Merci à tous pour vos commentaires et merci d'avoir corrigé mon erreur monumentale. Jamais je n'aurais dû me tromper sur le rang de Ciel, vous devriez me mettre des claques !
Disclaimer : Kuroshitsuji ne m'appartient absolument pas. Tous les personnages sont la propriété de leurs auteurs respectifs.
Le majordome à l'hôpital
Le soir commençait à tomber mais une agitation fébrile régnait encore dans le grand hôpital de Londres. Médecins et infirmières allaient et venaient, les bras chargés pour la plupart. Le grand incendie les avait surchargés de travail un mois plus tôt et leur tâche n'était pas encore terminée : il y avait encore trop de gens à soigner.
Le Prince Soma, qui venait d'entrer par la grande porte, suivi de son fidèle serviteur, regarda le va-et-vient du personnel pendant un instant, puis fit signe à une jeune infirmière qui se dirigeait vers la porte, porteuse d'un sac en toile plein à craquer. « Mademoiselle ! »
« Les visites sont terminées. Revenez demain entre quatorze heures et dix-huit heures », répondit la jeune femme sans s'arrêter.
« Nous ne venons pas pour une visite. Nous cherchons le réfectoire », répondit le prince en désignant la caisse pleine de pains au curry qu'Agni tenait dans ses bras.
« Oh ! Je vois », murmura l'infirmière en posant son fardeau dans un coin. « Veuillez me suivre. Excusez-nous pour l'accueil, tout le monde est tellement occupé… »
Les Indiens suivirent l'infirmière jusque dans une petite pièce où quelques personnes en blouse blanche prenaient une tasse de thé sur le pouce. En distribuant son chargement, Soma ne put retenir une petite bouffée d'orgueil. Cette distribution de nourriture, c'était son idée. C'était un peu grâce à lui que Londres se reconstruisait. Il lui semblait même un peu étrange de penser qu'il effectuait les premiers vrais actes altruistes de sa vie dans un pays qui n'était pas le sien. Mais c'était tellement bon de faire ça.
Agni, qui observait la scène avec son habituelle sérénité, ne put s'empêcher de remarquer que l'infirmière qui les avait guidés se tenait à l'écart, comme si elle craignait quelque chose. « Vous n'avez pas faim, mademoiselle ? » s'enquit-il.
Elle secoua la tête et sortit. Un des médecins grogna. « Anna ne parle jamais à moins d'y être obligée. Si vous voulez la forcer à manger, libre à vous d'essayer. »
Et le Prince, vaguement vexé que quelqu'un dédaigne ainsi l'incomparable curry de son serviteur, se tourna vers lui. « Agni, va parler à cette infirmière. »
« Oui, mon prince. »
L'infirmière, qui avait regagné le hall d'entrée, s'apprêtait à ramasser de nouveau son sac en toile quand elle vit avec stupeur Agni le soulever à sa place. « Permettez que je vous aide, mademoiselle… »
« Anna. Il n'y a pas de mademoiselle ici », dit-elle d'un ton neutre.
« Anna. Où alliez-vous ? »
« Au local à ordures pour déposer ces linges usagés. Vous n'êtes pas obligés de faire ça. »
« Ce que mon maître m'ordonne, je dois l'exécuter. »
L'infirmière hocha la tête et guida l'Indien dehors, quelque peu déroutée. Celui-ci remarqua vaguement qu'elle avait dû être très jolie mais que la souffrance avait abîmé ses traits, gravant sur eux un masque de tristesse. Ce n'était pas la première fois qu'Agni voyait un de ces vieux visages de vingt-cinq ans, détruits par la douleur causée par ce maudit incendie. Les Britanniques, contrairement à ses compatriotes, semblaient toujours vouloir refuser les épreuves que les dieux leurs imposaient, et même s'en indigner. Cela le surprenait toujours un peu.
« Nous y voilà », dit Anna en ouvrant la porte du local pour y déposer le sac. Elle voulut le reprendre, mais Agni se glissa dans le local avant elle. Anna se demanda s'il s'agissait de galanterie ou de condescendance. Elle attendit qu'il revienne en regardant la rue qui s'étirait devant elle. L'incendie… Elle avait détesté ce qui s'était passé cette nuit-là, et aujourd'hui encore, toutes ces ruines lui donnaient le vertige.
C'est alors qu'un homme de petite taille s'approcha d'elle à toute vitesse. Elle n'eut pas le temps de s'écarter et fut bousculée. « Hé ! » s'écria-t-elle tout en s'attendant qu'il se sauve en courant, comme n'importe quel lâche. C'est alors qu'elle eut le choc de sa vie. Le petit homme revint vers elle, la jeta à terre et la bourra de coups de pieds.
De l'intérieur du local, le serviteur du prince entendit des cris et revint en toute hâte. Son sang ne fit qu'un tour quand il vit ce qui se passait. Les bandages qui entouraient sa main volèrent et la main droite de la déesse Kali entra en action. En quelques secondes, le petit homme cruel gisait à terre.
« Anna ! Vous n'êtes pas blessée ? »
Anna s'assit péniblement par terre et porta les mains à son ventre. « Je crois qu'il m'a cassé une côte… » murmura-t-elle d'une voix blanche. Un attroupement s'était formé et les gens regardaient l'agresseur et l'agressée avec des yeux ronds. Agni ne put s'empêcher de remarquer que personne ne semblait vouloir faire quelque chose d'utile et décida de s'en charger.
« Si l'un de vous voulait bien accompagner cette demoiselle à l'hôpital, ce serait bien », fit-il remarquer. Un couple s'en chargea et Agni se pencha sur l'agresseur enfin maîtrisé. Quelque chose dans ses traits lui inspirait une violente et irrésistible répulsion. Il semblait jeune, difforme, mais il était impossible de savoir où la difformité résidait. Le serviteur du prince avait été élevé dans l'idée que chaque être vivant a de la valeur et mérite le respect, mais l'expression du petit homme lui fit se demander pendant une fraction de seconde s'il n'existait pas au moins une exception.
« Je vous ai vu agresser cette dame ! » s'écria un passant tout en se cachant soigneusement derrière Agni. « Qu'est-ce qu'elle vous avait fait ? »
« Qu'est-ce qu'elle vous a fait ? » lança à son tour un autre passant d'un ton haineux. Le petit groupe devenait houleux et Agni devait faire appel à toute la foi qu'il avait en lui pour se retenir de frapper l'agresseur à son tour. Son maître n'aurait pas aimé qu'il perde ainsi le contrôle de ses nerfs.
L'agresseur, quant lui, regardait ceux qui l'entouraient avec un calme déroutant, comme si ce qui se passait n'avait aucune importance. « Rien », dit-il. « Absolument rien. Elle était juste sur mon chemin. »
« Il vous a dit ça ? » s'enquit froidement Ciel Phantomhive.
Le Prince Soma acquiesça. Quand la police avait refusé d'enquêter sur l'affaire, il s'était rendu directement au manoir fraîchement reconstruit de son ami et l'avait trouvé en train de superviser la remise en route de la maison, sans grand succès étant donné que ses domestiques n'avaient pas beaucoup gagné en adresse depuis la dernière fois. Agni s'était chargé d'aider les trois amis à remettre de l'ordre avec son efficacité habituelle tandis que le prince racontait au comte les événements qui s'étaient déroulés quelques jours plus tôt.
« Je peux t'assurer, Ciel, que c'est exactement comme cela que tout s'est passé. Il nous a tout de suite offert de déposer un chèque exorbitant pour couvrir les frais de santé de l'infirmière, d'ailleurs. »
« Et ensuite, il s'est sauvé », supposa Ciel.
« C'est ça qui est étrange : tout le monde s'attendait à ce qu'il parte mais on lui a demandé de rester à proximité en attendant que la banque soit ouverte le lendemain. Il l'a fait. On a passé la nuit à plusieurs dans une cave. »
« Laisse-moi deviner : le chèque était en bois ? »
« Parfaitement provisionné. Le plus étrange était que ce type semblait n'éprouver aucun remords, aucune culpabilité. Et pourtant, tout le monde était prêt à le tuer. »
Ciel réfléchit quelques instants. Cette histoire s'avérait vraiment étrange. « Et l'infirmière ? » s'enquit-il.
« Ses blessures se sont avérées moins graves qu'on ne l'avait craint. Elle a repris le travail ce matin. D'ailleurs… » (Soma eut un petit sourire) « Elle a fait don du chèque à l'hôpital. »
« Elle le connaissait ? »
« Absolument pas. Il l'a agressée parce qu'elle se trouvait sur son chemin. De l'avis général, elle n'a jamais fait de mal à une mouche. »
« On a l'identité de l'agresseur ? »
« Il s'appelle Edward Hyde et c'est tout ce qu'on sait sur lui. La banque ne m'en a pas dit plus à cause du secret professionnel. »
« On dirait un faux nom », fit remarquer Ciel, pensif. Hyde évoquait le verbe anglais to hide, qui signifie se cacher. Mister Hyde…
« Je vais enquêter là-dessus », décida Ciel. Après tout, que Sebastian soit là ou pas, il lui fallait bien un moyen de tromper son ennui. Il se leva et alla ouvrir la porte pour trouver les couloirs du manoir propres et les tableaux correctement accrochés aux murs. La scène contrastait nettement avec le bazar qui régnait quelques instants plus tôt. Ciel chercha Sebastian des yeux et ne trouva qu'Agni qui se tenait un peu plus loin, les yeux modestement baissés. « Bravo », lui dit-il. « Beau travail. »
« Ce sont eux qui ont tout fait », répondit le serviteur en désignant Bard, Maylene et Finny, qui attendaient, debout en rang et passablement euphoriques.
Il obtient un ex aequo au combat avec Sebastian, il réussit à faire travailler ces trois-là efficacement… Ce type m'énerve !
Monsieur Tanaka conduisit Ciel devant la banque. Celui-ci considérait l'affaire uniquement comme une formalité : il allait entrer, dire qui il était, le directeur allait lui baiser les pieds et lui donner tous les renseignements qu'il désirait. Facile.
Seulement, voilà : le réceptionniste n'avait aucune idée de ce qu'était réellement un lord anglais. « Reviens avec ton papa demain, petit », lui dit-il négligemment.
Ciel vit rouge. « Non mais dites-donc, savez-vous à qui vous avez affaire ? » Et il lui présenta la bague qu'il portait à son doigt. Avant de se rappeler qu'il n'avait plus la bague héritée de son père puisqu'il l'avait donnée pour pouvoir rentrer au port lors du grand incendie de Londres.
Ciel fut jeté dehors sans ménagement, non sans dire au personnel qu'ils entendraient parler de lui et qu'ils se mordraient les doigts de l'avoir traité de manière aussi indigne de son rang. Ensuite, il se mit à faire les cent pas sans cesser de fulminer. Evidemment, il avait mal calculé son coup. S'il avait demandé à une personne ayant de l'influence dans ce domaine de l'accompagner – et il en connaissait pas mal – l'affaire serait déjà réglée.
Un croassement le fit tressaillir. Non loin de lui, un énorme corbeau se tenait perché sur un réverbère. Fasciné, Ciel s'approcha. Cet oiseau, on aurait dit…
« Sebastian ? »
Le corbeau s'envola à son approche. Une de ses plumes tomba à terre. En voulant la ramasser, Ciel aperçut une petite chose bleue qui brillait. Incrédule, il la ramassa. C'était sa bague, celle qu'il tenait de son père, la preuve qu'il était bel et bien un Phantomhive. Grâce à cela, il allait pouvoir obtenir ce qu'il voulait.
Malheureusement, tout ce que les employés de la banque savaient, c'était qu'Edward Hyde avait ouvert un compte ici quelques mois plus tôt. Le compte ayant toujours été approvisionné en espèces, il était impossible d'en savoir beaucoup plus. L'adresse du bonhomme se trouvant à l'autre bout de Londres, Ciel estima qu'il valait mieux qu'il se rende d'abord à l'hôpital pour y interroger la jeune infirmière.
A l'hôpital aussi, les employés traitèrent Ciel avec la déférence qu'il estimait qu'il lui était due. Il demanda à parler à « Anna, l'infirmière qu'on avait agressée l'autre jour », et on lui répondit qu'elle étendait les bras sur la terrasse avec Virginia, une collègue. Ciel trouva sans peine la terrasse où des dizaines de draps séchaient au soleil et interpella une grosse femme d'une cinquantaine d'années qui étendait d'autres draps. « Anna ? » s'enquit-elle d'un ton dédaigneux. « Qu'est-ce que tu lui veux à cette pauvre chérie ? Elle a déjà tellement eu peur l'autre jour ! »
« Laisse, Virginia, je vais m'en occuper », dit une voix douce dans son dos. Ciel se retourna et ne put retenir un cri d'effroi en voyant le visage de l'infirmière.
Il s'agissait d'Angela.
A suivre…
Note de l'auteure : ce chapitre comprend un clin d'œil à une œuvre littéraire qu'on ne lit plus beaucoup de nos jours. Un grand bravo au premier qui pourra en trouver le titre.
Au fait, l'un de vous connaîtrait-il le nom de famille d'Angela ? Selon les sites, j'ai trouvé Blair ou Blanc, mais aucun nom ne fait l'unanimité.
