Si vous êtes directement arrivés ici : je reprends uniquement les dialogues lors du passage dans la cave où Varga cherche à obtenir de don Alejandro la liste de ses amis.

En bref dans les chapitres précédents : José Sebastian Varga, alias l'Aigle, et ses partisans ont pris Los Angeles. Les lanciers de la caserne, les de la Vega, Bernardo et Garcia sont les prisonniers de celui qui s'est autoproclamé souverain de la Californie. Seuls les dons de l'armée de don Alejandro pourraient inverser la tendance s'ils savaient ce qui se passe. Varga veut donc récupérer la liste de ces caballeros et obtenir par la même l'argent promis par le russe Kolinko en cas de victoire.

À noter : Greco est un personnage plus dur que dans la série. J'ai besoin de lui comme ça.


Chapitre 3 – Le marché

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Les pas de l'Aigle résonnèrent enfin sur les marches menant au sous-sol. Les quatre prisonniers relevèrent la tête.

Varga savourait son triomphe en sachant toutefois que la partie n'était pas encore remportée. Il lui fallait la liste des amis de don Alejandro afin de parfaire son œuvre. Ensuite seulement le comte russe Kolinko lui déléguerait les fonds nécessaire au maintien de la Californie sous son joug. Avec les trente millions de pesos promis, il saurait mettre à terre les récalcitrants. Monterey et les autres villes tomberaient comme venait de le faire La Reina de Los Angeles.

Greco pistolet en main, Sanchez et un autre homme l'accompagnaient. Il découvrir leurs prisonniers alignés contre le mur. Don Alejandro était le plus à gauche, venaient ensuite Bernardo, Don Diego et le sergent Garcia. Des quatre, il était le seul à avoir ses mains en évidence.

- Señor de la Vega, dit Varga dès qu'il l'eut en face de lui.

Alejandro fit un pas en avant. À sa droite, Greco pointa le pistolet sur lui. Diego resta stoïque mais écouta comme les autres la conversation qui suivi.

- Je suis venu vous faire une proposition, poursuivait l'Aigle. Vous avez en votre possession une liste de cinquante amis qu'il vous plaît d'intituler une armée. Je veux cette liste.

Il n'en fallut pas plus pour redonner espoir et fierté à l'hidalgo.

- Vous avez raison d'avoir peur de mes amis, señor Varga, dit-il avec assurance.

Touché dans son orgueil, Varga posa la main sur son épée, comme pour dégainer.

- Je n'ai peur de personne ! siffla-t-il.

- Alors pourquoi voulez-vous cette liste ? répliqua Alejandro d'un ton neutre malgré l'envie de le railler.

- Je n'ai pas le temps de prolonger la discussion, trancha l'Aigle. Votre liste constitue un danger éventuel. Je vais donc vous proposer un marché. Remettez-la-moi et vous aurez la vie sauve.

Pour un peu, Alejandro aurait ri de la situation.

- En toute honnêteté, pensez-vous que je vais envoyer cinquante hommes à une mort certaine à seule fin que je puisse vivre ?

Attentif à la discussion, Diego ne manqua pas l'inquiétude qui apparut brièvement sur le visage de l'Aigle face à ce refus. La situation semblait enfin tourner à leur avantage.

- L'heure n'est pas à jouer les héros, señor, persifla Varga à un Alejandro impassible. Cette liste ou votre vie !

Le jeune don n'hésita pas un instant et sauta sur l'opportunité qu'il attendait depuis des heures.

- Señor Varga !

L'homme avait son attention, les autres aussi d'ailleurs. Diego le rejoignit. Enfin allait-il pouvoir agir.

- Voulez-vous me faire la même proposition ?

Varga n'en revenait pas.

- Quoi ! ? s'exclama-t-il.

- Je sais où est la liste. Je vous la remets en échange de ma liberté.

Alejandro et Garcia se rapprochèrent de Diego, effarés. Ils ne le quittaient pas des yeux. Le jeune homme gardait pour sa part le regard vissé sur Varga. L'heure n'était pas au regret. Tout Los Angeles le pensait lâche, bien que cela lui fasse mal, il allait leur donner raison. Ainsi pourrait-il ensuite récupérer la liste et prévenir les amis de son père. Du moins l'espérait-il.

- Alors, señor ? Votre décision ? Si je vous donne la liste des amis de mon père, obtiendrai-je la liberté ?

- Mais que dis-tu là, Diego ? interrogea son père sans vouloir croire ses paroles.

- Don Diego ! se récria quant à lui le sergent.

L'intéressé fixa don Alejandro avec le regard le plus décidé qu'il ait jamais eu. Il lui faisait une peine immense, il le savait, mais l'avenir de la Californie avait bien plus d'importance que le jugement de son père. L'haciendado espérait encore que son tempérament n'était pas dominé par la pleutrerie et l'indolence. Il allait lui donner tort.

- Navré, père, martela-t-il d'un ton si convaincant que n'importe qui se serait laissé prendre, mais je ne puis rester ici davantage.

- Craindrais-tu la mort à ce point, mon fils ?

- Don Diego, tenta Garcia, vous ne pouvez pas trahir ces hommes là.

- J'en suis navré.

Diego comprit à l'instant où il disait ses mots qu'il avait convaincu tout le monde. L'Aigle et ses hommes bien évidemment, mais également les personnes les plus proches de lui. Si son père avait émis l'espoir un jour d'en faire un vrai caballero, il comprenait maintenant qu'il s'était fourvoyé. Quant à l'imaginer sous les traits de Zorro… non, jamais ce ne serait plus possible désormais.

- N'insistez pas, sergent, lâcha finalement Alejandro le regard ancré au sol.

Diego dut faire barrage aux émotions devant sa déception intense mêlée de colère. Il suivit l'Aigle vers l'étage sans un regard pour ses amis. Seul le visage calme de Bernardo le rasséréna devant son action. Le serviteur savait qu'il allait tenter quelque chose.

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Greco chevauchait en tête de leur petite expédition. Les mains de nouveau solidement attachées dans le dos, Diego ne risqua pas un regard vers le troisième homme malgré l'envie tenace d'évaluer clairement la situation. Son assiette était instable et n'eut été ses talents de cavalier, voilà longtemps qu'il aurait mordu la poussière. Le secrétaire de l'Aigle n'avait pas apprécié la découverte du jeune don mains libres. Il avait été intraitable et l'avait attaché lui-même avec des nœuds bien plus serrés que les premiers. Malgré la demande du don d'au moins lui attacher les mains devant, c'était dans le dos qu'elles avaient été liés. Et le prisonnier n'était pas en mesure de détacher.

Jamais le chemin jusqu'à l'hacienda familiale ne lui avait paru si long. Diego soupira de soulagement lorsqu'elle se distingua à l'horizon. La poigne de Greco lui évita une rencontre brutale avec le sol lorsqu'il descendit de cheval du fait de ses liens. Il ne comptait pas les lui délier de sitôt. Apparemment l'homme ne semblait clairement pas lui faire confiance, ni croire qu'il se tiendrait sagement immobile à les regarder chercher la liste, ce en quoi il avait raison. Mais cela compliquait aussi grandement les choses.

Greco devant, Sanchez derrière, armes à la main et épées au côté, Diego entra dans l'hacienda trop encadré à son goût. Il cherchait toujours à couper ses entraves quand Greco le questionna.

- Alors, don Diego, où est la liste ?

- Déliez-moi les mains et je vous la mon...

Greco le coupa alors qu'il terminait sa phrase.

- Peu importe vos mains, où est la liste ?

Sa position devenait critique. L'arme de Sanchez appuyait sur son dos pour le tenir en respect comme pour l'inviter à répondre. Faute de pouvoir se libérer, Diego haussa le ton à son tour.

- Voulez-vous la liste oui ou non ?

- Dites-nous où elle se trouve !

Il n'avait pas pas beaucoup d'alternative. Décidé à ne pas révéler l'emplacement du document, Diego se résolut à mentir pour gagner du temps.

- Je l'ignore, dit-il d'un air penaud.

- Il ment, siffla l'autre dans son dos.

- Je vous assure que je l'ignore ! Mon père ne me mêle pas à toutes ses affaires.

- Vous voulez jouez à ce jeu là ? Soit. Nous trouverons sans vous. Fouille la pièce, Sanchez. Je m'occupe du bureau.

L'intéressé rangea son arme et s'exécuta. Diego embrassa la pièce du regard à la recherche de quelque chose pour couper ses liens. Ses yeux se posèrent sur le coupe-papier présent sur le bureau. Il s'avança.

- On ne bouge plus, señor.

L'homme pointait sa poitrine.

- Je souhaite simplement vous aider. J'ai fait un marché avec le señor Varga !

Le secrétaire de l'Aigle soutint son regard convainquant. Il abaissa légèrement son pistolet.

- Une cachette ! s'écria alors Sanchez après avoir appuyé sous l'angle droit de la cheminée.

Greco abandonna son prisonnier pendant que l'autre fouillait de la main le tiroir secret de la cheminée. Diego profita de l'occasion et se précipita sur le coupe-papier. Ses doigts habiles maniaient la lame quand :

- Je l'ai !

- Enfin ! s'exclama Greco en s'en emparant.

Ils s'approchèrent de la table pour déplier et lire à leur aise la longue liste de don Alejandro.

- Ce vieux fou n'avait pas menti, commenta Greco en la parcourant des yeux.

Diego n'avait pas terminé de scier ses entraves, mais le temps manquait. Jamais les deux hommes n'auraient dû pouvoir lire un seul nom. Il se précipita sur eux alors que le bras droit de l'Aigle s'adressait à lui :

- Il semblerait que vous ayez...

Diego se jeta sur eux de tout son poids, les envoyant rouler au sol. Il profita des courts instants de confusion pour libérer ses mains. Et se saisir de la liste.

- Arrête-le ! hurla Greco à Sanchez.

Le jeune homme ne put l'esquiver alors qu'il fonçait sur lui comme un taureau. L'homme le percuta à la taille et l'envoya voler sur le dallage deux mètres plus loin.

Diego frappa sa tête de toute la force de son poing. Sanchez grimaça et porta ses bras à son visage pour se protéger. Le jeune don roula sur le côté. La liste dorénavant dans la main gauche, il tira de l'autre l'épée de Sanchez de son fourreau et se redressa en vitesse, prêt à affronter le second ennemi.

- Je savais qu'on ne pouvait pas faire confiance à un don, persifla Greco un pistolet à la main.

Diego n'eut pas le temps de faire un geste. Le bruit du tir transperça ses tympans.


Alors, qu'en pensez-vous jusque là ? Tentés par la suite ?