Salut à tous !
Voici le troisième chapitre ! L'intrigue parallèle reprend ! J'espère qu'elle vous plaira !
Je remercie tous ceux qui m'ont laissé des reviews, du fond du cœur. Vous n'imaginez pas à quel point ça me fait plaisir lorsque je vous lis.
Sur ceux, enjoy )
Les quatre garçons descendirent en même temps prendre leur petit déjeuner en ce jour de rentrée. Sally-Ann, Hannah et Susan s'y trouvaient déjà, et buvaient du jus de citrouille en dégustant du bacon, des œufs, et même un moelleux au chocolat qui paraissait particulièrement savoureux.
-Je n'ai pas eu l'occasion de te le dire hier, lança Susan en avisant le jeune Potter, mais j'aime énormément ta couleur de cheveux cette fois-ci.
La teinture que Pétunia lui avait offerte pour son anniversaire tenait bien, à la plus grande désapprobation de James. Justin et Ernie échangèrent un regard entendu, signe qu'ils ne partageaient pas du tout l'avis de leur camarade, mais Lucifer s'en moquait. Il remercia la fillette, ravie, alors que Sally-Ann revenait sur la raison de leur léger retard au banquet. Noah haussa les épaules.
-Nous sommes tombés sur quelque chose d'intriguant, répondit-il évasivement.
-Et vous avez essayé de comprendre ce que c'était ? soupira Hannah. N'avez-vous pas oublié ce que ça a donné l'année dernière ?
-J'ai aidé mon frère à empêcher Voldemort de s'emparer de la Pierre Philosophale, rétorqua rageusement Lucifer.
Il ne supportait pas d'avoir l'impression d'être jugé, et Hannah retourna à sa nourriture en marmonnant. Quelques minutes plus tard, le courrier arriva. Les élèves avaient quitté leurs parents la veille, mais nombreux étaient ceux qui recevaient des colis après avoir oublié certaines affaires, ou tout simplement des mots d'encouragement ou de félicitations. Noah ne sembla pas s'étonner de l'absence de Cygne et continua à discuter de la rencontre de Lucifer avec des joueurs de Quidditch professionnels. Néanmoins, Audelune vint se poser devant le jeune Potter, qui sursauta et attrapa la lettre d'une main hésitante. Il caressa la tête de la chouette, qui le mordilla affectueusement avant de se diriger vers la table des Gryffondors. Pourquoi James lui écrivait-il ? Jusqu'à maintenant, chaque fois qu'il l'avait fait, les attentes de l'enfant avaient été vaines et déçues, et il ressortait de sa lecture irrémédiablement blessée Il n'était pas certain d'avoir envie de l'ouvrir, quand une voix féminine explosa dans la Grande Salle comme si sa propriétaire avait participé à un concert de Rock.
-... VOLER LA VOITURE ! ÇA NE M'AURAIT PAS ÉTONNÉ QU'ILS TE RENVOIENT ! ATTENDS UN PEU QUE JE T'AIE SOUS LA MAIN ! J'IMAGINE QUE TU NE T'ES PAS DEMANDÉ DANS QUEL ETAT D'INQUIÉTUDE ON ÉTAIT, TON PÈRE ET MOI QUAND ON A VU QUE LA VOITURE AVAIT DISPARU !...
La mère de Ron avait visiblement appris la nouvelle et faisait part de son mécontentement. Lucifer s'estima heureux de ne jamais avoir mis cette femme en colère, et baissa les yeux sur sa propre lettre. Il entendait les hurlements de la chose rouge vif qui s'égosillait, le nom de Harry mentionné une ou deux fois, puis enfin, la Beuglante se calma. Quelques rires retentirent puis les conversations reprirent. Lucifer s'estima heureux que James ne lui en ait jamais envoyé, pas plus qu'à Harry. Son jumeau lisait sa propre lettre, un léger sourire s'épanouissant sur son visage devenu livide le temps de la colère de Mrs Weasley. Lucifer se résigna à ouvrir sa lettre.
Lucifer !
J'ai appris les exploits de ton frère, et si j'ai sur le moment été amusé –il est le digne fils du farceur que j'étais à l'Ecole-, j'ai rapidement réalisé qu'il aurait pu se tuer.
Et tu aurais pu, tu aurais du, empêcher cela ! Tu étais avec lui à la gare, et tu es passé avant lui, ce qui signifie que non seulement tu n'as pas assuré ses arrières, mais en plus tu ne t'es préoccupé une nouvelle fois que de ta petite personne.
Je t'ai donné la mission de protéger ton frère, et sitôt que je ne suis plus là, tu lui tournes le dos. Que dois-je faire, Lucifer ? Réponds moi ! Que dois-je faire pour que tu deviennes enfin le jeune homme responsable que tu dois être ? Je t'ai pourtant entraîné cet été, je t'ai donné des consignes, et tu laisses ton frère seul.
Tu as une nouvelle fois trahi ma confiance. Nous en reparlerons.
James.
Lucifer se leva aussitôt et fila hors de la Grande Salle, les larmes roulant déjà sur ses joues, la lettre froissée dans sa main, la rage déferlant dans ses veines. James était injuste ! Il savait que tous le regardaient, et entendait les pas de Noah derrière lui. Il fila hors du Hall, sur le parvis, et laissa éclater sa fureur. Il hurla, frappa les murets à s'en érafler les mains, grognant et haletant. Noah avait passé ses mains sous ses aisselles et le maintenait le plus loin possible du bord, sa chaleur et ses tremblements frottant le dos de son meilleur ami. Lucifer éprouvait l'envie irrépressible de mordre et déchiqueter cette lettre injustifiée. Il finit par se calmer, se laissa tomber contre le muret et tendit le parchemin à son ami.
-Il ose me mettre ça sur le dos ! Je n'y suis pour rien ! Harry m'a ignoré tout le long et j'aurais du l'attendre ? Il m'a demandé de lui laisser de l'air ! Et parce que mon stupide jumeau a fait une connerie, c'est moi le responsable ? Alors qu'il est fier d'Harry ?
Sa voix remplie de rage se transforma en sanglots désespérés.
-Je n'en peux plus… souffla-t-il alors que Noah s'agenouillait près de lui pour le prendre dans ses bras. Laisse-moi Noah, s'il te plaît. Ne t'encombre pas de moi.
Il sentit le garçon se tendre.
-Je ne m'encombre pas de toi, cracha-t-il avant de se calmer. Ecoutes moi, Lucifer, je suis ton ami, et ça signifie te supporter dans les meilleurs moments comme dans les pires.
-Mais je ne fais jamais rien pour toi, murmura-t-il.
-Foutaises. Nos promenades et escapades dans le château, les heures passées à la bibliothèque, nos discussions au bord du lac, les lettres échangées cet été, crois tu que ce n'était rien ? Tu es quelqu'un de bien, Lucifer, il faudrait que tu t'en rendes compte.
Noah le serrait un peu plus fort, et les élèves commençaient à affluer dans le Hall, leur jetant des regards curieux. Le garçon aux cheveux noir se leva et tendit la main à son ami qui la saisit.
-Nous avons botanique en première heure, en commun avec les Gryffondors. Viens, allons aux toilettes, tu auras meilleure mine.
Il paraissait parfaitement calme, mais il ne lâcha pas le jeune Potter avant d'apercevoir le professeur Chourave et les autres.
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Les autres élèves rentraient dans la serre n°3 lorsque Noah et Lucifer arrivèrent, et tous deux échangèrent un regard ravi. Cette serre contenait des plantes plus dangereuses et plus intéressantes que toutes celles qu'ils avaient pu voir l'année précédente. Harry, néanmoins, était en train de discuter avec un homme aux longues robes bleu clair parfaitement repassées et au sourire éclatant. Il était penché sur le Survivant et soupirait en riant et secouant ses boucles blondes. Le rouquin évita précautionneusement de les regarder, mais Lockart les vit et leva la main pour lui faire signe d'approcher.
-Lucifer ! Je vais donc enfin pouvoir vous rencontrer tous les deux !
Il ne jeta pas un regard à Noah, qui murmura une excuse à son ami avant de rentrer dans la serre, tout deux sachant très bien qu'ils n'avaient plus le choix. Le jeune Poufsouffle s'approcha de l'homme et de son frère, l'amertume lui brûlant toujours la gorge.
-J'étais en train d'expliquer à Harry qu'une voiture volante n'était pas du tout le meilleur moyen de commencer une carrière de célébrité. Mais tu es là également, et tu n'as encore rien tenté, je me trompe ?
Lucifer en resta ébahi et incapable de répondre. Harry fusillait autant Lockart que son frère du regard, mais le professeur ne parut pas s'en apercevoir.
-Ah Lucifer, ton frère part avec une avance considérable sur toi, mais comme tous les Poufsouffles tu sais faire preuve de patience ! Harry, Harry, Harry… Je m'en veux terriblement. Ce ne doit pas être facile pour toi de voir un professeur partir de rien et te surpasser dans ta célébrité. Sans compter qu'être le Survivant n'est pas aussi glorieux que de détenir le prix du sourire le plus charmeur par Sorcière Hebdo, n'est-ce pas ? Mais ne t'en fais pas, tu y parviendras avec mon aide. Ne refais cependant plus quelque chose de la sorte.
Lockart agita un doigt rieur devant le visage impassible de Harry, puis attrapa Lucifer par les épaules.
-Ton jumeau pourrait un jour obtenir ce sourire, regarde moi ces traits fins et ces cheveux pourpre.
-Ce-n-est-même-pas-sa-vraie-couleur, marmonna le Potter aux yeux verts entre ses dents.
-Vraiment ?
Lucifer était en apnée, tétanisé et désireux de s'enfuir au plus vite.
-Tu sembles sur la bonne voie. Je parlerais à Sorcière Hebdo pour toi si tu le souhaites. Ne me remercie pas, c'est tout à fait naturel. Harry… Harry, n'hésite pas à venir me parler si tu désires des conseils, d'accord ? J'ai dit au professeur McGonagall que je me chargerais de ta retenue.
-Je vis avec ma célébrité depuis… commença froidement le Survivant.
Mais Lockart avait déjà tourné les talons avec de nouveaux sourires. Les deux jumeaux restèrent seuls et se regardèrent en chien de faïence.
-Tu as fait ton petit effet ? siffla Harry.
La fureur de Lucifer face à la colère de James n'était pas retombée, et l'injustice de la situation échauffa un peu plus ses nerfs. Il s'approcha de son frère.
-Je n'ai pas pu placer un seul mot, et tu l'admettrais si tu réussissais à passer outre ta légendaire mauvaise foi, Harry. Je me fiche que tu sois furieux parce que tu viens de rencontrer une personne qui considère ses exploits, aussi piètres soient-ils, comme supérieurs aux tiens, tu pourras peut-être ainsi passer plus de portes.
Il sentit ses joues s'échauffer en même temps que le regard de son frère se faisait un peu plus ténébreux. La rage qui l'habitait sortit sans prévenir.
-Je suis également complètement indépendant du fait que tu aies pris la décision de commettre un vol sans faire fonctionner tes méninges, et je ne devrais pas avoir à en pâtir. Je n'ai pas loupé le train et n'ai pas prêté attention à ton absence parce que tu le désirais, et que je commence à comprendre qu'il faut que je m'éloigne de la famille Potter avant qu'elle ne me détruise.
-Qu'elle ne te détruise ? cracha Harry. La famille Potter est admirée depuis des siècles et autant Papa que moi avons sauvé des milliers de gens. Attends que je lui écrive ce que tu penses ! Et j'assume entièrement mes actes, c'est la caractéristique des Gryffond… attends, est-ce que c'était ça la lettre que James t'a envoyée ?
Lucifer préféra ne pas répondre. Il entrevit à peine l'expression de son jumeau changer, à la place, il préféra lui tourner le dos et ne pas être encore plus en retard à leur premier cours de l'année.
-Nous avions déjà discuté des autres points ! siffla Harry dans son dos.
Le Poufsouffle frappa et ouvrit la porte de la serre, s'excusa platement devant une professeur Chourave aux bras bandés, et se plaça près entre Noah et Susan. Harry entra à son tour et les deux frères choisirent de s'ignorer superbement.
-Lockart était-il si terrible ? s'enquit Susan alors que leur directrice de maison commençait à leur parler des mandragores.
-Oh… Noah, tes paroles d'hier étaient erronées. Lockart est dangereux –pour la santé mentale.
Avant qu'il ne puisse expliciter, ils durent enfiler des caches oreilles et s'occuper de mandragores.
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La salle commune des Poufsouffles vit ce soir là ses deuxièmes années être relativement bruyants. Agglutinés sur les fauteuils et l'un des canapés près du feu, la plupart d'entre eux riaient à gorge déployée. Même Noah, d'ordinaire calme, ne pouvait empêcher le rire de secouer son corps, et Lucifer sentait les côtes de son ami rentrer dans les siennes, trop serrés qu'ils étaient dans leur fauteuil. Les autres élèves, d'abord surpris, s'étaient contenté de hausser les épaules et de retourner à leurs occupations sans les juger, fidèles à leurs valeurs. Hannah finit par glisser du canapé tant elle se tortillait, et continua par terre, ne parvenant à diminuer son fou rire. Lucifer était peu à peu gagné par l'hilarité général. Poussé par Susan, il avait raconté l'entrevue entre Lockart, Harry et lui, et les paroles du professeur de Défense Contre les Forces du mal amusaient énormément les étudiants. Quand ils se furent calmés et eurent repris leur respiration, Justin lança à Lucifer :
-Si tu échoues à tes examens, tu pourras toujours te lancer dans une carrière de mannequinât.
Les autres échangèrent un regard, gonflèrent les joues et se mordirent les lèvres, mais repartirent aussitôt dans un fou rire.
-Tu seras adorable, hoqueta Sally-Ann. Et tu pourras changer de couleur de cheveux à volonté, sauf s'ils tiennent absolument à la couleur pourpre.
De nouveaux rires. La vision de leur camarade en Une d'un magazine féminin semblait suffire à éclairer leur journée. Lucifer, au début effaré à l'idée qu'une telle chose remonte aux oreilles de James, avait fini par rire avec les autres. Par Merlin, que se passait-il dans la tête de Lockart pour qu'une telle idée ait pu émerger ? Les rires finirent par disparaître et les halètements diminuèrent, mais tous avaient le sourire jusqu'aux oreilles.
-Plus sérieusement, intervint tout à coup Susan, ma cousine aime énormément Lockart…
-Il est très beau, fit remarquer Sally-Ann.
-Et sans doute doué, ajouta Hannah.
-… et je te conseillerais de l'éviter pour un moment, il est plus que capable de contacter quelqu'un qui travaille au magasine.
L'air effaré qui se peignit sur le visage du rouquin fit naître quelques gloussements, et il se promit de tout faire pour qu'une telle chose n'arrive pas. James trouverait de nouveau qu'il désirait se mettre en avant par rapport à Harry. Se souvenant de la discussion avec son jumeau, Lucifer se promit férocement de ne pas ouvrir la prochaine lettre de son père si elle survenait dans la semaine.
-Tu as intérêt à nous dédicacer des photos, soupira Justin d'un ton dramatique.
L'amusement général ne s'était pas dissipé, et il sut qu'il n'avait pas fini d'entendre parler de cette histoire. Mais qu'importe, ses camarades avaient raison : mieux valait en rire. C'était absolument risible et merveilleux.
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Ce fut finalement Harry qui se retrouva à dédicacer des photos, selon les rumeurs, et qui fut la cible de quelques rires. La première semaine de septembre s'écoula paisiblement pour les deuxièmes années de Poufsouffles, qui comprirent bien rapidement que si Lockart était doué pour sourire et charmer, il l'était bien moins pour ce qui était de dispenser des cours. Après une première expérience désastreuse avec des lutins de Cornouailles qui avaient ravagé la salle de Défense –tous s'estimaient heureux de ne pas avoir essuyé ces premiers essais-, il s'était concentré sur le sujet qu'il connaissait le mieux : lui-même. Le premier test de l'année portait sur tous les livres et des détails aussi insignifiants que la couleur préférée de l'homme ou la robe qu'il portait en affrontant le Yéti, soit, comme le dit Lucifer « Des choses qui ne nous sauveront la vie que si c'est par Lockart que nous sommes menacés. ». Ce à quoi Sally-Ann avait malicieusement répondu « Il suffirait de tâcher ses robes ». Le jeune Poufsouffle n'avait reçu aucune nouvelle lettre mais il évitait soigneusement son frère, ne parvenant pas à se défaire d'une rancœur amère, qui angoissait son meilleur ami.
-Tu es devenu plus cynique, Lucifer. Je ne te reconnais plus vraiment.
Noah s'éloignait, et il ne parvenait pas à se reprendre. Pourtant, il compris l'étendue et la dangerosité de cette fureur lorsqu'il surpris un duel entre Harry et Malefoy et se surprit à espérer que le Serpentard l'emporte. Secoué, il s'arrêta net et demeura un moment en état de choc.
-Je… bredouilla-t-il à l'adresse du vide, sans savoir quoi faire.
Sa gorge se noua.
-Noah… Pardon.
Son ami haussa les épaules et lui prit la main.
-Je sais que c'est difficile, promit-il. Mais ne change pas à cause d'eux, je t'en prie.
Comme toujours, il avait raison, et de nouvelles journées s'écoulèrent sans incident et dans la bonne humeur. Malgré tout, entre les devoirs, les cours et la fatigue, les deux garçons n'avaient toujours pas réussi à trouver un moment où s'isoler pour discuter en paix, et la frustration devenait un peu plus grande d'heures en heures.
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Ce ne fut que vers la fin du mois de Septembre que Noah et Lucifer purent enfin souffler un peu, ayant achevé tous leurs devoirs. Le temps s'assombrissait au fur et à mesure que l'automne approchait, et ils hésitèrent à se rendre dans le parc avant de finalement décider de retourner vagabonder dans les couloirs tout en discutant comme ils le faisaient l'année précédente. Ils arrivaient au couloir anciennement interdit en évoquant les vacances d'été lorsque les yeux du jeune Weber se mirent à scintiller.
-Lucifer, maintenant je peux t'en parler !
Ils s'assirent dans le corridor désert, en dessous de quelques tableaux qui les dévisageaient, réprobateur ou amusés.
-Te souviens-tu du fantôme dont je t'avais parlé et qui hante ma Demeure ? s'enquit le garçon à voix basse. Il est apparu que je dois vraiment me replonger dans la mode selon les différentes périodes de l'Histoire, car il n'est pas de l'époque Victorienne.
Lucifer écarquillait les yeux, buvant les paroles de son ami.
-Lorsque je m'ennuyais, j'ai pris mon courage à deux mains et suis allé lui parler. Il était dans sa pièce habituelle, à regarder par la fenêtre…
Noah se rendait rarement dans cette pièce. Ses murs jaunes pâles et son parquet clair laissaient voir la poussière qui s'y était accumulée, comme si, étrangement, leurs deux elfes de maison n'y faisaient plus le ménage. Les grandes fenêtres datant de la renaissance étaient pourtant toujours si propres qu'on aurait pu ignorer leur existence si elles n'avaient été agrémentées de quelques vitraux. Le sol était jonché d'objets en tout genre, aux couleurs dépassées. C'était probablement l'aile la plus mystérieuse de la Demeure Weber, celle dans laquelle enfant il avait tant aimé imaginé des histoires aux inspirations gothiques et rire lorsque sa gouvernante venait le chercher et le trouvait couvert de poussière d'avoir remué certains souvenirs.
Il n'avait jamais approché le fantôme d'aussi près. Il pouvait distinguer quelques rides sur son visage laiteux, parmi ses traits durs et pourtant indubitablement aristocratiques. Ses longs cheveux bouclés tombaient sur ses omoplates et semblaient avoir été négligés quelques temps avant sa mort. Il avait également une très légère barbe, à peine visible.
-Sir ? s'enquit le garçon.
Le fantôme se tourna vers lui. Il avait deux yeux vitreux, presque ailleurs et pourtant Noah fut certain qu'il le regardait. Il s'inclina comme on l'avait appris au jeune gentleman qu'il devrait devenir dans son enfance.
-Je me nomme…
-Je sais qui vous êtes, Noah Estivius Weber. Vous êtes l'héritier du titre et de notre demeure, l'unique fils de Pernelle Buccialia et Ebezener Weber, et mon dernier descendant. Vous portez les couleurs sable et or et faites honneur à la maison à laquelle j'appartenais jadis.
Noah se releva avec toute la grâce dont il disposait et se tint droit.
-C'est exact, Sir. Je suis conscient que venir vous parler après toutes ces années…
-Vous n'êtes pas le premier, répliqua-t-il comme s'il n'en avait cure. Tous les habitants de cette demeurent viennent s'entretenir avec moi après des années de silence. Certains désirent des informations, d'autres craignent pour leur descendance, d'autres encore sont férus d'Histoire ou tout simplement polis. L'être humain, qu'il soit moldu ou sorcier, et intéressé et le sera toujours.
Il avait reporté son regard sur la fenêtre. Noah hésita, se sentant légèrement honteux. Il aurait aimé faire la différence, mais il désirait lui aussi des informations. Il s'approcha néanmoins de la fenêtre et partagea la vue avec le fantôme.
En contrebas, les arbres avaient cessé de fleurir, tous arboraient désormais les vertes feuilles estivales. Les jardins à la française étaient parfaitement entretenus et les fontaines et bassins coulaient allègrement. Noah imagina y tremper la main alors que l'autre tournerait délicatement les feuilles d'un livre. Lucifer aimerait cet endroit.
-J'ai été émerveillé par Poudlard, murmura-t-il. Je suis heureux d'avoir été admis dans cette Ecole de Magie. J'y ai rencontré des personnes exceptionnelles. Je me souviens de ces sombres journées d'automne ou j'observais un garçon aux cheveux rouges…
Heures après heures, il parla au fantôme de lui, de Poudlard, de ce qui s'y passait aujourd'hui. L'homme ne bronchait pas, mais il le regardait de temps à autres, esquissait un sourire, les traits de son visage se modifiaient. Lorsque les fontaines s'éteignirent dans le parc, Noah sut que son père avait dû rentrer, et il prit poliment congé du fantôme.
Il revint le lendemain. Le fantôme n'avait pas bougé. Il le salua de nouveau, mais le sentit absent.
-Lucifer et moi avons fait une découverte alors que nous vagabondions dans le château, déclara Noah.
Il n'y eut nul signe que l'homme l'avait entendu. Le garçon hésita un instant, mais il se devait de savoir.
-Auriez-vous entendu parler de l'ancienne salle commune des Poufsouffles, Sir ?
Cette fois, le fantôme tressaillit, et l'enfant se rapprocha.
-Le Moine Gras nous a expliqué ce qu'il s'était passé.
L'homme tourna son visage vers lui, et le cœur du garçon sauta un battement mais il continua.
-En sauriez-vous plus ?
L'homme appuya son regard sur lui, et il se sentit très mal à l'aise.
-Sais-tu qui je suis ? s'enquit le fantôme d'une voix froide et légèrement effrayante.
-Non, Sir, et je m'en excuse. J'aurais dû vous le demander.
Noah savait qu'il avait commis un impair, et était heureux que ni ses parents ni sa gouvernante ne fussent là.
-Je ne suis pas un quelconque fantôme, Noah Estivius Weber. Je suis ton ancêtre.
Il se rapprocha un peu plus.
-Je suis Cygnus Weber.
L'enfant écarquilla les yeux, surpris, mais reprit bien vite contenance.
-Vous étiez là le jour où la salle commune a été attaquée, souffla-t-il.
Le fantôme hocha la tête puis retourna à la fenêtre.
-Je ne désire pas reparler de cette période. Mais je t'autorise à retourner dans la salle commune. Le changement s'est fait de façon précipitée. Il doit rester des traces que toi et Lucifer Potter pourrez trouver.
Lucifer avait les yeux grands ouverts et ne disait mot, se contentant de presser la main de son meilleur ami.
-Cygnus Weber… Oh Noah ! C'est incroyable !
A présent ils allaient pouvoir retourner dans l'ancienne salle commune, en plus de résoudre le mystère des créatures invisibles qui tiraient les diligences. Ils pourraient la passer au peigne fin et trouver des indices. Le cœur du jeune Potter battait à toute vitesse et ses yeux brillaient.
-D'autres l'auront sans doute fait avant nous, remarqua-t-il, mais ils auront peut-être laissé les reliques en place, ce que nous devront faire aussi, par respect.
-Je suis entièrement d'accord, répondit son ami.
Ils se relevèrent, légèrement courbatus, et échangèrent un regard complice. Ils ignoraient quand ils auraient l'opportunité de retourner dans l'ancienne salle commune, mais ils savaient qu'ils le feraient, et l'idée de plonger dans l'histoire les excitaient.
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Les feuilles des arbres se colorèrent en rouge et orange, le saule cogneur retrouva sa vivacité et peu à peu, octobre fit suite à septembre. Il semblait toujours y avoir du monde dans l'escalier permettant d'accéder à l'ancienne salle commune et Lucifer et Noah s'étaient résignés à attendre, mais elle ne quittait jamais vraiment leur esprit. Le mystère des créatures invisibles avait peu à peu été relégué au second plan : ils disposaient encore de nombreuses années pour les étudier en détails, peut-être même en entendraient-ils un jour parler en cours. Le jeune Potter avait jusqu'ici réussi à éviter de se retrouver de nouveau avec Lockart en dehors des cours, et il n'avait reçu aucune nouvelle lettre de la part de James. Il surveillait toujours son jumeau du coin de l'œil, sa rancœur ayant disparu longtemps auparavant. Ce n'était pas la faute d'Harry si James trouvait toujours le moyen de tout reporter sur lui. Les deux garçons se croisaient, se saluaient d'un signe de tête parfois agrémenté d'un poli « Bonjour », sans plus parler. Sally-Ann esquissait une légère moue parfois, en le voyant agir de la sorte, et les yeux de Susan brillaient de compassion mais sa gorge se serrait moins… ou peut-être n'était-ce qu'une illusion. Il tentait de se protéger et avait un peu de mal à dénouer ses sentiments. Il lui semblait qu'il portait toujours un fardeau avec lui, tristesse intérieur qui le dévorait et sapait son énergie.
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En ce soir d'Halloween, Dumbledore avait fait venir des squelettes dansants et tous les élèves les applaudissaient, enthousiastes. Lucifer, qui avait été nauséeux toute la journée à cause de l'odeur de citrouille qui flottait dans le château, accueillit le show avec un grand sourire. Il n'en avait jamais vu de tel et fut émerveillé autant du spectacle que des chansons sorcières diffusées qu'il ne connaissait pas. Justin sifflait d'admiration et même Ernie avait laissé tomber ses manières pompeuses pour applaudir à tout rompre. Susan et Hannah partageaient avec Noah et Sally-Ann leurs meilleures histoires de fantômes et d'Halloween et Lucifer les écoutait en savourant un gâteau au chocolat, emplissant ses narines de l'odeur salvatrice. Un sentiment de bien être enflait dans sa poitrine. Il regarda la Grande Salle décorée de citrouilles et de chauves-souris.. Tout le monde était là, à part, curieusement, les fantômes –et il n'avait pas non plus vu Harry à la table des Gryffondors…-. Il effleura le coude de son meilleur ami.
-Souhaites-tu assister au banquet jusqu'à ce qu'il se termine ? s'enquit-il.
Il avait vu et senti assez de citrouilles pour le restant de l'année. Les yeux argentés de Noah luirent soudainement, comprenant ce qu'il avait en tête.
-J'ai passé une bonne soirée, reconnut-il, mais je n'aurais aucune frustration à ce qu'elle s'écourte. Allons-y.
Ils saluèrent leurs camarades, sachant que la plupart d'entre eux estimeraient qu'ils retournaient à la salle commune ou au dortoir, et l'aversion de Lucifer pour le légume mis à l'honneur du jour n'était un secret pour personne. Les deux garçons se faufilèrent discrètement jusque dans le Hall puis, plutôt que de tourner à droite, continuèrent tout droit.
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Noah tapota le rythme Helga Poufsouffle sur le côté de l'escalier et les deux garçons retinrent leur souffle. Lentement, l'escalier tourna sur lui-même et se souleva jusqu'à dégager un passage, soulevant moins de poussière que la première fois qu'ils avaient assisté au phénomène. Les deux garçons hésitèrent un instant, puis se prirent mutuellement la main et avancèrent dans l'ancien lieu, leurs baguettes brandies et sous un Lumos relativement puissant.
La pièce était dans le même état que la dernière fois. Poussiéreuse, aux couleurs passées, aux meubles et aux rideaux abîmés par les termites et le temps. Les deux Poufsouffle descendirent jusqu'au bas des marches, muets et respectueux, se sentant étranges. Les doigts de Noah serraient très fortement la main du jeune Potter, qui sentait le froid s'infiltrer dans ses entrailles.
Se trouver dans l'ancienne salle commune des Poufsouffles à présent qu'ils en connaissaient l'histoire était étrange. Ils étaient plus touchés de la désolation qui frappait le lieu et ne parvenaient pas à se défaire d'un étrange sentiment de deuil. Lucifer dénoua sa main de celle de son ami pour s'approcher de l'immense cheminée qui semblait les accueillir.
Les briques pâles et poussiéreuses lui apparurent fragilisées. Le ciment qui les reliait s'écaillait, de larges fissures s'étalaient sur toute la surface et lorsqu'il les effleura, d'étranges décharges d'énergie négative le transpercèrent et il recula prestement.
-Noah, murmura-t-il.
Son ami inspectait les escaliers qu'il venait de descendre et son visage pâle à la lumière de sa baguette lui indiqua qu'il ressentait également d'étranges vibrations.
-Je crains que le Moine Gras ne nous ai fourni qu'une version édulcorée de ce qui s'est passé ici, songea-t-il de la même voix basse qu'il avait utilisé précédemment.
Il leur semblait impossible de parler plus fort. L'atmosphère lugubre et endeuillée du lieu les poussait à la discrétion et au respect.
-Il est impossible que quelques attaques simples aient laissé autant de dégâts. Nous sommes sur les lieux d'un véritable drame.
La tristesse s'infiltrait dans chaque parcelle de sa peau et il lui semblait entendre d'étranges échos, semblables à ceux provoqués par le node de la Tour d'Astronomie.
-Le refus de Cygnus d'en parler est équivoque, répondit doucement son ami. Lucifer, viens voir…
Le rouquin se retourna et frissonna, frottant son nez de sa main libre afin de s'empêcher d'éternuer. Il traversa les lieux silencieux, ses pas résonnant étrangement sur le tapis et les dalles, qui, il le remarqua alors, paraissaient en aussi piètre état que le reste de la salle commune.
L'escalier de pierre et de bois ne lui parut pas différent lorsqu'il rejoignit Noah ce fut seulement lorsqu'il suivit ce que pointait la baguette lumineuse de son ami qu'il comprit. Sur les murs de l'escalier tournant étaient gravés des mots, nobles, romains et anciens.
D'HELGA POUFSOUFFLE NOUS VIVONS.
D'autres, plus en hauteur encore, devenaient difficiles à distinguer.
NOUS EST UN.
En se déplaçant dans l'alcôve derrière l'escalier, ils déchiffrèrent de nouvelles devises.
AMBITION COURAGE LOYAUTE CURIOSITE NOUS SEPARENT
MAGIE NOUS RASSEMBLE
Les deux garçons échangèrent un regard silencieux. L'écriture était semblable aux devises en latin égayant les frises de marbres au dessus de l'ancienne salle commune et qu'ils ne pouvaient comprendre. Mais dans l'alcôve se mêlaient diverses écritures plus petites, moins prononcées dans la pierre et moins anciennes.
Jamais puissance ne doit signifier abjuration des libertés.
Tous les sangs sont rouges.
Que vos langues inventent quelques moyens d'accroître notre peine, pour en laissez les siècles stupéfaits.
Quoi qu'écrive l'histoire elle sera romancée.
Oublier est dangereusement impardonnable lâcheté.
Lucifer tressaillit et sentit une boule enfler dans sa gorge. Il passa ses doigts sur les gravures glacées et sentit des fourmillements dans le bout des doigts. Il devinait une douleur intense dans ces avertissements et un désespoir dans le Monde des Sorciers et la magie. Comment cet épisode pouvait-il avoir été oublié alors que c'était manifestement contre la volonté de ses derniers habitants ? Il se retourna vers la cheminée et sa statue de justice brisée et sentit le sel des larmes brûler ses yeux. Sa main chercha celle de Noah alors qu'il ne pouvait prononcer un mot. Son ami la lui offrit et ils demeurèrent un instant immobiles.
-Nous devrions remonter, murmura Noah, bouleversé également. Je pense que nous devons réfléchir à la sombre histoire de ce lieu.
-Ainsi qu'à l'émotion de ceux qui le quittèrent, acquiesça Lucifer sur le même ton.
Ils franchirent le passage en tremblant quelque peu, guettant d'éventuels bruits de pas, mais nul ne les surprit.
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Un étrange brouhaha régnait lorsqu'ils ressortirent, provenant du deuxième étage. Echangeant un regard, encore secoués de leur intrusion dans le passé, les deux jeunes Poufsouffles se dirigèrent vers l'origine du bruit. Une foule d'élèves murmurant avec une excitation anxieuse les empêchait de voir ce qui se passait et ils se frayèrent un passage jusques aux premiers rangs.
Lucifer retint un gémissement interloqué en apercevant le mur dégoulinant de sang.
LA CHAMBRE DES SECRETS A ÉTÉ OUVERTE.
ENNEMIS DE L'HÉRITIER, PRENEZ GARDE.
L'écho avec l'ancienne salle commune était trop puissant dans son esprit, mais le message sur le mur ne diffusait ni désespoir ni volonté d'un monde meilleur. Il était symbole de puissance et de haine. Autour d'eux le silence s'était fait. Au centre de la foule, se tenaient Harry, Ron et Hermione, leurs visages livides exprimant clairement une volonté de se trouver n'importe où ailleurs. Et, à leur côté, Miss Teigne, la chatte de Rusard, était étendue sur le sol, raide et comme morte depuis des heures.
-Ennemis de l'héritier, prenez garde !
Une voix traînante s'éleva dans l'air, et Lucifer reconnut celle de Drago Malefoy. Le garçon arborait deux yeux brillants et un sourire effrayant.
-Bientôt, ce sera le tour des Sang-de-Bourbe !
Il foudroyait Hermione Granger du regard. L'insulte était évidente, bien que Lucifer n'eut aucune idée de ce que ces mots signifiaient. La réjouissance déplacée qui émanait de lui fit monter une rage nouvelle dans ses veines. Il fit volte face pour mieux regarder l'enfant.
-L'auteur de cette œuvre morbide pourrait décider que les penseurs inhumains sont ses héritiers, cracha-t-il.
Malefoy éclata de rire.
-Renseignes-toi Potter ! La Chambre des Secrets a pour allié les Serpentards. Ne t'inquiète pas pour ta très chère mère, elle est déjà dans la tombe.
L'allusion heurta le rouquin en plein cœur, mais avant qu'il n'ait pu rétorquer, Harry fondait sur son ennemi, baguette en main. Il lui assena un coup de poing en pleine figure, faisant aussitôt gicler le sang, et les deux deuxième années chutèrent au sol.
-Harry, arrête ! s'exclama Lucifer en attrapant son frère par l'épaule.
Il était dans une telle fureur qu'il paraissait entièrement capable de tuer Drago Malefoy. Son jumeau donna un coup d'épaule en arrière dans l'espoir de se dégager, mais Lucifer le tenait fermement et Hermione venait d'arriver en renfort.
-Espèce de petit… N'insulte plus jamais ni Hermione, ni ma mère si tu ne veux pas que je m'en prenne à ton Mangemort de père ! cracha Harry.
Toute couleur quitta aussitôt le visage de Malefoy ainsi que celui de la plupart des personnes présentes autour d'eux.
-Oh non… murmura Noah.
Il se posta aussitôt en rempart entre les deux garçons qui semblaient se promettre une destruction mutuelle. Le poing de Malefoy atteignit l'œil du Poufsouffle, et Lucifer lâcha son frère pour maintenir le blond.
-Malefoy, bon sang, arrête ! Noah, va chercher…
Avant qu'il ait eu le temps d'achever sa phrase, Rusard poussa un hurlement qui figea tous les élèves. Il se rua auprès de Miss Teigne dont la plupart des élèves avait oublié l'existence.
-Ma chatte ! Qu'est-il arrivé à ma chatte ? Potter ! Vous l'avez tuée ! Vous l'avez tuée et je vais vous assassiner, je vais…
-Foutez-moi la paix ! explosa Harry. Je n'y suis pour rien, je l'ai trouvée comme ça, et foutez moi la paix ! Assassinez plutôt Malefoy !
-Harry, arrête-toi maintenant, souffla Ron à son oreille.
Lucifer connaissait la sensibilité de son jumeau aux alentours d'Halloween pour en avoir souffert l'année précédente. Que Malefoy s'en prenne à Lily le jour de l'anniversaire de sa mort devait l'avoir blessé au plus haut point, mais il paraissait dans une fureur noire dont rien ne parvenait à le défaire. Un coquart noircissait autour de l'œil gonflé de Noah, et lui-même se voyait démuni, incapable de savoir quoi faire et sachant parfaitement que s'il tentait de nouveau de calmer son jumeau, il en souffrirait.
-POTTER ! Calmez-vous immédiatement où vous serez renvoyé. Dois-je vous rappeler votre sursis ? scanda le professeur McGonagall qui arrivait, alertée par le bruit et la foule.
Lucifer reprit aussitôt une respiration normale, se rendant compte qu'il transpirait. Harry écumait toujours néanmoins, et il ne pouvait le laisser ainsi.
-Ce n'est pas la faute d'Harry, Professeur. Malefoy… Malefoy prétend que notre mère… Ne risque rien car elle est déjà…
La lourde atmosphère de l'ancienne salle commune mêlée à sa tension et au choc de la découverte du sang sur les murs le firent vaciller. Le professeur de métamorphose leva les yeux vers l'inscription et son expression changea.
-Albus… commença-t-elle.
Ce fut seulement à ce moment que Lucifer se rendit compte de la présence du directeur et d'autres professeurs.
-Malefoy, je vous verrais dans mon bureau plus tard, lança sèchement Rogue.
Le directeur s'était penché sur Miss Teigne, qu'il avait détachée de la torchère.
-Suivez-moi, Argus, demanda-t-il. Monsieur Potter, Monsieur Weasley et Miss Granger également.
Lucifer aurait voulu s'interposer et rejoindre son jumeau, s'assurer qu'il avait retrouvé son calme et qu'il irait bien. Mais la fatigue le submergeait et il savait que Dumbledore le repousserait gentiment. Il ne se trouvait pas là lors de la découverte et sa présence était inutile. Il se résigna et regagna sa salle commune en compagnie de son meilleur ami.
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Tous les élèves paraissaient étranges, et murmuraient en petits groupes. A plusieurs reprises, Lucifer entendit le nom de son jumeau.
-…était juste devant Miss Teigne quand nous sommes arrivés.
-…Malefoy… distraction…
Certains lui lançaient des regards accusateurs, d'autres suspicieux. Il préféra gagner son dortoir, et Noah le suivit. Justin et Ernie s'y trouvaient déjà et discutaient à mi-voix. Le premier eut un mouvement de recul lorsque les deux garçons entrèrent.
-Harry n'y est pour rien, lâcha sèchement Lucifer en guise d'avertissement.
-Tu es toujours si prompt à le défendre, siffla Justin. Il ne t'est pas venu à l'idée que tu ne le connais pas ? Il ne veut pas de toi, ne te met pas du sang complice sur les mains.
La souffrance que provoquèrent ces paroles fut si douloureuse que Lucifer en eut le souffle coupé.
-Je connais suffisamment Harry pour savoir que jamais il ne ferait une chose pareille, répliqua-t-il dangereusement.
Et surtout, jamais, jamais le jour d'Halloween. Son jumeau était en deuil, il l'avait vu dans ses yeux lors du cours de botanique du matin.
-Il déteste Rusard, et son attention s'est aussitôt détournée sur Malfoy… Grâce à toi.
-Ne vas pas me dire que tu penses Lucifer complice ! s'interposa Noah.
-Vous êtes partis tous les deux bien avant la fin du festin, répliqua Justin. Il est aussi suspect que son frère. Maintenant, ne m'approche pas et laisse moi tranquille. Et je suis sérieux. Ne m'approche pas.
Ernie haussa les épaules et Justin lui tourna le dos. Lucifer arracha rageusement sa robe et fila sous ses couvertures, gardant uniquement ses rideaux ouverts du côté du lit de Noah.
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Lorsqu'il se fut enfin allongé et autorisé à relâcher la pression, les larmes roulèrent en abondance sur ses joues. Le pic de douleur dans son cœur le tourmentait et il s'efforçait de rester immobile, d'empêcher son corps d'être secoué de sanglots. Dès que la lumière se fut éteinte, Noah s'approcha doucement et se glissa dans son lit. Il passa une main sur la joue de son amie, destinée à essuyer ses larmes.
-C'est si injuste, souffla Lucifer en s'accrochant à son poignet. Je ne comprends même pas la moitié des mots, et je… Et ils ont tellement souffert, Noah.
Les yeux de son meilleur ami étincelèrent de peine à la lueur de la lune.
-Je sais. Je sais. Dors, Lucifer, tout ira mieux demain. Ne prête pas attention à Justin. Il se sent menacé par les mots et Harry est le suspect idéal. Il ne t'a pas agressé lorsque tu l'as défendu, souviens-toi de cela.
-Pourquoi l'ai-je fait ? Il se fiche de moi, j'étais résigné à ne plus prêter attention à lui !
-Tu l'as fait parce que c'est dans ta nature, et je suis heureux de te voir redevenu entièrement toi-même. Allons, dors, tu en as besoin.
Lucifer se redressa, les deux mains agrippées au poignet de Noah.
-Mais c'est injuste ! Tu n'es pas en meilleure forme que moi, j'ai senti à quel point tu étais affecté ! Tu as besoin de moi.
Son meilleur ami resta interloqué, et Lucifer agit instinctivement, le prenant dans ses bras et le serrant à s'en faire mal.
-Je suis aussi là pour toi, Noah. Ne l'oublie pas, dit-il à son oreille.
Il sentit l'autre garçon lui rendre son étreinte.
-Je… le sais Lucifer. Merci.
Il se faufila jusqu'à son lit, et Lucifer garda ses rideaux ouverts jusqu'à ce qu'il fut sûr que son ami se soit endormi, lorsque ses yeux d'argent quittèrent enfin les siens et que ses paupières se ferment sur un monde plus paisible.
