Merci encore pour vos commentaires, vous illuminez cette journée pluvieuse :)

CHAPITRE III

7 h. Le réveil de la jeune femme sonna. Un violent coup pour le faire taire, quelques bâillements, une foule d'étirements et elle se levait. Fatiguée, tout de même. C'est qu'à presque 40 ans le décalage horaire devenait pesant pour le corps. Elle avança au radar jusqu'à l'espace kitchenette, alluma la bouilloire et prit place derrière le comptoir. La tête en appuis dans la paume de la main, le coude bien calé contre la surface de marbre, elle finissait sa nuit. Elle ne rouvrit les yeux qu'au son strident.

Quelques gorgées de thé plus tard, elle commençait à avoir les idées un peu plus claires. Elle se souvint soudain où elle était, pourquoi elle y était. Et, surtout, avec qui elle y était. Elle passa une main lasse sur son visage, sachant d'ores et déjà que son employé ne se lèverait pas. À moins d'y être contraint et forcé. Elle culpabilisa aussitôt d'avoir des pensées aussi négatives de bon matin. Elle se devait de lui laisser le bénéfice du doute. S'il n'était toujours pas debout dans une demi-heure, alors, elle irait le réveiller.

3/4h plus tard, elle s'avouait enfin qu'elle ne lui avait jamais accordé aucun crédit. Non, elle voulait seulement retarder l'échéance au maximum. Elle avait attendu, en vain, un miracle. Il fallait se rendre à l'évidence. House était, et avait toujours été, un lève tard, pour ne pas dire une marmotte. Se passant les mains dans les cheveux, elle se demandait qu'elle serait la technique idéale.

Le bon vieux coup du verre d'eau glacé. Il avait fait ses preuves, une valeur sûre. Mais ce qui était également sûr était les représailles dont elle serait victime. Et comme House était plutôt du genre à employer les ripostes graduées... Elle préférait se méfier, voir carrément s'abstenir !

Lui amener une tasse de café brulant, le secouer avec délicatesse. Non mais quoi de plus ?! Elle n'était pas sa femme. Seulement son employeur ! Non non non, elle n'avait pas à avoir de si charmantes attentions. Et de si bon matin. Mais, d'un autre côté, cela risquait de pencher en sa faveur. De rendre le réveil plus acceptable, les insultes moins virulentes. Peut-être même échapperait-elle à la pluie d'objets jetés ?

Finalement, elle choisit quelque chose de plus conventionnel. De plus en adéquation avec leur relation. Elle entra sans bruit dans la chambre obscure, marchant avec précaution jusqu'à la tête du lit. Une main sur son épaule dénudée, elle le secoua doucement. « House, réveillez-vous, c'est l'heure de la conférence. » Elle tenta plusieurs fois. Passant de la secousse gentillette à la brusquerie la plus totale. Il grommela quelques noms d'oiseaux avant de s'affaler sur le dos, cachant son visage avec l'oreiller libre.

C'est à ce moment-là qu'elle fit ce qu'elle n'aurait jamais dû faire. Agacée, elle attrapa l'édredon et le lui retira d'un mouvement vif, le faisant tomber à ses pieds. C'est là qu'elle vit ce qu'elle n'aurait dû voir. Le signe d'un certainement contentement, d'une vigueur matinale tout à fait masculine. Elle ouvrit grand la bouche. Presque aussi grand que ses yeux. Avant de détaler, le cœur battant, le visage rougissant.

x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x

10 h. Le Dr House daignait enfin honorer l'auditorium de sa présence. Profitant de la pause, il se faufila dans l'amphithéâtre et vint s'installer aux côtés de sa patronne. Elle le salua timidement, les joues rosies. Et ne lui adressa plus un mot de toute la matinée. Cette attitude l'étonna au plus haut point. Jamais elle ne se montrait si distante avec lui. Jamais elle ne paraissait aussi gênée par sa simple présence. Quelque chose clochait. Et comme tout mystère, il se devait de le résoudre.

Il se rapprocha un peu d'elle, pour la sonder. Elle fit un bond sur son siège et s'écarta autant que les accoudoirs le lui permettaient. Bizarre. Il lui demanda dans un murmure si tout allait bien. Elle s'empressa de répondre par l'affirmative, ne faisant qu'accroitre ses soupçons. Mais il décida de laisser courir. Ils avaient l'après-midi libre et il aurait tout le temps qu'il souhaitait pour la cuisiner. Et contre toute attente, c'est ce moment qu'elle choisit pour se tourner vers lui, le regarder droit dans les yeux et lui dire : « Mini-Greg se porte toujours aussi bien, malgré les années... »

Ce fut son tour de sentir le sang affluer à son visage. Avait-il bien entendu ? Il ne put empêcher son égo de se sentir flatté. Il laissa échapper un rire nerveux en se souvenant des événements matinaux. Ses mains sur son épaule, l'intimant de se lever. Son obstination. Et la couverture qui avait volé à travers la pièce. Il entendit la jeune femme à ses côtés rire à son tour. Avait-elle vu sa mine déconfite ? Il bomba le torse et lui sourit. Après tout, il n'avait pas à avoir honte. Elle le lui avait elle-même avoué !

x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x

Ayant l'après-midi de libre, Lisa sortit son petit guide de poche vers 11 h 30. Ne pratiquant plus tellement la médecine, elle ne se sentait guère concernée. Elle commença à le feuilleter. House s'approcha d'elle afin de mieux voir. Il posa une main sur le dossier de son siège, l'autre maintenant le livre. Tournant les pages quand il jugeait qu'elle n'était pas assez rapide, ralentissant la cadence quand quelque chose lui semblait intéressant. Ils finirent par se mettre d'accord alors que le speech se terminait. Relevant le nez du guide, ils se rendirent compte de leur proximité. Se perdant quelques instants dans les yeux l'un de l'autre, ils se reculèrent brusquement. Gênés, c'est dans le silence le plus total qu'ils se rendirent à l'hôtel.

Après avoir enfilé des vêtements plus confortables pour Lisa, et s'être longuement affalé devant la télé pour Greg, ils étaient enfin prêts à partir. Ils se rendirent en autobus jusqu'à l'embarcadère et prirent le bateau jusqu'à Greenwich. L'atmosphère fut en adéquation avec le temps : froide, limite glaciale. Chacun ne sachant réagir face à ce rapprochement manifeste. C'est qu'ils avaient passé tant d'années à se crier dessus, à se persuader qu'ils se détestaient...

Arrivés dans le quartier aux allures de village, ils se rendirent dans le centre. N'ayant toujours pas déjeuné, ils s'arrêtèrent dans un pub. Les restaurants étaient pleins, tout comme la brasserie qu'ils avaient choisie, les contraignant à manger en terrasse. Le repas fut silencieux et expéditif. La jeune femme commençait à claquer des dents. Le déjeuner fini, elle prit son sac et s'excusa. Un tour aux WC, l'addition. Et plus personne à leur table quand elle revint. Elle soupira. Où diable était-il encore passé.

« Hey, Cuddy ! » Entendit-elle en même temps qu'une clochette de porte. Une main s'agitait de l'autre côté de la rue, le distinguant des passants. En quelques enjambées, elle l'avait rejoint. Et un bonnet venait de s'abattre sur ses oreilles. Une paire de gants ainsi qu'une écharpe lui étaient tendus. Elle regarda derrière lui, une friperie. Elle s'approcha doucement, le laissant anticiper son mouvement, et vint déposer un baiser sur sa joue. S'amusant de la fraicheur de sa peau. Elle se recula, tout sourire. Ravie. Il lui offrit un bras qu'elle saisit avec plaisir.

Visiter Greenwich n'était pas de tout repos, surtout pour aller à l'observatoire ! Elle sentait sa fatigue, sa lassitude. Elle n'était cependant pas sûre qu'il souffrait réellement. Vu la quantité de Vicodin qu'il avait avalées, cela n'avait rien d'étonnant. Plusieurs fois elle lui proposa de rebrousser chemin. Chaque fois il tira un peu plus sur son bras, l'intimant de continuer à avancer. Une voiture s'arrêta enfin à leur hauteur. C'était l'une des guichetières qui venait prendre son poste. Ils hésitèrent à monter avec cette inconnue, mais face sa gentillesse, ils acceptèrent. Grand bien leur en prit ! Ils se rendirent compte qu'ils n'étaient qu'au bas de la côte. Jamais il n'aurait pu monter tout cela. Il se renfrogna un peu, vexé, blessé, quelque part humilié. Lisa le sentit et posa une main douce et rassurante sur son genou. Il se tourna vers elle et fut accueilli par un sourire sincère. Pas de pitié, pas de culpabilité face à l' handicapé qu'il était. Juste de la bienveillance. Ce fut assez pour qu'il ne se coupe pas plus d'elle.

Fatigué et encore un peu chamboulé par ce qu'il venait de se passer, il décida de l'attendre au pied de l'observatoire. Leur chauffeur les avait prévenus d'une quantité astronomique de marches à monter, de la présence d'escalier en colimaçon. Appuyé contre la rambarde, il observait le parc et l'université en contre bas. Qu'il devait faire bon d'être étudiant ici ! Toute cette verdure, tout cet espace. Rien à voir avec cette université grise, en plein centre-ville où ils avaient étudié ! Il se laissa aller à rêver, perdant toute notion de temps.

Une main sur son épaule le ramena à la réalité. Tout comme le bruit caractéristique de l'appareil photo numérique. « Qu'est ce que vous faites ?! » S'insurgea-t-il en essayant de lui prendre des mains.

« House ! » Rouspéta-t-elle. Sérieuse, elle continua : « C'est la première fois que je viens en Europe. Certainement aussi la dernière. Laissez-moi en garder quelques souvenirs. » Une petite moue aida à faire pencher la balance en sa faveur.

« Ok, ok. » Grommela-t-il. « Donnez le moi alors. » Il prit l'appareil qui lui était tendu et lui indiqua de venir se placer contre la rambarde. Il se recula un peu, voulant avoir une vue d'ensemble. Il prit plusieurs clichés, voulant s'assurer qu'il y en aurait un où elle soit à son avantage. En venant lui rendre, il vit des parents photographiant leurs enfants, un pied de chaque côté du méridien. Il rit, avant de se retourner, l'attraper par le bras et de la placer à cheval sur la ligne grise. Comprenant ce qu'il faisait, elle se mit à rire à son tour. Lui offrant la possibilité d'immortaliser ce moment de spontanéité.

En ayant fini avec leur escapade, ils entreprirent de descendre la colline. Avec toute l'appréhension qu'il se devait. Des bruits de pas précipités les firent se retourner. La gentille employée les appelait. Un de ses collègues allait les ramener. Ils ne se firent pas prier et furent, après moult remerciements, déposés près de la station de métro. Le diagnosticien commença à étudier le plan de l'underground. Décidé, il l'entraina dans son sillage. La station était beaucoup plus petite, aussi les couloirs étaient d'une taille acceptable.

x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-x-

« Levez-vous ! » Quémanda-t-il en lui donnant un petit coup sur la croupe avant de montrer l'exemple.

Elle ne prit pas la peine de relever la familiarité, trop surprise. « On est déjà arrivé ? » Elle s'approcha du plan. Canary Wharf. Ce n'était certainement pas leur station. Mais il lui avait déjà attrapé le bras, coupant court à toute discussion. « Où va-t-on ? » S'inquiéta-t-elle dans le couloir les menant à la sortie. Plus ils approchaient de l'extérieur, plus ils croisaient d'hommes en costume. La lumière l'aveugla un instant. Elle mit une main devant ses yeux, ne pouvant s'empêcher de lever en même temps la tête. « Wow. » Fut sa première réaction. « Aïe ! » Le torticolis la guettait.

« La City ! C'est par ici que transite tout le pognon de la planète ! Vous vous rendez compte ! » Il était en admiration devant ces immenses gratte-ciels aux formes plus ou moins farfelues, devant ces pavés grouillant de petits hommes de noir vêtu.

Elle ne répondit pas, trop occupée à observer les alentours. Les chiffres rouges projetés sur les buildings. L'effervescence du lieu. Elle leva avec précaution la tête : Barclays, HSBC... Tout cet argent qui transitait. Des millions ? Peut-être même des milliards ! Et elle qui se battait quotidiennement pour faire survivre son hôpital... Elle soupira. « C'est beau, hein ?! » Commenta son acolyte. Elle sourit devant sa naïveté. Si seulement il savait ce qu'elle pensait.

Ils se dirigèrent vers le centre d'affaires. Admirant les dalles d'une propreté incroyable, le soleil qui se reflétait dans les grandes baies vitrées . L'endroit tout entier prenait une teinte orangée alors que la soirée se profilait. Ils s'assirent sur un banc dans le jardin japonais. Côte à côte, ils continuèrent d'admirer ce spectacle des temps modernes. Ballet de costume gris, l'heure de la débauche avait sonné. Cet endroit commençait à l'oppresser. Était-ce ces grands bâtiments ? Cette frénésie ? Ou le stress ambiant ? « On est quand même mieux à Princeton... » Soupira-t-elle.

Il la regarda, amusé. « J'avais oublié que j'étais en présence du rat des champs. » Et retourna à sa contemplation.

« Parce que vous êtes le prototype même du citadin, peut-être ? » Se moqua-t-elle affectueusement.

Et le débat fut lancé! Depuis combien de temps n'avait-il pas mis les pieds dans une ville dépassant les 100 000 habitants, n'était-elle jamais sortie de son trou ? Chemin faisant, elle en vint à avouer n'avoir jamais vraiment visité New York.

« Non mais c'est pas possible ! » S'offusqua-t-il, la faisant rougir de plus belle.

« C'est... C'est juste que je préfère la campagne. J'y ai grandi, j'y ai toujours habité. » Tenta-t-elle de se défendre, sans grande conviction.

« Non, c'est surtout que vous êtes une grosse trouillarde ! Vous imaginez de suite qu'il va vous arriver le pire. Je suis sûr que vous avez manqué vous faire dessus quand on est arrivé à Victoria. »

« Pourquoi vous dites ça ? » Puis, elle réalisa. Les attentats. Ses mains se mirent à trembler légèrement. Ce qui ne passa pas inaperçu auprès de son collègue au regard affuté.

« Relax Cuddy ! Je ne voulais pas vous faire paniquer ! Ce n'est pas parce que vous resterez à Princeton qu'il ne va rien vous arriver ! Si ça se trouve, en rentrant vous vous étoufferez avec un quartier de pomme. Ou vous vous ferez étrangler dans le parking souterrain. Ou écraser... »

« Je... Je crois que j'ai saisi le message. » Le coupa-t-elle, blême.

« Ce que je veux dire c'est que vous ne pouvez pas prévoir le futur. Vous ne pouvez pas savoir ce qu'il vous attend, la façon dont vous allez mourir. C'est pour ça que vous devez vivre autant que possible votre vie, en profiter, au maximum. Sans trop vous poser de questions. »

« Et c'est lui qui dit ça… » Souffla-t-elle.

« Quoi ?! Vous croyez que je ne profite pas pleinement de ma vie ? Quand c'est la dernière fois que vous avez envoyé péter votre patron ? Quand c'est la dernière fois que vous vous êtes accordé une grasse mat' ? Que vous vous êtes pris une cuite ? Que vous vous êtes envoyée en l'air ? » Elle devait bien avouer que pour la plupart des choses citées, elle ne pouvait trouver de date, tellement ça remontait. « Vous voyez, vous ne profitez pas assez ! Quand on rentrera, on ira à New York. Et on fera ce que vous voudrez. On ira même voir un opéra si ça vous chante ! » Dit-il en plaisantant avant de blêmir. Il venait de se rendre compte de la promesse qu'il avait faite, et de ce que cela impliquait, signifiait. La jeune femme n'apparaissait pas moins choquée. « Il se fait tard, rentrons. » Changer de sujet, vite !