Relecture Brynamon.
Une troisième partie du point de vue de William. Elle fut difficile à écrire (car je connais peu le personnage ou je le cerne moins bien, je ne sais pas) mais nécessaire.
Bonne lecture.
PARTIE 3
Dans la cuisine principale.
Le Chasseur me fit face, je me retranchai derrière ma carapace. Sa façon d'être était particulière, brutale, si directe. Il émanait de lui une force brute qui me mettait face à ma propre faiblesse. Et je n'aimais pas cela. Il me dévisageait avec rancœur, une rancœur qu'il n'essayait même pas de cacher.
-Je n'abandonne pas Blanche-neige, je fais ce que je dois faire, siffla-t-il.
-C'est-à-dire ?
Je me raidis dans l'attente de sa réponse qui se fit attendre.
J'étais descendu à sa recherche après avoir mis Blanche au lit. Elle avait exprimé un chagrin subit que je n'avais pas compris. Jusqu'à ce que je vois le Chasseur partir en se faufilant parmi les gardes. Je n'étais pas aveugle, je connaissais ses sentiments pour elle. Ils étaient présents depuis longtemps avant même la bataille. J'avais perçu ce lien entre eux et j'avais mis ça sur le compte des épreuves traversées ensemble. Elle s'appuyait sur lui, cherchait sa présence sans même s'en rendre compte. Elle s'allumait quand il apparaissait dans son champ de vision. Une lumière douce et naturelle. J'avais pensé à m'effacer croyant qu'elle aussi nourrissait ces mêmes sentiments mais elle m'avait retenu par la seule force de ses convictions. Elle semblait convaincue que nous étions destinés à régner ensemble. Elle me voulait près d'elle, me donnait la main très souvent. Elle s'appuyait aussi sur moi avec confiance, me demandait conseil. J'avais alors cru que ses sentiments pour le Chasseur n'étaient finalement que le fruit de mon imagination. Et j'avais laissé les miens s'épanouir…
J'avais retrouvé la sérénité, j'avais osé la demander en mariage sous l'insistance de mon père qui précipitait un peu les choses. Quand je l'avais interrogé à ce sujet, il avait éludé, prétextant la sécurité du royaume. Elle avait accepté ma demande sans crainte. Mais il n'y avait pas eu d'effusion. J'avais tenté de lui montrer mon bonheur d'être à ses côtés en accélérant le processus de rénovation du château et de notre chambre royale, une chambre autre que celle que Ravenna avait souillée.
L'approche de notre union m'avait donné des ailes.
Cette journée avait été magnifique, le Chasseur avait eu l'élégance de ne pas venir. Et puis j'avais eu peur face à cette porte, la porte de notre chambre, la porte qui allait changer toute notre vie. L'étrangeté de la situation m'était apparue au moment où je me déshabillais devant elle. Mais j'avais nagé au-dessus, persuadé que les choses se mettraient en place naturellement. Sauf qu'elle aussi s'était aperçue de l'étrangeté de la situation et avait pris peur créant un gouffre infranchissable. Je lui en avais voulu. Je lui en voulais encore…
-La Reine n'a plus besoin de moi. Elle a suffisamment de gardes pour veiller sur elle.
Sa réponse sonnait faux.
-C'est vrai, je vous le concède. Mais ce n'est pas ce que vous sous-entendiez.
Il se tourna, commença à remplir ses gourdes d'alcool.
-Vous êtes là, lâcha-t-il enfin alors que je perdais patience. Vous êtes son époux, vous prendrez soin d'elle.
Je décelai de l'amertume, du chagrin. Cela raviva ma peur.
-J'ai toujours pris soin d'elle, mari ou pas.
Il resta silencieux. Un silence lourd. Un silence gênant.
-Elle n'acceptera pas votre départ vous le savez, avouai-je malgré moi.
Il se retourna à nouveau sans pour autant me regarder. Il fixait le sol dans l'attente de je ne sais quoi de ma part. J'étais confus. Pourquoi diable l'avais-je suivi ? Qu'est-ce que cela m'apporterait de l'obliger à rester ? Le visage de ma femme (quel mot étrange pour désigner Blanche-Neige) se mua devant moi. Je l'aimais tellement mais… devais-je agir pour son bien-être ? Oui, assurément. Sauf que ce bien-être allait créer des conflits, allait salir beaucoup de choses, allais détruire ce que je commençais à construire à ses cotés. J'étais tiraillé. Et idiot de l'être.
-Mais vous avez raison de partir, décrétai-je finalement.
Je me sentis misérable, sensation abominable. Je devais fuir celui qui m'inspirait cela. Il serra les poings.
-Si vous restez, vous lui porterez préjudice, continuai-je en me persuadant que j'étais dans mon droit et que je ne l'obligeais à rien, il avait décidé par lui-même.
Il le savait, lui aussi, qu'il causerait du tort s'il restait. Voilà l'origine de son départ précipité. Il savait qu'elle l'aimait, réalisai-je. C'était inscrit sur son visage. Je compris simultanément où elle était partie en pleine nuit. Un mélange diffus de trahison et de fatalisme me secoua brutalement.
-Elle est venue vous voir.
Le calme de ma phrase n'en résonna que plus durement. Silence de sa part, encore.
-Je vous parle !
-Je n'ai rien à vous dire.
-Cela répond à ma question, sifflai-je, colérique.
-Vous ne savez rien, rien du tout ! S'emporta-t-il, furieux, faisant volte-face puis un pas vers moi.
Nous nous faisions face avec défiance et rancune.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? Que lui avez-vous dit ?
-Rien. Je ne lui ai rien dit.
Il perdit cette hargne et ses épaules s'affaissèrent. Il ne mentait pas, il regrettait même cet état de fait.
-Je pars dès maintenant, décréta-t-il.
Il était redevenu maitre de lui. Je ne pus m'empêcher d'être impressionné par cet homme pourtant si atypique. Nous aurions pu être amis si elle n'avait pas été au milieu. Il représentait l'honneur à l'état pur. Il était homme de parole, je ne pouvais douter de sa sincérité. Il souhaitait réellement faire ce qu'il y avait de mieux pour elle. Il passa devant moi sans un mot. Je le retins par le bras. Il me toisa, surpris.
-Je trouverai un moyen d'apaiser sa peine, lui promis-je.
-Et qui apaisera la mienne ?
Il regretta ses paroles aussitôt prononcées. Il arracha son bras, évita mon regard et continua sa route. Je ne cherchai pas à le retenir. Ses pas résonnèrent lourdement et longuement avant que je ne me décide à retourner auprès de Blanche-Neige. J'étais déjà découragé à l'idée de lui annoncer la nouvelle. Heureusement elle dormait, cela me laissait un peu de répit. Je ne voyais pas comment réagir autrement. J'étais tiraillé, je voulais son bonheur mais aujourd'hui elle ne pouvait se tourner vers lui. Je ne pouvais laisser faire une telle chose. Elle ne pouvait laisser ses émotions diriger sa vie. Une vie pleine de responsabilités, une vie à donner exemple à son peuple. Elle avait encore tant de choses à faire, je la soutiendrai, nous vieillirons l'un près de l'autre quoi que cela nous coûta. Cette constatation arriva de nulle part. « Coûta » ? Pourquoi employer un tel terme ? Qu'est-ce que cela me coûtait ? Je n'eus pas envie de continuer sur cette voie.
Dans la chambre, je me glissai à ses côtés. Elle était encore crispée dans le mal-être. Mon cœur se serra. J'étais en droit de l'aimer, de la réconforter, de la protéger mais au final je pouvais le faire sans être son mari. Je l'avais toujours fait, du plus loin que je me souvienne et personne ne m'empêcherait de le faire, peu importait mon statut. Je ne comprenais pas la persistance de toutes ces interrogations. J'étais éreinté, je mis tout cela sur ce compte. Je m'endormis rapidement renvoyant mes interrogations à plus tard.
En ouvrant les yeux, je la trouvai dans un fauteuil face à la fenêtre. Elle était perdue dans ses pensées.
-Blanche ?
Elle tourna son visage vers moi et là ce fut le choc. Je m'émiettai sous son regard corrosif et rancunier. Un regard que je ne lui avais jamais vu, qui ne lui correspondait pas.
Je fis un bond hors du lit, j'eus nullement le temps de prendre mon peignoir. Près d'elle, je posai un genou au sol. Nous étions face à face. Je remarquai ses yeux rougis. Je levai ma main, caressai sa joue, elle détourna le regard mais ne me repoussa pas. Elle savait qu'il était parti mais comment l'avait-elle su ?
-Tu es triste ? Pourquoi ?
-Tu le sais.
Sa voix était lasse. Et oui, je le savais, mais je voulais l'entendre.
-Non, je ne sais pas. Dis-moi ce qui te chagrine.
Elle fixa l'extérieur, l'horizon, désespérément.
-Je comptais lui confier la fonction de Commandant des armées, à qui vais-je pouvoir confier cette tache ?
Elle tournait autour du pot. Volontairement ou pas. Se murait-elle dans le déni ?
-Il y a d'autres personnes compétentes pour ce grade. Comme moi.
Son visage se tourna vers moi d'un coup sec, elle était outragée. M'en voulait-elle d'insinuer que je pouvais le remplacer ?
-Tu es le roi ! Tu n'as d'autres fonctions que de régner à mes côtés !
J'y décelai une pointe de résignation. Je ne me faisais pas encore à l'idée de mon nouveau titre, encore moins de ce que cela impliquait. Elle se releva et se dirigea vers la porte. Elle se ravisa et me fit face :
-C'est toi qui lui a dit de partir ?
-Non.
Elle ne s'en attrista que plus. J'aurais dû mentir.
Elle ouvrit la porte, héla une des femmes de chambres pour que nous ayons notre petit-déjeuner dans nos quartiers. Elle revint sur le lit, s'y assit et se ferma dans un silence pesant.
OooooO
Elle donnait le change, personne n'aurait pu deviner ce qu'elle vivait. Mais moi je savais et je souffrais. Elle le voyait aussi mais n'arrivait pas à faire un pas vers moi, entourée de culpabilité. Je ne supportais pas cette ambiance. Elle n'était plus elle-même, elle n'était plus celle que j'aimais. Son visage était hanté, se voilait par à-coup.
Nous enchainions réunions, auditions de nos sujets, réorganisations de la vie du royaume. Elle faisait cela avec maestria malgré de brèves mais significatives absences où son visage s'éteignait. Elle appréciait mon règne à ses côtés, me remerciait de mes idées judicieuses et de mon sens des priorités. Elle me déléguait beaucoup, s'isolant parfois des journées entières. Je revêtais alors ma lourde couronne, nullement convaincu de ma royauté par ce simple ornement. J'arrivais à toujours expliquer ses manquements mais Greta, elle, n'était pas dupe. Elle me prit à partie :
-Sa Majesté dépérit. Il faut trouver une solution.
Elle s'était retirée aussitôt dans une révérence respectueuse mais raide sans me permettre une quelconque réplique. Elle m'en voulait.
Je retournai auprès de mes invités, contrarié.
Les jours passaient, puis les semaines. J'avais l'impression de me perdre. J'étais loin de l'idée que je me faisais du mariage. Nous ne nous embrassions jamais, et notre mariage n'était pas consommé. Je me fis plus présent près d'elle pour trouver une solution à cette impasse, l'obligeant à sortir. Elle se raviva et prit goût à nos balades à cheval. Elle chevauchait à perdre haleine, recherchant quelque chose que je tentais vainement de lui donner. Parfois elle passait une journée entière avec Muir pour lui tenir compagnie pendant que les autres nains partaient au labeur, heureux d'avoir reconstruit petit à petit leur repaire.
Nous avions réussi au moins une chose, la vie du château était bien meilleure, les villageois retrouvaient doucement foi en la reine, et en moi.
J'en étais heureux.
Les choses allaient dans le bon sens. Mon père souriait à pleine dents, il retournait régulièrement dans son propre château pour le remettre à flot.
-A ma mort, tu devras aussi t'occuper de notre territoire.
-Je le ferais, n'aies crainte père.
Quand il n'était pas là, Blanche était moins raide. Je m'étais décidé enfin à lui demander le pourquoi de cette réaction.
-Que se passe-t-il avec mon père ?
-Rien.
-Tu peux tout me dire, nous sommes…
J'allais dire « amis ». Cette relation prédominait dans notre couple.
-Il… Il m'insupporte.
Je ne sus quoi dire, effaré.
-Pardonne-moi William.
-Pourquoi ? Pourquoi éprouves-tu cela envers lui ?
-Il m'a abandonnée.
-Mais non.
-Si ! Il t'a emmené loin de moi, sans se retourner, te plongeant dans une horrible détresse. Je lui en veux de ce qu'il t'a infligé. Et moi, je me suis retrouvée seule, sans famille, sans amis, sans personne. J'ai vécu un enfer.
Elle ne m'avait jamais parlé de cette période même si je savais que cela avait été difficile pour elle.
-Tous ces jours, enfermée dans ce donjon à espérer qu'il revienne me chercher. Il était le plus proche ami de mon père, il aurait dû revenir !
J'étais enseveli sous ces terribles accusations qui sonnaient justes.
-Et il continue de me gâcher l'existence, rajouta-t-elle.
-De quelle manière ?
-N'est-ce pas lui qui t'a forcé la main pour me demander en mariage juste après mon couronnement ?
Choc.
-Je l'aurais fait de toute manière, bafouillai-je.
Comment le savait-elle ?
-Comment je le sais ? Devina-t-elle. Les filles parlent entre elles et sont témoins de beaucoup de conversations privées.
Mortifié, je me tus.
-Tu n'es pas impulsif, tu es pondéré, calme, patient et sage.
Cela ressemblait à des défauts dans sa bouche.
-Je sais que tu m'aurais demandé ma main un jour mais pas aussi rapidement. Et j'aurais eu le temps de me rendre compte que…
Elle s'interrompit.
-Que quoi ? Me crispai-je.
-Rien.
Elle mit fin à notre conversation, me laissant démuni.
Cette nuit là elle fut agitée, je la pris dans mes bras. Parler de sa captivité avait ravivé des souvenirs douloureux. Elle se rendormit après maints réconforts. Au levé du jour je me levais… seul !
Je fis un bond, mon peignoir enfilé, je sortis de notre chambre. Le garde sur le côté, se redressa, je l'interrogeai :
-Sa Majesté est sous bonne protection. L'un d'entre nous est avec elle où qu'elle soit.
Je courus à sa recherche, le dit-garde sur mes pas, longeant les couloirs, l'appelant doucement pour ne pas réveiller le château. Il était tôt et je ne voulais pas générer d'autres ragots. Au rez-de chaussée, je vis un garde au loin, posté devant une porte. Je le rejoignis dans ce recoin sombre tout au fond du couloir. Où étions-nous ?
-Où est la Reine ?
Le garde sursauta, se reprit, dévisagea l'autre garde avant de me répondre.
-Elle est dans cette pièce, elle ne veut pas être dérangée.
Je fis un pas de côté pour ouvrir la porte, il s'opposa.
-Sortez de mon chemin ! Tonnai-je.
Il s'écarta aussi vite, semblant se rappeler qu'il me devait aussi obéissance. Je pénétrai dans une pièce sombre, dépouillée, peu accueillante, une chambre aux vapeurs sirupeuses. Blanche dormait sur le lit inconfortable, enveloppée dans des draps grossiers. J'eus un moment de stupeur avant de me révolter en comprenant où j'étais.
Je m'assis près d'elle. Elle bougea, marmonna.
-Blanche-Neige, réveille-toi !
Je lui secouai un peu l'épaule, sèchement. Elle ouvrit brutalement les yeux et se redressa d'un bond.
-Eric ! Cria-t-elle, les yeux embrumés, plein d'espoir.
Je serrai les dents.
-Ce n'est que moi. William.
L'espoir quitta ses yeux, ternissant son regard, fissurant mon cœur. Elle se crispa :
-Qui t'a permis d'entrer ? Je veux que tu partes. Tu n'as aucune raison d'être ici.
-Et toi quelle raison as-tu d'être ici ?
-Je suis là où je veux être ! Je suis là où je me sens bien !
Elle ne cachait plus ce qu'elle ressentait. Elle venait régulièrement, compris-je aussi. La tempête faisait rage dans mon cœur, je ne pus rien exprimer de plus qu'un profond désarroi. Je ne lui procurais aucun apaisement, je n'étais d'aucun réconfort, j'étais juste un fardeau. Je ne voyais pas la solution. Je ne voyais qu'un grand mur, un obstacle infranchissable en la personne du Chasseur. Il avait beau être loin, cela ne changeait rien. Elle se détourna et s'enfonça dans les draps. Je pris congés dans un silence de mort, la rage au ventre.
Il se passa quelques heures avant que je ne la vois. Elle m'avait fait appeler. Je partis à sa rencontre dans le jardin. Elle me regarda avancer, sans animosité ou colère, vêtue sobrement d'une robe bleu nuit à brocard. Je fis halte à quelques mètres, détaillant sa silhouette qui s'amincissait, son visage qui se creusait, ses cheveux remontés en chignon dans un ornement floral blanc et savant. Elle me tendit la main, m'invitant à la rejoindre. J'hésitai.
-William, insista-t-elle.
Je ne savais pas lui résister, je lui tendis mon bras en retour et elle glissa le sien sous le mien. Nous avançâmes en silence, longeant les allées fleuries. Le printemps se terminait, l'été amorçait sa naissance. Les barrières entre nous furent balayées quand elle posa sa tête sur mon épaule.
-Je suis désolée William.
-Désolée de quoi ?
-De tous les tracas que je te cause.
-Je suis habitué, soupirai-je, avec un peu de légèreté pour ne pas briser cette trêve entre nous.
Elle agrippa mon bras un peu plus fort.
-Comment arrives-tu à en plaisanter ?
-Parce que je ne vois pas quoi faire d'autre. Je ne supporte plus de te voir ainsi. Et je me sens responsable. Et je me sens malheureux. Et si je le pouvais notre vie serait bien différente.
Elle me fit face, dubitative.
-Différente ? De quelle manière ? Ta vie ne te plait pas comme elle est ?
-Non. Et à toi non plus à l'évidence.
-Je sais que j'en suis responsable. Je ne suis pas à la hauteur de ce que tu espérais William. Je le vois, je le sais et je ne peux rien y faire. Je lutte, je te le promets mais je n'y arrive pas. Mon cœur nous a trahis.
Elle se livrait enfin à moi avec sincérité, je retrouvais ce qui nous unissait et cela occultait ma douleur. Ses mains dans les miennes, elle les pressait avec ferveur.
-Tu ne mérites pas d'être traité comme je t'ai traité ces dernières semaines. La colère me faisait dériver mais maintenant je ne suis plus en colère.
-Que ressens-tu maintenant ?
-Un vide profond. Un manque cruel.
Elle avait dévié son regard.
-Regarde-moi Blanche.
Elle obtempéra à contrecœur. Il y avait de la gêne.
-Je sais ce que ton cœur recèle.
-Vraiment ?
-Je l'ai toujours su, j'ai juste refusé de l'admettre car cela me rendait hargneux et jaloux et je ne voulais pas te perdre au profit d'un rustre mal dégrossi.
Elle fronça les sourcils. Je l'ignorai.
-Tu as perçu sa douleur et son chagrin sans même connaitre son histoire malheureuse.
-Que sais-tu de son passé ? S'anima-t-elle.
-Il est veuf, sa femme a été assassinée alors même qu'il se remplissait d'alcool dans une taverne miteuse subissant les séquelles de la guerre.
Elle se perdit dans ses pensées. Je devinais où elle était en ce moment. Et moi j'aurais voulu être ailleurs. Mais j'étais son ami avant tout. Je me devais de me conduire comme tel.
-Tu as compris qu'il était comme toi, abimé par la vie et peu confiant, continuai-je. Tu as vu la pureté de l'être, sa force et ses convictions. Vous êtes similaires dans l'âme, il faudrait être aveugle pour ne pas le voir.
Ses yeux brillaient de larmes contenues.
-Cela change-t-il quelque chose William ? Nous avons juré fidélité devant Dieu et nous ne pouvons renier ce lien divin. Il faut que j'accepte cette réalité mais toi es-tu prêt à m'accepter ainsi ?
La suite dans une semaine.
