Troisième chapitre

C'était de nouveau la nuit et Donna désespérait de trouver une solution. Elle continuait de faire le tour de la propriété, qui ne subsistait que grâce à ses souvenirs. Si elle n'était pas aussi inquiète pour le Docteur, elle aurait pu presque en rire. L'illusion persistait grâce aux souvenirs qu'elle avait des souvenirs du Docteur ! Après son sixième tour de la propriété, elle tomba sur le Docteur qui se maintenait en position debout grâce à un mur, qui n'était même pas réel.

« Docteur, que faites debout ?

- Donna ! répondit-il, un peu surpris.

- Docteur tout ça n'est...

- Je sais... le TARDIS, la coupa-t-il.

- Ça fait presque 24 heures que je le cherche.

- Je sens sa présence, mais je n'arriverais jamais jusqu'à elle.

- Le VRAI TARDIS ?

- Oui, pouvez-vous m'aider s'il vous plaît ? » lui demanda-t-il, un peu mal à l'aise.

Il devait vraiment être mal en point pour lui demander de l'aide !

« D'accord, mais ne me vomissez pas dessus, le prévient-elle, remarquant son teint verdâtre.

- Je vais essayer. »

Il avait beau la guider, elle se sentait de plus en plus désemparée. Il lui semblait que ça faisait des heures qu'elle marchait en traînant le Docteur, et ils devaient arrêter fréquemment, car le Docteur était sans cesse sur le point de s'évanouir. Ils finirent par trouver le TARDIS et Donna sentit sa migraine lâcher prise. Pas complètement, hélas, mais c'était déjà une amélioration. Le Docteur ne semblait pas aller mieux.

« Docteur, partons d'ici, » s'impatienta-t-elle, toujours inquiète.

Il se traîna jusqu'à la console et les envoya dans le vortex, puis s'écroula sur le sol.

Malgré la sueur sur son front, il était glacé et elle le traîna dans la chambre la plus près. Il n'était pas lourd, même pour elle. Il était tellement maigre ! Malgré tout, l'effort pour le mettre sur le lit l'avait épuisé. Elle avait encore ce mal de tête, supportable, mais toujours présent. Un peu la nausée, des courbatures et un nouveau symptôme: ses oreilles bourdonnaient. Elle s'étendit à ses côtés et s'endormit rapidement.

À son réveil, elle se sentait beaucoup mieux. Encore mal à la tête, mais les autres symptômes avaient disparu. Le Docteur dormait toujours. Il avait l'air un peu moins malade, toujours pâle, mais les yeux moins cernés. C'était bon signe. Elle se leva, prit une douche et mangea encore des céréales aux bananes pour son petit déjeuner. Ensuite, elle fit du thé, le Docteur allait sûrement en prendre. Selon lui, le thé était le remède ultime ! Peut-être, elle ne savait pas grand chose sur la biologie des Seigneurs du Temps. Elle avait appris qu'ils pouvaient être malades eux aussi, et apparemment, ils semblaient tolérer plutôt mal toute forme de drogues ou d'intoxication. Il lui avait déjà parlé de son intolérance à plusieurs médicaments humains.

Elle passa l'avant-midi seule. Elle était allée le voir pour s'assurer que son état ne s'était pas détérioré. Il dormait. Cette mésaventure aura au moins eu l'avantage de le faire dormir un peu ! Il la rejoignit vers la fin de l'après -midi... enfin, ce qui semblait être la fin de l'après-midi. C'était difficile à dire dans le vortex, heureusement qu'elle avait sa montre réglée sur l'heure de la Grande-Bretagne. Il avait l'air d'aller mieux.

« Thé ? demanda-t-elle.

- Avec plaisir, merci.

- Comment allez-vous ?

- Ça va. Nous pouvons aller faire des courses après mon thé, si vous voulez.

-Oui. J'aimerai bien manger autre chose que des céréales ce soir.

- Nous pourrions aller au restaurant.

- Votre estomac va supporter ?

- Je n'ai pas été empoisonné, Donna.

- Si vous le dites, mais je préfère aller faire des courses et cuisiner ici, car vous connaissant, après le restaurant vous allez oublier les courses.

- Comme vous voulez.

- C'était quoi cette chose ? tenta-t-elle.

- Je ne sais pas trop. Une sorte de plante qui produit une toxine hallucinogène.

- Mais ça semblait avoir une conscience.

- Qui vous a dit que seules les créatures de type humanoïde avaient une conscience ?

- Mon bagage culturel de terrienne du 21e siècle, je suppose.

- Je vais entrer les coordonnées, » conclut-il, en terminant son thé en quelques gorgées.

Il ne voulait pas s'étendre sur le sujet, comme d'habitude.

Ils étaient retournés sur Terre. Donna ne put s'empêcher de regarder les boutiques de vêtements et d'acheter quelques affaires. Le Docteur en profita pour s'acheter de nouvelles cravates, il lui demandait son avis à chaque fois, même si visiblement il n'en tenait pas compte. Puis ils achetèrent de la nourriture, enfin ! Donna, qui n'était pas une très bonne cuisinière, se força à faire un repas décent ce soir-là. Simplement parce qu'elle était tellement heureuse de manger autre chose que des céréales. Le Docteur l'aida. Elle lui donna les tâches les plus ennuyeuses, comme couper des légumes et râper du fromage. Elle espérait pouvoir le faire parler de son expérience. Elle se souvenait qu'avec Jenny ça n'avait pas été facile, mais ça lui avait fait du bien. Il lui avait avoué beaucoup plus tard. Pour le moment, elle l'observait. Aux yeux de n'importe qui, il avait l'air normal, mais pas aux siens. Il était trop calme.

« Docteur, vous êtes sûr que ça va ? Vous avez l'air drôlement concentré sur vos légumes, demanda-t-elle, voulant alléger l'atmosphère.

- J'ai encore quelques effets secondaires de la toxine, ça va passer.

- Allez-vous goûter à ma lasagne aux légumes ?

- Certainement, mais j'y ajouterais des bananes. »

Un silence s'installa entre eux. Ce n'était jamais bon signe. Le Docteur qui n'avait rien à dire, ce n'était pas normal du tout. Elle continua de préparer le repas. Elle ne voulait pas le forcer, mais elle allait le faire s'il le fallait, et il le savait. Le problème avec lui c'était qu'il voulait probablement lui en parler, mais ne savait pas comment s'y prendre. C'était tellement masculin peu importait qu'il soit d'une autre planète. Il y avait des constances partout dans l'univers, apparemment. Malgré l'absence évidente d'un clivage basé sur le sexe sur Gallifrey, un homme restait un homme !

« C'était bien tout de même.

- Quoi donc ?

- Gallifrey.

- Comment savez-vous que j'ai vu Gallifrey ?

- Je l'ai vu aussi.

- C'est impossible, c'était dans ma tête, Donna.

- Je sais. Je n'ai aucun souvenir de cette planète, et mon imagination n'est pas assez développée pour que j'imagine tous ces détails. J'étais dans votre tête Docteur.

- Ce n'est pas possible.

- Au début j'ai halluciné moi aussi. Ma mère, mon grand-père, Chiswick, mais ma mère était trop gentille pour être réelle, et il y avait un truc à propos de l'environnement extérieur qui ne collait pas.

- Racontez. »

Elle lui raconta son expérience jusqu'à son premier retour seule dans le TARDIS.

« Ensuite ? demanda-t-il.

-Vous étiez là et vous m'avez fait visiter Gallifrey, disant qu'elle existait toujours dans cet espace-temps particulier. »

Lorsqu'elle commença à lui raconter ses premiers instants sur la planète, le Docteur avait un air de plus en plus soucieux, mais il ne l'interrompit pas. Il l'écouta jusqu'à ce qu'elle lui parle des présentations de sa famille, il l'arrêta.

« Je connais la suite.

- C'est la même chose pour vous n'est-ce pas ?

- Sensiblement. En fait, oui. Toutes les fois où vous étiez présente, du moins. Je croyais que vous étiez une illusion, comme le reste.

- Vous saviez que c'était faux n'est-ce pas ?

-Non. Enfin, jusqu'à ce que je sois sérieusement malade.

- Pas avant ?

- Non, je ne serais pas resté là si je l'avais su.

- Je l'ai su très tôt, Docteur, et je suis seulement une simple humaine qui utilise moins de 10% des capacités de son cerveau. Vous, vous êtes un Seigneur du Temps qui utilise presque 100% des capacités de son cerveau, vous deviez le savoir.

- Nous utilisons exactement 89.87772% de notre cerveau, clarifia-t-il.

- N'essayez pas d'éviter la question avec vos données scientifiques.

- Je sais que je n'ai pas été très sympathique avec vous. Je vous ai laissé de côté. Je suis désolé.

- Je ne vous en veux pas, je comprends. Votre famille a été gentille avec moi et vos enfants étaient adorables.

- Je voulais tellement y croire, finit-il par avouer, les yeux brillants.

- Je sais. »

Elle le serra contre elle. Il les avait mis tout les deux en danger, pour vivre son fantasme de retrouver ses proches, et pourtant, elle n'arrivait pas à lui en vouloir. Voyager avec le Docteur voulait dire mettre sa vie en danger, ce n'était qu'une fois de plus. Peu importait qu'il l'ait fais de façon un peu plus égocentrique cette fois-ci. Il n'était pas parfait, loin de là, même si, parfois, il s'imaginait l'être. Elle comprenait sa douleur, car il lui arrivait encore de pleurer ses enfants virtuels perdus. Le Docteur ne l'avait jamais jugé sur ce point là, à aucun moment il n'avait méprisé sa douleur sous prétexte qu'ils n'avaient jamais été vivants. Pour elle, ils l'avaient été. Le Docteur comprenait. Elle lui en sera éternellement reconnaissante, les amis comme lui ne couraient pas les rues.

Elle s'aperçut qu'elle pleurait elle aussi, mais put se ressaisir rapidement.

Il avait besoin d'elle et non le contraire. Pas qu'elle avait un problème avec le fait de pleurer devant lui. Il l'avait vu pleurer des dizaines de fois, notamment en écoutant des films tristes. Pour un film, il se contentait de sourire, mais lorsque c'était pour quelque chose de plus sérieux, ça le mettait mal à l'aise. Il pensait donc que c'était pareil pour elle, mais il se trompait. Elle n'était pas mal à l'aise de le voir pleurer. Elle s'y était habituée, cela avait été assez fréquent après Jenny.

Ils passèrent la soirée au salon, et il lui parla de Gallifrey pendant des heures. Malgré son chagrin, il y avait tout de même un peu de bonheur dans ce qu'il lui racontait. Elle avait toujours aimé l'entendre parler de sa planète, mais maintenant qu'elle y était allée... en mémoire, les faits lui semblaient plus tangibles. Il lui avoua toutefois que ses souvenirs avaient embellis quelque peu la réalité, mais ça, elle s'en doutait déjà. L'expérience lui avait donné un bon aperçu de cet endroit, elle ne pourra jamais avoir plus vrai que cela.

Lorsqu'elle alla se coucher, elle prit un moment pour ramasser les vêtements laissés sur le sol. Le Docteur lui avait dit que toute l'illusion n'avait duré que quelques heures. Elle le croyait, mais n'arrivait pas à faire taire cette impression que cela avait vraiment duré quelques jours. Elle retournait ces pensées dans sa tête en vidant les poches de ses vêtements, pour ne rien oublier, et elle toucha quelque chose d'étrange, doux, mou, filamenteux et frais. Elle retira l'objet et resta sans voix. Dans sa main gauche elle tenait une petite poignée d'herbe rouge...