-Allez vas-y…plus loin…plus vite…alleeeez ! Dépêche-toi, qu'est-ce que tu attends ? S'il-te-plaît, vas plus vite, j'ai pas toute la journée. Oui comme ça c'est bien…c'est parfait. Non stop pas comme ça…Oh oui ! Oh oui tu y es presque alleeeeez, ouiiiiiiiii…
Un cri strident et franchement pas masculin retentit ensuite. N'importe quel être sain d'esprit l'aurait pris pour un cinglé et Milo imaginait déjà la réaction de la grand-mère qui lui servait de voisine du bas si elle l'avait entendu, certain qu'elle lui lancerait un regard outré et dégoûté la prochaine fois qu'elle le verrait, persuadée qu'il organisait encore des soirées de débauche et qu'il venait tout juste de s'envoyer en l'air au-dessus de son pauvre petit cœur cardiaque. Mais non. Milo ne venait pas de faire des galipettes, loin de là. C'était bien dommage d'ailleurs, car s'il détestait devoir se vendre, il y avait une chose qu'il détestait encore plus. Les souris. Il en avait horreur. Et évidemment, c'était aujourd'hui que cette satanée bestiole décidait de montrer le bout de son nez. Et dans SA buanderie en plus de ça. Il y avait des dizaines d'appartements mais non, il avait fallu qu'elle atterrisse chez LUI. Et depuis de longues minutes qui lui paraissaient être des heures, il essayait de pousser cette infâme créature dans le piège à souris qu'il avait placé dans le coin de la pièce. Il fallait qu'elle disparaisse et vite, sauf qu'il était persuadé que cette sale bête avait planqué un radar à fromage piégé sous sa patte, ce n'était pas possible autrement. Sinon, pourquoi ne se jetait-elle pas sur le morceau dodu de gouda qu'il avait sacrifié pour elle ? Il avait d'abord pensé à lui balancer un seau d'eau sur la tête, mais il n'était pas persuadé que ça l'aurait beaucoup aidé. Qui sait, c'était peut-être un monstre super-mutant qui ne demandait qu'à être aspergé d'eau pour révéler sa vraie nature. Parano ? Non, juste prévoyant…peut-être même un peu trop d'ailleurs. Alors il ne lui restait plus qu'à attendre qu'elle se décide enfin à aller se suicider. Sauf qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps, et il devait encore faire un état des lieux.
-Bon je te laisse ici, décide toi-même de l'heure de ta mort.
Et il fit demi-tour, postant tout de même un balai devant la porte, au cas où il verrait son horrible petit museau venir renifler le tapis.
Elimination de la poussière sur la table basse ? Ok. Destruction du morceau de pizza sous le lit ? Ok. Désintégration des cafards dans l'évier à vaisselle ? Ok. Disparition de son costume de ''travail'' en latex ? Ok. Extermination des chaussettes sales dispersées un peu partout ? Ok. Tout avait l'air d'être parfait : il avait passé l'aspirateur, récuré chaque centimètre carré du plancher, avait fait la vaisselle, prit les toiles d'araignées et il avait même entreprit de vider une armoire pour le laisser mettre ses affaires. Bon d'accord, il n'était pas certain qu'elle supporterait le poids de plus de 2 t-shirts, mais l'intention y était ! Oui, Milo pouvait être fier de lui ! Son appartement n'avait jamais été aussi propre, même quand il en avait fait l'acquisition. Il avait gagné des ampoules aux doigts et une égratignure dans la bataille, mais il l'avait fait ! Maintenant, il ne lui restait plus qu'à attendre son nouveau colocataire… Il se jeta presque sur le canapé derrière lui, un sourire à la fois béat et stressé collé aux lèvres : c'était aujourd'hui que sa vie prenait un nouveau tournant.
-Choupinet ? Viens voir par là une minute !
Et Camus soupira comme il bouclait son sac avant de le balancer sur son épaule pour rejoindre Aphrodite dans le salon. Son meilleur ami le regardait, les yeux brillants, et le français s'attendait au pire. En effet, quelques secondes à peine plus tard, le suédois lui sautait au cou, pleurant doucement contre lui. Nouveau soupir : il était vraiment extra sensible.
-Tu vas tellement me manquer mon Camus !
-Aphro, je pars habiter à trois kilomètres d'ici, ce n'est pas comme si je déménageais à l'autre bout du monde. Et puis on reste en contact, je viendrai te voir, d'accord ?
-Mais bien sûr, tu avais déjà dit ça avant de partir avec Shura, et je n'ai plus eu de nouvelles pendant des mois !
Et c'était vrai. Shura lui avait vraiment tourné la tête, si bien qu'il en avait oublié ses amis. Il s'était même fâché avec Hyoga à cause de lui, et pourtant, Dieu sait comme il était proche du jeune homme. Aujourd'hui il ne savait pas ce qu'il était devenu, il savait jusque que Hyoga avait déménagé et qu'il lui avait demandé de ne pas chercher à le revoir. Il lui manquait beaucoup, et il ne voulait plus revivre la même chose avec Aphrodite, ça jamais.
-Je suis désolé pour tout Aphro, mais je te promets que je viendrai te voir. Je te l'ai dit, je ne veux plus entendre parler d'homme dans ma vie !
-A ce propos…
Passant du coq à l'âne, Aphrodite se détacha de lui avant de sortir d'un tiroir un petit paquet soigneusement emballé.
-Aphro, qu'est-ce que c'est ?
-Un petit cadeau mon chou, je suis certain que tu en auras très vite besoin !
Camus était touché par le geste : son meilleur ami n'était pas du genre à faire des cadeaux, préférant mille fois économiser son argent pour le dépenser presqu'exclusivement en vêtements et salons de coiffure. Sauf qu'il ne s'attendait pas vraiment à recevoir ça.
-Mais c'est une… une boîte de capotes ?
-Non mais ! Ce n'est pas une simple boîte de capotes. Ce sont des capotes aux fruits exotiques ! Tu m'en diras des nouvelles.
-Tu me prends pour qui exactement, si tu crois vraiment que je vais coucher avec mon colocataire, tu te trompes !
-Moi je n'insinue rien, mais qui sait, peut-être que tu rencontreras la perle rare.
Et Camus grimaça tout en fourrant dans son sac le fameux ''cadeau'' de son meilleur ami. Il le serra une dernière fois contre lui, le remerciant encore pour tout et lui promettant de venir le revoir très vite. Il devait partir maintenant il devait être là pour 16h. C'est aujourd'hui que sa nouvelle vie commençait. Une vie sans Shura, sans son sourire, sans son parfum, sans sa voix douce et suave, sans son regard perçant qui le détaillait avec passion. Une vie sans vie, en quelques sortes. Il ne savait pas encore comment tout ça allait se passer, ni comment il allait réussir à vivre là-bas, mais il devait essayer. Il avait accepté pour ça aussi, pour se prouver qu'il pouvait parfaitement réussir sans l'homme qu'il aimait. Il avait l'impression de n'être plus rien depuis qu'il l'avait quitté, et il ne voulait pas. Il voulait avancer, il devait avancer. Et puis il y avait aussi Milo…il avait eu pitié de lui et ses sourires maladroits. Et il avait craqué en repensant aux yeux remplis d'espoir qu'il avait posé sur lui, lorsqu'il lui avait dit qu'il le recontacterait. Il ne lui restait plus qu'à espérer que Milo ne soit pas un dealer, un serial killer, un bandit, un homme infidèle, un vendeur de rêve ou autres cas sociaux comme il avait l'habitude d'en rencontrer. Il voulait une vie normale, était-ce trop demandé ?
Le grec faisait les cents pas devant sa porte. Il était 16h07. Camus était en retard ! Et s'il s'était moqué de lui ? Si tout cela n'était qu'une monstrueuse blague dont il avait fait les frais ? Il aurait dû se douter que jamais une personne comme lui ne viendrait réellement vivre ici. C'était trop beau pour être vrai il était vraiment trop naïf ! A tous les coups, il s'était fait avoir, et en beauté ! Tandis qu'il se morfondait sur sa misérable existence, se demandant comment il allait encore pouvoir tenir ce rythme effréné de trois clients par nuit pour payer son loyer, il entendit enfin que quelqu'un toquait à la porte. Ni une ni deux, il bondit presque dans l'entrée, ouvrant ainsi la porte à la volée pour tomber sur un Camus à la bouille désolée.
-Excuse-moi pour mon retard. Mais je suis passé acheter quelque chose avant de venir, et je suis tombée sur les monstrueux embouteillages caissiers du samedi après-midi. Pas la peine de te dire que personne ne m'a laissé passer.
Qui pourrait résister à un Camus à la mine défaite, une mèche de cheveux lui barrant le front et à ses yeux suppliants qui vous fixent ? Pas vous ? Et bien Milo non plus. Camus aurait pu lui inventer n'importe quelle excuse, lui racontant qu'il s'était fait kidnapper par Voldemort et qu'il avait dû se battre contre une armée de trolls en culotte courte, il l'aurait cru. Il était tellement heureux de le revoir qu'il aurait pu tout lui pardonner.
-Pas de problème, je ne me souvenais plus exactement de l'heure qu'on avait fixée, mentit-il avec brio, mais entre !
Et le français fut étonnement surpris de voir un sol presque immaculé se dresser devant lui. Il s'attendait à retrouver le déluge qu'il avait quitté deux jours plus tôt, mais il n'en était rien. Il aurait même pu dire que l'appartement de Milo était propre. Et il n'en revenait pas !
-Je serais presque vexé de te voir si étonné si je ne connaissais pas l'état déplorable dans lequel tu as visité mon appartement l'autre fois. Je t'avais pourtant dit que j'étais une véritable fée du logis.
Milo se trouvait brillant lorsqu'il s'agissait de mensonges. Se faire passer pour une parfaite petite femme au foyer n'était pas dans ses habitudes et pourtant il y parvenait très bien. Il suffisait de voir l'éclat de satisfaction dans le regard de Camus pour savoir qu'il le croyait sur parole, ne se doutant absolument pas qu'il avait fallu un temps fou à Milo pour tout nettoyer, lui qui savait à peine passer le balai sans casser quelque chose.
-Fais comme chez toi, prends tout le temps qu'il faudra pour déballer des affaires, je vais préparer une pizza !
Camus fit une moue de dégoût comme Milo tournait les talons avant de trottiner, tout sourire, jusqu'au réfrigérateur : une…pizza ? Depuis quand mangeait-il ce genre de cochonnerie ? Lui ne mangeait que des produits bio ou alors frais du jour, mais jamais de…pizza. Il était persuadé que ce n'était rien d'autre qu'une invention du diable servant à les damner. Tout comme les chips, les frites, le coca et autre aliments 100% nuisible à la santé. Mais bon…il ne pouvait tout de même pas faire l'enfant gâté le premier jour, n'est-ce pas ? Mais dès le lendemain, il prendrait lui-même les directives culinaires, foi de Camus !
-Tu…tu n'aimes pas les champignons ? Demanda doucement Milo comme il voyait Camus épier suspicieusement son quartier de pizza depuis plusieurs minutes. Lui avait déjà terminé la moitié de sa pizza et il commençait à légèrement paniquer face à l'absence de réaction de son nouveau colocataire. Peut-être qu'il était allergique aux champignons ? Et peut-être que le fait d'avoir respiré l'odeur des champignons cuits avait provoqué un court-circuit chez lui ?
Sauf que les champignons n'étaient pas un problème Camus aimait tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un légume. Le problème, c'était la montagne de fromage qui emprisonnait ce champignon. Camus essayait vainement d'évaluer le pourcentage calorique contenu dans ce fromage frétillant et luisant. Il était persuadé qu'il aurait au moins pris un kilo le lendemain !
-Camus ? Tu n'aimes pas les champignons ? Redemanda encore Milo, de plus en plus inquiet par le mutisme du français.
-Hein ? Oh non, j'aime beaucoup ça. C'est juste que je…je n'ai pas l'habitude d'avoir cette alimentation.
-Désolé, je ne peux pas vraiment me vanter d'être un cordon bleu…
-Peut-être que je pourrais prendre la cuisine en charge ? Je me débrouille plutôt bien.
Milo était ravi que son colocataire prenne cette initiative, il y avait bien trop longtemps qu'il n'avait plus mangé quelque chose de sain et d'équilibré. Ce serait pour lui l'occasion d'y goûter. Ils échangèrent quelques mots sur la gastronomie française et sur la vie de Camus. Milo apprit que son colocataire était venu ici pour faire ses études, qu'il était tombé follement amoureux d'un garçon pour qui il avait décidé de tout quitter sa famille, ses amis.
-Et maintenant, il est en voyage ?
-Non, il m'a trompé.
Un long silence s'installa alors entre eux le grec ne savait absolument pas ce qu'il pouvait dire. Il ne pouvait pas juger le jeune homme, lui-même couchait tous les soirs avec plusieurs garçons différents, il n'avait donc aucun commentaire à faire sur la fidélité. Mais il se demandait tout de même comment cela se passerait, s'il était en couple. Serait-il vraiment capable de tromper son petit ami ? Il pensait que non, pas s'il était réellement amoureux.
-Je vais…terminer de ranger mes affaires.
Et Camus quitta la pièce. Milo se maudit d'avoir posé cette question stupide la vie de son colocataire ne le regardait pas, après tout. Ils devaient juste apprendre à cohabiter ensemble, ils n'avaient pas à partager leurs vies personnelles. Il était vraiment trop curieux…
-Tue-la ! Tue-la tue-la tue-la !
Cramponné aux épaules de Camus, Milo hurlait à lui déchirer les tympans tout en sautillant sur place. Lorsque le français était parti ranger ses affaires, il était passé par la buanderie pour prendre ses marques. Et c'est là qu'il avait vu deux yeux rouges effrayants braqués sur lui. Il avait d'abord pensé que Milo était réellement un tueur en série, un violeur et qu'il avait planqué son acolyte dans la buanderie, pour mieux le surprendre. D'une main tremblante, il avait osé allumer la lumière et les deux yeux rouges effrayants s'étaient transformés en une minuscule et adorable petite souris grise. Camus adorait les rongeurs. Il avait alors retraversé le petit couloir pour venir tout naturellement chercher un morceau de fromage pour le petit animal. Sauf que Milo l'avait vu, et qu'il avait commencé à lui poser des questions.
-Un petit creux ?
-Non, je viens de me faire une nouvelle amie dans la buanderie.
Le teint de Milo avait pâli à vue d'œil. Il venait de se souvenir d'elle. Cette sale petite bête qui avait établi sa demeure chez LUI. Il pensait pourtant qu'elle aurait fini par écouter la voix de son estomac et qu'elle se serait fait piéger. Loupé. Et maintenant elle allait camper dans sa buanderie toute la nuit…Une minute, elle était toujours dans la buanderie, n'est-ce pas ?
-Euh Camus, tu as bien fermé la porte avant de venir, pas vrai ?
-Pourquoi est-ce qu'aurais fermé la porte ? La pauvre, elle devait manquer d'air.
Milo allait pour répliquer lorsqu'il avait vu, devant ses yeux effarés, une petite souris passer à quelques centimètres de ses pieds, se dandinant joyeusement sur SON plancher. La réaction ne s'était alors pas faite attendre : il avait bondi sur ses pieds, couru derrière Camus et depuis, il refusait de le lâcher.
-Mais tue-la !
-Enfin Milo, que veux-tu que je fasse ? Je ne veux quand même pas la frapper !
Il trouvait le comportement de son colocataire plus que puérile. Collé dans son dos, il hurlait des paroles incompréhensibles, le suppliant de la tuer, d'en faire un milkshake, un yaourt, une ratatouille, n'importe quoi du moment qu'elle n'apparaisse plus devant ses yeux sous la forme d'une souris.
Et la pauvre petite créature était tapie dans un coin de la pièce, écoutant les tragiques destinées que Milo voulait lui faire subir. Camus était persuadé qu'elle comprenait absolument toutes les absurdités qu'il lui criait dans les oreilles.
-Milo arrête ça, elle est encore plus effrayée que toi à voir un abruti dans ton genre sauter sur place ! Tais-toi.
-Tue-la bordel Camus !
Et c'était reparti. Impossible de le faire taire. Il commençait déjà à avoir mal à la tête. Et il lui enfonçait ses ongles dans les omoplates, en plus de ça.
-Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Pourquoi est-ce que tu beugles comme ça, Milo ?
-Kanooooooon tue-la ! Je t'en supplie tue-la !
Le grand marina n'avait pas eu de mal à repérer la cause hystérique de son ami. La souris était totalement à découvert. Il s'était alors approché, l'avait saisie entre ses mains, ouvert la fenêtre et il avait balancé la pauvre petite créature par la fenêtre, faisant se calmer instantanément Milo.
-Ça va c'est bon t'as fini ? Franchement Mil', hurler pour une bestiole qui finit si facilement en chair à pâtée…Au fait, je suis Kanon !
Il tendit une poignée de mains au français, mais il ne reçut aucune réponse. Camus se dégagea du l'étreinte de Milo, toujours agrippé à lui et partit directement s'enfermer dans la salle de bains.
-Eh ben, il est pas très marrant ton nouveau coloc', mais il est mignon, en tout cas ! Très mignon !
-Merci pour ton aide Kanon, mais laisse-nous maintenant.
Milo avait très bien vu le visage fermé de Camus. Et il n'aimait pas ça du tout.
Camus n'en revenait pas : comment une telle cruauté pouvait-elle exister ? Cet homme, ce Kanon, il avait tout bonnement jeté la souris par la fenêtre, sans même se soucier de savoir si elle serait bien tuée sur le coup ou si au contraire, elle était toujours en train d'agoniser deux étages plus bas. Il n'avait aucun cœur. Et Camus détestait ça. Il n'avait qu'une seule envie : s'en aller de cet endroit. Il voulait revoir Shura, lui dire qu'il lui pardonnait. Qu'il oubliait tout. Il voulait juste le supplier de le reprendre, d'oublier Dokho et de recommencer là où ils avaient arrêté. Camus était prêt à fermer les yeux sur son infidélité, il était même prêt à subir les foudres d'Aphrodite lorsqu'il lui annoncerait qu'il était retombé dans les bras de son espagnol. Mais il voulait partir d'ici. De cet endroit où la vie humaine avait si peu d'importance et où la loi du plus fort régnait en maître. Shura avait beaucoup de défauts, c'était certain, mais il avait un cœur. Camus était persuadé qu'il aurait été incapable de faire le moindre mal à un animal aussi inoffensif. Oui il l'avait trompé, oui il lui avait menti, mais il n'avait jamais blessé personne. Et ce Milo, tout était de sa faute s'il n'avait pas hurlé comme un porc qu'on égorge, son ami n'aurait pas débarqué en sauveur, il n'aurait pas jeté la souris par la fenêtre. Camus se serait tout simplement contenté de nourrir l'animal et ensuite il l'aurait remis en liberté. Mais non, il avait fallu que Milo hurle, l'imbécile ! Et là, Camus s'aperçut qu'il pleurait. Pour une souris. Il était pathétique.
Kanon était parti. Et Milo se sentait mal. Il avait vu Camus fuir et ses yeux brillants ne lui avait pas échappé.
-Camus ? Camus, tu es là ?
Posté devant la porte de la salle de bains, il appelait son colocataire depuis plusieurs minutes. Il voulait s'assurer que tout allait bien. Et puis, il avait aussi besoin de s'apprêter, pour aller…travailler.
-Camus ? Camus écoute, je suis désolé pour tout ça. Kanon n'est pas quelqu'un de méchant, je t'assure.
Toujours rien. C'est que le français était borné !
-S'il te plaît, dis quelque chose. Je vais…je vais avoir besoin de la salle de bains.
Toujours sans un mot, Camus ouvrit la porte. Et ce que Milo vit lui brisa le cœur : Camus avait pleuré. Ses yeux rouges en témoignaient. Sans un regard, il passa à côté de lui, et Milo eut tout juste le temps de le rattraper par le bras.
-Camus attends ! Je suis tellement désolé, si tu savais, je ne voulais pas, je…
-Laisse-moi tranquille.
Plongeant son regard gonflé et pourtant toujours aussi beau dans le sien, doré, Camus se dégagea et partit en direction du petit salon. Milo referma la porte derrière lui en soupirant : encore une fois, il avait tout gâché. Il avait été égoïste, il n'avait pas réfléchit une seule minute à ce que Camus pouvait ressentir. Il n'avait pensé qu'à lui, comme toujours. Il avait fait du mal à Camus alors qu'il voulait que tout se passe bien avoir lui. C'était raté. Tout était raté. Il était certain que Camus aurait vite fait de boucler son sac pour rentrer chez lui. Et c'est avec une boule au ventre qu'il brossa ses cheveux bouclés, redoutant déjà de voir le soleil se lever.
-Camus ? Je vais y aller. Je dois aller…travailler. Je ne rentrerai pas avant tard la nuit. Tu peux prendre le lit, je dormirai sur le canapé et si…si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à te servir, d'accord ?
Toujours plongé dans sa lecture, le français ne daigna même pas relever les yeux vers lui. Et cela le blessa profondément. Il avait toujours été traité de la sorte, comme une personne à qui on ne fait pas attention et qu'on écoute sans vraiment l'entendre. Encore cette nuit, il allait se donner à des hommes qui ne serait pas vraiment intéressés par lui, juste par son joli pantalon en cuir et les services qu'il offrait.
-Bon je pars. Camus ? Encore vraiment désolé, tu sais.
Ce n'est que lorsque la porte claqua dans l'obscurité de la pièce que Camus releva le nez de son livre. Il se fichait bien que Milo déloge, il ne voulait de toute façon pas lui parler, et encore moins entendre ses excuses. Il avait assez des excuses.
-Shura, murmura-t-il, pourquoi est-ce que tout ne peut pas être comme avant ?
Et, même s'il voulait croire qu'il se fichait de ce que Milo pouvait bien faire de sa nuit, la menotte qui dépassait de son sac ne voulait pas quitter son esprit. Qu'est-ce son colocataire pouvait bien faire avec ce genre d'accessoire en pleine nuit ? Mais c'était sa vie après tout, il n'avait pas à s'en mêler. Cela dit, il était bien déterminé à découvrir si oui ou non, le grec était fourré dans une histoire louche.
Et voilà le 3eme chapitre. J'attends vos commentaires, s'il vous plaît, qu'ils soient positifs ou négatifs.
Ps: Les 3premiers chapitres étaient surtout là pour planter l'histoire, créer un contact entre Camus et Milo. Les prochains chapitres seront plus longs, c'est pour ça que je posterai une fois par semaine à partir de maintenant.
