La brise fraîche soufflait sur les hauts plateaux de verdure, garnis d'arbres feuillus et de buissons épais. La dynamique du groupe l'avait fait parcourir une bonne dizaine de kilomètre dans la matinée. Pas facile de gérer tout ce monde ; cavaliers, fantassins, laguz, mages. Les enfants et les plus jeunes avaient du mal à tenir en place : l'envie de plonger dans le cours d'eau frais était irrésistible ! Nagging se retenait de discuter avec ses confrères, sachant que ce serait mal interprété ces temps-ci. Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis sa première vraie conversation avec Stefan : elle s'était un peu éloignée de son père... Elle n'avait pas osé reparler au bretteur, ne voulant pas encore attiser la colère de son prédécesseur. Elle ressentait un bien-être étrange, mais agréable... La petite voleuse respirait la joie de vivre ! Elle prenait confiance en elle !

-Pourquoi ce sourire idiot ?

La questionna Volke, curieux. Il ne voulait pas la rabaisser, mais il ne savait pas s'y prendre autrement. L'habitude. Sa petite pinça les lèvres et afficha une moue boudeuse, légèrement vexée. L'assassin fut surpris qu'elle ne rétorque rien, elle qui avait "autant de gueule" que lui. « Elle grandit ? » s'étonna-t-il, non sans une pointe de fierfé. Sans le savoir, c'était l'influence positive de Stefan qu'il cautionnait.

-Nous allons pique-niquer ici ce midi.

Annonça proprement Ike, pensant le terrain propice à l'installation d'une centaine de soldat. Les plus jeunes, ou immatures, s'assirent en cercle, jouant avec leurs mains à taper celles sur leur gauche, tandis que les adultes responsables emplissaient le terrain de divers objets adéquats à la dégustation. Jetant un regard furtif à droite, puis à gauche, Nagging piqua une pomme, puisque personne n'était dans son champ d'action. Elle frotta délicatement le fruit mûr à la couleur chatoyante contre son vieux tricot pour le lustrer, augmentant les reflets à sa surface. « Ça a l'air délicieux... » pensa-t-elle en le scrutant sous tous les angles. Les yeux clos pour mieux en apprécier la saveur, elle approcha la nourriture de ses lèvres pulpeuses, prête à la croquer à pleine dent. Quand elle referma sa mâchoire, ses dents s'entrechoquèrent : l'aliment avait disparu ! Cherchant sa denrée, elle se retourna brutalement, pour se retrouver face à...

-C'est ça que tu cherches ?

Le soleil provenant derrière l'individu, elle ne put reconnaître son visage ; juste ses cheveux verts qui filtraient les rayons, les rendant plus éclatant que jamais. Un énorme sourire s'esquissa. Elle lui sauta dessus, tellement heureuse de le retrouver. Trois jours sans lui, c'était intenable ! Dans son élan, elle renversa sa victime au sol, ayant mis un peu trop de force dans son geste d'accolade. Elle se retrouva à assommer...

-Nan mais ça va pas la tête ?! Qu'est-ce qui te prend, Naggy ?!

... Sothe. Sa chevelure fourbe l'avait trompée.

-Ah, c'est toi...

Constata-t-elle en refroidissant ses ardeurs, de la déception dans la voix.

-Ça fait plaisir de voir que t'es contente de me retrouver... Pourquoi t'as cet air si dégoûtée ?..

-Excuse-moi, "Sothe-isson", je t'avais pris pour quelqu'un d'autre !

-Arrête de déformer mon prénom !

S'énerva le meilleur ami de Micaiah, qui avait le sang chaud. Il se releva, épousseta son pantalon et recoiffa ses mèche rebelles en passant rapidement sa main. Convaincu qu'elle cherchait le frère de Boyd et Oscar, il indiqua la direction :

-Rolf est parti puiser de l'eau. À plus, méchante.

Et il s'en alla, sans plus de façon. Nagging l'aimait bien, mais l'humour à propos de son nom était inévitable ! Il avait le droit à "Sothe-tomate" le plus souvent. « En même temps, qui appellerait son enfant comme ça ? ... Bon, "Enquiquineuse", ce n'est pas forcément mieux... » conclut-elle après maintes réflexions. À cogiter, elle ne s'était même pas rendue compte que Stefan la suivait en calquant le rythme de ses pas, il attendait patiemment qu'elle s'en aperçoive.

-Quelle concentration !

Elle se stoppa net : venait-elle de rêver ? Était-ce bien la voix de l'homme qu'elle admirait ? Son regard se déporta lentement vers l'arrière, dans le doute que ce ne fut que le fruit de son imagination. Il se tenait bien là, adoptant toujours une pose relaxé où son bras reposait sur son sabre, son épaule dénudée comme à l'accoutumée pour faciliter ses mouvements rapides, ses cheveux émeraude en pagaille et ses yeux plein de compassion.

-Tu as bugué ? Je dérange peut-être ?

Interrogea-t-il, incertain.

-Non, pas du tout !

Elle ne voulait pas se retrouver seule, et en plus, elle devait se l'avouer : elle espérait qu'il vienne depuis un bon moment ! Son modèle lui manquait terriblement ! Ses esprits revenus, elle toussota, la main devant la bouche afin de rectifier ses dires.

-Tu ne me déranges pas...

-Alors comme ça, tu as envoyé Sothe balader ? J'avais cru comprendre que tu l'aimais bien...

Elle fit mine de rien comprendre grâce à un petit haussement d'épaules. Il changea de sujet.

-Je n'entends plus parler de tes exploits ; serait-ce de ma faute ? Je ne t'aurais quand même pas influencée ?

-Bien sûr que non !

S'emporta-t-elle. Le plus âgé éclata de rire devant les joues pivoines de Nagging. Il lui ébouriffa les cheveux, toujours de cette main chaleureuse qui avait le don de la rassurer. « Finalement, ils ne sont pas rêches, je me suis trompé... » admit le bretteur, souhaitant simplement vérifier la "texture" de ces cheveux en pagaille qui ressemblaient fortement à un hérisson.

-Bon, il va être temps d'y retourner. Il faut finir les réserves et remballer, nous devons aller jusqu'à la prochaine ville avant la nuit.

-T'as peur ?

Lança-t-elle le plus naturellement du monde.

-Tu n'es pas au courant pour les créatures nocturnes ?

-Bien sûr que si ! Avec papa on les mange parfois, quand elles nous attaquent dans notre sommeil. Mais pa... Volke a de bons réflexes, et moi aussi !

Devant l'air dépité de l'homme qui devait la prendre pour une espèce de monstre bizarre, elle ajouta :

-Le Désert est notre domaine. On va le traverser dans quelques minutes, on peut déjà l'apercevoir derrière la verdure, par là. Les voleurs ne craignent pas le sable et les bestioles qui y vivent.

-Donc tu as décidé de devenir ...?

-Oui. Je deviendrais aussi bonne que lui dans le maniement de la dague, et enfin il m'acceptera !

Sa détermination était telle qu'elle décida de le planté là, le laissant méditer dur cette phrase. « Que ce soit en bien ou en mal, tout le monde connaîtra mon nom ! ».