Horizon Fostering, nord-ouest de Londres. L'orphelinat existait depuis longtemps, tout comme les bâtiments qui l'abritaient, construits à l'aube du vingt-et-unième siècle.

Les éducateurs avaient été ravis de leur offre, et avaient préparé à leur attention une salle, décorée de guirlandes de papier, de peintures des enfants et d'un sapin de Noël en plastique qui perdait ses aiguilles plus efficacement qu'un vrai.

Dès l'aube, pour que les enfants ne les voient pas, ils étaient venus, charriant des dizaines de sacs remplis de cacahuètes, d'oranges et d'autres friandises, ainsi que de petits paquets mystères remplis de gadgets - porte-clés lumineux, petits jouets, balles sauteuses et autres menus présents pour les gamins.

En voyant la tête du personnel de l'orphelinat, Lena se dit qu'elle aurait peut-être dû préciser que Winston était un singe. Un grand, gros et très gentil gorille avec un déguisement de Père Noël et des lunettes rectangulaires.

Mais ils n'avaient pas le choix. La venue du Père Noël avait été annoncée depuis des jours déjà aux enfants, il n'y avait aucun moyen que Lena - avec ses collants verts et sa jupe à grelots - passe pour une Mère Noël. Tout en elle respirait l'elfe malicieux et il était hors de question de retirer cette joie aux petits orphelins.

Ils se préparèrent donc, et si le premier enfant à entrer sembla intimidé par la massive carrure simiesque de Winston, Lena (faisant bon usage de son accélérateur chronal) eut tôt fait de lui faire oublier ses craintes, apparaissant et disparaissant entre les piles de cadeaux, avant de se matérialiser comme par magie avec un sachet de friandises et un petit paquet coloré qu'elle lui tendit, puis de le saluer d'un claquement de talons et de disparaître une fois de plus avec un rire joueur, se rematérialisant derrière le trône en papier crépon pour espionner la suite de la rencontre.

« Ho ho hahaha ! Même pas besoin de te demander si tu as été sage cette année, mon petit ! C'est si évident que même mon elfe l'a vu ! » rit doucement le grand singe.

L'enfant sourit, serrant ses présents contre son cœur, puis après une hésitation, lança ses petits bras autour de son cou et le serra très fort contre lui.

« Merci, Père Noël. Même si vous ressemblez à un singe, vous êtes l'homme le plus gentil de la terre ! » s'exclama-t-il avant de le lâcher pour quitter la salle sous les invitations d'une éducatrice avec un bonnet de Noël enfoncé sur la tête, qui lui jeta un regard interrogateur.

Réajustant ses lunettes avec plus d'émotion qu'il ne l'aurait admis, il lui signifia d'un geste de la tête qu'elle pouvait faire entrer l'enfant suivant.

La matinée passa en un éclair. A dix heures, ils partagèrent un lait chaud avec les éducateurs, qui ne tarirent pas d'éloges sur leur prestation et leur gentillesse, faisant monter le rose aux joues de Lena qui tenta en vain de cacher sa gêne derrière sa tasse.

Presque tous les enfants étaient venus les voir, et les piles avaient bien diminué lorsqu'une petite fille aux cheveux courts et ébouriffés entra.

« Bonjour, ma petite. Comment t'appelles-tu ? »

« Charline. »

« C'est très beau ça, comme prénom ! Je ne vais pas te demander si tu as été sage cette année, car je sais que tu l'as été. » s'exclama-t-il d'un ton enthousiaste, alors que Lena se matérialisait en une pose grotesque de lutin de Noël.

L'enfant ne sembla même pas la remarquer et lui jeta un petit regard dubitatif.

« Si j'ai été si sage, Père Noël, pourquoi est ce que mes parents m'ont abandonnée ? »

Tout enthousiasme le quitta, et les bras de Lena retombèrent mollement.

La jeune Britannique lui jeta un regard désemparé, relayé par l'éducatrice qui faisait toujours office de « videuse ». Il soupira, puis s'assit en tailleur par terre, faisant signe à la petite de s'approcher, l'installant sur ses genoux.

Que dire à cette enfant ?

« Tu aimes les histoires, Charline ? »

La petite lui jeta un autre coup d'œil perplexe, mais opina.

« Tu sais d'où vient le Père Noël ? »

« Du pôle nord ? »

Il rit.

« C'est vrai, j'habite au pôle nord, mais tu sais où je suis né ? »

Elle hocha négativement la tête.

« Là où vont les rêves et les espoirs de tous les enfants de la Terre, sur la Lune. »

« Mais il n'y a pas d'air sur la Lune. »

« Tu as parfaitement raison, mais là-haut, il y a une grande, grande station. Tu sais comment elle s'appelle ? »

« Non. »

« Horizon. »

« Comme ici ? Tu as aussi été dans un orphelinat, Père Noël ? »

A nouveau, il rit, ignorant le pincement qui éteignit son cœur.

« Oui... en quelque sorte. En tout cas, je n'ai jamais connu mes parents, du moins mes vrais parents. Mais j'avais un père, que j'aimais beaucoup. Mais un jour, il a dû partir, me laissant tout seul, comme toi. »

« Parce que tu as été méchant ? »

« Non, parce qu'il n'avait pas eu le choix. Je sais qu'il serait resté avec moi, s'il avait pu, mais ça n'a pas été possible. Je suis certain que pour tes parents, c'est pareil. »

« Alors tu as fait quoi ? » demanda la petite.

« Que crois-tu que j'aie fait ? »

« Je ne sais pas. »

« J'ai fabriqué un... traîneau et je suis descendu sur terre. »

« Pourquoi ? »

« Pour tous les gens comme toi, Charline. Parce que malgré le fait que le monde soit si injuste que des parents soient obligés d'abandonner un petit ange comme toi, l'humanité n'en reste pas moins capable des plus grands prodiges, et elle mérite toute l'aide qu'on puisse lui donner. »

« Tu aides l'humanité ? »

« Du moins, j'essaie. »

« En offrant des cadeaux ? »

« En offrant de l'espoir, ma chère. »

« Tu pourrais faire revenir mes parents ? »
« Non, Charline, je ne peux pas faire ça, mais je peux te promettre que quelque soient tes rêves, si tu y crois assez fort, si tu y mets tout ton cœur, un jour, tu parviendra à les réaliser. »

L'enfant le fixa, songeuse.

Lena, qui jusque-là s'était tenue en retrait, s'approcha, s'agenouillant à côté d'eux pour être à sa hauteur.

« Parfois, tu te sentiras perdue. Seule. Peut-être même oubliée de tous, mais là, dans ton cœur, n'oublie jamais que même si tu ne le sais pas, même si tu ne le connais pas, il y aura toujours quelqu'un qui pense à toi. Quelqu'un prêt à te tendre la main et à t'aider. Prêt à te ramener des plus lointains rivages. Promets-moi que tu n'oublieras jamais, Charline. »

La petite médita sur ses paroles quelques secondes, l'air terriblement sérieuse.

« Je le promets .» souffla-t-elle finalement, ses petits poings serrés contre sa poitrine.

Lena se releva d'un bond, reprenant ses allures de lutin malicieux.

« Fantastique ! Il te faut maintenant tes cadeaux ! Où les ai-je mis ! » s'écria-t-elle, disparaissant en un éclair pour réapparaître un peu plus loin, faisant mine de les chercher.

Après deux ou trois bonds, elle revint avec le sachet de friandises et un paquet surprise.

Charline les prit, les fixant quelques instants, méditative, puis les tendit à Winston.

« Prends-les, Père Noël. »

Troublé, le grand singe s'efforça de garder contenance.

« Tu n'en veux pas ? » demanda Lena perplexe, un doigt sur le menton.

« Non. A Noël, tous les enfants ont le droit à des cadeaux, même ceux qui n'ont plus de parents, et si tout le monde reçoit des cadeau du père Noël, qui lui donne les siens ? »

« Oh, chérie ! »

La jeune Britannique tomba à genoux, serrant très fort l'enfant contre elle.

Winston essuya discrètement une larme, puis se pencha, posant sa grosse main sur la tête de l'enfant pour la faire tourner sur elle-même, qu'elle lui fasse face tandis que Lena se redressait avec un sourire un peu tordu.
« Charline, ces cadeaux sont les tiens. Tu viens de m'offrir le plus merveilleux des présents possibles, petite. »

« Ah bon ? »

« Oui, tu m'as offert l'espoir en un futur meilleur. »

« Et c'est bien ça, Père Noël ? »

« C'est plus que bien, petite. Maintenant, va ! »