Guest "des bises" : Ca me fait plaisir de te revoir ici :)

Bonne lecture !


Emma gara sa voiture jaune devant la maison de ses parents. Lucie partit sans hésitation en direction de la porte d'un pas pressé et sautillant, son grand frère à sa suite qui marchait à grandes enjambées. Regina regarda Emma claquer sa portière un peu violemment : la présence inévitable de Robin l'insupportait déjà. Le visage d'Emma s'éclaira quelque peu en voyant Belle et Gold arriver eux aussi devant le portail des Charmings.

- « Qu'est-ce que tu fais là ?, demanda Regina.

- Nous venons manger chez tes beaux-parents, répondit Rumpelstilskin dans un sourire.

- Tu sais qui est présent à ce repas ?

- Non mais en voyant ton visage, je sens que cela risque d'être une épreuve.

- Tu n'as pas idée... »

Regina jeta un œil à Belle dont le ventre se faisait de plus en plus rond. L'ancien Ténébreux avait été réticent à se lancer de nouveau dans l'aventure de la paternité mais son épouse avait su user des bons arguments. La blonde était allée à sa rencontre et parlait avec animation avec elle, un peu à l'écart de Regina et de Gold, échangeant les dernières anecdotes Belle racontant les dernières nouvelles du bébé.

« Emma est enceinte. »

En fait, Rumpelstilskin le savait déjà. Il bénéficiait encore de son don de vision. Il feignit néanmoins la surprise. Il regarda Regina dont les lèvres cachaient un discret sourire. Elle n'avait pas besoin de son approbation pour se réjouir de la nouvelle mais elle avait tout de même eu envie de lui en fait part.

« Je suis heureux pour toi, répondit-il sincèrement. Tu le mérites. »

Finalement, ils mirent fin à cette discussion pour frapper à la porte des Charmings.

Snow les accueillit avec son enthousiasme naturel qu'elle n'avait pas perdu avec les années. Elle évoqua avec Regina à quel point Henry avait grandi et à quel point il était bon de pouvoir le revoir. Snow invita sa belle-fille et Belle à déposer en cuisine les plats qu'elles avaient apportées.

Emma rejoignit le salon en compagnie de Gold. Le jeune Neal vint les saluer. Il s'empressa de montrer à Rumpelstilskin ses derniers résultats scolaires. La blonde regardait son frère entasser feuille après feuille dans les mains de l'antiquaire qui semblait se passionner pour les dires du jeune garçon.

« Gold ou la bonne fée... » murmura Emma pour elle-même.

Lucie avait retrouvé Grégory et jouait à présent avec lui. Ils essayaient de reproduire le château des parents du jeune garçon à l'aide de petites briques colorées. Roland et Henry discutait avec animation. Ils avaient gardé une bonne entente malgré les tentions évidentes entre leurs parents respectifs.

Emma s'assit à côté de Maleficent qui avait revêtu des habits moins atypiques que ceux qu'elle affectionnait tant. Elle n'avait pour autant pas renoncé au mariage du vert et du violet dans ses tenues. Sur le fauteuil, juste en face d'elles, Robin discutait avec Marianne. La femme brune était assise, jambes croisée,s sur l'accoudoir du fauteuil qu'avait investi son mari. Elle semblait fort bien dissimuler sa joie d'être ici. Emma les avait salués d'un signe de tête et elle n'était pas disposée à en faire plus pour le moment.

- « Je déteste cette femme..., grommela Maleficent.

- On est deux, répondit Emma dans un soupir. Mais je crois que Robin est encore pire...

- Allez ! A table tout le monde ! »

David avait parlé d'une voix forte afin d'attirer l'attention de tout ce petit monde. Il salua sa fille et s'enquit des dernières nouvelles tandis que tous prirent place autour de la table.

Les enfants avaient investi tout un pan de la table afin de continuer à parler entre eux. De l'autre côté, Snow avait pris la place en bout de table, son mari à sa droite. Marianne et Robin s'étaient mis l'un à côté de l'autre mais l'homme pouvait contempler Regina à loisir, au plus grand déplaisir d'Emma. Rumpelsilskin avait accordé un rictus vaguement hypocrite à Maleficent avant de prendre place à côté d'elle, pour se trouver en face de Belle. Regina s'était mise d'elle-même entre sa femme et sa fille ceci la contraignait cependant à avoir une vision de Marianne et de Robin en face d'elle, à l'autre bout de la tablée.

Établir un plan de table permettant à chacun de se trouver loin d'une tension antérieure aurait été vain. C'était peut-être pourtant l'ambition secrète de Snow : apaiser ces tensions sous-jacentes.

Les Charmings discutaient gentiment avec Marianne qui ne voyait pas que son mari jetait quelques coups d'œil discrets à Regina qui, elle, ne lui prêtait aucune attention. L'entrée laissa place au plat. La blonde picorait distraitement dans son assiette sans se soucier de son contenu. Elle n'était pas dupe et voyait bien son petit manège. Il aurait été si simple de l'envoyer valser à l'autre bout de la pièce d'un simple et discret mouvement du poignet...

Emma capta encore un regard mielleux du pouilleux de la forêt. Elle se leva et prétexta aller chercher le dessert. Elle donna par inadvertance un coup dans la table en se levant et le meuble sursauta faisant tressaillirent les couverts. Emma se dirigea vers la cuisine et Regina l'y rejoignit « pour l'aider à porter les assiettes ».


La blonde retirait le papier d'aluminium qui recouvrait les desserts. Elle pestait dans sa barbe :

« Il m'énerve, il m'énerve... »

Elle malmena le papier d'aluminium et le transforma en une boule compacte qu'elle lança dans la poubelle. Regina la regardait faire. Elle ne prit pas la peine de s'annoncer, le bruit de ses talons sur le carrelage était un indice bien suffisant pour permettre à Emma de l'identifier. Regina passa ses bras autour de sa taille et posa son menton sur l'épaule d'Emma.

« Je me demande qui peut bien t'énerver ainsi... »

Elle sentit la blonde se tendre d'avantage encore alors elle se recula. Emma se retourna et s'adossa légèrement contre le plan de travail. Elle croisa les bras.

- « Parce que tu vas me dire que tu l'as pas vu te faire de l'œil peut-être ?

- Emma... Tout le monde l'a vu. Je me demande même comment Marianne peut ne pas le remarquer.

- J'en peux plus de ce repas, avoua Emma au bout d'un moment. On aurait jamais dû venir.

- On en touchera un ou deux mots à ta mère quand ce sera fini... Et plus vite on leur apporte le dessert, plus vite on les empoisonne et plus vite on rentrera à la maison. »

Ceci eut au moins le mérite de décrocher un sourire sincère et amusé à Emma. Son sourire mourut presque aussitôt et elle se risqua à demander :

« Si je n'avais pas ramené Marianne, tu serais encore avec Robin ? »

Regina ne put se retenir et rit à cette question insensée attirant l'attention de la tablée dans la pièce voisine. Cependant, la maison était grande et de là où ils se trouvaient, ils ne pouvaient entendre ce qui se disait en cuisine.

- « Tu me demandes ça au bout de... six...sept ans ?

- Mieux vaut tard que jamais, souffla la blonde.

- Je pense que je serais restée encore un peu avec lui, avoua-t-elle sincèrement faisant grimacer Emma. Mais je pense que j'aurais fini par... me lasser. Il était admirable sur bien des points mais je crains que les énumérer te mette mal à l'aise, fit la brune narquoisement. Je pense qu'on aurait fini par se mettre ensemble que tu aies ramené Marianne ou non. Robin a tendance à m'idéaliser, toi tu me vois comme une humaine et tu n'hésites pas à te dresser contre moi quand il le faut. »

Emma sembla se détendre, rassurée par cette confession. Elle s'apprêtait à dire quelque chose mais Regina la coupa dans son élan :

- « Tu me parles de Robin mais tu oublies que Marianne a, quelques temps, tenu à ce que tu l'aies en haute estime. Et je ne t'ai pas fait de crise.

- Je ne suis pas sortie avec elle, objecta Emma. Ce n'est pas pareil.

- Et puis nous savons pertinemment qu'elle n'a aucune chance, appuya Regina d'une voix assurée. Tu es tellement... caractérielle, termina-t-elle dans un sourire.

- Tu exagères.

- Tu oublies cette fête, il y a deux ans où Robin...

- Il était ivre, la coupa Emma. Il t'a draguée et...

- Et donc quand il est rentré chez lui, il s'est pris tout naturellement un poteau en plein visage ?

- Il était ivre je te dis..., essaya de plaider Emma bien qu'un léger rictus moqueur se peignait sur son visage.

- Pourtant cette fumée blanche qui l'a conduit vers le poteau n'avait rien d'une conséquence de l'alcool... »

Emma croisa les bras et haussa les épaules d'un air innocent. Regina lui offrit un sourire goguenard.

- « Tu oublies aussi que Marianne a glissé sur un plaque de givre... en plein mois de juin, lui rappela Emma à son tour.

- Storybrooke a un climat très particulier.

- Je trouve seulement étrange qu'elle ait failli se briser la nuque juste après s'être moquée de Lucie... »

Emma posa ses mains sur le plan de travail sur lequel elle était toujours accolée et pencha sa tête, arborant un air moqueur. Si elle était fautive pour Robin, Regina n'était pas totalement innocente vis-à-vis de Marianne et ce, à bien des égards.

La brune s'approcha d'avantage. Elle apposa ses mains sur les hanches d'Emma avant de lui donner un baiser. Ce dernier devait être bref mais Emma retint Regina lorsque celle-ci voulut s'éloigner.

Snow faillit faire tomber les assiettes. Elles firent un bruit monstrueux tandis qu'elle peinait à les poser sur la table. Regina se dégagea à peine d'Emma et cette dernière regarda sa mère sans ciller. Il était assez amusant de voir qu'elle était toujours aussi gênée par la situation.

- « Je me demandais aussi pourquoi vous étiez si longue... , chuchota -t-elle gênée.

- Maman... je t'en prie ce n'était qu'un baiser..., marmonna sa fille.

- Je serais ravie d'approfondir cette discussion à la maison, intervint Regina. Alors prends cette fichue tarte au pommes et va dans le salon. » lança-t-elle à Emma d'un ton léger.


Elles disposèrent les desserts sur la table, suscitant la convoitise des adultes mais surtout des enfants. Du côté des bambins, justement, la discussion allait bon train et Grégory se fit presque suppliant auprès de sa marraine la bonne fée :

« S'il te plait, s'il te plait, raconte l'histoire du dragon et de la fille des brigands ! S'il te plait. »

Ceci attisait la curiosité de Lucie. Elle était gourmande de ces histoires merveilleuses. Roland, Henry et Neal se turent afin d'écouter eux aussi. Maleficent sourit à son petit protégé et commença son histoire. D'un mouvement du poignet, un petit personnage de fumée apparut. La igure de la jeune femme s'allongea et s'endormit sur un lit que l'on devinait richement décoré.

« C'était du temps où la princesse Aurore demeurait endormie. Seul un baiser d'amour sincère pouvait l'amener à se réveiller de ce sommeil enchanteur. Alors une fée veilla à son chevet pour empêcher les personnes au cœur vil et cruel de l'approcher. » conta Maleficent sur le ton du secret.

La princesse endormie fut rejointe par petit nuage qui prit l'apparence d'une femme tenant un sceptre. On devinait sa longue robe violette trainant sur le sol de marbre de la pièce et ses cheveux blonds et ondulés.

« Un jour, continua Maleficent, la fille d'un brigand parvint jusqu'au palais. Elle chevauchait un renne immense donc les bois imposants rappelaient des ronces acérés. »

La scène s'illustra de nouveau et une nouvelle figure de fumée apparut. Une femme descendit d'un animal qu'on savait être un renne. L'animal secouait la tête et il semblait alors agiter ses bois comme des armes.

« Elle arriva dans la chambre et décocha une flèche. »

La figure de fumée sortit son arc. Elle le banda et on entendit presque la corde se tendre. La flèche vola et se planta dans la figure représentant Maleficent. Elle s'écroula à terre tandis que la fille de brigand semblait lui dérober quelques chose avant de fuir. Snow grimaça en voyant la scène mais elle remerciant intérieurement Maleficent d'avoir gommé son personnage de l'histoire.

« Là ça va être amusant ! » lança le jeune Grégory. Sa bonne fée lui sourit. Elle aussi appréciait beaucoup ce passage de l'histoire.

« Alors, afin de se venger de la douleur et du vol ingrat subit, la fée se transforma en dragon et partit chercher la fille des brigands. »

Maleficent agita la main et son personnage disparut dans un nuage informe avant de se muer en un grand reptile cracheur de feu. Il étendit ses ailes devant le regard captivé des enfants. Lucie se risqua à essayer de caresser le dragon mais lorsqu'elle le toucha, il s'évapora avant de reprendre forme quelques instants plus tard. On voyait la fille des brigands chevaucher le renne et partir en courant le long de la tablée, les sabots du renne soulevant quelques gerbes de fumée éparse. Le dragon volait au-dessus d'eux et crachait des flammes qui se faisaient alors nuages. Les malheureux, terrifiés, couraient à perdre haleine, essayant vainement de se cacher derrière un plat ou un verre. Les enfants riaient de ce cache-cache improbable. La dragonne traversait parfois un verre, s'évaporant brièvement, avant de repartir à la poursuite de ses malheureuses victimes.

« Et puis, son amie la reine eut pitié et captura la fille des brigands. »

Emma reconnut sans peine ce nouveau personnage. Bien qu'on n'en voyait jamais le visage elle reconnaissait Regina dans ses tenues sophistiquées d'Evil Queen. Maleficent toucha le dragon de fumée qui reprit forme humaine. La petite Regina de l'histoire leva une main et d'un mouvement du poignet, la fille des brigands disparut. Les enfants rirent de cette histoire de bon cœur et les adultes en sourirent. Certains d'amusement, d'autres avec une certaine nostalgie. Mais une demeurait amère.

Marianne jugea bon d'éclaircir un point :

« Vous auriez pu préciser également que cette reine est Regina, l'Evil Queen, et qu'elle n'a pas fait que de nobles actions. Elle a tué plus de gens qu'elle n'en a sauvés »

Un silence tomba lourdement. Les rires moururent instantanément et les sourires se fanèrent.

« Ce n'est pas vrai. Maman est gentille. »

Lucie regardait Marianne sans ciller. Regina posa une main sur l'épaule de sa fille pour l'inviter au silence mais Lucie n'est pas fille à se laisser faire.

- « Oh si, poursuivit Marianne. Elle a presque tué Emma, à plusieurs reprises et il en est de même pour Henry.

- Tu es vile, cracha Maleficent. Je sais que tu as toi aussi du sang sur les mains. Tu as tué des enfants et tu as essayé de tuer Elsa également.

- Je n'ai jamais essayé de tuer ma famille, rétorqua vivement Marianne.

- Détruire la famille des autres a toujours été ton péché mignon » intervint Gold d'un ton froid.

La femme de Robin continua à énumérer tout ce que Regina avait pu faire par le passé, mélangeant les manigances de Mairesse et les noirs desseins de l'Evil Queen d'antant. Snow invitait Marianne au silence. Emma lui ordonnait sans détour de se taire. Robin prit le parti de sa femme ce qui énerva la blonde d'autant plus. David essayait de calmer sa fille mais cela ne faisait qu'attiser le feu de sa colère. Le ton montait rapidement.

« Elle ment ! Elle ment ! »

Lucie avait les yeux embués de larmes de rage. Les adultes se disputaient mais elle ne comprenait pas pourquoi personne ne disait que Marianne était une menteuse car, pour l'enfant, c'était tout ce que Marianne incarnait : une diseuse de mensonges éhontés. Elle partit en courant, monta les marches quatre à quatre et s'enferma dans la salle de bain. Regina ne savait que faire. Elle ne pouvait contredire Marianne car cela aurait été mentir, elle ne savait pas quoi dire pour rassurer sa fille. Belle posa une main sur celle de Regina et lui accorda un sourire qu'elle espérait réconfortant.

Emma se leva et lança à sa mère un regard noir. Après tout c'était son idée ce stupide repas. Elle monta à son tour à l'étage pour rejoindre sa fille. Elle toqua à la porte et attendit. N'ayant pas de réponse, elle prit la liberté de se téléporter de l'autre côté de la porte. Elle trouva sa fille assise à même le sol. Lucie lui lança un regard noir. Sa mère voyait qu'une ou deux larmes avaient tracé un chemin salé sur ses joues.

« Pourquoi personne a dit qu'elle mentait ? Elle ment ! Elle ment ! », s'énerva-t-elle.

Emma s'assit à côté d'elle.

- « Maman c'est une reine et toi t'es le chevalier avec la veste rouge. La maman de Roland, c'est une menteuse.

- Oui c'est vrai. La dame ment. Tu sais que Maman est pas comme ça. »

Emma caressa ses cheveux et s'émerveilla de leur couleur qui tirait vers un magnifique brun roux. Lucie soupira de soulagement et posa sa tête contre l'épaule de sa mère. Emma n'avait pas menti : l'Evil Queen n'était pas la mère de Lucie, ni même celle d'Henry, ni la compagne d'Emma c'était quelqu'un d'avant, presque d'une vie antérieure.

- « Je veux pas les voir, dit Lucie au bout d'un moment.

- D'accord, répondit simplement sa mère. Mais Maman va râler. »

Emma prit sa fille contre elle et d'un geste, les fit disparaître dans un flash de lumière.


Notes :

Ici, Marianne a été fusionnée avec le personnage « la fille des brigands » du conte La Reine des Neiges d'Andersen.