose pour une fois ». Il en crache un autre chicot, partagé entre l'espoir et le dégoût de ses sauveurs potentiels.

Je voudrais tant le rassurer. Lui dire que Harry et Ron et bien d'autres viendront nous sauver…. Et c'est ce que je vais lui dire d'ailleurs… « … Ils viendront, vous pouvez me croire, ils viendront ». En fait, je sais très bien que le plan de Harry ne le conduira jamais au Manoir Voldemort.

Je le sais puisque c'est moi qui ai conçu ce plan.

Voilà ce que c'est que d'être l'intellectuelle d'un groupe. Vous êtes chargée de monter les plans, vous êtes chargée de les faire appliquer, vous êtes chargée de tant de responsabilités que cet instant en cellule est un vrai réconfort.

Seule avec un homme que vous estimez tellement que c'en est un plaisir que de souffrir pour lui.

Certains appelleraient cela de l'amour.

Moi, je ne sais pas.

Harry aurait appelé ça du masochisme, de l'héroïsme voué à l'échec, de l'amour non partagé. Tout ce que tu voudras Harry, je m'en fous. Je suis là où je devais être, avec celui auprès duquel je devais être, et lui disant ce qui doit être dit.

Je t'aime Harry.

Mais tais toi !

Je me rapproche de l'homme enfoui dans ses loques noires et arrive à me caser le long de son bras gauche. Il ne hurle pas. C'est bien.

« Mister Snape… en attendant que Harry nous délivre, j'ai quelque chose à vous dire… vous m'écoutez ? ». Il penche sa tête vers mon visage et je me retrouve le nez collé contre sa joue.

Laissez moi le plaisir de frôler sa joue de mes lèvres tremblantes. Laissez moi reposer ma main tendrement sur ses genoux.

Laissez moi l'aimer…

« Vous avez toujours été mon professeur préféré. ».

Il ne dit rien, il attend simplement la suite, ce qui est si important que je lui ai demandé son attention.

Rien ne vient… « … c'est gentil Granger, mais encore… ».

Il n'y a pas d'encore Mister Snape. Simplement ce que je vous ai dit.

Ce que je voulais vous dire, c'est que sans vous tout est inutile dans ma vie. Ce que je voulais vous dire, c'est que sans vous rien n'existe. Ce que je voulais vous dire, c'est que mon moment le plus heureux c'est d'être ici, avec vous, maintenant.

Peu m'importe que vous ne vouliez rien me dire.

Il a décollé sa joue et me regarde. Il ne comprend pas. Que devrait-il comprendre. Que je me suis laissée prendre malgré le refus d'Harry, que je voulais le retrouver lui, le traître, celui qui avait tué Dumbledore. Que je voulais savoir dans quel camp il était. Que j'aurais tellement voulu le sauver.

« Granger, la seule chose qui m'importe, c'est notre sauvetage. Où sont Potter et Weasley , ont-ils des troupes ? Quand vont-ils attaquer ? Rassurez moi, petite Miss ». Il effleure mes lèvres de ses lèvres. Il n'a rien à me dire, mais il comprend parfaitement ce que moi j'essaye de lui dire.

Et il en profite.

Sa bouche entrouvre ma bouche. Son goût de sang m'envahit, son goût d'homme brisé me submerge. … et je le goûte. Je ne l'aurais jamais tant goûté, tant savouré qu'à cet instant où son baiser est presque sincère. J'aime son peu de sincérité. Le peu qu'il peut me donner.

Le peu que je peux lui prendre.

Je l'aime.

Et il ne m'aime pas.

Je ne pourrai pas le sauver.

Je décolle à regret mes lèvres, gardant à jamais la douceur de sa langue contre ma langue. Et je dis ce qui doit être dit… « … ils sont dans la Forêt Interdite, au carrefour des trois chemins. Harry et Ron sont seuls pour le moment, mais dans quelques jours les autres viendront ».

Son regard victorieux me confirme ce que je craignais.

Je ne pourrai pas le sauver.

Il se lève brusquement, me bousculant, me faisant choir comme un objet encombrant dont il se débarrasse vite fait. Il ne souffre plus de ses os brisés. Il ne souffre plus de rien. Il est simplement victorieux. Il appelle le gardien, chuchotant d'un ton presque langoureux « … j'ai l'information ».

Avant de franchir la porte de la cellule, il se retourne vers moi, affalée contre mon mur. Il ne dit rien. Je ne dis rien. Tout est dit.

De toute ma vie, je n'avais conçu aucun plan qui ne soit aussi difficile à appliquer.

Non pas pour tendre un piège à Voldemort et l'amener dans une embuscade qui lui serait fatale. Le carrefour des trois chemins sera son dernier chemin, ainsi qu'à tout ceux qui seront avec lui. Harry est là en effet, ainsi que Ron, ainsi que Graup et Hagrid, ainsi que tous les combattants qui veulent en finir avec tout ça.

Mais surtout pour avoir espéré un seul instant que je m'étais trompée.

Adieu, Mister Snape.