CHAPITRE TROIS

Dissimulé par les fourrés, je jette un coup d'œil aux fenêtres du manoir, seul point lumineux de ce parc plongé dans l'obscurité. Nous avons réussis à entrer dans le jardin sans encombre. Drago est manifestement passé par là, les gardiens à l'entrée avaient l'air un peu trop lobotomisé pour que ce soit naturel. Nous connaissons les sorts qui protègent la maison alors nous ne mettons pas longtemps à les désamorcer. Nous en laisserons agir deux ou trois quand Kira et sa fille seront en sécurité. Empêcher tout les sortilèges de fonctionner paraîtrait trop suspect, les Malefoy sauraient immédiatement qu'il y a une taupe parmi eux. Mais en en laissant agir quelques uns, ils se diront juste qu'ils ont eu affaire à des gens suffisament doués pour déjouer la plupart de leur protection.

La nuit est silencieuse. On n'entend que les cris des paons du parc. Des paons… Il faut bien être un Malefoy pour avoir ce genre de trucs à plumes comme animal de compagnie !.. J'attends le signal de Kingsley. Nous devrons agir vite. Si jamais l'un des occupants du château utilise la marque des ténèbres pour appeler du renfort, nous sommes morts.

Mon cœur bat à toute allure dans ma poitrine, je l'entends presque. Cette attente est insupportable. Nous n'avons pas le droit à l'erreur.

Une lumière discrète s'échappe de l'un des fourrés, à l'autre bout du parc. C'est le signal. Aussitôt, comme d'autres membres de l'Ordre cachés à différents endroits, je pointe ma baguette en direction de l'aile gauche du manoir.

Un pan de mur entier s'écroule sous la violence de nos sorts.

Pendant deux secondes, rien ne se passe. Aucun bruit, aucun mouvement. Puis soudain, le jardin s'illumine sous une pluie d'étincelles vertes. La réplique à l'attaque est violente, comme nous nous y attendions. Des silhouettes sombres apparaissent aux fenêtres, d'autres se glissent sur la terrasse. Les sortilèges fusent en tout sens et la lumière provoquée est si intense qu'on y voit comme en plein jour ce qui n'est pas forcément positif car nos cachettes sont bien moins efficaces. Un sort me frôle l'épaule et je devine que j'ai été repéré. Je transplanne une dizaine de mètres plus loin, juste à temps pour voir le bosquet où je me trouvais se réduire en cendres. Le combat va être difficile mais je sais qu'à cet instant, Kingsley et Lupin sont déjà à l'intérieur du manoir à la recherche des prisonnières tandis que nous faisons diversion de ce côté de la maison.

Dix minutes passent. Je suis à découvert à présent, et je ne suis pas le seul, la situation devient difficile. Je ne cesse de jeter des coups d'œil anxieux, tentant d'apercevoir le signal de Kingsley qui nous dirait qu'on peut se replier. Mais il n'y a rien. Il a été convenu qu'après quinze minutes de combat, nous devions nous enfuir. Mais j'ai dû mal à m'imaginer rentrant au Terrier sans Kira et sa fille, abandonnant à leur sort Kingsley et Lupin.

Les minutes continuent de défiler. Qu'est-ce qu'ils foutent ? Un sort m'atteint et me fait trébucher. Je réplique par un stupéfix haineux qui fait s'envoler le sorcier visé sur plusieurs mètres. Puis je cours en direction des grilles du parc, à la recherche d'un fourré. J'ai la désagréable sensation d'être suivit mais les mangemorts se tiennent à bonne distance, seuls les sortilèges qu'ils lancent tombent autour de moi. Ce sentiment est pourtant tenace…

Je plonge dans l'un des derniers bosquets du parc, le souffle court. Enfin, le signal apparaît! On peut se replier. Mais quelque chose m'en empêche.

Je ne suis pas seul dans ce fourré. A quelques mètres de moi, je distingue une silhouette sombre. On me suivait bien, ce n'était pas qu'une impression !Je ne comprends pas pourquoi ce mangemort ne m'a pas tué avant mais je ne réfléchis pas plus longtemps. Je saute sur l'ombre et tente de la maîtriser mais l'homme se débat avec vigueur. Mes bras bien serrés autour des siens, il ne peut pas jeter de sorts avec sa baguette alors il tente de me repousser à coups de pieds. Ce qui m'étonne, c'est que ses coups sont presque légers, comme si il les retenait, de peur de me faire trop mal. Puis soudain, il cesse tout mouvement. On dirait qu'il abandonne, résigné. Prenant ça pour un moment de faiblesse, j'en profite pour le plaquer au sol.

- Ne bouge plus ou je te jette un sort si puissant que tes parents ne te reconnaîtront plus !

- C'est pas grave…J'ai pas de parents…

- La ferme !

J'ai beau essayé de rester autoritaire, la voix de l'inconnu me fait frémir. Car je l'ai déjà entendu, cette voix. Mais ça fait plus de deux ans qu'elle s'est tut. Ma baguette appuie un peu plus contre sa gorge.

- Et si tu me disais pourquoi tu me suis depuis toute à l'heure…

- Je ne te suis pas, Ron, j'essaie moi aussi de m'enfuir !

Sans comprendre tout de suite pourquoi, le fait que cet inconnu connaisse mon prénom me terrorise et je sens mon cœur cogner contre ma poitrine tandis qu'une idée complètement folle me traverse l'esprit. Je souffle :

- C'est pas possible…

Le visage dissimulé par une grande capuche, je ne distingue que ses yeux verts. Nous restons quelques secondes à nous observer mais une déflagration a lieu juste à quelques mètres de nous et par réflexe, nous nous protégeons la tête des deux mains. Je m'accroche à un pan de sa cape et m'écrie :

- On s'en va !

Tenant toujours l'inconnu fermement, je transplanne dans la cave du Terrier. Si cet homme est un mangemort, il pourrait nous donner des indications intéressantes mais j'ai le sentiment qu'aucune marque des ténèbres n'est tatouée sur son bras…

A peine arrivé, je me jette sur l'homme et arrache sa capuche. Là, la surprise me fait reculer de deux pas. Harry.

J'ai l'impression qu'un troll est assis sur ma cage thoracique et m'empêche de respirer correctement. C'est impossible. Furieux, je saisis l'homme par le col et le plaque violemment contre le mur.

- Ca t'amuse peut-être ? Prendre l'apparence d'un mort, ça t'éclate, c'est ça ? QUI ES-TU ?

-Laisse…Moi…T'expliquer !

Je suis tellement en colère que mes mains l'étranglent presque. Lorsque je le réalise, je le lâche brusquement et l'inconnu glisse contre le mur.

Le silence se fait, seulement troublé par nos souffles courts. Je le regarde. La pièce est plongé dans une semi obscurité mais je distingue quand même les traits de son visage. Ceux d'Harry. Cet homme a forcément bu du polynectar !

Mais si c'est le cas, où a-t-il trouvé le cheveu nécessaire à la potion alors que nous-mêmes n'avons jamais retrouvé le corps de mon meilleur ami ? Et puis le polynectar permet d'obtenir l'apparence de quelqu'un mais pas la voix…Cette voix que je serai capable de reconnaître entre mille…

- Je sais que ça paraît incroyable, souffle l'homme, mais c'est moi, Ron. Je suis Harry.

- Quel est la forme de ton patronus ?

Je pose cette question brusquement. Mon agressivité est le seul rempart contre la voix intérieure qui me hurle de le croire et je lutte de toutes mes forces pour ne pas lui céder. Il me regarde une seconde avant de répondre.

- Un cerf.

- Où nous sommes-nous rencontrés ?

- Dans le Poudlard Express, en première année. Tu m'a demandé si tu pouvais venir t'asseoir dans mon compartiment parce que les autres étaient pleins mais on s'était vu plus tôt sur le quai de la gare. J'ai demandé à ta mère comment on faisait pour atteindre la voie 9 ¾

- Quel est le nom de ta première copine ?

- Cho Chang. Toi c'est Lavande Brown. Tu es sorti avec elle en sixième année…

Un sentiment étrange me sert le ventre. J'ai envie de le croire. J'ai besoin de le croire mais tout cela est tellement impossible…

- …Mais c'est Hermione que tu aimes vraiment. Depuis toujours ou presque. Conclut-il.

Je lève les yeux vers lui, tentant d'ignorer l'espoir qui s'infiltre en moi. Je dois faire attention. La Magie Noire m'a déjà prouvé qu'elle pouvait jouer avec nos sentiments afin de mieux nous manipuler.

Un seul geste de ma baguette et le voilà ligoté à une chaise. Avant de regretter, je m'enfuis de la cave, pour aller chercher quelqu'un qui sera plus objectif que moi.

***

Je fixe le feu qui flambe dans la cheminée, tentant vainement d'ignorer les battements affolés de mon cœur. Je suis seule dans le salon, un livre, auquel je n'ai pas jeté un regard, ouvert sur mes genoux. J'entends Mme Weasley s'agiter à l'étage. Pourtant, je suis incapable de monter lui apporter un quelconque réconfort.

L'angoisse me ronge et je ne ferais que l'inquiéter plus encore. Je préfère m'isoler, veiller au coin du feu attendant le retour de l'Ordre, de Ron particulièrement.

Parfois, je me laisse aller à imaginer ce que serait un monde où il ne serait plus là. Mais je ne peux pas. Si je parviens à concevoir ma propre mort sans trop de difficultés je ne parviens pas à envisager que Ron puisse disparaître.

A-t-il peur pour moi lui aussi ? Tremble-t-il à l'idée qu'il m'arrive malheur ?

Je crois bien que par moment, il est soulagé que je n'aie plus ma baguette. Ainsi, il se fait moins de souci, il n'a pas besoin de me surveiller constamment, ce qui ne serait pas le cas si je partais en mission avec lui.

Le bruit caractéristique du transplanage me tire de ma torpeur. Je bondis de mon fauteuil renversant mon livre au passage, avant de pousser un soupir de soulagement en apercevant Ron.

Pourtant ma joie est de courte durée quand je prends conscience de la mine défaite qu'il arbore.

- Merlin Ron !!! Que se passe-t-il ?

Il s'empare presque brutalement de ma main et me tire vers lui.

Il faut que tu viennes tout de suite !!

Son ton alarmé me fait immédiatement penser au pire.

Ron dis-moi ! Quelqu'un a été blessé ?

Il secoue la tête exaspéré.

Bon sang ! Arrête de poser des questions et suis-moi !

Je décèle de la panique dans sa voix et je décide de le suivre sans plus de questions.

D'accord allons-y.

Je m'accroche à lui et aussitôt il m'entraîne dans les profondeurs du Terrier. Je sais que j'avais dit que je ne poserais plus de questions mais là c'est plus fort que moi.

Ron s'il te plaît, dis-moi ce qui se passe !

Il pose sa main sur ma bouche pour me faire taire et vrille son regard au mien.

Ecoute Hermione ce que tu vas voir est inimaginable. Mais tu es la seule personne en qui j'ai suffisamment confiance pour montrer ça. Je n'arrive pas à démêler le vrai du faux et je crois qu'il n'y a que toi pour y parvenir.

Ces paroles ne me rassurent pas du tout. Au contraire, j'ai soudain peur qu'il ait fini par céder à la rage qui l'habite envers le Ministère. A-t-il capturé et séquestré un mangemort dans la cave dans l'espoir d'obtenir de lui des informations malgré le danger que cela comporte ?

La cave est entièrement plongée dans la pénombre. Pourtant, au fond de la pièce, j'arrive à distinguer une forme attachée par de solides liens à une chaise.

Merlin j'avais raison ! Il a réellement kidnappé quelqu'un et le garde prisonnier sans en avoir informé l'Ordre. Mon cerveau tourne déjà à plein régime cherchant la façon de le sortir de ce mauvais pas sans que ça ne lui porte préjudice.

Il prononce un sort et aussitôt la pièce se nimbe d'une douce lumière.

Je me tourne vers lui et tente de le rassurer.

Ron ne t'inquiète pas, quoi que tu aies fait on va trouver une solution.

Il me prend par les épaules avant de me tourner vers l'individu qui est toujours sur sa chaise.

Pour la première fois, je fixe mon attention sur cette personne. Il est possible que je le connaisse, il travaille peut-être au Ministère.

Ce que je vois alors me fige instantanément Mon corps se raidit. A cet instant je peux réellement sentir la poussée d'adrénaline pure qui monte en moi et fait presque jaillir mes yeux de leurs orbites.

Bonjour Hermione.

Cette voix. Merlin ! Cette voix je la connais si bien !

Harry…

Ma voix n'est plus qu'un murmure. J'ai pourtant l'impression d'avoir fourni un effort considérable pour prononcer son nom.

Oui c'est bien moi.

Ça ne peut pas être vrai. Je ne sais par quelle magie quelqu'un a pris son apparence jusqu'à pouvoir imiter les intonations de sa voix.

Lentement, je m'approche de lui jusqu'à avoir mon visage à quelques centimètres du sien, plongeant mes yeux dans son regard pour y déceler la moindre trace de mensonge.

Qui es-tu ?

Je viens de te le dire. Je suis Harry Potter.

C'est impossible. Harry est mort.

Je t'assure c'est bien moi !

Prouve-le !

Il pousse un léger soupir de lassitude.

Tu t'appelles Hermione Granger. Tes parents sont dentistes. Nous nous sommes connus dans le Poudlard Express lors de notre première année. Ron et moi t'avons sauvée d'un troll…

Je le coupe abruptement :

Tout le monde peut savoir ça ! Dis-moi quelque chose que personne à part Harry ne pourrait savoir.

Il garde le silence. Je pense que je l'ai confondu, il est visiblement incapable de me répondre.

Je répète ma question : qui es-tu ? Et qui t'envoie ?

Son regard toujours dans le mien, il reprend la parole :

En sixième année, lorsque Ron a vécu son histoire avec Lavande, tu as trouvé un sortilège capable de provoquer l'impuissance la plus complète chez un homme. Tu l'as gardé dans une boîte dissimulée dans ta malle tout le long de leur relation, envisageant régulièrement de t'en servir contre Ron.

Je me sens aussitôt rougir alors que Ron me dévisage stupéfait. Par Merlin n'aurait-il pas pu trouver autre chose ? Ce n'est quand même pas le seul secret que je lui aie confié.

Cette fois-ci, le doute n'est plus possible. Harry est le seul à être au courant de cet épisode. Je lui en avais parlé un soir où tous les deux dans la salle commune nous avions un peu abusé de l'alcool. Je me souviens d'ailleurs du fou rire qui nous avait saisis à l'idée de Ron incapable de prouver sa virilité à Lavande. Avant que l'image de Ron et Lavande sur le point de faire l'amour ne me fasse éclater en sanglots.

Je ne l'ai jamais confié à quelqu'un d'autre et je me suis débarrassée de ce sortilège dès qu'il a rompu avec elle.

C'est bien Harry que j'ai en face de moi.

Ron semble sortir de son immobilisme et mon manque de réaction semble l'avoir convaincu de la véritable identité de celui que nous prenions pour un imposteur.

Harry ! C'est bien toi !

Ron semble presque au bord des larmes et l'espoir qui teinte sa question me serre le cœur.

Oui Ron, c'est moi.

Le monde explose autour de moi. Tout tourne et je suis obligée de fermer les yeux pour ne pas céder à la nausée qui m'envahit.

Tous les sentiments contradictoires que je ressens sont balayés par une émotion bien plus forte : la colère. Froide et impérieuse, je la sens monter en moi, faisant bouillir mon sang et exploser mon cœur.

J'ai a peine le temps de penser à Ron me demandant de garder mon sang froid avant de me précipiter sur Harry et de lui asséner mon poing en pleine figure. Je ne prête pas attention à la douleur irradiant ma main. Je lève à nouveau le poing quand je sens Ron retenir mon poignet.

Bon sang ! Hermione calme-toi ! Regarde tu t'es blessée, laisse-moi voir ta main !

Il tente de me tourner vers lui. Mais je me dégage vivement.

Harry dont la tête a pivoté dangereusement, me lance un regard effaré.

Hermione tu as une sacrée droite !

Toi, la ferme ! Ron ça suffit lâche-moi ! Laisse-moi lui parler !

Il me relâche à contrecœur. Je m'avance lentement vers Harry et je peux sentir que tous les deux retiennent leur souffle.

J'attends d'être bien en face de lui avant de reprendre la parole.

Espèce de misérable lâche ! Où étais-tu passé ?

Hermione si tu me laisses le temps de m'expliquer tu comprendras que je n'avais pas le choix.

Il est d'un calme incroyable. Ce qui bien sûr m'excède encore plus étant donné que moi je suis incapable de retrouver le mien.

Parce qu'en plus tu veux t'expliquer !

J'éclate d'un rire hystérique sans doute un peu effrayant vu la façon dont Ron me regarde. Je voudrais sincèrement pouvoir retrouver mon calme mais je n'y arrive simplement pas. Voir Harry vivant en face de moi a fait céder les dernières barrières que je m'imposais.

Franchement Harry, tu penses vraiment avoir une explication susceptible de justifier le fait que tu aies disparu sans donner de nouvelles pendant si longtemps ?

Hermione je…

Non tais-toi ! Ca ne marche pas comme ça Harry ! Il ne te suffit pas de revenir et de t'excuser pour que tout soit oublié !

Je n'avais pas le choix ! Il fallait que je disparaisse !

Cette fois, j'explose pour de bon :

Pas le choix ? Bien sûr que si tu avais le choix ! Tu as échoué Harry tu m'entends ? Tu as perdu et tu as préféré prendre la fuite plutôt que d'assumer ta défaite !! Tu nous as abandonnés Harry et tu as beau dire ce que tu veux c'est un choix !

Hermione je suis tellement désolé…

- Tu es désolé ? As-tu la moindre idée de ce que nous vivons chaque jour ? De ce que je vis, ce que je subis ?!! Des risques que tous les membres de l'Ordre prennent pour pallier à ton absence ?!!

Je comprends que ce soit dur pour toi Hermione.

Ces mots me font bondir. Il a l'air sincèrement peiné mais rien ne peut me faire sortir de l'état de fureur dans lequel je suis.

Furieusement, j'empoigne le devant de ma robe de sorcière déchirant presque le tissu et brandis le sigle des sangs de bourbes qui est cousu dessus.

Tu vois ça Harry ? C'est le signe que doivent porter ceux de ma race ! C'est l'insigne qui leur donne le droit de m'humilier et de me bafouer chaque jour. C'est ce qui leur donnera le droit de me tuer sans avoir à être inquiétés ! Tu sais que je n'ai plus de baguette, Harry ? Je ne peux plus jeter le moindre sort ! Je ne suis plus une sorcière. Je ne suis plus rien, on m'a tout pris !

Ma voix se brise sur mes derniers mots. C'est la première fois que j'admets à quel point je suis démunie, à quel point je perds pied. Lorsque je reprends la parole, ma voix est rauque d'avoir trop crié.

Alors Harry, entre nous, peux-tu vraiment dire que tu comprends ce que je vis ?

Il détourne le regard mais pas avant que j'ai pu apercevoir la tristesse qui marque ses traits. Un silence lugubre est tombé autour de nous. Ce que j'ai dit a ébranlé Harry et je peux voir au regard de Ron que lui aussi est peiné par ce qu'il vient d'entendre.

Ron se décide enfin à rompre le silence presque sépulcral régnant dans la pièce.

Mione… Laissons-lui au moins le temps de s'expliquer.

Je le fusille du regard.

Je ne peux pas croire que tu dises une chose pareille ? Tu es avec Malefoy celui qui prends le plus de risques pendant qu'il se terre on ne sait où !

Harry sursaute sur sa chaise.

Malefoy ? Il a rejoint l'Ordre ? C'est une blague, il n'est pas clair ce type !

Ron pousse un soupir et répond dans un grognement presque inaudible.

A qui le dis-tu…

Je lève les yeux au ciel franchement exaspérée. Il y a décidément des choses qui ne changent jamais.

Oui Malefoy nous a rejoints. A ta place je ne dirais rien ! Contrairement à certains il était là quand on a eu besoin de lui.

- Bon Hermione. Est-ce que maintenant tu vas me laisser parler ?

Je le regarde sans comprendre. Je suis épuisée. La tension et l'angoisse qui m'ont habitée toute la nuit s'évaporent lentement me laissant sans la moindre force.

Si tu as des renseignements importants pour l'Ordre. Dis-le à Ron. Moi je n'ai pas envie de t'écouter !

Je pars en direction de l'escalier quand Ron me rattrape.

Attends Mione. Il faut soigner ta main.

Pour la première fois depuis le début de notre altercation, je jette un regard à ma main. Elle est gonflée, douloureuse mais je n'en ai rien à faire, la douleur physique ne peut pas m'atteindre.

Si j'avais ma baguette... Je secoue la tête. Inutile de penser à de telles choses maintenant.

Tout à l'heure. Je suis fatiguée et tu dois informer les autres de son retour.

Je me tourne une dernière fois vers Harry qui n'a pas encore proféré un mot.

Harry ?

Il lève la tête une lueur d'espoir dans le regard.

- Si tu crois que tu viens de passer le pire, attends un peu de voir ce que te réservera Ginny quand elle sera au courant.

Il blêmit et je sors de la pièce satisfaite.

Hermione sort de la pièce en claquant violemment la porte et Harry et moi restons tous les deux seuls. Harry et moi. Je n'espérais plus utiliser cette phrase que pour raconter des souvenirs. Mais mon meilleur ami est là, devant moi. Et même si mon esprit est envahi par un tas de doutes et de questions, je ne peux m'empêcher d'être heureux. Je le regarde en souriant et il me sourit à son tour.

- Alors c'est bien toi… je lance, en riant presque.

- Maintenant que tu en es sûr, je serais assez content que tu me détaches. Ces liens me font un mal de chien.

Je pointe ma baguette vers les cordes qui maintiennent ses mains et une fois libéré, Harry se frotte la joue en grimaçant.

- Hermione est vraiment douée question coup de poing. Je plains Malefoy, il a dû souffrir en troisième année !

Je réalise que je pleure et que je ris en même temps.

- Putain Harry, qu'est-ce que t'as pu me manquer !

- On va quand même pas se serrer dans les bras, hein ?

- Bien sûr que si !

Je l'attire vers moi dans une accolade fraternelle. Harry est vivant. Mon meilleur ami est vivant.

- Quand on va annoncer ça aux autres ! Et puis d'abord qu'est-ce qui t'a pris de nous faire un coup pareil ? T'étais où pendant deux ans ?

Je ne peux pas m'empêcher de l'assaillir d'un tas de questions et il lève les mains en signe de défense, tentant ainsi de freiner ma frénésie.

- Je vais tout t'expliquer, je te le promets mais avant je ne tiens pas à ce qu'un tas de gens soit au courant de ma réapparition.

Je fronce les sourcils.

- Je fais partie de l'Ordre du Phénix, Harry, je ne peux pas taire une information aussi capitale.

- Je comprends mais peut-être que…tu n'es pas obligé d'en informer TOUS les membres… ?

- Kingsley doit être rentré à présent. Je vais lui en parler. On verra ce qu'il en pense. Reste ici, je viendrai te chercher bientôt.

- D'accord.

Je tourne les talons m'apprêtant à sortir avant de me retourner une dernière fois :

- Hé Harry ! N'en veux pas à Hermione… Je sais qu'elle est heureuse de te revoir mais… ses conditions de vie sont très difficiles et elle souffre beaucoup.

Harry hoche la tête. Il comprend. Un dernier sourire envers celui que je ne pensais plus jamais revoir et je quitte la pièce.

***

Kingsley se tient debout, devant la cheminée. Moi, je préfère rester en retrait, appuyé contre le mur du salon, les bras croisés. J'observe ma famille, Tonks et Lupin, tous amassés autour du canapé. Ils affichent un air inquiet, attendant ce que Kingsley a à leur annoncer qui puisse justifier un tel rassemblement.

Lorsque j'ai annoncé le retour d'Harry à celui qui se trouve à la tête de l'Ordre du Phénix, il a d'abord écarquillé les yeux, comme si j'étais fou à lier. Mais je l'ai emmené à la cave et après un nouvel interrogatoire, il a été forcé de constater que toute cette histoire n'était que la stricte vérité.

Il a demandé à deux membres, comme il était prévu, d'escorter Kira et sa fille jusqu'en Belgique où une nouvelle vie les attend, a remercié les autres de leur participation et les a renvoyés chez eux, ne gardant que ma famille, Tonks et Lupin. J'ignore comment ils vont réagir. Et je ne peux m'empêcher de jeter des coups d'œil à Ginny. Elle est assise sur l'accoudoir et attend patiemment.

Mon cœur se sert. Elle sort à peine de son deuil et dans deux secondes, sa vie va basculer.

Kingsley finit par s'asseoir dans un fauteuil que lui propose mon père. Il semble chercher ses mots pendant un moment, les yeux baissés, se grattant la tête. Je vois ma mère se tendre. Elle angoisse de ce que Kingsley va leur annoncer. J'aimerais qu'Hermione soit là mais elle s'est réfugiée à l'étage, prétextant un mal de crâne et un besoin urgent de se reposer. Personne n'a trouvé ça suspect, nous avons tous passé une soirée difficile.

Kingsley prend enfin la parole :

- Ce que j'ai à vous dire est à la fois formidable, inattendu et désarçonnant. Tellement que je ne sais pas vraiment comment vous l'annoncer.

- Vas-y Kingsley ! Je crois que plus rien ne peut vraiment nous surprendre. l'encourage Rémus.

Kingsley l'observe d'un air triste, hésitant encore quelques secondes avant d'ouvrir la bouche.

- Harry… est vivant…

Un long silence suit cette déclaration. Charlie est figé, mon père ne semble plus capable de réfléchir. George secoue la tête, comme s'il ne voulait pas croire à ce que Kingsley vient de dire.

- C'est certainement une erreur. murmure Bill.

Kingsley reprend :

- Je sais que ça paraît complètement fou et j'ai eu du mal à le croire moi-même mais Ron l'a retrouvé au manoir des Malefoy et je l'ai vu de mes propres yeux. Je peux vous affirmer qu'il ne s'agit pas d'un imposteur. C'est bien Harry, notre Harry et il est vivant !

J'entends Fleur murmurer un « Mon Dieu ! » tandis que Ginny, elle, reste totalement silencieuse, sous le choc.

- Comment est-ce que ça peut être vrai ? Comment a-t-il fait ? demande Tonks.

- Je pense qu'il vous expliquera tout ça bien mieux que moi !

- Il est ici ? demande ma mère, la voix étranglée.

Kingsley acquiesce d'un hochement de tête et aussitôt, mes parents se lèvent d'un bond. J'ouvre la porte de la cave. Harry attend derrière. Personne ne réagit pendant quelques secondes puis ma mère trottine jusqu'à lui et le prend dans ses bras :

- Oh mon chéri, c'est incroyable ! Je suis si contente de te voir !

- Moi aussi Mme Weasley !

L'enthousiasme de ma mère est communicatif et tout le monde se presse autour d'Harry pour le saluer. Tout le monde sauf Ginny. Elle se lève, silencieuse et quitte la pièce. Harry la voit faire et baisse les yeux. J'hésite entre la suivre et écouter ce qu'il a à nous dire. J'opte pour la seconde option, trop de questions emplissent encore ma tête pour m'éloigner. Tonks la suit dans l'escalier, je suis rassuré. Elle saura lui parler.

Après plusieurs minutes de retrouvailles émouvantes, chacun se rassoit, attendant les explications. Harry nous raconte alors la vie qu'il a eue ces deux dernières années. Il nous explique que son choix s'est fait en quelques secondes. Lorsqu'il y a eu cette explosion qui a emporté Fred, il savait que tout était terminé, que de toute façon, nous allions perdre. Alors il avait pensé que se faire passer pour mort serait le meilleur moyen de continuer ses recherches en toute liberté. Il avait pensé que ce serait mieux si on y croyait nous aussi, parce que ça renforcerait l'idée que tout ceci était vrai. Il s'était dit qu'en même temps, ça nous protégerait parce qu'on n'essayerait pas de le rechercher, qu'on ne tenterait pas d'entrer en contact avec lui et qu'on finirait par rentrer dans le moule, celui que le nouveau Ministère aurait construit pour nous et qu'on survivrait, bon gré mal gré.

Harry ponctue son récit de pauses qui dissimulent les sanglots qu'il retient. Il a souffert pendant deux ans. A voyagé. Beaucoup. Rencontré des mages noirs qui lui ont appris des sorts dont il ne soupçonnait même pas l'existence mais qui l'aideront, dit-il, en temps voulu. Il a réuni presque tous les objets de la quête que lui avait confiée Dumbledore. Il les a récupérés au prix de grands dangers mais il ne les a pas détruits. Il préfère le faire quand il les aura tous en sa possession car il ne veut pas prendre le risque que Voldemort sente la vie le quitter.

A ce moment de son histoire, je suis le seul à savoir qu'il parle des horcruxes. Les autres ignorent toujours l'objet de la mission que lui avait donnée Dumbledore il y a ce qui me semble être une éternité. Mais personne ne l'interrompt pour lui demander plus de détails. Tous ont conscience de la pénibilité de son récit. Il a dû se battre, tuer parfois pour que son identité reste secrète. Nous avons tous les larmes aux yeux et un grand silence envahit la pièce une fois qu'Harry a terminé son histoire. C'est ma mère qui met fin à cette atmosphère de mélancolie.

- Toutes ces aventures ne t'ont pas aidé à garder la santé, regarde-toi, tu es tout maigrichon !

Harry sourit.

- C'est que… Je n'ai trouvé personne qui fasse aussi bien la cuisine que vous, Mme Weasley.

Ma mère le regarde tendrement. Ce soir, elle a retrouvé un fils.

- Il est un peu tard pour cuisiner quelque chose mais je crois qu'il reste du pudding à la cuisine. Je vais t'en servir une bonne part. Et puis un thé nous ferait du bien à tous, qu'est-ce que vous en dîtes ?

Tout le monde acquiesce chaleureusement et se faufile dans la pièce d'à côté. Je ne les suis pas. Jetant un coup d'œil à l'escalier, je me décide à rejoindre Hermione.

Lorsque j'ouvre la porte de ma chambre, je la retrouve assise sur mon lit, les bras autour de ses genoux repliés. Elle semble ailleurs, absorbée par ses réflexions mais ne sursaute même pas lorsque je pousse la porte.

- Est-ce que ça va ?

- Ca va. Tu ferais mieux d'aller voir Ginny, elle a sûrement besoin de parler à présent qu'elle est au courant.

- Tonks est avec elle. Et puis Ginny est forte, elle saura encaisser…

- …Tandis que moi non, c'est ça ? Tu penses que je n'en suis pas capable ?

Je la regarde un moment avant de répondre.

- Je pense surtout que ce n'est pas raisonnable de ne pas soigner ta blessure. Laisse-moi faire.

Je m'assois près d'elle et regarde sa main en faisant une grimace : l'enflure n'est pas très jolie et je ne peux pas tout régler d'un seul coup de baguette. Mais au moment où je veux la saisir, elle a un mouvement de recul.

- Laisse ça, je vais bien.

- Donne-moi ta main.

- Laisse tomber j'ai dit !

- Donne-moi cette fichue main !

Elle me la tend de mauvaise grâce et me laisse appliquer le baume apaisant que j'ai apporté avec moi. Hermione est silencieuse mais je la sens tendue et je sais que ça n'a rien à voir avec la douleur.

- Comment tu arrives à faire ça ? demande-t-elle brusquement. Harry est censé être mort depuis deux ans, il resurgit dans nos vies et toi tu fais comme si tout allait bien, comme si tout était normal ! Comment peux-tu lui pardonner aussi facilement de nous avoir abandonnés ?

Elle se lève et va jusqu'à la fenêtre, les bras croisés, le regard plongé sur l'horizon. Je soupire.

- Mione, Harry a fait ça pour nous protéger. Souviens-toi, il voulait toujours affronter le danger tout seul, c'est pas nouveau ! Et puis le fait que le monde entier le croit mort, y compris ses proches, lui a permis d'agir avec beaucoup plus de liberté pour retrouver les horcruxes. C'est ce qu'il était allé chercher au manoir des Malefoy. Un horcruxe.

- Et quand pensait-il nous prévenir ?

Je hausse les épaules.

- Probablement lorsqu'il aurait vaincu Voldemort.

- Et il pensait réellement être capable de faire tout ça tout seul ? C'est un idiot !

Elle croise les bras et se tourne une nouvelle fois en direction de la fenêtre. Je soupire avant de la rejoindre. Je la prends par les épaules doucement, l'incitant ainsi à me faire face.

- Je suis d'accord. dis-je d'une voix calme. C'est pour cette raison que nous n'allons plus le lâcher. Le coup de l'atroce disparition, ça a marché une fois mais pas deux, je peux te le jurer !

Hermione a un léger sourire que je considère comme une petite victoire. Je sais qu'elle lui en voudra encore pas mal de temps mais elle n'est pas stupide et elle peut comprendre les raisons qui ont poussé Harry à agir de cette façon.

Comme si elle m'avait entendu penser, elle murmure :

- Même s'il avait les meilleures raisons du monde, tu ne te dis pas que si Harry nous a menti, c'est que quelque part, il ne nous faisait pas suffisamment confiance pour nous confier son plan ?

- Mione, je suis juste heureux que mon meilleur ami soit en vie, c'est tout. J'ai pas envie de me poser plus de questions pour l'instant.

Je lui reprends sa main blessée et entreprends de lui mettre un bandage :

Et maintenant, si tu me parlais un peu de cette potion d'impuissance ?

- Pas question !

Je lève un sourcil, à peine impressionné par son petit air supérieur.

- Tu crois vraiment que tu vas pouvoir me résister longtemps, Granger ?

Elle s'apprête à répliquer mais sa main tressaille et elle pousse un cri de douleur.

- Aïe !

- Désolé, j'ai un peu trop serré ton bandage...

-C'est rien, ça va aller, c'est juste que…

Hermione ne termine pas sa phrase et fond brusquement en larmes. Mon cœur se serre et je la laisse plonger dans mes bras, la berçant doucement. C'est bien la première fois où elle se laisse vraiment aller. D'habitude, quand je la surprends en train de pleurer, c'est par hasard, parce qu'elle se cache dans ces moments-là.

Hermione s'accroche à ma chemise comme à une bouée de sauvetage et je sens ses larmes mouiller mon torse.

- Allez princesse…Calme-toi…

Elle se serre un peu plus mais à cet instant, la porte de la chambre s'ouvre. C'est Harry.

- Dé…Désolé… bafouille-t-il.

Il est, je crois, un peu surpris de cette scène mais Hermione s'écarte brusquement de moi et quitte la pièce, la tête haute, manquant de peu de le bousculer en passant le pas de la porte. Harry la regarde partir le visage empreint d'une profonde tristesse.

- Laisse-lui un peu de temps. dis-je.

Il hoche la tête avant de prendre une expression plus amusée.

- Alors comme ça, tous les deux, vous êtes ensemble ?

- Non !

J'ai mis tant de vigueur dans ma réponse que je ne me suis même pas cru moi-même et le regard amusé d'Harry, ses sourcils relevés, me font penser que lui non plus n'est pas convaincu.

- D'accord. Vous n'êtes pas ensemble. Mais visiblement y'a un truc. Je veux dire, y'a toujours eu un truc mais là, y'a un truc flagrant !

Je rougis un peu. Harry sait très bien à quel point j'étais fou d'Hermione lorsque nous étions à Poudlard. Nous n'en avons jamais parlé ouvertement mais nous n'avions pas besoin de ça pour nous comprendre. L'avoir auprès de moi, pour parler d'elle à nouveau alors que la terreur règne sur tout le pays me donne une sensation étrange. Comme si ce genre de conversation n'avait pas sa place dans notre monde. C'est pourtant si bon d'oublier un instant l'horreur de nos vies… Et je croyais tellement que tout cela ne serait plus jamais possible !

Je croise les bras, l'air narquois :

- Je te signale que je t'ai déjà tout raconté quand j'ai été sur ta tombe. Si tu avais vraiment été dedans tu saurais s'il y a quelque chose ou pas !

- Haha ! Très drôle ! Enfin je suppose que si tu es venu parler à un mort, c'est que tu avais des choses à dire très très secrètes… Donc, y'a bien un truc !

- T'as pas entendu ma mère m'appeler ?

- Non Weasley, personne ne t'a appelé…Reviens ici !

Les mains dans les poches et un sourire impossible à dissimuler placardé sur le visage, je quitte la pièce sans dire un mot.

***

Je dévale les escaliers du Terrier bruyamment. Je prends presque plaisir à marteler violemment ces vieilles planches de bois délabrées.

Je n'arrive pas à évacuer cette rage qui bouillonne en moi. Même mes larmes hystériques et le réconfort des bras de Ron ne m'ont pas apaisé. Je voudrais tant ne pas en vouloir à Harry, être capable de lui pardonner, de comprendre comme je savais si bien le faire jadis.

J'ai beau comprendre les raisons de sa disparition volontaire. Son désir de ne pas nous mettre plus en danger que nous ne l'étions déjà. Je n'arrive pas à calmer mon ressentiment.

Je lui en veux de ne pas nous avoir fait confiance. Je trouve logique qu'il n'est pas informé l'Ordre de sa stratégie et je dois bien admettre qu'elle est brillante.

Faire croire à sa mort. Œuvrer dans l'ombre pour mieux déstabiliser l'adversaire est une manœuvre risquée mais efficace. Harry est un homme courageux, il a fait preuve d'une grande bravoure.

La vraie raison de ma colère est que je me refuse à comprendre pourquoi il ne s'est pas confié à Ron et moi. Nous étions ses plus proches amis, une famille, un trio, inséparables même dans les moments les plus durs. Son silence, son mensonge sont pour moi le pire des rejets.

Il nous a confié des informations dont même l'Ordre n'a jamais été au courant. Dès le début nous avons tout partagé. C'était une alliance muette, un pacte silencieux. Là où il allait nous allions Une constance immuable dans laquelle j'avais trouvé mon équilibre et qui m'aidait à supporter la peur de l'avenir.

Mais Harry a disparu et nous n'avons plus eu d'avenir.

Il a brisé cette cohésion qui nous unissait. J'ai bien du mal à lui pardonner ce que je considère comme une trahison.

Je vois de la lumière dans le salon. J'aperçois Tonks, Lupin, et les autres assis en silence sur les fauteuils. Leurs regards sont perdus dans le vide, et l'expression figeant leurs visages est proche de l'ahurissement.

Visiblement la nouvelle du retour du Survivant a ébranlé tout le monde.

Seule Mme Weasley, que j'entends s'agiter dans sa cuisine en chantonnant semble de bonne humeur. Ce n'est pas surprenant, elle a toujours aimé Harry comme son fils. Sa réapparition soudaine a dû réchauffer son cœur endeuillé, raviver son espoir.

Un petit raclement de gorge discret me fait revenir à la réalité. Malefoy

accoudé à la cheminée me fait un petit signe de tête, il a dû être prévenu du retour d'Harry. Le connaissant, il n'a pas pu s'empêcher de courir au Terrier afin de constater de ses yeux l'improbable vérité.

Je prends place près de lui, plaçant mes mains au-dessus du feu qui flambe toujours, plus pour me donner une contenance que pour me réchauffer. Je remarque que Malefoy et Charlie se lancent de petits regards furtifs. Je souris à la vision de ces deux hommes si virils soudainement aussi empotés que de jeunes jouvencelles.

Involontairement, je laisse échapper un petit rire discret, attirant l'attention de Malefoy. Il me scrute avec attention en fronçant les sourcils, sans doute a-t-il remarqué mes yeux rouges et gonflés d'avoir trop pleuré.

Granger ? Tu vas bien ?

Je me contente de lui lancer un regard lourd de sens.

Tu ne vas pas bien.

Je ne croyais pas te voir ce soir. Tu n'as pas été inquiété par ce qui s'est passé au Manoir.

Ce genre de mission le met toujours en danger. Il doit faciliter les actions de l'Ordre sans pour autant se faire remarquer.

Aucunement. Je dois reconnaître que ton benêt de rouquin a fait preuve d'un grand courage.

Il est toujours très courageux. Mais il est imprudent aussi. J'ai peur qu'un jour sa bravoure ne cause sa perte…

Je m'interromps incapable d'aller plus loin dans ma pensée, je sens à nouveau les larmes me monter aux yeux. Bon sang quand suis-je devenue aussi émotive ? J'ai l'impression de m'être subitement transformée en fontaine ridicule. Au rythme où vont les choses je vais bientôt ressembler Mme Weasley.

Une vision de moi accueillant les courageux membres de l'Ordre en les étouffant dans une étreinte d'ours tout en sanglotant avant d'aller leur préparer un pudding s'impose à mon esprit et me fait frissonner.

J'adore Molly mais je ne souhaite pas pour autant lui ressembler. J'ai toujours tiré une grande fierté de ma capacité à rester logique et calme en toute circonstance. Je n'aime pas la femme à la sensibilité exacerbée que je suis en train de devenir.

- Ne te fais pas de soucis Granger. C'est une tête brûlée mais il sait faire preuve de prudence.

Sa sollicitude me touche. Il sait à quel point je suis dépendante de Ron.

Il ne veut pas se faire tuer. Je crois que ce que tu lui offres chaque nuit l'incite à rentrer en un seul morceau. Je ne doute pas une seconde qu'il restera en vie pour te faire une flopée de marmots tous roux et exaspérants.

Visiblement j'ai parlé trop vite. Sa gentillesse ne fait pas le poids face à son besoin de m'asticoter.

Franchement Malefoy je ne sais vraiment pas comment je fais pour te supporter.

Justement en parlant de reproduction. J'ai entendu parler d'un sortilège d'impuissance ?

Par Merlin. Cette histoire va me suivre toute ma vie.

Comment es-tu au courant de ça toi ? Ne me dis pas que c'est Ron qui t'en a parlé ?

Ce serait le bouquet tout de même. C'était une erreur de jeunesse. C'est pardonnable les erreurs de jeunesse…

Il étouffe un rire avant de se tourner vers moi.

Non aucun risque. Ce n'est pas quelque chose dont il va se vanter. Disons juste que les murs ne sont pas épais ici et qu'en me baladant dans les étages à la recherche du Survivor je t'ai entendue parler avec Weasley.

Il me regarde un petit sourire moqueur sur les lèvres. Je serais prête à lui arracher le visage pour lui ôter son expression narquoise. Mais une meilleure idée me vient à l'esprit.

A ta place je me tairais Malefoy. Il est fort possible que je l'ai conservé et que je m'en serve contre toi un de ces jours. J'en connais un qui serait certainement très déçu.

Je ne vois pas de quoi tu parles Granger.

Son ton est dégagé mais son regard est devenu soudainement fuyant.

Vraiment…

Je me tourne vers Charly avec un grand sourire et lui fait un petit signe de la main. Il me rend mon salut visiblement étonné par mon comportement irrationnel.

Malefoy, lui, prend une jolie teinte carmin tout en me jetant un regard courroucé. Il en a perdu la parole.

Il faudra que je garde en mémoire qu'évoquer Charly est un moyen infaillible de lui faire perdre sa verve.

Granger ! Tu n'es vraiment qu'une… femme !!!

Il a craché ce dernier mot comme la pire des insultes. Je crois que Malefoy n'est pas habitué à la perfidie féminine.

Je suis ravie que tu t'en aperçoives enfin !

Eh bien je ne suis pas le seul. Si j'en juge par le regard meurtrier que me lance ton compagnon de sport en chambre.

Je me retourne vivement et j'aperçois Ron à l'entrée du salon. Les bras croisés, le visage fermé et le regard noir, il n'apprécie pas que je discute avec Malefoy. Il semble que même l'incongruité de la situation actuelle ne lui a pas fait perdre sa tendance à la jalousie.

Je me dirige vers lui et doucement pose la main sur son bras. Ses muscles sont tendus, il se raidit à mon contact. La rougeur de son cou m'indique qu'il est en effet très énervé.

Un peu intimidée, je chuchote :

- Comment vas-tu ?

Il ne prend pas la peine de me regarder.

Bien. De quoi parlais-tu avec Malefoy ?

- Oh. Eh bien de notre soirée mouvementée.

Il pousse un rire sans joie et se décide enfin à planter ses yeux dans les miens. Ils ne sont plus du bleu translucide que j'aime tant mais plus sombre et empreints de froideur et peut être aussi de la … tristesse.

Je vois que lui au moins sait comment te faire retrouver le sourire.

Son ton est dur mais teinté d'amertume. Je comprends son dépit. Il pense sans doute que la compagnie de Malefoy m'est plus agréable que la sienne.

Voyons Ron ça n'a rien à voir.

Ah tu trouves ?!

Il a légèrement élevé la voix et plusieurs regards se tournent déjà vers nous. Je le prends par le bras et l'entraîne dans la cuisine vide à l'abri des oreilles indiscrètes. Il se dégage vivement et va se poster devant la fenêtre son regard se perdant dans l'obscurité de la nuit.

Franchement Hermione, je ne te comprends pas.

Il vient de m'appeler par mon prénom et c'est mauvais signe. Il ne fait ça que lorsqu'il est fâché contre moi. Sans me laisser le temps de parler, il reprend.

Je suis toujours là pour toi. Je voudrais tellement être capable de te faire sourire, de te faire rire, de te rendre heureuse. Je serais prêt à faire l'impossible pour te donner le bonheur que tu mérites. Et malgré tout, je n'y arrive pas.

Sa voix s'est brisée sur ces dernières paroles. Il me tourne toujours le dos, et je peux voir ses épaules s'affaisser lentement. Tout dans son attitude exprime le chagrin et le découragement.

La culpabilité me submerge. Je m'en veux de ne jamais lui dire à quel point il compte pour moi. Je m'avance vers lui, entoure sa taille de mes bras et colle ma joue contre son dos.

Ron tu me rends heureuse. N'en doute jamais. Je ne sais pas ce que j'aurais fait si tu n'avais pas été à mes cotés ces deux dernières années. Tu n'as pas à être jaloux de Malefoy, ni lui, ni personne ne t'arrive à la cheville.

Je le sens se détendre dans mes bras. Il pousse un soupir et se tourne vers moi en souriant faiblement.

- Tu sais je n'ai jamais réussi à comprendre ce qui se passe dans ta petite tête. Ce n'est pas faute d'essayer pourtant.

Je souris tendrement et enrobe son visage de mes mains. Je le contemple longuement. Une légère barbe voile sa mâchoire carrée. Il est tellement viril et pourtant dans ses yeux, il reste des traces de l'enfant qu'il était. Sa carrure impressionnante, sa position au sein de l'Ordre me font parfois oublier à quel point il est encore jeune. Au fond de lui, il est encore ce jeune gamin criblé de taches de rousseur si peu sûr de lui et de sa valeur.

Me hissant sur la pointe des pieds, je dépose tendrement un baiser sur son front, puis je parsème la ligne de sa mâchoire de petits bisous, là où sa peau est délicieusement rugueuse. Il pousse un soupir de bien-être, promenant ses larges mains sur mon dos. Emportée par mon élan je dévore consciencieusement son cou, goûtant avec délectation le salé de sa peau.

Sa respiration s'accélère, ses mains se perdent dans le creux de mes reins me plaquant plus fort contre lui. J'effleure ses lèvres si douces des miennes. Ce simple contact envoie des décharges électrique se propageant le long de mon échine.

C'est lui qui approfondit notre baiser, sa langue envahissant ma bouche avec volupté. Je gémis. Il grogne. Ses doigts s'égarent dans mes cheveux, mes bras s'enroulent autour de son cou. Je m'accroche à ses épaules puissantes alors qu'il me soulève avant de me déposer un peu brusquement sur la table de la cuisine.

Instinctivement, j'écarte les cuisses entre lesquelles il vient aussitôt se loger. La chaleur s'intensifie, la dureté de son désir pressé contre mon intimité me fait perdre la raison. A tel point que je suis prête à faire l'amour avec lui sur cette table. Prête à tout pour que le brasier qui dévore mes entrailles s'éteigne.

J'empoigne ses fesses pour le presser plus encore contre moi. Il gémit dans ma bouche, ses doigts s'affairant déjà à défaire les boutons de ma robe.

Un bruit dans le couloir nous fait reprendre vivement nos esprits. Nous nous séparons violemment. Les joues rouges, la respiration haletante. Le bruit s'éloigne. Je pousse un soupir de soulagement, nulle personne qui entrerait dans la cuisine à cet instant ne pourrait ignorer ce que nous étions en train de faire.

Nous nous regardons encore quelque peu affolés avant de laisser échapper un petit rire nerveux. Il remet de l'Ordre dans ses cheveux, je reboutonne ma robe. Il se racle la gorge pour attirer mon attention.

Hum je… je suis désolé, je me suis laissé emporter.

Comme d'habitude lorsque nous partageons ces moments, la gêne s'installe entre nous.

Ce n'est pas uniquement ta faute Ron. J'étais là moi aussi.

Je lui souris essayant de dissiper le malaise régnant dans la pièce.

Enfin. Je n'étais pas venu pour ça. Je voulais te parler.

Tu as un problème ?

Eh bien c'est à propos de Ginny. Je sais que je t'ai dit qu'elle accuserait le choc. Mais elle a refusé de parler a Tonks et depuis elle reste introuvable. Je suis un peu inquiet.

Ginny. J'avoue que j'ai à peine pensé à elle depuis que nous en avons discuté avec Ron. Il est évident que la réapparition soudaine d'Harry a dû la bouleverser. Elle a cru pendant tant de temps à la perte de son grand amour que je ne sais pas si elle sera capable d'assumer toutes les émotions que provoque son retour. Tu veux que j'essaie de parler avec elle ?

Ron lève vers moi des yeux pleins d'espoir.

Tu pourrais ?

J'ai toujours été attendrie par la façon dont Ron me perçoit. Pour lui, je suis toujours celle capable de résoudre tous les problèmes. La pureté de mon sang, mon statut au sein de notre nouvelle société n'a jamais eu la moindre importance pour lui.

C'est le seul Sang Pur que je connais qui ne se soit jamais laissé aller à ce genre de préjugés. La plus grande qualité de Ron c'est certainement de ne juger les gens que sur leurs valeurs personnelles et pas selon leurs origines.

Je vais aller la voir.

Je ne sais pas où elle est.

Ne t'inquiète pas pour ça.

J'enfile ma cape me préparant à affronter le froid hivernal. Quand il saisit ma main tendrement.

.

Merci Mione.

La douceur de sa voix me fait frissonner.

De rien Ron. Tu sais moi aussi je ferais n'importe quoi pour que tu sois heureux.

Je sors rapidement de la pièce pour qu'il ne voie pas la rougeur qui a envahi mon visage.

Je n'ai pas besoin de chercher Ginny pour savoir où elle est. Je traverse rapidement le jardin en direction de la vieille cabane à balais du Terrier.

Cet endroit délabré est encore rempli de vieux balais usés, des objets moldus qu'Arthur se plaisait à collectionner. Il est le symbole d'un passé heureux et insouciant.

Je sais que c'est là-bas qu'elle aime se rendre lorsqu'elle veut être seule, qu'elle a besoin de réfléchir.

La pluie a enfin cessé de tomber mais le froid est mordant. Je resserre les pans de ma cape autour de moi et presse le pas. C'est une nuit sombre et sans lune. J'aimais beaucoup fut un temps me balader à la nuit couchée. Je trouvais cela apaisant, je me perdais dans la contemplation des étoiles.

A présent, l'obscurité m'apparaît comme hostile. J'ai sans cesse l'impression que quelque chose de terrifiant se terre dans le noir.

Doucement je pousse la porte de la cabane qui grince bruyamment malgré tout. En dépit de la pénombre j'arrive à distinguer l'intérieur, Ginny est assise sur une vieille caisse en bois.

Ginny…

Je chuchote plus pour ne pas la brusquer que par peur que quelqu'un puisse nous entendre. Elle ne me répond pas se contentant de me fixer comme si elle ne me connaissait pas.

Ginny écoute je sais que ça doit être difficile pour toi mais Harry est…

Un abruti ! me coupe-t-elle brusquement. Un foutu abruti !

Je soupire tout en prenant place à côté d'elle.

Tu as raison c'est un crétin.

Je sais que je devrais tenter de la raisonner mais je ne peux pas. Je suis quand même en accord avec ses propos.

Tu sais Hermione ce moment j'en ai rêvé des milliers de fois. C'est sans doute ce pour quoi j'ai prié toutes ces années. Et maintenant que ça arrive, je suis incapable de me réjouir.

Tu es sous le choc. C'est normal tu n'as pas à culpabiliser.

Elle se relève en soupirant d'exaspération

- Je ne culpabilise pas Hermione ! Je suis en colère ! Je suis folle de rage ! J'ai cru que je ne me remettrais jamais de sa mort. J'ai souffert au point d'avoir envie de mourir. Et pendant tout ce temps ce misérable se baladait je ne sais où !

- Il ne se baladait pas Ginny. Il cherchait des éléments capitaux pour la destruction de Voldemort.

Je m'en fiche. Il ne pouvait pas ignorer la souffrance que j'allais endurer. Il aurait pu au moins me prévenir.

Il n'a pas voulu te mettre en danger. Il a dû souffrir lui aussi de ne pas pouvoir te contacter.

Ginny me regarde fixement, une lueur d'incrédulité dans les yeux.

Franchement Hermione tu me fais rire ! Tu es là en train d'essayer de le défendre alors que depuis son retour tu refuses catégoriquement de lui adresser la parole. Tu as le même comportement que moi et tu te permets de me donner des conseils !

Je reste sans voix. Elle a totalement raison. Je lui demande de laisser Harry s'expliquer pour tenter de comprendre ses choix et pourtant je suis la première à ne pas vouloir lui parler.

Je ne peux être d'une grande aide à Ginny si je suis incapable d'appliquer les conseils que je lui donne. Je ne suis pas digne de la confiance que Ron a eu envers moi. Il m'a demandé de parler à sa sœur et je lui fais un sermon moralisateur.

Tu as raison Ginny. Personne n'a le droit de te juger, ne peut comprendre ce que tu traverses. Rien ne t'oblige à parler à Harry maintenant.

Elle me tourne le dos et ne répond pas. Visiblement je l'importune. Sans un mot, je sors de la cabane, dépitée. C'est un véritable fiasco, je n'ai pas su lui donner le réconfort dont elle avait besoin.

Je me trouve pitoyable. Je fais du mal aux gens qui m'entourent. Incapable de montrer à Ron à quel point il compte pour moi alors qu'il est l'homme que j'aime. Je n'ai pas su écouter Ginny alors qu'elle est une amie très chère.

Il est plus que temps que je me ressaisisse, que je redevienne la personne calme et pondérée que j'ai su être autrefois.

Je rentre dans le Terrier comme une tornade. Ron sursaute venant aussitôt à ma rencontre.

Tout s'est bien passé ?

Je ne le laisse pas aller plus loin. Un sentiment d'urgence m'anime. J'ai l'impression que c'est maintenant ou jamais. Il faut que je fasse ce qui est juste.

Où est Harry ?

Ron me dévisage les yeux ronds. Mon revirement soudain doit l'étonner.

Euh… dans ma chambre. Pourquoi ?

Je ne prends pas la peine de répondre, me précipitant déjà dans les escaliers, je gravis les marches quatre à quatre. Ron sur mes talons. Mes réactions contradictoires doivent sérieusement lui faire peur. Ou peut-être craint-il que je n'abatte encore mon poing dans la figure d'Harry.

Je pousse violemment la porte de la chambre de Ron. Comme toujours cette profusion de couleurs orangées m'agresse les pupilles mais je n'y prête pas attention.

Celui qui fut mon ami le plus cher est assis sur un petit lit de camp. Il tient dans ses mains un cadre avec une photo de nous trois en deuxième année.

Je respire profondément plusieurs fois pour retrouver mon calme avant de me saisir d'une chaise traînant dans un coin et de m'asseoir face à lui.

Je plante mon regard dans le sien. Il soutient l'accusation muette de mes yeux sans ciller attendant la suite, le visage interrogatif.

Allons-y Harry. Je suis prête à écouter ton histoire.

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