Alors voilà le topo : ce soir, deux types - deux purs inconnus que je n'avais jamais vu et que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam - se pointaient chez moi, connaissaient mon nom et, comble du comble, me demandaient de les suivre bien gentiment.
Le plus horrible de l'histoire, c'est que j'avais accepté sans broncher. Parce qu'au moment même où j'allais les envoyer balader en bonne et due forme la porte du salon s'est ouverte, dévoilant mon père à moitié bourré. Ni une, ni deux, j'avais accepté et entrainé mes deux visiteurs loin de chez moi en espérant seulement qu'ils n'aient pas entendu mon père vomir sur le plancher à peine la porte d'entrée refermée.
C'est ainsi que je me retrouvais dans la rue, à marcher derrière un play-boy et un nabot, le tout dans un silence de mort. Silence qui fut très vite brisé par le type aux cheveux rouges. Il fit les présentations, en vrai gentleman, et s'excusa du dérangement. Je le regardais d'un œil carrément pas convaincu. A le voir comme ça on aurait presque pu oublier cette aura qu'il dégageait. En l'approchant je ressentais quelque chose d'étrange, comme un danger. Idem pour son copain. Quoi qu'il en soit, j'appris qu'il s'appelait Kurama et l'autre Hiei. Super. Avec ça, j'étais vachement avancée…
« Dites… » demandais-je finalement en faisant fi des civilités.
« Qu'est ce que vous me voulez ? »
Le regard du brun me vrilla le dos, je le sentais, tandis que celui de Kurama se voila un instant.
« En fait, m'expliqua-t-il, nous devons t'emmener voir quelqu'un. »
J'haussais un sourcil, prête à rebrousser chemin.
« Pardon ? »
Je n'eu pas le temps d'ajouter quoi que ce soit d'autre car le brun me dépassa, et je pu voir une épée scintiller sous sa cape. Ce qui n'était pas franchement pour me rassurer. Kurama soupira, comme exaspéré par l'attitude de son compagnon tandis que l'autre souriait, content de voir qu'il avait eu son petit effet. Il avait fait exprès de dévoiler son arme quelques secondes, et le message était passé. « Essaie de te faire la malle et tu verras ce qui va t'arriver… ».
Je décidais donc de la boucler et me laissais guider à travers les rues endormies de Tokyo, tous mes sens en alerte, prête à vendre ma peau plus chère qu'elle ne le valait vraiment. Soudain, un truc venu du ciel fondit sur nous. Un truc ultra rapide, un truc qui s'avéra être… une fille ! Cette fois j'hallucinais complètement ! Une fille venait de tomber du ciel, ou plutôt de descendre en volant sur une sorte de spatule ou de je-ne-sais-quoi ! Habillée d'un ample kimono rose, elle souriait de toutes ses dents en tortillant ses cheveux bleus.
« Bon sang c'est pas vrai je rêve ! » laissais-je échapper tout haut, l'air ahurit.
« Une journée pareille c'est pas possible, j'vais me réveiller ! »
La remarque fit sourire le type aux cheveux rouges, qui salua la fille volante avant de se tourner vers moi.
« Non, tu ne rêves pas. Harue, voici Botan. »
L'intéressée me salua avec entrain et je lui répondis mécaniquement, presque avec hébètement. Une chose pareille n'était pas possible ! Personne ne pouvait voler sur cette espèce de… de… de balais sans poil ! C'était tout bonnement impossible, contraire aux lois de la physique.
Derrière moi, Hiei ricana froidement.
« Elle est complètement effarée. Je me demande bien pourquoi Enma junior nous a demandé de la lui amener, elle n'en vaut absolument pas la peine. »
Sa petite tirade orgueilleuse eu au moins le don de me faire réagir et je lui jetais un regard noir auquel il ne prêta pas la moindre attention. Je lui aurais bien fait comprendre ma façon de penser à grands coups de beignes mais la dénommée Botan interrompit mes projets de meurtre.
« Bon ! » claironna-t-elle de sa vois fluette.
« Harue, tu viens avec moi. Ne t'inquiètes pas, tu seras de retour pour aller au lycée demain matin. »
Je n'eu pas le temps d'en placer une qu'elle s'adressait déjà aux deux garçons.
« Vous deux, accompagnez-nous. Le seigneur Enma souhaite également vous voir. »
Kurama acquiesça et disparu, suivit de Hiei, en annonçant qu'ils partaient devant. Eberluée, je dû me contenter d'assister à la scène sans pouvoir y mettre mon grain de sel, si petit soit-il.
« Harue ! » me pressa Botan.
« Allez dépêches-toi et grimpe ! » ordonna-t-elle en tapotant l'arrière de sa spatule volante.
Et là, là, ce fut trop. J'explosais.
« Mais bon sang qu'est ce qui se passe ici ?! Vous pouvez me dire ce que vous me voulez ?! Et pourquoi je devrais vous suivre, hein ??? »
Botan se frotta les oreilles, sonnée par la bombe sonique que je venais de lui balancer en pleine face. S'il y avait encore quelqu'un d'endormit après ce que je venais de crier, c'étaient soit les sourds, soit les morts. La pauvre fille, une fois ses esprits récupérés, m'adressa un sourire embarrassé.
« Ca, je ne peux pas encore te le dire, désolée. » blagua-t-elle.
« Mais je t'assure qu'on ne te veux pas de mal ! Le seigneur Enma veut juste discuter avec toi, tu seras de retour très vite ! » s'empressa-t-elle de rajouter en voyant que j'allais de nouveau protester.
Je la jaugeais cinq minutes, évaluais le pour et le contre, pour finalement hausser les épaules et m'installer à l'arrière de son étrange véhicule. J'avais le sentiment que de toute façon, rêve ou pas, je ne me sortirais de cette situation qu'en obéissant bien gentiment. Si j'avais le malheur de repartir maintenant, sûrement cette bande de tarés ne me lâcheraient-ils pas avant que j'aie répondu à leurs attentes. C'est donc résignée que je me sentis décoller de terre puis filer dans les airs à la vitesse de l'éclair. Nous trouions les nuages, perforant la voute céleste jusqu'à arriver dans un endroit inconnu. Je n'eu même pas le temps de hurler que nous nous posions déjà devant un palais immense. Ne me demandez pas comme un truc de cette taille pouvait flotter au dessus de nos tête – sur un nuage qui plus est – je n'en sais fichtre rien. Après tout, peut-être étais-je bel et bien en train de rêver ? Dans ce cas là, à mon réveil, il faudrait que je pense sérieusement à me faire interner !
A mes côtés Botan sifflotait. Elle rangea sa spatule de la-mort-qui-tue et me tira à sa suite. Nous franchîmes les immenses portes du palais pour nous retrouver dans un hall où s'affairaient des centaines de… trucs. Qu'est ce que c'était que ces machins là ?! C'était tantôt bleu, jaune, vert ou mauve, ça avait à peut près la même stature qu'un homme normal, deux jambes, deux bras, mais c'était coloré, et ça avait une corne en plein milieu du front. Leurs mains et leurs pieds étaient griffus et la base de leurs cheveux était implantée loin à l'arrière du crâne. Et, cerise sur le gâteau, ça parlait.
C'étaient des monstres, des vrais de vrais.
Botan ne fit pas attention à ma mâchoire qui trainait maintenant au sol et se dirigea vers un long corridor, moi sur les talons. Les artères du bâtiment étaient mal éclairées, comme si l'architecte qui avait conçu ce foutoir était soul au moment de dessiner les plans et qu'il avait placé les luminaires là où il pensait que ça ferait joli, et non là où c'aurait été utile. Là encore, partout, des monstres de diverses formes, de diverses tailles s'affairaient. Certains paniquaient en baladant une pile monumentale de dossiers, d'autres balayaient le sol avec énergie tandis que d'autres encore donnaient des ordres. Le tout se passait dans un capharnaüm le plus complet, tant et si bien que j'en avais presque mal à la tête.
Enfin nous atteignîmes le bout du couloir et nous arrêtâmes devant une porte close. Là, Botan perdit son sourire et redevint à peine plus sérieuse. Elle pointa un doigt autoritaire juste sous mon nez.
« Alors écoutes. Nous allons rentrer dans le bureau d'Enma junior et c'est quelqu'un de très important, tu comprends ? Alors pas de bagarre ni de remarque déplaisante. C'est clair ? »
Je la dévisageais sans comprendre mais acquiesçais tout de même, remisant ma fierté aux oubliettes pour quelques temps. Botan soupira, comme pour se préparer à quelque chose de pénible, puis m'adressa un clin d'œil.
« Je compte sur toi ! » me dit-elle avant de pousser les deux lourdes portes.
Les battants grincèrent sur leurs gonds, mécontents d'avoir été tirés de leur sommeil et obtempérèrent finalement, nous laissant le passage. La pièce dans laquelle nous entrâmes était très simple, juste agrémentée d'un écran géant et d'un bureau derrière lequel était assis un enfant.
Hep, minute ! Un enfant ?!
J'ouvris des yeux ronds comme des soucoupes, ouvris la bouche pour dire quelque chose et me retins juste à temps, ravalant ma remarque et mon fou rire.
NoOoOoOn ???!!!! Ce n'était quand même pas lui, Enma junior ?! Ce mioche ? Je sentis l'hilarité poindre le bout de son nez, et je luttais pour ne pas rire comme une bossue.
Derrière le gamin se tenait un monstre identique à ceux que j'avais croisé dans le hall, à la différence que celui-ci était bleu, que ses cheveux étaient blonds et qu'il portait une tunique au motif léopard. Cette fois, j'étais certaine d'être bonne pour le fou rire de hyène enragée. Je me calmais cependant rapidement : dans un coin de la pièce je repérais Kurama et Hiei, ce dernier me dévisageant d'un air pas franchement rassurant. Nul doute qu'au moindre dérapage il se ferait un plaisir de dégainer son épée et d'en tester le tranchant sur moi. C'est donc en silence que j'attendis que le gamin lève les yeux vers moi.
« Majesté, voici Mono Harue, que vous avez expressément fait demander. » annonça le monstre bleu en se tortillant.
Enma junior acquiesça distraitement, tamponna un dernier document et daigna enfin s'intéresser à moi.
« Bien, merci. Botan, tu peux disposer. »
La concernée tenta de protester mais le souverain juvénile resta inflexible, renvoyant par la même occasion son serviteur à corne. Très vite, il ne resta plus dans la salle qu'Enma, Kurama, Hiei et moi. Pendant un instant, il me vint à l'esprit de fuir le plus loin possible. Un instant seulement. La voix d'Enma junior s'éleva soudain, me tirant de mes pensées.
« Harue, je suis désolé d'avoir dû te faire venir comme ça. » s'excusa-t-il d'abord.
« Mais il fallait que je te parle. »
Je le regardais un instant, incrédule. Puis me vint à l'esprit une question toute bête : comment étais-je censée m'adresser à lui ? Le monstre cornu l'avait appelé « majesté », mais il était hors de question que je vouvoie un morveux ! J'optais donc pour la simplicité, et enfonçais mes mains dans les poches de mon shorts, grimaçant au passage à cause d'un hématome qui avait sournoisement prit place sur ma cuisse droite.
« Oh. » dis-je simplement.
« Et que me vaut ce plaisir ? »
Ma mine désabusée sembla beaucoup amuser Kurama, qui dissimula son sourire derrière une main, tandis qu'Enma soupirait d'un air fataliste.
« C'est pas vrai… » se lamenta-t-il.
« Pourquoi faut-il toujours que les sales caractères tombent sur moi ? »
Je me renfrognais immédiatement.
« Dites-lui ce que vous lui voulez et le « sale caractère » réintégrera ses pénates avec plaisir ! » rétorquais-je, piquée au vif.
Nouveau soupir de la part du gosse qui se gratta l'arrière du crâne d'un air désespéré.
« Bien, bien... » dit-il.
« Pas la peine de s'énerver. »
Puis, brandissant une télécommande, il mit en route l'énorme écran qui s'étalait sur le mur devant son bureau. Et là je me vis, moi, en train de me battre avec la bande de Sanri, l'après-midi même. Le souffle coupé, j'observais le moindre de mes faits et gestes, ceux de mes adversaires, je me revis écraser l'étrange insecte qui m'attaquait, puis me relever et partir.
« Vous… vous m'espionniez ???! » suffoquais-je, abasourdie.
« Bien sûr que non ! » s'offusqua Enma.
« Ici, c'est le monde des esprits. Nous voyons tout. » m'expliqua-t-il.
L'information mit un moment avant d'atteindre mon cerveau et je ne me risquais surtout pas à poser d'autres questions. Mes yeux se reportèrent sur ma propre image, à l'écran. A présent on me voyait chez moi, juste après ma petite escapade au supermarché. Il y avait mon père, puis ma chambre, jusqu'au moment où Kurama et Hiei avaient débarqué chez moi. Là, Enma junior interrompit l'enregistrement et revint en arrière. Il arrêta la bande sur un gros plan de l'insecte bizarroïde.
« Sais-tu ce que c'est ? » questionna-t-il.
Je secouais négativement la tête.
« Peut-être allez-vous éclairer ma lanterne, vous qui savez tout ? » ironisais-je.
Du coin de l'œil, j'aperçu Kurama sourire encore tandis que Hiei restait totalement indifférent. D'ailleurs, qu'est ce qu'ils foutaient ici, ces deux là ??? Ils n'avaient pas encore lâché un seul mot et ne semblaient pas très enclins à prendre part à la conversation.
« C'est un insecte du monde des ténèbres, une race pas très sympathique qui adore se glisser dans l'âme humaine. » récita Enma.
« Normalement, les simples humains ne peuvent pas les voir. »
Je percutais soudain. La voici, la raison de ma présence ici. Enma m'observa en silence, parfaitement conscient du fait que je venais de comprendre de quoi il en retournait. Relevant les yeux, je soutenais son regard.
« Et alors ? » demandais-je sans aucune délicatesse.
« Qu'est ce que ça peut bien vous faire, que je les voies ?
_ Rien, répliqua Enma. Du moins... tant que tu n'en parles pas à qui veut bien t'écouter. »
Je grognais. Comme si c'était mon genre de hurler ça sur tout les toits. Peut-être étais-ce trop dur à comprendre pour lui, mais je ne tenais pas particulièrement à passer pour une folle à lier. Le gosse à la tétine comprit la signification de ma mine mécontente et se calla plus confortablement dans son siège.
C'est ce moment là que choisit Hiei pour se manifester. A bout de patience, il émit un claquement de langue agacé.
« Il faudrait tout de même veiller à ne pas nous oublier ! » râla-t-il.
« Nous vous l'avons amenée, comme promit. Maintenant c'est à vous de respecter vos engagements. »
Enma junior tourna vers lui un regard condescendant.
« Oui, oui, ne vous inquiétez pas. Vous aurez une remise de peine, comme promit. » leur assura-t-il.
« Au procès, j'interviendrai en votre faveur pour obtenir la liberté conditionnelle, ça vous va ? »
Hiei dévisagea quelques secondes le souverain, puis se détourna en grommelant. Ce fut Kurama qui répondit à sa place.
« C'est parfait. »
Il salua Enma d'un léger hochement de tête, me gratifia d'un sourire, puis disparu à la suite de Hiei, me laissant seule avec Enma. Ce dernier m'expliqua tout de même ce qu'il se passait.
« Ces deux là ne sont pas à mon service, déplora-t-il, et je suis obligé de marchander avec eux pour obtenir un peu d'obéissance. Comme ce sont des criminels, je dois leur promettre des remises de peine. »
Sa mine dépitée m'arracha un petit rire moqueur. Comme quoi, même lui ne contrôlait pas tout ! Savoir ça me fit plaisir, et je me surpris à apprécier les deux renégats rien que pour cela. Enma toussota légèrement, revenant aux choses sérieuses.
« Bref, Harue, nous ne te ferons rien. Mais j'aimerais tout de même te proposer quelque chose. »
Je tiquais à mon prénom. Cela faisait un moment que je ne disais rien lorsqu'on m'appelait comme ça. Mais maintenant, j'avais de plus en plus de mal à tenir ma langue.
« Quoi ? » ânonnais-je difficilement.
Enma prit une grande inspiration, comme s'il se préparait à affronter une tornade.
« J'aimerais que tu travailles pour nous en tant que détective du monde spirituel, avec Yusuke Urameshi. »
Je mis quelques secondes à comprendre. Et d'un, il me demandait de bosser pour lui. De deux, il voulait que je sois détective de machin-truc, et de trois je devrais faire équipe avec Yusu…
Bug ; pause.
Il avait bien dit Yusuke ?
« DE KEUWAAAAAAAAAAAAAA ?????????!!!!!!!!!!!!!!!!! »
