Chapitre 3 – Le retournement de l'iceberg
Bokuto repensa à ce qu'il venait de dire à Akaashi. POURQUOI EST-CE QU'IL LUI AVAIT DIT ÇA ? Qu'est-ce qui lui avait pris ?! Il allait le détester ! Lui-même ne savait pas d'où cela venait, et c'était agaçant que ça se manifeste dans ce genre de moments ! C'était la deuxième fois quand même ! Déjà, il se bloque parce qu'Akaashi l'enlace, faisant battre son cœur à cent à l'heure, et maintenant cette déclaration ouverte qui venait de nulle part ! Il essaya de se calmer. Même si Akaashi avait remarqué, il avait sûrement d'autres chats à fouetter que de s'occuper de ce « je t'aime » RIDICULE.
Il espérait juste que tout se passe pour le mieux pour lui.
o.x.O.x.o
Akaashi arriva au point de rendez-vous matinal avec un peu de retard, mais Bokuto ne lui en voulut pas. Ce n'était pas sa faute. Il était blanc comme un linge, ses yeux étaient soulignés de cernes. Lui, il n'avait pas passé une nuit très paisible. Il avait les yeux un peu rouges, il avait dû pleurer. Encore. Le cœur de Bokuto se serra. Akaashi se tenait le bras droit en se le frottant.
- Il s'est encore passé quelque chose ?
- Mon père m'a frappé ce matin, juste avant de partir, histoire que ''je n'oublie pas de ne plus me mettre dans des conflits inutiles''.
- Mais hé ! C'était pas ta faute ! Tu lui as dit, ça ?
- Il s'en fout de toute façon, alors à quoi bon…
Sa voix était mal assurée. Il n'aurait pas dû venir aujourd'hui. Il n'était pas en état d'aller en cours, il était beaucoup trop fatigué et sûrement à fleur de peau.
- Ça va comment ton doigt ?
- J'arrive presque à ne pas le sentir quand je n'y pense pas.
- Après les cours, on ira aux urgences, ça n'est pas très loin, tu as pris tous tes papiers ?
Il hocha la tête. Ils se dirigèrent vers leur lycée. Pendant des années, Akaashi s'en voudra d'avoir choisi d'aller aux urgences, plutôt que d'être allé chercher sa sœur.
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Les premiers cours furent difficiles à suivre. Akaashi s'endormait sur son bureau et se faisait rappeler à l'ordre plusieurs fois par son professeur, provoquant quelques rires dans la salle.
Alors qu'il allait aux toilettes pour se rafraîchir le visage, la bande qui lui mis une raclée la veille déboula dans les toilettes et ferma la porte.
- D'où tu martyrises mes frères, sale merde ?
Akaashi ne répondit pas. Son père avait dit « Pas de bagarre, sinon c'est pas le doigt que je vais te casser… » Il se redressa et ignora ses aînés.
- Hey ! Quand j'te cause, tu m'réponds !
Il poussa Akaashi au sol. Ce dernier grimaça. Les gars formèrent un cercle autour de lui. Ils étaient beaucoup plus nombreux que la veille.
- Alors, mauviette, tu ne dis rien pour ta défense ?
- Laissez-moi partir.
- Et tu nous donnes des ordres, en plus ?
- Hey, Kadota, j'ai eu une idée, tu permets ?
Il laissa son ''bras droit'' avancer vers le brun qui était toujours au sol. Il ouvrit sa braguette et présenta son sexe à Akaashi.
- Suce.
Akaashi resta pétrifié. Non, il ne ferait sûrement pas ça. Il serra les dents et crispa sa mâchoire le plus fort qu'il puisse. Même s'ils le forçaient, il ne faiblirait pas ! L'autre amena son engin près de lui, le brun détourna la tête. Les autres se tordaient de rire.
- Quand les filles du lycée vont apprendre qu'un mec comme toi suce des bites, je peux te dire que ta cotte de popularité va chuter ! Hahaha !
Ils le cognèrent un peu pour qu'il ouvre la bouche. Rien. Un lui boucha le nez. Il fut au bord de l'évanouissement quand l'autre le lâcha.
- Ok, déshabillez-le, les mecs.
Akashi écarquilla les yeux. Non, non, non, pas ça ! Pourquoi ne le laissaient-ils pas tranquille ?! Il fut renversé sur le dos. Il se débattit, donna des coups, mais ils se mirent tous sur lui. Mais, alors qu'ils déboutonnaient sa chemise, ils découvrirent ses cicatrices et bandages. Akaashi se dit que ça faisait quand même beaucoup de monde au courant en peu de temps. Kadota s'exclama :
- Arrêtez, j'ai une meilleure idée ! On va lui faire la plus grosse humiliation de sa vie. Et range ta bite, toi, c'est dégueu ! Vous autres, transportez-le dehors, sous les fenêtres des couloirs.
Le passeur de Fukurodani fut traîné dans les couloirs jusqu'au rez-de-chaussée, sous les regards inquiets des autres élèves. Ils s'attroupèrent tous aux fenêtres. Pas un élève ne loupa ce qui se passa ensuite. La scène fut même appelée plus tard : ''L'équipe de volley contre Kadota et sa bande de nazes'' et resta dans les annales du lycée, la vidéo sera postée en ligne sur le blog des lycéens.
- Vous tous ! Regardez ce minable ! Regardez comment il pense faire le fort alors qu'en réalité…il est pitoyable et faible !
Il lui arracha sa chemise, et aussi les bandes qui lui couvraient le corps. Deux de ses sous-fifres lui tenaient les bras à l'horizontal. Akaashi était désormais torse-nu, mais avait quand même gardé son jean noir. Tout le lycée put entrevoir une partie des cicatrices du séduisant passeur brun. Kadota prit une poignée de ses cheveux et les tira en arrière, obligeant le brun à regarder toutes les têtes qui étaient attroupées derrière les fenêtres de l'établissement.
- Dis bonjour à ton public qui est venu spécialement te voir, minable.
Il ordonna aussitôt aux autres de le retourner. Kadota profita de la situation.
- Regardez ce qui arrive quand on désobéit, vous ferez bien tous de vous mettre ça dans la tête !
Mais, alors qu'il montrait le dos meurtri du passeur à l'Assemblée, une voix l'interrompit.
- Lâche-le immédiatement.
- Tiens, tiens, mais qui voilà ? Le misérable capitaine de Fukurodani et sa misérable bande de nullards !
Komi, Konoha, Sarukui et Washio se tenaient derrière lui, prêt à en découdre.
- Il ne t'a rien fait, laisse-le partir.
- Et tu penses vraiment que je vais t'obéir ? Et pour ta gouverne, si, il m'a fait quelque chose, il a ôté leur liberté à mes frères !
- Parce que tes frères sont aussi lamentables que toi.
Tout le monde se tut. La bagarre était palpable dans l'air. Beaucoup avaient sortis leur portable.
Bokuto s'approcha de lui, suivit de tous les joueurs de troisième année de Fukurodani. Il était beaucoup plus grand que « Kadota et sa bande de nazes », et beaucoup plus costaud aussi. Personne ne faisait le poids contre lui. Les gars de Kadota s'écartèrent pour laisser passer la petite troupe. Ils avaient des regards qui faisaient froid dans le dos, surtout le blond et le petit roux, là. Il passa Kadota et ordonna froidement aux deux garçons qui tenaient Akaashi : « Lâchez-le ou vous allez découvrir ce que c'est de manger tous ses aliments avec un paille. » Les deux, trop couards pour faire le moindre geste de résistance, laissèrent Akaashi. Bokuto s'approcha de lui et lui mit sa chemise, ou ce qu'il en restait, sur les épaules.
- Allez, viens Akaashi.
Kadota fulminait. Il ne supportait pas qu'on lui manque de respect de cette façon ! Ils étaient venus pour humilier ce crevard d'Akaashi, et c'étaient eux qui s'étaient retrouvés les dindons de la farce. Ils allaient voir ce qu'ils allaient voir.
- Ta sœur n'est qu'une traînée. Elle attire les gars à elle et demande qu'ils lui fassent mal.
- Qu'est-ce que… tu as dit ?
C'était la première fois qu'Akaashi parlait. Kadota regretta tout de suite ses paroles. Il n'y avait plus cette expression désintéressée ou apeurée sur son visage. Il y avait de la colère. La colère la plus flippante qu'il n'est jamais vu. Même les membres de Fukurodani admirent plus tard qu'ils étaient contents qu'Akaashi fût de leur côté. Mais Kadota, loin de se dégonfler, en rajouta une couche, mais sur un ton un peu moins sûr.
- Q-Qu'elle ne méritait que ce qu'elle méritait ! Que si elle était moins pleurnicharde, peut-être que mes frères auraient moins envie de lui faire sa fête. Elle et toi, vous êtes pareil ! Des incapables paumé et soumis dans leur pauvre vie de nullards !
Oubliant sa douleur, Akaashi s'avança lentement vers Kadota.
- Écoute, Kadota-san, tu ne sais rien, de nous, rien de nos vies, et tu penses avoir une quelconque autorité sur nous ? Tu es tombé sur la mauvaise personne, au mauvais moment. Tout ce que nous vivons nous ne l'avons jamais demandé à personne. Ces cicatrices sont la preuve de tout ce que j'ai vécu et que toi, bien au chaud chez papa-maman, tu ne connaîtras sans doute jamais. Tu penses connaître ma vie, tout ce que j'ai traversé ? Tu penses vraiment être le roi dans ce lycée ? Regarde-toi, personne ne te supporte, t'es juste un pauvre type qui croît qu'il a un semblant d'autorité. Tu ne sais rien, tu ne sais absolument rien.
D'instinct, Kadota commença à reculer. Akaashi le saisit soudain par le col.
- Je vais t'apprendre ce que c'est de souffrir, d'être humilié, de n'avoir plus rien à quoi te raccrocher. Et même là, alors que tu prieras pour que tout s'arrête, tu apprendras que tu n'en seras qu'à la préface du roman de torture en quoi ce sera transformé ta vie. Tu penses tout connaître de la vie, je peux te faire découvrir ses plus douloureux supplices. Tu pourras appeler à l'aide, mais personne ne viendra car ils savent en te voyant trembler comme une feuille morte quel sort les attends s'ils se joignent à toi. (Il attendit un peu) Alors, Kadota-san, tu ne dis plus rien, toi qui ouvrais ta grande gueule quelques secondes auparavant ?
Seul le petit groupe de dehors, peut-être ceux du premier qui avaient ouvert une fenêtre, avaient entendu ce qu'Akaashi avait dit à Kadota. C'était vraiment terrifiant. Il avait rendu l'atmosphère glaciale. Kadota ne répondit rien et le regarda avec un semblant de terreur dans les yeux.
- Je le savais, t'es vraiment qu'un trouillard en fait, conclut Akaashi avant de s'en retourner vers son équipe.
Alors qu'il revenait vers Bokuto-san et les autres, Kadota reprit soudain confiance en lui.
- Alors tu te fais battre chez toi, c'est ça ?
Le passeur serra les poings. Bokuto le retint « Laisse-le, c'est pas grave, c'est qu'un minable ».
- C'est ton daron, c'est ça ? C'est lui qui t'inflige tous ces ''supplices'' comme tu dis ?
Akaashi avait envie d'aller la lui fermer, mais Bokuto-san l'en dissuada. Le brun était dos à celui qui déballait ce qu'il pensait savoir de sa vie à tout le monde.
- Quoi ? Maintenant, c'est toi qui ne dit plus rien ? Ta sœur aussi elle y passe ? Les cicatrices doivent lui aller à ravir, non ?
Akaashi bouillonnait, il ne pouvait en supporter d'avantage, mais Bokuto-san le retenait.
- Oh !… Attends, je crois que j'ai trouvé : il la viole, nan ?
Ce fut de trop. Rien que d'imaginer que cela puisse arriver – et il serait amené à y penser quelques heures plus tard – le mit en colère. Il se dégagea de Bokuto et fonça en direction de l'autre moins-que-rien qui les avait insultés lui et sa sœur. Il lui donna un coup dans la mâchoire, un autre dans l'estomac. Kadota fut sonné, mais pas assez pour riposter. Il visa aussitôt la côte fêlée d'Akaashi qui se plia en deux. Bokuto et les autres voulurent aller l'aider, mais les pions de Kadota, plus nombreux qu'eux, les encerclèrent. L'un d'eux rejoint son chef et l'aida à ruer de coups le jeune homme blessé qui était au sol. Des cris s'élevèrent des différents étages où le lycée s'était attroupé. « Que quelqu'un fasse quelque chose ! » « Il va se faire tuer ! » « Certains sont partis chercher les professeurs ! ».
L'équipe de volley de Fukurodani fit le forcing et réussit à atteindre le passeur étendu sur le sol, ses assaillants furent repoussés. Ils s'occuperaient d'eux plus tard, pour le moment, il fallait qu'ils sortent Akaashi de ce pétrin. Bokuto et Sarukui mirent ses bras autour de leurs épaules et l'emmenèrent à l'abris. La foule se dispersa. Cependant, des élèves firent barrage pour que la bande de Kadota ne s'en sortent pas par la fuite. C'étaient eux qui avait déclenché tout ça, il fallait qu'ils payent. Et puis, tout le lycée affectionnait beaucoup l'équipe de volley, s'en prendre à son vice-capitaine avait dépassé les bornes.
Les joueurs de Fukurodani amenèrent Akaashi à l'infirmerie, où il allait passer le reste de sa journée avant d'aller aux urgences avec Bokuto. Pendant que le capitaine installait Akaashi sur un des lits, les autres faisaient en sorte de repousser les curieux. Il n'y avait qu'ici qu'il pouvait être en sécurité.
L'infirmière avait fait une tête bizarre en les voyant débarquer. L'argenté avait alors expliqué la bagarre, et demandait à ce qu'Akaashi se repose quelques temps ici. L'infirmière approuva leur demande, mais demanda quand même à ausculter le garçon. Bokuto ne lui montra que les blessures sérieuses qu'il avait reçues et la jeune femme appliqua plusieurs pansements sur le corps du lycéen. Elle ne vit pas ses cicatrices, ou presque, mais ne dit rien sur le moment. Elle en parlera plus tard dans son rapport au proviseur après qu'ils aient visionné la vidéo de la bagarre qu'un des élèves avait filmé.
Akaashi était sonné, il ne savait pas vraiment où il était.
- Bokuto-san ? Bokuto-san ?
- Je suis là, Akaashi, t'es en sécurité maintenant (enfin, pour ce qui concerne le lycée, se dit-il). Tiens, prends ça.
Il lui donna un antidouleur ainsi qu'un verre d'eau. Quand il l'eut pris, l'ace reprit le verre et le posa sur la table à côté de lui.
Dans un effort qui lui parut surhumain, le brun tendit ses bras vers lui. Bokuto sut ce qu'il voulait, il s'approcha et Akaashi l'enlaça au cou. Bokuto le prit à son tour dans ses bras, avec plus d'assurance que la dernière fois, l'adrénaline de la bagarre encore présente dans son corps. Akaashi tremblait, bon sang ce qu'il tremblait ! Il était terrifié.
- D-Désolé d-de t'avoir… mêlé à t-tout ça… j-je suis t-tellement tellement désolé…
- Chhh… calme-toi, ça va aller, ça va aller…
Il lui caressait les cheveux à mesure qu'il parlait, Akaashi n'était pas prêt de le lâcher.
- Il-Il va nous tuer… Il va v-vraiment nous tuer…
Bokuto savait de qui il parlait. Après tout, quelle était la seule personne susceptible de les tuer ? Lui aussi avait peur pour eux, et il ne pouvait rien faire…
- Je vais m'occuper de tout avec le principal. Je ne vais pas lui dire ce qu'il se passe chez toi, je vais trouver autre chose. Avec un peu de chance, ça le dissuadera d'envoyer une lettre à tes parents…
- N-Non… je… je vais le faire…
- Hors de question, toi, tu restes te reposer ici.
Bokuto le fit s'allonger, se redressa et se plaça juste au-dessus de lui. Ça lui faisait mal de voir son cadet dans cet état. Il voulait le protéger de tout son cœur. Il plaça une main sur sa joue.
- Je m'occupe de tout, ne t'en fais pas. Dors un peu, je reviens te chercher en début d'après-midi et on ira aux urgences ensemble. C'est d'accord ?
Akaashi, hocha la tête, en le regardant douloureusement dans les yeux. Bokuto, distraitement, le caressait un peu avec son pouce tout en ne le quittant pas du regard.
- J-J'ai une chemise de rechange dans mon casier… le code c'est 1209.
- Je te la rapporterai, compte sur moi. À tout à l'heure.
Il se pencha sur lui, déposa doucement ses lèvres contre les siennes et partit aussitôt après.
Akaashi resta immobile un temps. Que… Que venait-il de se passer ? Il avait loupé quelque chose ? Pourquoi Bokuto-san l'avait-il… ? La fatigue le rattrapa et il ne se posa pas plus de question. Ce geste ne l'avait pas dérangé en soi, ça avait même était agréable, en dépit du court moment que ça avait duré. Il était même un peu plus calme.
Il ne mit pas longtemps avant de s'endormir.
o.x.O.x.o
Quelqu'un l'appelait. C'était flou. « Akaashi… Akaashi… Hé, Akaashi… »
Il ouvrit difficilement les yeux. Quelqu'un avait tiré les rideaux, plongeant la petite pièce dans une semi-obscurité. Il était allongé sur le dos. C'était la seule position dans laquelle il n'avait pas trop mal. Quelqu'un était assis à côté de lui. Sa vue se fit plus nette.
- … Bokuto… -san ? Marmonna-t-il.
- Désolé de te réveiller, mais il va falloir qu'on y aille.
- Hmmm…
Il était encore trop dans le coltar pour pouvoir bouger. Il referma les yeux. Il était si fatigué… si fatigué…
- Hé, te rendors pas Akaashi !
- … nh… désolé…
- Akaashi ?
- … mh ?
- … Tu veux bien que je recommence ce que j'ai fait tout à l'heure ?
Akaashi ne savait pas de quoi il parlait. Il était trop fatigué pour réfléchir. Bokuto-san pouvait faire ce qu'il voulait, pas besoin de lui demander. Il lui répondit par un grognement affirmatif. Quelques secondes se passèrent et il sentit soudain quelque chose de chaud et doux se poser sur sa bouche. Il entrouvrit les yeux et réalisa que c'était Bokuto-san qui était contre lui. Sauf que cela ne dura pas le temps d'un battement de cils comme la dernière fois. Ce fut beaucoup plus long. Il ne bougea pas les lèvres, mais Akaashi sentit qu'il transmettait quelque chose. Quelque chose d'agréable. Il referma les yeux. Bokuto se détacha de lui, mais resta très proche. Akaashi avait trouvé ça trop court, il voulait ressentir cette sensation. Il entrouvrit de nouveau les yeux pour croiser son regard bienveillant. Leurs souffles s'entre-mêlaient. Akaashi eut juste le temps de se rendre compte qu'il ne sentait plus aucune douleur avant que Bokuto ne recommence. Il reposa ses lèvres sur celles du brun, toujours sans les bouger. Ça convenait à Akaashi, cela n'empêchait pas l'agréable sensation qui lui remplissait le ventre de grandir. Bokuto-san lui avait un peu relevé le menton, et avait mis une main dans ses cheveux. Akaashi ne comprenait pas, mais il aimait bien. C'était vraiment génial.
Ils se séparèrent finalement. Tous les deux avaient les joues légèrement rosées. Ils étaient seuls dans la salle. Ils se regardèrent un instant, sans un mot, comme s'il y avait eu entre une sorte consentement télépathique. Puis Bokuto prit la parole :
- On y va ?
Akaashi hocha la tête.
Il se leva, enfila la chemise que Bokuto-san était parti lui chercher, et ils quittèrent l'établissement.
- Comment ça s'est passé avec le principal ?
- Il était un peu furax, mais c'était surtout pour cet imbécile de Kadota. C'est pas la première fois qu'il la ramène. J'ai tout fait pour qu'il n'en parle pas à tes parents, comme quoi, ta grand-mère venait de décéder, et qu'ils avaient d'autres choses à penser, mais…
- Mais ?
- Mais il a dit qu'il leur passerait quand même un coup de fil.
- Putain…
- Désolé, j'ai fait tout ce que j'ai pu…
- Après les urgences, je passerai chercher Eri. On ne retournera pas là-bas. Dis… ça te dérange si… si on dort chez toi pour cette nuit ?
- Pas du tout ! Au contraire, vous êtes les bienvenus ! Je préfère que tu sois chez moi plutôt qu'avec eux…
- Merci, Bokuto-san.
o.x.O.x.o
Ils allèrent donc aux urgences qui se trouvaient non loin de leur lycée, une chance. Ils y passèrent l'après-midi. Akaashi eut le droit à une batterie d'examens. On lui banda le doigt et lui demanda de repasser pour des examens plus poussés. Il avait dit qu'il était tombé, rien de plus. Les infirmiers se doutaient de quelque chose, il le voyait sur leurs visages. Mais il savait comment ça terminerait s'il leur disait.
Il sortit vers 17h. Il fallait juste qu'il passe prendre sa sœur à l'école et ensuite ils iraient chez Bokuto-san.
Ils se séparèrent pour qu'Akaashi aille chercher Eri. Il prévint Bokuto-san qu'il arriverait avec elle juste après.
Il arriva devant l'école de sa sœur et la chercha du regard. Il attendit, attendit. Il ne la vit toujours pas. Il commença à être anxieux. Sa maîtresse vint vers lui.
- Ah bonjour ! Tu dois venir chercher Eri ?
- Où est-elle ? Je ne la vois pas…
- Ne t'en fait pas, ton père est passé la chercher.
- Quoi… ?
- J'en ai profité pour lui expliquer la situation, il avait l'air un peu en colère, j'espère que ça ira…
Non, non, non, ça n'allait pas ! Akaashi restait les yeux écarquillés. C'était la pire chose envisageable ! Il ne prit pas le temps de saluer la jeune femme et se mis à courir en direction de sa maison. Il courut comme il n'avait jamais couru. Il avait peur, très peur. Si quelque chose était arrivé à Eri…
Il ouvrit à la volée la porte d'entrée.
- Eri !
Aucune réponse de la petite fille. Très vite, son regard fut attiré par un détail qu'il n'oublierait jamais de sa vie. Le bras de sa sœur dépassait de l'encadrement de porte de la cuisine, gisant sur le sol. Le cœur de Keiji se stoppa net. Il se précipita vers sa sœur.
Elle était étendue sur le sol, les yeux fermés. Elle avait dû heurter le placard. Ses parents étaient dans le salon, l'air de rien, et regardaient la télévision. Il se mit à trembler en murmurant des « …non…non…non ». Il s'accroupit près d'elle, la mit sur le dos et chercha son pouls. Il ne le trouvait pas. Pourquoi n'avait-elle aucun pouls ?! Il cola son oreille sur son cœur et perçu de faibles pulsations. Tout n'était pas encore joué, c'était une question de temps. Il se mit au-dessus d'elle, les mains sur sa cage thoracique et commença les pulsions : 1, 2, 3, 4, 5. Il se pencha pour voir si elle respirait. Toujours rien. Tous ses souvenirs d'elle lui revinrent à l'esprit : quand il lui avait appris à marcher, quand elle avait dit son premier mot, quand il l'avait amené à l'école pour la première fois, quand elle souriait, elle était si mignonne. Tout ne pouvait pas se finir comme ça… Elle était tout ce qu'il avait, sa seule vraie famille. Il recommença ses massages. 1, 2, 3… Des larmes perlèrent sur ses joues.
- Je t'en prie, Eri...
Au bout de la quatrième pulsion, la fillette toussa. Keiji s'empressa de la redresser pour qu'elle respire mieux. Il tremblait encore et avait les joues couvertes de larmes. Il prit sa sœur sur les genoux et l'étreint maladroitement.
- Eri… oh Eri…, sanglotait-il.
- Kei… Keiji-nii ? Qu'est-ce… qui s'passe ? Pourquoi tu pleures ?
Il ne pouvait pas s'en séparer. Il avait failli la perdre, il ne s'en serait jamais remis, jamais. Il lui caressait ses fins cheveux bouclés d'une main tremblante et l'embrassait sur le dessus de la tête. C'étaient ses parents. Ils l'avaient laissé pour morte. Il était temps de faire bouger les choses, c'était impardonnable. C'était la dernière fois qu'ils s'en prendraient à elle.
Il réussit à peu près à se calmer. Il avait un plan. Dangereux, mais il fallait qu'il essaye, tout ce cirque avait assez duré. Il balaya ses larmes d'un revers du poignet.
- Eri ? Tu vas aller te cacher dans ta meilleure cachette et tu ne sortiras que quand je te le demanderai, d'accord ?
- D'accord…
- Même si quelqu'un d'autre te dit de sortir, ne sors pas, seul moi peut te le dire. Allez vas-y. Ah, et dernière chose, branche et allume le fer à repasser dans la salle de bain.
On ne sait jamais ce qui allait se passer, il préférait avoir une arme à disposition à l'étage au cas où un des deux se retrouvait là-haut.
Il aida la fillette à se mettre debout et vérifia qu'elle marchait correctement, elle était un peu hésitante et un peu déstabilisée, mais elle réussit à atteindre l'escalier rapidement.
Maintenant à nous trois.
Il se leva, ouvrit un des tiroirs et prit un objet à l'intérieur qu'il cacha à sa ceinture. Il prit ensuite un gros vase en porcelaine qu'ils avaient depuis des années et se dirigea vers le canapé.
- Qu'est-ce que vous avez fait à Eri ? demanda-t-il froidement.
- Ce qu'elle méritait, elle a des problèmes à l'école, cette petite conne. D'ailleurs, va falloir qu'on ait une grande discussion, toi et moi, Akaashi. J'ai reçu un coup de fil pas très cool de ton lycée. Tu vas devoir dire au revoir à une de tes jambes, je n'ai pas le choix.
Il avait dit tout ça, comme s'il parlait d'un sujet trivial.
- Eri était en train de mourir…
- Et alors ? Bien fait pour elle ! Ça nous en aura fait un de moins ! Brailla la mère.
Aucun des deux ne se retourna pour lui faire face, ce qui se passait sur l'écran était plus important. C'en fut de trop pour Keiji.
- Vous n'êtes que des gros porcs d'enfoirés.
Ses parents ne bougèrent plus pendant quelques secondes, ne semblant pas réaliser ce que leur fils venait de leur dire. Son père se retourna finalement. Keiji pouvait presque voir la fumée sortir de ses oreilles.
- QU'EST-CE QUE TU AS D-
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que le passeur fracassa le pot sur sa tête, il s'affaissa sur le canapé et ne bougea plus.
- À toi, ''maman'', dit-il en mettant un accent de dégoût sur le dernier mot.
Elle cria et courut se réfugier dans leur chambre qui n'était pas loin. Il la poursuivit et sortit le couteau qu'il avait pris dans la cuisine. Elle s'affala sur leur lit conjugal. On aurait dit un vieil animal épuisé qui tentait de se sauver la peau dans un effort vain, en gesticulant dans tous les sens.
- Non… non, Keiji ! Arrête ! Je suis de ton côté, j'ai toujours été de ton côté !
- Tu as laissé Eri pour morte.
- C-Ce n'était pas ma faute ! Je ne l'ai pas vu !
Il la surplomba sur le lit. Elle le suppliait de ne rien lui faire. Après tout ce que elle avait fait ? Elle pouvait aller brûler en Enfer. Il resta calme, mais dans ses yeux (et sa mère le vit) brillait une lueur noire, menaçante. Keiji ne le vit que trop tard, mais elle sortit un petit couteau de sous un oreiller et tenta de le planter dans sa poitrine, Keiji l'évita de justesse mais il lui entailla la joue. Il lâcha son couteau, attrapa le bras de sa mère et lui arracha le canif des mains pour le lancer plus loin. Soudain une voix retentit.
- Occupe-toi de lui… moi je vais chercher la gamine.
Oh non. Son père avait juste été assommé, et pas assez longtemps ! S'il trouvait Eri, il la mettrait en pièces, il priait pour qu'elle ait trouvé une bonne cachette. Il entendit ses pas lourds boiter sur le plancher de la maison, il semblait encore être sonné. Sa mère profita de ce moment de diversion pour saisir le couteau qu'il avait posé à ses côtés et visa son cœur. Keiji réagit trop tard. Il eut juste le temps de se décaler de quelques centimètres et le couteau se planta dans le creux de son épaule. Il cria de douleur. Une fleur écarlate fleurit sur sa chemise blanche. Il saisit le manche, elle ne lui avait pas enfoncé assez profondément, et retourna l'arme contre elle. Elle essaya de le bloquer avec ses mains, mais il était beaucoup plus fort qu'elle.
- Je ne vous ai jamais aimé ! Cria-t-elle dans un dernier effort.
Ce fut ses derniers mots, Keiji lui planta la lame en plein cœur. Il entendit très distinctement l'os de sa cage thoracique se casser et le couteau pénétrer son muscle vital. Elle ne bougea plus. Il retira la lame et fut un peu éclaboussé par son sang. Ses bras et ses mains en était couvert. Sa mère avait la bouche grande ouverte et les yeux révulsés. Il la regarda quelques secondes. Il n'éprouvait rien.
- Je sais, dit-il en quittant la chambre.
Il fallait qu'il trouve son père, le temps tournait. Il se concentra. Il était à l'étage, comme il l'avait prévu. Il l'entendait appeler Eri avec le ton le plus doux qui soit, pour l'appâter. Il pensait qu'Eri était une gamine naïve, mais Keiji savait que c'était faux et qu'elle ne se ferait pas aussi facilement avoir. Il monta l'escalier à pas de loup. Cette enflure était dans la salle de bain, de dos. C'était maintenant ou jamais.
Il bondit sur lui et lui planta et replanta le couteau dans le dos. Il n'allait pas bien profond, malheureusement. Son père se retourna en balançant son bras. Keiji se reçut un coup et tomba sur sa côte endolorie. Le couteau fut expulsé dans le couloir. Son père se jeta sur lui, et lui serra le cou.
- Quand j'en aurai fini avec toi, je m'occuperai de ta sœur.
La mention de sa sœur lui donna la force de lui envoyer sa jambe dans les parties. Sa raclure de père se plia en deux en gémissant comme un porcelet qu'on égorge. Keiji réfléchit à cent à l'heure quand il se dégagea. Le fer ! Il était à portée de main ! Eri l'avait bien branché comme il lui avait demandé ! Il le saisit des deux mains et donna un coup dans le visage de son père avec, ce qui le mit au sol. Il pressa l'appareil – qui avait eu le temps de réchauffer – contre toute la partie gauche du visage de son père. Il hurla. Keiji ne s'en allait pas, il restait crispé sur le fer. Bientôt, de la fumée apparut en même temps qu'un son de crépitement, comme lorsque l'on fait cuire de la viande. Keiji lâcha le fer, et vit le fil électrique qui y était accroché. Il le saisit et l'enroula autour du cou de son père. Il serra, serra, serra. L'autre essayait de l'enlever, mais succès. Il resta au moins cinq minutes derrière lui à serrer de toutes ses forces. Cela faisait déjà plusieurs minutes qu'il ne bougeait plus. Il le lâcha enfin et souffla.
Fini. C'était fini.
Il se leva, les jambes flageolantes. Il aperçut son reflet dans le miroir. On aurait dit un tueur… ce qu'il était, en quelques sortes. Il était couvert de sang, sa chemise autrefois blanche était parsemée de taches rouges de différentes tailles, la plus grande se trouvant au niveau de son épaule. Une balafre lui traversait la joue et un large ruban de sang en découlait. Il fallait qu'il trouve Eri. Il l'appela. Une fois. Deux fois. Aucune réponse. Il commença à paniquer. Et si elle avait fait un malaise dans sa cachette ? Et s'il ne la retrouvait jamais ? Sa voix se mit elle aussi à trembler :
- E-Eri, je t'en supplie, réponds ! C'est moi, Keiji !
Alors qu'il était au bord de la crise de panique, sa sœur sortit de sa chambre.
- Nii-san ?
Il se précipita sur elle, et la prit dans ses bras pour qu'elle ne voit pas le massacre dans la salle de bain.
- Pourquoi tu es tout rouge ? Tu t'es fait mal ?
- Tout est fini maintenant, tout est fini…
Mais, alors qu'il rassurait sa sœur (surtout lui en fait), un voix rauque se fit entendre dans son dos.
- Eeeeriii… vient voooiiir papaaa…
Keiji se retourna, terrifié. Il n'était pas mort ! Ce salopard n'était pas mort ! Il courut dans sa chambre, ferma la porte à clef et cala une chaise sous la clenche.
Il entendit son père se lever et traîner ses pas lourds jusqu'à la porte de la chambre.
- Keiji ! Ouvre tout de suite ! (Un temps) Je t'ai dit d'ouvrir ! (Un autre temps) Si tu ouvres maintenant, tu auras juste les deux jambes de brisées !
Il commença à donner des coups dans la porte. Le frère et la sœur, en proies à la plus grosse frayeur de leur vie s'étaient mis dans le coin le plus extrême de la pièce. Keiji avait pris Eri contre son buste et elle se cramponnait à lui, en se cachant le visage dans sa chemise ensanglantée.
- J'ai peur Keiji…
Lui aussi avait peur. Il avait épuisé toutes ses ressources. S'il arrivait à rentrer, ils étaient condamnés. Une lueur d'espoir lui traversa l'esprit. Il prit son portable. Il savait que la police n'aurait jamais le temps d'arriver ici, il appela Bokuto.
- Akaashi ? Qu'est-ce que tu fais ? J'ai essayé de t'appeler au moins dix fois !
- Bokuto-san… il faut que tu viennes, on… on est coincés, il va nous tuer !
- Ton adresse, j'arrive dans deux minutes, je suis déjà en route !
- 11 rue Masayo Maruyama, c'est la maison tout au fond avec les hautes herbes, la porte est ouverte, je t'en prie, fait vite !
Il raccrocha. Il était leur dernier espoir. Les minutes passèrent, les coups étaient de plus en plus fort sur la porte. Elle finit par céder. « C'est la fin » pensa Keiji. Il ne se rendit pas compte que des larmes coulaient sur ses joues. Il serra plus fort Eri contre lui. S'ils devaient passer leurs derniers instants, il voulait que ce soit ensemble.
Son père tomba au sol, incapable de marcher plus longtemps. Il crachait un liquide rouge et visqueux par la bouche et avait les yeux injectés de sang. Il ne fallait pas qu'Eri voit ça. Il rampait vers eux. Une partie de son visage était brûlée, laissant à vif sa chair rougeoyante, une partie de sa peau avait fusionnée avec son œil.
- Je vais vous crever ! Vous saigner comme des porcs et vous démembrer !
Alors qu'il était à un peu plus d'un mètre d'eux, et alors qu'il avait perdu tout espoir, Keiji entendit des pas rapides dans l'escalier. Bokuto-san apparut dans l'encadrement de la porte. Il avait ramassé le couteau qui était dans le couloir. Il se jeta sur leur père, le retourna, et lui planta le couteau dans le ventre, exactement comme Keiji l'avait fait quelques minutes plus tôt avec sa mère. Son père ne bougea plus non plus. Il se tourna vers le frère et la sœur.
- Akaashi ! Tu es blessé ? Ta sœur va bien ?
- Je… Faut qu'on aille… à l'hôpital…
- J'ai appelé la police, ils ne devraient pas tarder.
Ils ne bougeaient pas. Akaashi refusait de se lever. À le voir, Bokuto devina qu'il n'en avait sûrement plus la force. Akaashi avait les yeux écarquillés et il fixait un point sur le sol. Le sang qui couvrait son visage était mélangé à des larmes Bokuto se rapprocha de lui et lui caressa les cheveux.
- C'est fini, Akaashi, tu n'as plus rien à craindre.
Et, alors qu'il disait cela, Keiji vit le bras de son père bouger, ses gros doigts crochus tendus dans leur direction pour les attraper. Comment pouvait-il être toujours en vie ?! Sans le quitter des yeux, Keiji mis sa sœur sur le côté, écarta Bokuto d'un geste du bras, saisit le couteau que son père avait toujours dans le dos et le planta, planta, et replanta dans le cœur de son père jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'il ne bouge plus. Le brun avait les yeux grands ouvert et le visage couvert d'éclaboussures de sang. Bokuto se précipita sur lui au bout d'un moment pour le faire arrêter. Il ralentit ses bras doucement jusqu'à ce que Keiji ne plante plus le couteau dans son géniteur. Il lui enleva le couteau des mains avec difficulté : même s'il était délicat, il dut un peu forcer car Keiji avait les doigts crispés dessus. Il déposa l'arme un peu plus loin et s'employa à calmer le passeur. Il prit ses mains tremblantes dans les siennes.
- Il est mort, maintenant. C'est bon. Ça ne sert plus à rien de s'acharner contre lui.
Son interlocuteur était en état de choc. L'ignorant, il marmonna :
- Je… je… Je sais plus quoi faire… q-qu'est-ce que je dois faire ?... Qu'est-ce qu'on va devenir… ?
Il continuait de trembler, incapable de se calmer. Bokuto lui souleva un peu la tête, et l'embrassa avec la même douceur que précédemment. Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, mais peut-être qu'au fond, il avait un peu craqué sur le passeur, peut-être qu'au fond, cela faisait bien plus que quelques jours… Il fit preuve de la plus grande délicatesse. Akaashi se laissa faire. Il l'embrassa une fois, deux fois, à la troisième fois, il sentit Akaashi lui répondre, et la quatrième fois fut un peu plus longue que les autres. Il se redressa et leur dit :
- Il ne vous fera plus rien, maintenant. Allez, venez, on se casse d'ici.
Ce contact avait un peu revigoré le brun. Keiji partit prendre sa sœur dans les bras. Elle s'était recroquevillée contre le mur. Il la câlina maladroitement, il avait été apaisé, à lui de la rassurer elle. Elle se cramponna fermement à lui. Il se leva tant bien que mal avec Eri dans les bras et ils sortirent de la maison transformée en scène de crime. Ils s'assirent sur le trottoir devant chez eux, encore choqués et tremblants. Keiji berçait sa sœur contre lui. Bokuto n'en revenait pas de tout le sang dont était couvert Akaashi. Il était blessé aussi. Heureusement qu'il avait aussi contacté une ambulance.
La police arriva en premier. Ils constatèrent les dégâts. Keiji leur expliqua tout, il avait peur qu'ils ne le croient pas, mais ils surent qu'il s'agissait de la vérité quand ils demandèrent à sa sœur. La pauvre petite était terrorisée et refusait de lâcher son grand-frère. Elle disait qu'il n'y avait que lui qui pouvait la protéger. C'est tout.
- Papa nous battait. Il a cassé les os de Keiji. Il m'a poussé. Alors Keiji l'a tué, avait-elle dit trop calmement aux policiers.
L'ambulance arriva à son tour. Elle ausculta rapidement les deux jeunes gens. Eri avait encore quelques difficultés à respirer et Keiji avait de multiples blessures qu'il fallait soigner d'urgence, surtout sa blessure à l'épaule qui n'était pas jolie à voir.
Bokuto demanda s'il pouvait accompagner. Les ambulanciers n'étaient pas tellement pour, mais Keiji insista. Ils ne pouvaient pas rester seuls lui et sa sœur, une tierce présence, extérieure au conflit, leur apaiserait un peu la conscience. Et, pour une raison qu'il ignorait, Keiji avait besoin de lui, il le voulait à ses côtés.
Ils montèrent tous dans l'ambulance. Les policiers leurs dirent qu'ils passeraient les voir plus tard pour plus de questions.
Alors, avez-vous deviné d'où venait le code du casier d'Akaashi :) ?
Sinon, vous en avez pensé quoi ?
