Chapitre 2
Elwing enroula une de ses mèches autour de son doigt. Elle poussa un soupir. Elle avait été une nouvelle fois en retard et n'avait pas eu le temps de déjeuner. Deux fois en deux jours. Lily aurait pu s'en inquiéter mais le décoiffé et harceleur de service s'occupait à la rendre folle. Peter avait la tête posée sur sa paume, bouche ouverte quelques miettes autour de celle-ci. Remus discutait tranquillement avec Noëline, ils ne se lâchaient pas du regard et il fit le premier pas en liant ses doigts à ceux de la métisse. Helya était, elle, en pleine discussion avec Edward l'autre préfet de sa maison et de son année. Sirius était entourée de sa petite bande de groupies.
Elwing sentit son cœur se serrer, elle aurait aimé être la fille dont Sirius n'aurait pu détacher ses yeux d'elle, il n'aurait vu qu'elle, n'aurait pensé qu'à elle, n'aurait flirté qu'avec elle, lui aurait coupé le souffle, lui aurait murmuré des mots doux, aurait encerclé sa taille de ses bras finement musclés... Mais c'était mieux ainsi. Mieux elle se trouve éloignée du garçon, plus facilement, elle pourrait l'oublier et peut-être tombée amoureuse de quelqu'un d'autre. Ne plus avoir le cœur qui bat en sa présence, ne plus rougir sous ses compliments, ne plus avoir ses frissons quand il la touchait... Elle retient un gémissement. Arght. Elle devait agir, et vite.
Elle n'était pas moche, elle le savait. C'était une jeune fille naturelle, certainement, un peu froide, un peu distante et un peu snob quand on ne la connaissait pas, mais elle avait été éduquée de cette manière. Sa famille, d'origine moldue, servait la Reine, elle se devait à se comporter de cette manière.
Les directeurs de chaque maison passait entre les tables pour distribuer les emplois du temps des 6e années. McGonagall termina son entrevue avec Peter, et s'approcha de Remus et de Noëline.
« Miss Delanoe, conformément à votre désir et puisque vos notes le permettent. Vous continuerez à suivre les cours basiques, et en option, l'arithmencie. Néanmoins, après les ASPICS, vous devriez suivre une formation de professorat en France. »
« En France ? » Demanda Noëline alors que le loup-garou se raidissait.
« Vous êtes française, non ? » Elle hocha la tête. « Il n'y a qu'en France, où vous pouvez suivre une formation jusqu'à ce que vous atteigniez un âge jugé plus mature. Ici, vous seriez obligée de trouver un travail pour occuper ses deux années qui n'aurait aucun rapport avec votre futur métier. »
« Je pourrais aussi faire la Guerre. »
« Vous le pouvez aussi, répondit le professeur d'une voix neutre. Tenez, votre emploi du temps »
« Merci. »
« Voyons, Mr Lupin... Excellentes notes, je ne suis pas surprises... mais avez-vous décider de votre orientation ? »
« Eh bien... je... avec la guerre, je pense à d'abord rejoindre les rangs et voir à la fin de celle-ci. » Noëline exerça une pression sur leurs mains enlacées.
« Sûr ? » Il opinai en soupirant légèrement, sachant qu'avec toutes les lois à l'encontre des hybrides tels que lui, il n'aurait jamais un véritable travail.
Sauf chez les moldus, comme le lui avait expliqué sa meilleure amie.
Elwing.
Il leva les yeux vers elle, en acceptant son emploi du temps. Sa meilleure amie avait les yeux figés dans le vide. Elle avait l'air fatigué, il ne lui avait jamais vu cet air si résigné comme si elle avait enfin accepté d'abandonner une chose dont elle avait longtemps voulu s'accrocher.
Seule ses lèvres étaient maquillées, d'un rouge pâle. Seul artifice qu'elle se permettait.
Elle tourna son visage vers lui, sentant son observation, et lui sourit. Un sourire tendre, affectueux, rempli de promesses. Son cœur fit un bond, plein d'espoir. Sa meilleure amie était belle intérieurement, et extérieurement sans en avoir conscience. Elle venait, d'un sourire, de lui remémorer que l'offre tenait toujours.
Elwing et Lily avait trouvé bizarre que les quatre garçons ne voyageaient pas ensemble. Plus les jours passaient, plus c'était étrange. Remus arrivait avant les autres, et partaient dès que les autres faisaient actes de présence. Il s'asseyait toujours à l'opposé de ses amis, près de George.
Une semaine après la rentrée, au petit déjeuner, Remus s'était de nouveau levé et cette fois, Elwing avait remarqué le regard perdu de Sirius, gêné de James, et effrayé de Peter.
« Je vois » murmura -t-elle en se levant sous le regard surpris de Lily. Elle se dirigea vers les quatre garçons, leur lança un regard noir. « Vous n'êtes que des idiots. » Elle attrapa le plus gros livre dans son sac et le jeta sur la table dans un grand fracas. « Vous n'êtes vraiment que des idiots, oui, c'est cela. Il n'y a pas d'autres explications. Je... Je ne sais pas ce qu'il a fait, mais je ne l'aurais jamais laissé tomber de cette manière. »
« Tu ne sais rien, Smith ! »
« J'ai l'impression de bien savoir, si tu veux mon avis. Il vous a aidé un par un. Il est l'ami de Pettigrow, et il l'aide dès qu'il le peut, c'est-à-dire tout le temps. Et vous, Potter et Black, ne vous a-t-il pas permis de devenir ami, d'abolir cette soit-disant haine entre vous, ne vous protège-t-il pas quand il le faut et dès qu'il le peut ? Je croyais que vous ne jugiez pas ! »
« Tu ne sais pas, répéta Sirius. »
« Ne sais-tu dire que cela, Black ? Nous n'avons pas besoin de savoir pour savoir. Et je ne suis pas son amie, mais je le serais beaucoup plus que vous ne l'êtes, maintenant. »
« Il est dangereux. »
« L'a-t-il voulu ? » Silence. Yeux qui se baissent sous un regard furieux. « Lui avez-vous laissé le temps de s'expliquer ? Il n'est dangereux seulement quand il est seul, s'il n'a personne pour l'aider, le soutenir dans ces moments-là. » Elle secoua la tête, et s'éloigna après un regard répugné en récupérant le livre qu'elle aurait bien voulu jeter sur chacun d'eux.
Les Maraudeurs n'étant pas nés, et malgré les frasques de Potter et Black, ils n'étaient pas encore assez intéressants pour que des oreilles traînent.
Elle parcourut plusieurs couloirs. Il leur restait encore une demi-heure avant le début des cours. Où pouvait-il bien être ?
« Qu'est-ce que je rêverais d'une carte où on peut voir où se trouvent les gens. »
Elle prit un autre couloir et en ressortit aussitôt pour reprendre les escaliers mouvants. Elle pestait contre tout le monde, sans entendre Lily l'appeler plus bas.
Elle ouvrit une porte. Une porte qu'elle n'avait jamais vue auparavant. Et ce qu'elle y vit, la stupéfiât.
Ce n'était pas le jeune homme calme et peu sûr de lui qu'elle connaissait. Il était habité d'une telle rage, d'un tel désir de tout détruire.
Elle frissonna.
Elle fit un pas en avant.
« N'approche pas ! » C'était une voix froide, respirant la fureur contenue. « Je ne veux pas te faire du mal. » Elle voyait ses bras se tendre, son dos se raidir. Elle le trouva majestueux à l'instant présent.
Sans tenir compte de ses protestations, elle se plaça derrière lui et entoura son ventre de ses mains.
« Tu pourrais me faire mal ? Maigre comme tu es ? Et grosse comme je suis ? »
« Tu n'es pas grosse... »
« Et tu n'es pas un monstre. »
« Comment … ? » Il se tourna vers elle, les yeux écarquillés. « De quoi tu parles ? »
« Fais pas ta tête d'innocent. Je sais que tu es loup-garou, peut-être pas depuis le premier instant, je ne suis pas présomptueuse. Disons que j'avais des doutes, jusqu'à la pleine lune. Le fait que tu sois absent après, presque vidé de tes forces. » Elle s'assit au centre de la pièce dévastée. « Oh ! » Comme si elle se souvenait d'un détail passionnant. « Et puis, c'est aussi facile d'avoir un loup-garou dans la famille. »
« Il y a un loup-garou dans ta famille ? » Il était de plus en plus sidéré, et comprenait mieux pourquoi la jeune femme était prévenante avec lui.
« Hum, oui. Mon frère. Il est comme tous les hommes de ma famille, Gardien de la Couronne. Je veux dire protecteur de la Reine, et de ses Joyaux. »
Un gardien, voulait-elle dire une sorte d'Auror ? La Reine ? La femme sur l'argent moldu ?
« Est-ce que tu l'as voulu ? » Elle le regretta de lui avoir posée la question tout de suite après l'avoir prononcée. Le regard que le jeune homme avait jeté vers elle lui avait transpercé son cœur comme une flèche.
« Oh, tu veux dire : est-ce que j'ai demandé à Greyback s'il pouvait me mordre pour donner une leçon à mon père ? Pour que je puisse souffrir le martyr durant près de trois jours ? Pour que je me sente différent, rejeté et dangereux ? »
« Je n'ai pas voulu dire ça ! Enfin... je préfère savoir, des gens l'ont voulu, tu sais. Et je ne pourrais jamais t'en vouloir. »
« Tu n'aurais pas changé d'avis en apprenant que j'ai voulu être un monstre ? »
« Je t'aurais demandé pourquoi. »
« Vrai-vraiment ? »
« On a tous des raisons de vouloir changer mais puisque ce n'est pas le cas pour toi.. » Elle baissa les épaules et lui fit signe de s'asseoir. « Je m'aime me sentir égal avec quelqu'un et tu es grand pour ton âge... et moi, certainement trop petite.. Alors, le temps que t'es crétinos d'amis se rendent compte qu'ils sont justement de vrais imbéciles et qu'il y a un moyen pour que tu ne sois pas... trop seul ces nuits-là, je serais ta plus proche alliée. Après, tu décideras si tu veux qu'on soit amis ou si tu préfères rester exclusivement avec eux. »
« Tu as l'air certaine qu'ils vont revenir... »
« Pourquoi ne reviendraient-ils pas ? »
« Eh bien... avec ma condition »
« Remus.. Ne sois pas idiot... Ils reviendront, j'en suis certaine, laisse-leur le temps. Et puis, tu sais, je pense que tu ferais un excellent Gardien. Ce serait intéressant qu'il y ait d'autre membre que ceux de ma famille... Dès fois, c'est légèrement flippant, genre secte. Ils ont de grandes capes rouges, c'est un truc sacré cette cape... Et au fait, tu sais que ton prénom est gonflé d'histoire ? » Elle plaça sa tête sur les cuisses allongées du garçon qui fut surpris mais ne s'éloigna pas pour autant. « Le mythe fondateur de Rome. La mythique Rome, capitale de l'Italie et de l'antique empire romain. La légende raconte que lorsque Amulius renversa son frère Numitor, il obligea également sa nièce Rhéa Silvia à se faire vestale, s'assurant ainsi qu'il ne se trouverait aucun descendant pour prétendre au trône. Mais Mars, le dieu de la guerre, la séduisit et elle donna naissance à deux jumeaux Remus et Romulus. Amulius donna alors l'ordre à ses serviteurs de tuer les nouveaux-nés, mais ceux-ci se contentèrent de les jeter dans le Tibre. Le berceau fut vite emporté par le courant pour finalement s'arrêter sur un banc de vase. Là, une louve veilla sur les enfants. Plus tard, Romulus et Remus furent découverts dans la tanière de l'animal par un berger nommé Faustulus, qui les ramena chez lui. Ils furent élevés comme des bergers mais bien vite leurs aptitudes à diriger et à combattre les rendirent célèbres. Un jour, Numitor rencontra Remus et devina qui il était. La famille fut de nouveau réunie mais les deux frères ne purent se contenter de vivre paisiblement à Albe-la-Longue. Ils partirent pour fonder leur propre ville. Cependant, une querelle éclata entre les jumeaux quand il fut trouver le nom de la ville et Remus mourut. »
Le garçon ricanna. « C'est censé me rassurer ? »
« Dans l'Antiquité, avoir un loup dans la famille, c'était sacré, c'était presque un don des dieux puis ce fut le Moyen-Age accompagné de l'austérité et la superstition de la Religion. T'imagine les relations entre deux hommes étaient tout à fait tolérer dans l'espace privé, et après, c'est devenu quelque chose de sale. Mais enfin, ils ont fait leurs choix, nous avons les nôtres à faire. Je veux juste dire que je ne t'en voudrais pas car tu es quelqu'un d'autre, ce loup est étranger à toi, et puisque tu essaye de le dompter. Tu n'aurais qu'à m'en parler si ça devait trop dur. Je t'écouterai et jamais je ne te jugerais. »
Il se pencha et déposa ses lèvres sur la joue de la jeune femme. Surprise, elle éclata de rire face à son geste de tendresse et de son « je t'aime » d'amitié murmuré.
« Mademoiselle Smith et Mademoiselle Evans vu que vous avez les mêmes notes et les mêmes ambitions, je n'ai pas besoin de vous rappeler quelle matière vous avez choisie. Tenez. »
« Merci professeur. »
« Hum, professeur ? Est-ce que je pourrais arrêter la Divination ? » Demanda Elwing en sortant de sa torpeur.
« Comme il vous plaît. »
L'austère professeur tapa deux fois du bout du de la baguette sur l'emploi du temps qui se modifia. Elle lui jeta un regard simple, s'assurant simplement.
Un sourire de fierté joua légèrement sur les lèvres du professeur, adressant ainsi ses félicitations. Puis elle se tourna vers Potter qui avait suivi l'échange.
« J'attends mieux de votre part, Monsieur Potter. Tout comme vous, Black. »
« Je savais que vous aviez de l'estime pour nous. »
« Ai-je un jour déclaré le contraire, Monsieur Black ? »
« Vous êtes du genre à donner d'assez bonnes retenues »
« Je suis du genre, comme vous dîtes, à sanctionner votre indiscipline, pas votre potentiel. Malheureusement, vous ne cessez de tenter de me faire croire que vous n'avez aucun talent mais vos notes me prouvent bien le contraire. »
« Nous aimons à être surprenants » Déclara le décoiffé de son habituel passage de main dans les cheveux.
Le professeur ne tilta pas, ne fronça pas les sourcils, ne sourit pas, ne soupira pas mais leur tendit leur emploi du temps.
« Espérons que les années vous rendront modestes, que vous feriez le bonheur des Potter, et que vous feriez l'honneur de la maison à laquelle vous appartenez »
Les deux frères adoptifs se sourirent. Que c'était bon d'avoir son meilleur à la maison. Un vrai frère.
La maison avait eu la chance de rester debout.
Surtout quand les deux autres les avaient rejoint.
