Merci à Aurore, qui laisse des reviews plus vite que Lucky Luke !
Le troisième thème est Valeur.
.
Livre 1 : Prisonniers
.
Chapitre 3 :
Après les vérifications d'usage, le bateau fut autorisé à s'arrimer au quai d'Impel Down.
Ace était le seul à descendre, le bateau ferait ensuite demi-tour pour rejoindre sa nouvelle affectation. Ça ne le concernait plus. Archie serait le capitaine en poste, à défaut de l'être en titre.
Ace tendit la main à son second et celui-ci la serra avec une politesse cérémonieuse, dénuée de chaleur. Le brun ne lui en voulut pas. Les matelots eux, s'étaient mis au garde à vous, et le brun descendit la passerelle sans se retourner. Il regretterait le Coq Couronné, un bon navire, mais un ordre était un ordre.
Ace fut accueilli à l'entrée de la prison par Hannyabal, le gardien en second. Plus que sa réputation de tête-brûlée, c'était sans doute son ascendance prestigieuse qui lui valait une telle réception.
En lui-même, Ace se demanda ce que diraient ces gens s'ils savaient que lui et Garp n'avaient aucun lien de parenté et que son ascendant illustre n'était autre que le Seigneur des Pirates, Gol D Roger. On aurait tôt fait de l'enfermer au niveau le plus profond de cette prison et de ne plus jamais le laisser sortir.
Il n'avait de valeur que parce qu'on ignorait le secret de sa naissance.
« Marco le Phénix n'est pas encore arrivé, mais nous avons une visiteuse de marque… » se réjouit Hannyabal avec un bonheur hideux. « Cela fait longtemps que nous l'attendions. Ah, si j'avais été directeur, sans nul doute, nous l'aurions accueilli depuis longtemps… »
Ace ne fit même pas semblant de s'intéresser à ce que disait le gardien. Il était là pour surveiller Marco le Phénix durant le temps que le Gouvernement Mondial jugerait nécessaire, il ne voyait aucune raison de s'intéresser au reste. En fait, plus il pourrait ignorer la réalité sordide de cette prison, mieux il se porterait.
Était-ce mal de souhaiter que cet homme meurt vite afin d'être délivré de cette tâche odieuse ?
Qu'est-ce que cela disait de lui ? Sans doute rien de bon. S et L. Non, ça faisait toujours mal.
Ses frères, qui lui avaient été arrachés. Le premier par un noble du Gouvernement Mondial, de ce même gouvernement qu'il servait, le second par des pirates qui avaient entendu parlé du fils de Gol D Roger et n'avait été que trop heureux de régler son compte au petit gamin brun qu'ils avaient cru être son rejeton. Quelle gloire, d'avoir tué le fils du Seigneur des Pirates.
Si Ace n'avait jamais existé, alors Luffy au moins serait encore en vie. Dadan et les autres ne lui avaient même pas laissé voir son cadavre, et quelques jours plus tard, Garp s'était présenté et l'avait emmené pour faire de lui un Marine.
C'était la seule option qui le mettrait à l'abri des poursuites. On ne pouvait pas permettre à la rumeur de s'étendre à nouveau, on ne pouvait pas laisser le sacrifice de Luffy être inutile.
« Vis pour tes frères, avait dit Garp, vis pour la vie qu'ils n'ont pas pu avoir. »
Et il l'avait collé dans les pattes de la Marine, la vie qu'aucun d'entre eux n'avaient rêvé d'avoir. Ace avait persisté pourtant, conscient qu'il devait la vivre pour eux. Non pas à leur place, il ne pourrait jamais les remplacer, mais en leur hommage.
Et si cela signifiait jouer les gardes-chiourmes au fond d'un trou qui ressemblait à l'enfer, il acceptait ce rôle.
.
Marco était réveillé quand le bateau avait accosté au quai. Il avait ressenti la secousse avec quelque chose qui ressemblait à l'inéluctable.
Est-ce que son estomac s'était serré, ou est-ce qu'il était déjà contracté par la faim et la soif ? C'était des sensations qu'il avait désappris. Quelque chose lui disait qu'elles allaient devenir ses compagnes familières.
Le granit marin l'engourdissait, et s'il souffrait des pertes régénératrices qu'offrait son fruit, il regrettait plus que tout le souvenir du feu doux et protecteur. Désormais, il n'était qu'un humain ordinaire et après des siècles passés à jouer les immortels, la sensation était pour le moins parfaitement déplaisante.
Les Marines les avaient sortis de là sans douceur excessive, et ils avaient remonté le quai encadré par des soldats à l'air farouche.
« Je ne sais pas pourquoi, murmura Thatch, mais j'ai l'impression que cette garde d'honneur est là plus pour toi que pour moi. Je parie que tout seul, j'aurais pu m'échapper les doigts dans le nez. Mais maintenant, il va aussi falloir que je te sauve alors que tu n'es qu'un foutu poids mort. »
Marco leva les yeux au ciel. Et pourtant, il ne doutait pas que son frère n'ait en partie raison. Le Phénix était une proie de choix.
« Alors quoi, ne put-il résister, tu aurais sauté en plein milieu de Calm Belt et regagné le Nouveau Monde à la nage ?
— Facilement, fit Thatch.
— SILENCE ! tonna un Marine.
— Ou sinon quoi ? crâna le châtain. La prison ? »
Un violent coup de pied dans le ventre fit office de réponse.
Thatch se pencha en avant pour vomir, et gémit : « Merde, Marco, je commence déjà à regretter ton cul… »
Marco ne répondit pas. Devant eux, s'ouvraient, comme une gueule béante, les portes colossales d'Impel Down.
Quelque chose dans le blond se révoltait. Il n'était pas lâche, mais il y avait quelque chose qui entrait en conflit avec sa propre nature à l'idée de pénétrer dans le bâtiment. C'était l'inverse du ciel et de la lumière. C'était l'inverse du phénix. C'était l'enfer.
Après une séance d'identification où leurs noms furent réduit à néant et remplacer par des numéros, les chaînes qui permettaient à peine à Marco de marcher furent échangées contre des menottes de poignets et de chevilles, ainsi que par un anneau au cou. Tout cela en granit marin, évidemment. Thatch eu le droit au même traitement. Après quoi, ils furent littéralement jetés tout habillé dans une cuve d'eau bouillante, comme s'ils n'avaient été que des bouts de viande dans un gigantesque pot-au-feu.
Thatch ne cria pas. Marco non plus.
Ensuite, on leur ordonna de se déshabiller, et Marco abandonna ses nippes sales et trempées avec un réel sentiment de regret. Il aimait beaucoup cette ceinture. On leur donna ensuite les sinistres uniformes de la prison. Empêtrés dans les chaînes, il n'était pas facile de s'habiller, mais Marco supporta le rire des gardiens avec une impassibilité parfaite. Il craignait la suite.
Thatch faisait semblant de grandement s'amuser, commentant tout, et Marco se demanda si lui aussi songeait à ce qui allait venir.
« Prisonnier nº 5.20732.
— Ah, c'est mon nom d'amour, ça.
— Niveau 5, l'enfer du froid.
— Ce que ça a l'air excitant. Je sens qu'on va bien se marrer.
— Prisonnier nº X.5048, continua le garde du même ton monotone, niveau 6. »
Bien sûr. C'était là ce qu'il redoutait : séparés.
Thatch protesta : « Vous voulez dire que ce type est plus une menace que moi ? C'est n'importe quoi ! »
Les gardes l'entraînèrent sans douceur, en utilisant les coups, mais sans faire taire pour autant Thach.
« C'est une dinde, parole ! Et en plus, il pue des pieds ! » cria le châtain mais puis les portes se refermèrent sur lui.
C'était fini.
Marco se demanda s'il réentendrait un jour la voix de son frère.
.
Pauvre Ace, ce qui t'attend mon chou... Bon, moi-même à ce stade de l'écriture je ne le savais pas, mais je pressentais que ça n'allait pas être une franche partie de rigolade. Quant à Thatch... Au revoir. Tu me manqueras, c'était trop fun d'écrire sur toi T_T
