Bonsoir à toutes et à tous !
Un chapitre un peu en avance car Sygui et moi serons sur la route demain, donc j'ai décidé (car c'est Noel... passé, certes, mais Noel quand même) de publier un peu plus tôt !
Bonne lecture !
Chapitre 3 :
- Vous racontez n'importe quoi ! s'emporta Jane, levant le poing, prête à décocher une droite dans la mâchoire d'Emma Mills.
- Jane, tais-toi, ordonna Maura, concentrée sur la respiration sifflante de Frank.
Elle approcha l'appareil d'échographie portable de la table en acier et badigeonna de gel le torse de Frank.
- Comment pouvez-vous poser un tel diagnostic ? demanda Maura, tendue, à l'attention de la femme de ménage.
- J'étais une fan inconditionnelle d'Urgence, répondit prosaïquement cette dernière.
- Maura, tu ne vas pas écouter le diagnostic fumeux d'une femme de ménage gavée de séries télé ! gronda Jane.
Mais la légiste ignora la remarque de son amie et fit passer la sonde sur le torse de Frank. Son visage se décomposa au fur et à mesure de l'examen et la lieutenant sentit l'angoisse s'emparer d'elle.
- Quoi ? demanda la flic de sa voix rauque.
- Madame Mills a raison. Il faut emmener ton frère à l'hôpital.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, rectifia posément Hermione.
- Et il y a au moins trois hommes dans le bâtiment, armés de fusil mitrailleur. On peut pas sortir, rappela le policier de la brigade des stups.
La Source regarda autour d'elle avant d'ouvrir le placard d'une armoire. Elle en examina rapidement le contenu et finit par prendre un drain sous plastique qu'elle lança au Docteur Isles. Comprenant ce que demandait son employée, Maura pâlit et lui relança.
- Je ne peux pas. Je suis légiste, je travaille sur les morts, rétorqua la blonde, blême.
- On peut attendre quinze minutes que vous soyez à l'aise mais le geste technique n'aura alors plus aucun intérêt, fit doucement la brunette en attrapant un scalpel, de l'alcool et du coton.
- Je suis légiste, répéta Maura. On doit aller à l'hôpital.
- Vous êtes médecin-légiste, répondit la brunette en insistant sur le mot médecin. Vous connaissez la manipulation, vous l'avez apprise pendant votre internat.
- En théorie ! Je ne l'ai plus pratiquée depuis ! rétorqua la blonde.
- Maura, je sais que tu en es capable. Sauve mon frère, s'il te plait ! intervint Jane, sa voix se brisant tandis que la respiration Frank devenait de plus en plus laborieuse.
Hermione se positionna devant la légiste, ancrant son regard dans le sien.
- Vous pouvez le faire, fit-elle doucement mais avec conviction. Ce n'est qu'un pneumothorax. Le geste est simple. Vous allez faire une incision et enfoncer ce trocart en intercostal pour soulager la compression pulmonaire. Une fois l'épanchement drainé, il va pouvoir respirer plus librement et on pourra attendre les secours. D'accord ?
Maura cherchait une échappatoire mais ses yeux rencontrèrent ceux de sa meilleure amie qui la suppliaient silencieusement.
- On va le faire ensemble, poursuivit Hermione en prenant la main de la légiste pour y déposer le scalpel.
Maura acquiesça et prit une grande respiration avant de se positionner devant son patient vivant.
- On y va en axillaire pour aider au drainage, troisième et quatrième espace intercostal, annonça la brunette en passant un coton imbibé d'alcool sur la zone.
- Je... je ne peux pas, fit la blonde en reculant légèrement.
- Si, répondit posément Hermione en se positionnant derrière elle, mettant sa main sur celle tremblante de Maura. Frank, je suis désolée, mais ça va pincer, prévint la brunette.
La coupure nette de la lame du scalpel tira un cri grave et rauque au jeune homme, saisissant la légiste. D'un geste sûr et sans lui laisser le temps de réfléchir, la Source poussa le drain dans l'incision, le positionnant sans plus d'effort dans la cavité pleurale. Le policier perdit pied sous l'effet de la douleur mais sa respiration gagna rapidement en efficacité, confirmant la réussite de l'intervention d'urgence.
Hermione se dégagea de l'espace, laissant Jane s'approcher de son frère et Maura fixer le drain pour permettre l'écoulement des fluides.
Pendant que Jane parlait d'une voix douce à son frère, que la légiste finissait les soins, Hermione s'empara d'une paire de gant et farfouilla dans le sac de vêtements de la victime de la matinée.
- Vous faites quoi? demanda froidement le flic des stups qui accompagnait Jane.
- Parle-lui autrement, gronda la lieutenant.
Hermione extirpa un paquet de cigarettes et n'hésita pas avant d'en sortir une.
- Des années que j'ai arrêté... Mais c'est le bon moment pour reprendre.
- Pose ça pétasse !
Hermione leva le nez et vit un homme se tenant dans le cadre de la porte qui la tenait en joue d'un fusil mitrailleur.
- Vous êtes le dealer, je suppose, fit la brunette.
Le coup de feu partit et la balle se fiche dans l'épaule gauche de la Source qui lâcha dans un spasme le paquet de cigarettes.
Les deux flics plongèrent derrière les tables d'examen, Jane entraînant Maura avec elle à l'abri tandis qu'Hermione fléchissait les genoux.
"Pourquoi dans chaque univers je tombe sur quelqu'un qui me tire dessus ?" songea-t-elle tandis que le malfrat ramassait le paquet de cigarettes sans la quitter des yeux.
- Y'a une caméra dedans... marmonna la Source. La victime a filmé son assassin, c'est ça ?
Le dealer sourit avant de lancer le paquet au flic des stups sous le regard interrogatif de Jane.
- T'es trop maligne pour ton bien, se moqua le policier avant d'abattre froidement le dealer.
Il pointa l'arme de service sur Jane et alla ramasser le fusil mitrailleur.
- Sale enflure, aboya la lieutenant. T'es qu'un pourri!
Hermione n'écouta pas la discussion qui venait de s'engager entre les deux lieutenants. Son regard s'était porté sur Maura qui appuyait sur la radio de Frank du bout de son escarpin. Les révélations du ripou étaient diffusées sur toutes les ondes. La Source admira la présence d'esprit et le sang froid de la légiste mais garda ses félicitations pour plus tard.
- J'en connais un qui va passer sa nuit en cellule... soupira-t-elle en grimaçant, une main compressant sa plaie tandis que le sang colorait sa chemise et collait à ses doigts.
- Bobby, j'ai tout entendu, grésilla la voix de Korsak à travers la radio. Lâche ton flingue et sors sans faire d'histoire.
Le policier attrapa fermement Jane tout en pressant son arme contre la tempe de la lieutenant.
- J'ai un putain d'otage ! hurla-t-il avant d'emmener la lieutenant hors de la morgue.
- Jane ! Non ! hurla Maura en se redressant, prête à poursuivre le policier corrompu.
- Docteur Isles, attendez, donnez-moi quelques secondes ! ordonna Hermione qui analysait la situation, regrettant le nombre de témoins l'empêchant d'utiliser la magie.
Un claquement de doigt aurait été si simple. La Source attrapa de son bras valide le scalpel qui avait servi à l'opération de Frank et se leva difficilement.
- Venez avec moi, finit-elle par dire. On va libérer votre amie.
L'Anglaise jeta un coup d'oeil à Frank toujours évanoui et, l'état de ce dernier semblant satisfaisant, elle quitta la salle d'autopsie pour avancer en direction des escaliers d'un pas chancelant, Maura sur ses talons. Sous l'effet de la douleur et de l'hémorragie, sa tête tournait et sa vision était obstruée de petites tâches noires.
Arrivée dans le hall d'entrée du commissariat, la légiste se figea en voyant Jane servir de bouclier humain au policier véreux devant le commissariat, face à des dizaines de policiers qui le tenait en joue.
- Non... ça va mal se finir... murmura la blonde.
- Restez à l'abri, lui intima Hermione avant de sortir du bâtiment et de faire un pas sur le trottoir.
Elle fit glisser le scalpel dans sa manche pour le dissimuler, le maintenant par la lame tenue entre son pouce et son index.
- Je pense que nous avons un problème, lança-t-elle pour attirer l'attention du malfrat.
Le flic fit volte-face en entrainant Jane avec lui.
- Avance et je la bute, menaça-t-il.
- Je ne bouge pas. On va discuter, tous les deux. Mais avec tous les flics qui pointent leurs armes sur nous, je ne me sens pas à l'aise. Je suppose qu'il en va de même pour vous. Laissez partir le lieutenant Rizzoli. Vous la connaissez bien, vous êtes tous les deux flics. Vous n'allez pas abattre votre collègue. Je me propose de vous servir d'otage à sa place.
- Rien à foutre d'une femme de ménage ! contra le ripoux.
- C'est plutôt vexant, grimaça Hermione.
- Rizzoli reste avec moi et au premier qui bouge je la descends ! Pas question que j'aille en tôle. Et puis tu te prends pour qui, à vouloir jouer les négociateurs ? Va plutôt récurer les chiottes !
Hermione fit basculer le scalpel dans sa main et leva le bras pour le lancer, visant l'épaule droite du malfrat. Avisant l'éclat métallique, ce dernier écarta le canon de son arme de la tempe de Jane pour le pointer sur la brunette. La lieutenant en profita pour attraper le poignet de son agresseur.
Maura eut du mal à saisir ce qui se passa ensuite. Un coup de feu retentit, l'homme cria quand un objet métallique se ficha dans son épaule et Emma Mills s'écroula sur le trottoir.
Le reste s'enchaînant très vite. Jane continuant dans son élan, propulsa son coude dans les côtes de son assaillant qui cédèrent, avant qu'elle ne le fasse passer par-dessus son épaule, amenant la main armée dans un angle que le poignet auquel elle était attachée n'aima pas du tout. Rendue au sol, la lieutenant maintint le ripoux de son genou dans les reins tout en lui passant les menottes, tandis que Maura se précipitait vers son employée.
- Une ambulance ! cria la légiste.
- Elle est en route, répondit Frost.
- Madame Mills, ça va aller, les secours arrivent, fit la légiste découvrant avec horreur qu'une seconde balle avait atteint la brunette à l'abdomen.
- Je suis désolée, fit Jane, quand j'ai écarté son arme, il a pressé la détente et elle était sur la trajectoire, expliqua-t-elle avant de regarder par-dessus l'épaule de sa meilleure amie. Je peux... aller voir Frank ?
- Bien sûr, je m'occupe d'elle.
Sans se le faire dire deux fois, la policière fila à grandes enjambées vers la morgue, Frost sur ses pas.
- On lui en doit une, commenta Korsak dans le dos de la blonde qui acquiesça.
- Plus d'une, même... murmura-t-elle en compressant les plaies qui saignaient, tandis que les sirènes d'une ambulance retentissaient en haut de la rue. Emma, tenez bon, restez avec nous. Tout ira bien, je vous le promets.
Les victimes avaient rapidement été évacuées, et Jane était partie avec son frère, dans la même ambulance, refusant de lui lâcher la main. Maura se promit d'appeler son amie dès qu'elle le pourrait, afin de prendre des nouvelles. Mais à l'instant présent, elle regardait avec un certain dépit sa morgue qui grouillait de policiers. Son sanctuaire était devenu une scène de crime. En retrait, depuis le seuil de la pièce, elle observait ses collègues de la police scientifique relever les différents échantillons de sang, de cheveux et de peau qui recouvraient le sol de la salle d'autopsie.
- C'est bien ici qu'était allongé Frank ? demanda Korsak tandis qu'un flic emprisonnait du sang prélevé sur la table en inox entre deux plaquettes.
Maura acquiesça et plongea une nouvelle fois dans les souvenirs de cette attaque surréaliste.
- Et la mare à votre gauche, c'est le sang qui s'est écoulé de la blessure de Madame Mills, précisa la légiste.
A l'évocation du nom de la femme de ménage, quelque chose s'alluma dans son esprit. Maintenant que le danger était écarté et l'adrénaline retombée, son esprit d'analyse et ses facultés intellectuelles hors normes se mirent en marche. Emma Mills. Femme de type caucasien qui avait certainement plus de trente ans. Qui prenait soin de cacher un accent anglais, si Maura en jugeait par l'interaction qu'elles avaient eu dans le bar lesbien, des semaines plus tôt. Qui pouvait poser en moins de cinq secondes un diagnostic de pneumothorax et sauver la victime en pratiquant le geste technique sans trembler.
- Si vous avez besoin de moi, je suis dans mon bureau, lança Maura avant de tourner les talons.
La médecin s'assit devant son ordinateur et déverrouilla sa session pour lancer son navigateur internet.
- C'est fou... complètement fou... murmura-t-elle en tapant Hermione Granger dans la barre de recherche. Mais d'une logique implacable.
Elle leva les yeux au ciel alors que le résultat de la recherche n'affichait que des résultats en lien avec les romans qu'elle n'avait pas lus, et les films qu'elle n'avait pas le temps de voir. Elle rajouta les mots "médecin légiste Londres" et relança la recherche, tout en choisissant d'afficher uniquement les images.
Elle cliqua sur la photo qui paraissait la moins flou et l'agrandit au maximum. Puis Maura se cala dans son fauteuil et regarda le cliché avec recul.
- C'est ressemblant... songea-t-elle à haute voix avant de fermer le navigateur et de verrouiller sa session.
Elle retourna dans sa salle d'autopsie et fit signe à Susie Chang de s'approcher.
- Pouvez-vous entrer dans la base l'échantillon sanguin de Madame Mills et lancer l'analyse ADN ? murmura-t-elle. Prévenez-moi quand ce sera fait.
- Maintenant ? s'enquit Susie.
- C'est une priorité, conclut Maura avant de retourner dans son bureau.
Elle s'installa dans son canapé et prit son téléphone portable. Elle composa le numéro de Jane et espérait que sa meilleure amie aurait le temps de décrocher, et qu'elle aurait de bonnes nouvelles.
- Salut Jane, désolée de ne pas t'avoir appelée avant. C'est... de la folie ici, pour reprendre une de tes expressions. Comment va Frank ?
Viviane avançait d'un pas tranquille dans les couloirs de l'hôpital, laissant sa magie la guider jusqu'à une chambre anodine, semblable aux centaines d'autres chambres que comportait le bâtiment. Une chambre d'un blanc sale, usé, qui avait sûrement connu des jours meilleurs, des décennies plus tôt. Une chambre qui comprenait un mobilier plus que succinct : un lit, une table de chevet, une armoire branlante, une chaise vide qui n'attendait pas de visiteur. La Dame du Lac la dédaigna et s'approcha du lit, découvrant sa moitié magique profondément endormie, assommée par les produits chimiques distillés via la perfusion enfoncée dans sa main.
- Qu'ont-ils osé de faire ? murmura l'ancienne Impératrice, ses doigts venant effleurer la joue fraiche.
Elle se pencha et déposa doucement ses lèvres sur le front d'Hermione.
- Bientôt, tu ne te souviendras plus de tout cela, promit Viviane. Mais pour cela, cesse de me combattre.
Entendant un bruit de talons incongru dans le concert des frottements des chaussures en plastique du personnel soignant sur le lino fané, Viviane disparut dans un craquement sonore. Jane pénétra dans la chambre quelques secondes plus tard, accompagnant le chirurgien qui avait opéré Madame Emma Mills.
- Chambre 4056, comme je vous l'avais dit. Et elle va bien, l'opération s'est bien passée. Vous pourrez le dire au Docteur Isles.
- Je m'en occupe de suite, fit la policière en attrapant son téléphone.
Maura Isles avait les doigts suspendu au-dessus de son clavier. Elle avait trouvé refuge dans son bureau après avoir aidé ses employés à ranger et nettoyer la morgue pendant trois heures. Le temps pour que Susie traite sa demande. Et la jeune femme avait été, comme toujours, d'une efficacité redoutable. La légiste s'apprêtait à presser la touche entrée quand son portable vibra. Elle s'empara de l'appareil et cliqua sur le SMS que lui avait envoyé Jane.
Frank va bien, opération bien déroulée. Idem pour Mills. Réveil prévu fin de journée
La légiste reposa son téléphone et se saisit de la petite lamelle en verre posée à côté du clavier. Une petite goutte de sang y était déposée et pouvait répondre à bien des questions. Ou bien pouvait la laisser dans la perplexité la plus totale. Pour le savoir, Maura n'avait qu'à presser une touche. Pour voir si l'ADN de Madame Emma Mills était connue dans d'autres bases policières et ainsi confirmer une intuition.
"Non, une déduction des plus logiques." se reprit-elle. "C'est parfaitement rationnel. Tous les indices ne mènent qu'à une seule conclusion".
- Les connaissances médicales pointues, les gestes sûrs et surtout, le léger accent anglais qu'elle a laissé échapper... se répéta-t-elle, comme pour chasser l'aspect complètement surréaliste de ses conclusions.
Car oui, c'était complètement fou.
"Que ferait le Docteur Hermione Granger, éminente médecin légiste, portée disparue depuis des mois, dans ma morgue à faire le ménage ?" songea Maura en reposant la lamelle.
Pour confirmer cette hypothèse, la légiste n'avait qu'à appuyer sur un bouton. Mais quelque chose l'en empêchait. Un pressentiment, et cela contrariait Maura. Elle ressentait une sensation désagréable, comme si son cerveau reptilien la mettait en garde. Comme si avoir confirmation de l'identité de la femme de ménage pourrait l'entraîner dans des eaux plus que troubles.
Maura secoua la tête, pour chasser cette impression. Elle était une scientifique. Et ce n'était pas de vagues sensations de mal-être qui allaient l'empêcher d'avoir le fin mot de cette histoire. Elle leva la main pour cliquer sur le bouton mais la porte de son bureau s'ouvrit et Susie Chang passa une tête dans l'entrebâillement.
- Docteur, vous pouvez venir ? Les corps affluent suite à la prise d'otage et on ne sait ou les mettre en attendant les autopsies. Et le Docteur Pike va arriver d'ici trente minutes pour vous aider.
Maura acquiesça et éteignit son pc. Ses réponses attendraient.
Merlin et Maléfique sortirent en même temps de l'ascenseur. L'enchanteur remonta de son pas souple le couloir menant à l'accueil du service traumatologie tandis que les talons que portaient la dragonne frappait le sol dans un claquement sec, perturbant la tranquillité nocturne de l'endroit. Cependant, à quelques pas du comptoir, Merlin s'arrêta net et empêcha son épouse d'avancer plus avant. L'infirmière de garde discutait avec une jeune femme blonde sanglée dans un tailleur de grand couturier, hissée sur des talons vertigineux, et qui, malgré le maquillage discret appliqué avec soin, avait visiblement passé une très longue journée.
- Nom d'une chandelle ! lança l'enchanteur.
- Quoi ? demanda Maléfique.
- Une jeune fille, murmura Merlin avec un sourire.
- Et ? Tu es marié, je te le rappelle. Avec moi. Tu veux que j'agrafe ton service trois-pièces au-dessus de la cheminée ? gronda la dragonne.
- Eureka ! Mais c'est elle ! C'est elle que nous attendions et qui est venu rompre le charme, poursuivit le premier Sage, surexcité.
- Merlin... aurais-tu encore regardé la Belle et la Bête hier soir pendant que je faisais les courses ? s'enquit doucereusement Maléfique.
L'enchanteur baissa les yeux, honteux, et acquiesça.
- J'suis un grand romantique, marmonna-t-il.
- Je vais cacher ce DVD, soupira la dragonne. Et non, il n'y a pas de charme ou de malédiction à rompre. Asalhir ne veut pas se remettre en couple. Vas-tu enfin l'admettre ?
- On ne peut pas la laisser comme ça ! Elle est toute tristoune ! insista Merlin.
- Elle est moins préoccupée par son absence de vie sentimentale que par Viviane qui a mis la main sur un objet magique surpuissant qui permettrait de fusionner les différents univers parallèles en un seul monde, ce qui pourrait avoir comme conséquence de rayer une partie des terres et de leur habitant de la surface de cette planète.
- Pffff, tu la connais pas aussi bien que moi, râla Merlin. Et ce qu'il lui faut, c'est cette jolie nana. Qui, si ma vue est toujours bonne, consulte le dossier de notre grosse.
- Cette jolie nana est l'employeur d'Asalhir. Tu ne reconnais pas le Docteur Isles ?
- Tout ce que je reconnais ici, c'est le début d'une grande histoire d'amour. Fais-moi confiance, je m'y connais ! Histoire éternelle, qu'on ne croit jamais, de deux inconnus...
Maléfique lui écrasa le pied et son époux arrêta de chanter.
- Rabat-joie, grogna-t-il. N'empêche, on a la Bête et on vient de trouver la Belle.
- Arrête de dire des bêtises et allons prendre des nouvelles d'Asalhir. Et par pitié, sois sage et ne l'embête pas avec tes histoires à l'eau de rose.
Hermione papillonna des paupières avant d'ouvrir péniblement les yeux. Elle se sentait complètement abrutie et, contemplant un plafond blanc, se demanda un instant où elle se trouvait. Une main douce et chaude serra brièvement la sienne et la Source tourna légèrement la tête pour découvrir Maléfique qui la couvait du regard.
- Comment vous sentez-vous ? demanda doucement la dragonne.
- J'ai connu mieux, avoua la brunette. Il est quelle heure ?
- Une heure du matin... Je vous prie de nous excuser du retard, Asalhir. Nous avons eu des difficultés à vous localiser.
- T'inquiète pas pour ça... balbutia la Source qui peinait à émerger.
- Alors comme ça, l'Origine de toutes magies s'est transformée en passoire ? plaisanta le Sage.
Maléfique tendit la jambe pour écraser le pied de son mari qui couina sa douleur.
- Un peu de respect pour ta Créatrice, rabroua-t-elle.
- Mais une passoire qui fait chavirer les cœurs, poursuivit l'enchanteur.
- Merlin ! gronda Maléfique.
Le vieux sorcier s'assit au bout du lit et noua ses mains sur ses genoux.
- Une jolie blonde super bien habillée, très chic, prenait de tes nouvelles il y a une petite heure. Une certaine Docteur Isles, expliqua-t-il devant l'air hagard d'Hermione.
- Le Docteur Isles ? C'est ma supérieure et je me suis faite flinguée dans sa morgue, répondit la Source. C'est très aimable à elle d'être passée prendre de mes nouvelles mais ça ne veut rien dire de plus. J'en aurais fait autant pour mes employés à Londres.
Les lèvres de Merlin s'étirèrent dans un sourire goguenard. Il allait poursuivre quand un regard noir de sa femme l'arrêta net.
- Permettez-moi un petit revigor, Asalhir, proposa Maléfique.
- C'est gentil de proposer mais je ne voudrais pas que tu utilises ta magie ici, on ne sait jamais. Et la morphine fait effet, rassure-toi.
- Je vais aller chercher un médecin. Reposez-vous bien, Asalhir, nous reviendrons demain.
Merlin se pencha sur Hermione et déposa un baiser sur son front moite.
- Si ça va pas, appelle, et je rappliquerai dans la seconde qui suit.
- Merci. Essaie juste de me faire sortir rapidement. Je suis pas sûre que mon assurance couvre les frais de l'hospitalisation.
- Rassurez-vous, Madame Mills, le commissariat de Boston prend tous les frais à sa charge, fit une voix féminine.
Merlin se tourna pour découvrir la médecin blonde qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Hermione se redressa comme elle put, décontenancée, gênée.
- On vous laisse. A demain, Emma, lança Maléfique tout en attrapant son mari par le col pour le sortir de la pièce, fermant la porte derrière elle.
- Je suis contente de vous voir réveiller, commença la légiste en s'installant dans le fauteuil proche du lit.
- Je... euh... merci... Comment va Frank Rizzoli ? demanda Hermione.
- Très bien, grâce à vous.
- Vous avez pratiqué l'intervention sans laquelle Frank serait mort. Je n'ai rien fait. Je ne veux pas être accusée de pratique illégale de la médecine.
- Ne soyez pas si modeste et craintive, répliqua doucement Maura. Vous avez tous les diplômes requis, Docteur Granger.
- Vous faites erreur, rétorqua la brunette. Je m'appelle Emma Mills.
- L'ADN ne ment pas. Vous avez perdu du sang à la morgue et j' ai comparé l'échantillon avec les bases de données internationales. Vous n'êtes pas sans savoir que les empreintes et l'ADN des légistes sont enregistrés en cas de contamination de preuves. Les bases anglaises m'ont confirmé votre identité.
La brunette envisagea un instant de lancer un sort d'oubli à la légiste mais se ravisa. Elle ne pouvait effacer totalement la mémoire de l'Américaine sur ce qui s'était passé au commissariat, Jane aurait tôt fait de lui rappeler. Et si elle se contentait d'effacer les résultats de la recherche, Maura la referait une fois de retour à la morgue.
- Que comptez-vous faire ? interrogea la Source en se laissant aller dans ses oreillers.
Maura posa ses mains sur ses genoux. Que comptait-elle faire ? C'était la question à cent dollars à laquelle elle n'avait pas la réponse.
- Cette information n'a pas été révélée, confia la légiste.
Cela ne faisait que deux heures qu'elle connaissait la réelle identité de son employée et elle se faisait violence depuis pour ne pas décrocher son téléphone et raconter ce qu'elle savait à sa meilleure amie. Elle n'avait pas pour habitude de garder des informations, de ne pas les partager avec Jane. Et surtout, elle ne savait pas mentir. Elle en était physiquement incapable.
- Quoi qu'il en soit, vous ne pouvez pas conserver votre emploi de femme de ménage, poursuivit-elle.
- Vous me licenciez? demanda Hermione, abasourdie.
- Non. Mais savoir que la meilleure légiste au monde récure le sol de ma morgue me rend malade.
L'Anglaise soupira avant de se saisir du bouton de sa pompe à morphine et de libérer une dose de produit.
- Que vaudrait la meilleure légiste au monde sur une de vos tables d'autopsie ? renvoya-t-elle. Je préfère être vivante et faire le ménage.
- Que s'est-il passé à Londres ? Avez-vous découvert qui a tué tous ces prêtres ? Comment avez-vous survécu à votre accident de voiture ? La police est-elle au courant ? questionna Maura, parlant de plus en plus vite. Vous devriez être sous protection des autorités !
- Comme dans le cadre d'un programme de protection des témoins où l'on vous fournit une nouvelle identité ? fit l'Anglaise avec un sourire un brin moqueur.
Les paroles de la brunette figèrent la légiste dont les yeux s'écarquillèrent.
- Ne me dites pas que je viens de dévoiler votre couverture, souffla Maura, horrifiée.
- Si vous pouviez ne pas divulguer ce que vous avez découvert, je vous en serais reconnaissante.
- Evidemment, assura la légiste. Mais je ne peux pas vous laisser juste faire le ménage alors que vous êtes la meilleure de la profession. Je pourrais vous embaucher comme légiste en second, ou consultante. Vos auriez une meilleure rémunération.
- Je me moque de l'argent. Je suis contente de faire le ménage. Pas de responsabilité, du temps libre, des horaires définis et pas de mauvaises surprises.
La déception et l'incompréhension passèrent dans le regard de la légiste avant que cette dernière se reprenne et affiche un sourire légèrement crispé. Visiblement, Maura Isles n'aimait pas qu'on lui dise non.
- J'aurais essayé, conclut la blonde en se levant. Je vois que vous êtes fatiguée, je vais vous laisser vous reposer, Docteur Granger.
- Emma, rectifia la Source. Je m'appelle Emma Mills.
Maura lui sourit.
- Alors à demain, Emma. Reprenez des forces car Jane et sa mère, Angela, vont vous rendre visite. Et les deux ensembles sont tout simplement épuisantes.
Viviane faisait tourner entre ses doigts la pierre d'âme qu'elle avait volée à Hermione des siècles plus tôt. Elle sentait l'âme de la Source Initiale dans la pierre polie et eut un rictus mauvais.
- Lorsque j'activerai l'orbe, je te détruirai dans l'opération. Nous serons enfin débarrassées de toi, susurra la Dame du Lac.
Elle serra la pierre dans sa paume avant de la ranger dans sa poche.
- Il est grand temps de mettre la main sur le mode d'emploi de la relique...
Merlin et Maléfique pénétrèrent vers midi le lendemain dans le commissariat de Boston. Ils montrèrent leur plaque au policier de l'accueil avant de demander le chemin du bureau du Docteur Isles. Et non merci, ils n'avaient pas besoin d'escorte.
L'Enchanteur laissa sa femme pénétrer la première dans l'ascenseur et, une fois les portes refermées, elle se tourna vers lui.
- Je crois que tu as raison, dit-elle tout de go.
- J'ai raison en toute circonstance, affirma Merlin. Mais si tu pouvais être plus précise.
- Le Docteur Isles. J'ai réfléchi et je suis de ton avis.
- C'est l'âme soeur de notre grosse ! Heureux de te voir raison...
- Non, pas ça. Nous allons convaincre le Docteur Isles de prendre Asalhir chez elle. Ainsi, nous serons informés des évolutions de leur enquête.
- Pfff... souffla Merlin tandis que les portes de l'ascenseur s'ouvraient sur le sous-sol qui abritait la morgue. Crois-moi, d'ici quelques mois, tu rediras que j'ai raison.
Maura Isles se trouvait dans son bureau et finissait de ranger des vieux papiers tout en attendant que son interlocuteur réponde à son appel, le tout sous le regard ennuyé de Jane qui soupirait.
- T'as bientôt fini ? Je meurs de faim, gémit la lieutenant.
- Un peu de patience... Il est pourtant 17 heures à Londres, ils devraient bien y avoir quelqu'un pour répondre.
- Et tu leur veux quoi, aux Anglais ?
- Il manque un dossier dans ce que j'ai reçu. Je suis sûre que le Docteur Granger a fait une synthèse des autopsies. En tout cas, c'est ce que j'aurais fait.
- C'est dommage qu'on puisse pas lui demander directement, fit Jane en se calant dans son siège.
Quelque chose passa dans le regard de la légiste et la lieutenant se redressa légèrement. Maura ne lui disait pas tout. Elle allait insister et entraîner sa meilleure amie dans un petit interrogatoire informel pour lui faire cracher le morceau quand des coups furent frappés à la porte du bureau. Maura leva la tête tandis que Jane se tournait et les deux amies virent une femme et un homme pénétrer dans la pièce sans y être invités. Maura reconnut les personnes qui avaient rendu visite au Docteur Granger dans la nuit.
- Mais que nous vaut la visite des fédéraux ?lança Rizzoli en fronçant les sourcils, détaillant les nouveaux venus.
La femme, une grande blonde aux yeux bleus couleur océan, se tentait à côté de son collègue masculin, bouc blanc taillé à la perfection et yeux gris malicieux. Ils avaient l'uniforme du Bureau, costume pour l'homme et tailleur jupe pour la femme. Noir, bien évidemment.
- Agent Erlin, fit l'homme en sortant sa plaque. Et ma coéquipière, l'agent Swan. Pouvons-nous vous parler, Docteur Isles ?
- A quel sujet ? s'enquit Jane d'un ton poli mais frais.
- Rien qui vous concerne, lieutenant Rizzoli, fit l'agent Swan de manière courtoise.
- T'as vu Maura, j'suis une star, ils me connaissant alors je ne les ai jamais vus ! plaisanta Jane avant d'afficher son visage de méchant flic. Vous êtes dans la morgue de mon commissariat, j'ai le droit de vous demander pourquoi vous voulez interroger notre légiste, lança la lieutenant en se levant pour s'interposer entre les feds et sa meilleure amie.
- C'est votre commissariat ? J'ai pas vu votre nom dessus, lança l'agent Erlin d'un air goguenard.
- L'affaire dont nous devons converser avec le docteur Isles ne concerne pas votre juridiction, aussi nous vous serions reconnaissants de nous donner quelques minutes avec elle, sourit aimablement l'agent Swan.
Le sourire était flippant dans son genre et Jane sut qu'elle faisait face à une personne extrêmement dangereuse.
- Maura ? demanda-t-elle sans quitter la fed des yeux.
- Je t'appelle quand on a fini, répondit la légiste.
- Pas besoin, je serai dans le couloir.
Jane traversa le bureau et se planta devant la porte. Merlin lui sourit avant de claquer le panneau de bois.
- Vous nous avez mis dans une situation délicate, Docteur Isles, commença Maléfique. Le MI-6 et Interpol nous ont copieusement insultés.
- A quel sujet ?s'enquit la blonde en croisant les mains sur son bureau.
- Interroger les bases de données internationales, c'était ce que vous pouviez faire de plus con ! attaqua tout de go Merlin. Maintenant, on doit sécuriser le périmètre et ca va prendre des semaines ! Et si ça se trouve, on va devoir déplacer le Docteur Granger et c'est vraiment délicat. Franchement, on n'avait pas besoin de ça.
- Je suis vraiment désolée, s'excusa la légiste, contrite.
- La morgue de Boston qui se renseigne sur une légiste londonienne disparue, c'est super louche ! insista-t-il, exaspéré.
Merlin s'interrompit et fusilla du regard Maura.
- Vous allez la prendre chez vous, le temps de voir si sa couverture a sauté, reprit Maléfique.
- Chez moi ? répéta Maura, étonnée.
- Votre maison est facile à sécuriser et personne osera attaquer l'habitation du médecin légiste, contra Maléfique. C'est l'affaire de quelques jours. Deux semaines, tout au plus.
Merlin s'assit sur un coin du bureau et plongea son regard gris dans les yeux de Maura.
- Rassurez-vous, tous les frais engendrés par le Docteur Granger vous seront intégralement remboursés. Elle ne sera pas une gêne. C'est quelqu'un de très discret. Et qui sait, vous pourrez profiter de ce laps de temps pour faire plus ample connaissance... susurra-t-il. Vous pourrez parler... techniques d'autopsie, enquêtes en cours ou tout simplement jouer aux échecs.
- Elle joue aux échecs ? fit Maura, ravie de trouver enfin un partenaire d'échiquier.
La lueur d'intérêt qui passa rapidement dans le regard de la légiste n'échappa à aucun des deux sorciers.
"Y'a une Source qui va nous en devoir une.", lança Merlin à sa compagne.
"Je serais toi, j'éviterais de m'en vanter, si tu veux garder tes attributs."
"La Source est miséricordieuse..." se moqua l'enchanteur.
"C'est vrai. Sinon, tu serais mort depuis très longtemps..."
- Très bien, les interrompit sans le savoir la légiste. J'ai une chambre d'ami que je vais faire préparer pour elle. Après tout, je peux l'accueillir juste parce qu'elle est en convalescence et doit avoir une surveillance médicale constante, et parce qu'elle a sauvé Frank et Jane. En remerciement.
- L'affaire est donc entendue, conclut Maléfique.
- Et n'oubliez pas, elle doit rester incognito. Pas question de dévoiler son identité à quiconque, rappela Merlin. Evitez de faire d'autres bourdes.
- Emma Mills sera parfaitement en sécurité chez moi, assura Maura.
"Mais vous, serez-vous parfaitement en sécurité sous le même toit qu'elle ?" songea Maléfique, l'image de Viviane passant dans son esprit.
Et voilà le travail !
On se revoit en 2019 ! D'ici là, portez vous bien !
Bises,
Sygui et Link9
