Thème : Ménage improvisé.
( Texte jamais lu en live. )
IMPROVISATION.
Je suis allongée au sol, ennuyée par mon travail. Quelle idée j'ai eu, d'accepter de faire ce job. La tenue que je porte n'est pas à mon avantage : le tablier rayé bleu et blanc, et trop grand pour moi, me fait plus ressembler à une vulgaire serpillière qu'autre chose - ou à un géant drap, à la rigueur. Mes pensées divaguent aléatoirement, selon leurs propres plaisirs.
- Je viens de passer dans la salle numéro trois ! Tu ne l'as pas faite ! s'écrie derrière la porte, une voix que je ne connais que trop bien. Bon, j'ai rendez-vous, je m'absente une petite heure. À plus tard !
- D'accord, au revoir.
Je me relève face au miroir, tout en empoignant le balai posé à mes côtés.
- Au boulot... Où est la salle numéro trois, déjà ?
Je m'avance vers la porte de sortie, en me questionnant à moi-même. Soudain, au moment où je pose ma main sur la poignée, j'entends le bruit d'un moteur. Je reconnais de suite la voiture de ma patronne qui est en train de s'en aller, comme elle vient de me prévenir à l'instant. Alors que le son du véhicule s'éloigne de plus en plus, ma main se lève de la poignée, et mon regard se tourne lentement vers le poste encore branché à la prise. Mes pensées auparavant mélangées se rassemblent en une idée fixe. " Très mauvaise idée ", c'est ce que ma raison me dit, alors que mon cœur, lui me crie d'oser. Moi qui suis habituellement si raisonnable, j'hésite. Supposons que j'écoute mon cœur, juste pour cette fois. Qu'est-ce que je risque ? Que mon employeur revienne plus tôt et me surprenne ? Que je me fasse réprimander ? Ou même licenciée, après ma première semaine de travail ?
- Oh, et puis merde.
J'enlève mon vieux tablier, détache mes cheveux qui étaient coiffés en chignon puis retire mes chaussures avant de les jeter contre un mur. Je me précipite vers la chaîne hi-fi, appuie sur le bouton " ON ", et la musique commence à envahir petit à petit la pièce. Une vague de bonheur s'empare de moi, un sourire s'affichant sur mon visage. Mon corps commence à se mouvoir avec le rythme endiablé. Je m'imprègne de la mélodie, et me mets à danser, me lâchant de plus en plus. Je me sens dans ma bulle, dans mon monde, loin de tout. Je ne me sens plus comme la jeune et nouvelle femme de ménage de cette école de danse. Je me sens bien, libre, et sans aucune pression.
J'entends tomber le balai que j'avais précédemment posé contre un mur, alors que je continue à danser en rythme avec la musique. Je n'y prête pas forcément attention, et me concentre plutôt sur mes pas. Après tout, un peu de poussière n'a jamais fait de mal à personne. Le ménage peut bien attendre, ne serait-ce que pendant les longues minutes d'évasion que m'offre le son.
