Chapitre 3

Chapitre 3

En Attendant le Bonheur

Ron regarda sa montre moldue : quatre heures moins le quart. Il avait encore du temps pour rentrer à la maison accueillir celle qu'il voulait épouser. Il avait réussi à convaincre son patron de lui donner assez de boulot pour pas qu'elle rentre trop tôt, ruinant par la même occasion la soirée qu'il lui avait préparé.

Il entra enfin dans la boutique. Celle-ci n'était en rien surchargée. Il fallait dire ce n'était pas en pleine semaine dans l'après-midi qu'il réalisait la plus grosse part de son chiffre d'affaire. Il ne s'effraya donc pas de ne pas croiser une horde de clients dans les différents rayons. Il y avait un jeune garçon et son père qui s'extasiaient devant une télé montrant du sport moldu. Ils riaient de voir des jeunes moldus en train de sauter, ballon à la main, en essayant d'atteindre un panier bien trop haut pour eux. Ils se demandaient même pourquoi ils n'essayaient pas d'utiliser un balai pour l'atteindre, ça serait sans doute plus facile. A l'opposé, se tenait une sorcière d'âge plutôt avancé dans le rayon « Aide Domestique ». L'électroménager était une révolution que le monde sorcier n'avait pas encore faite. Toutes ces machines pouvaient être vraiment utiles en empêchant d'utiliser la magie à tout bout de champs. Une jeune femme qui semblait être tout fraîchement sortie de Poudlard se tenait dans le rayon « Mode et Esthétisme moldue », essayant le dernier rouge à lèvres moldu. C'était l'un des filons qui rapportait le plus. En effet, dès son ouverture, toutes les femmes avaient acquis la mode moldue allant se maquiller de la même façon et s'habillant selon les mêmes tendances.

A la caisse, l'employé rendait la monnaie. Le client semblait avoir acheté un rasoir classique avec presque toute une caisse de mousse à raser. Il avait le sourire aux lèvres et semblait ravie de son étrange acquisition. Des fois, il valait mieux ne pas essayer de comprendre et paraître naturel. L'employé aperçut Ron et lui sourit tout en remerciant le client. Une fois celui-ci reparti, ils éclatèrent de rire. Une fois leur fou rire passé, Ron lui demanda comment les affaires marchées aujourd'hui.

« - C'était plutôt tranquille aujourd'hui. J'ai tout de même vendu un frigo au responsable du bistrot du coin. S'il est satisfait, il nous fera peut-être une bonne pub à ses confrères. » Lui répondit le jeune homme d'apparence métisse.
« - Bonne nouvelle. » Après un court silence, Ron lui demanda avec un petit sourire espiègle : « Dis donc Dean, qu'avais tu de si urgent à faire hier pour m'avoir laissé faire la fermeture tout seul ? »
« - J'avais enfin réussi à avoir un rencard avec la petite Ollivanders ! Tu comprends, il fallait que j'assure, ça faisait deux mois qu'elle refusait mes avances alors arriver en retard au premier rencard, ça la fout un peu mal ! »
« - Alors … » Répondu Ron avec un faux regard sévère. « T'as assuré ? » Reprit-il visiblement amusé.
« - Plutôt deux fois qu'une ! Elle a accepté de me revoir Vendredi soir ! »
« - Attends, ça veux dire que je vais devoir me farcir la fermeture Vendredi aussi ? »
« - Attends, le patron aussi doit travailler ! » Rétorqua Dean, presque hilare devant la tête surprise et amusée de Ron.
« - Elle a intérêt à être vraiment mignonne la petite Ollivanders, sinon tes gribouillis que tu nommes œuvres d'art, auront vite fait de passer dans la réserve si tu continues à te la jouer employé du Ministère ! » Ria Ron en pointant du doigt les dessins exposés non loin de la vitrine.

En ouvrant le magasin, Ron souhaitait s'entourer d'une personne en qui il avait confiance. Cela c'était fait naturellement avec Dean. Il était son ancien camarade de Gryffondor, à Poudlard. Ils s'étaient retrouvés pendant que le projet de Ron commençait à voir le jour.

Dean était artiste. Il essayait de vivre de ses dessins et de ses toiles. Cependant, comme la majorité des artistes, son talent ne lui permettait pas de vivre à sa faim. Il avait en plus un emploi minable dans une usine moldue. En le voyant aussi désespéré et sans le sou, Ron lui proposa de l'aider à ouvrir le Vinci. Il n'avait pu refuser.

Après une heure de fastidieux travail, un hibou vint les réveiller de la torpeur dans laquelle ils étaient tombés après la visite du dernier client, il y a de ça bien un quart d'heure. Dean lisait la Gazette du Sorcier pendant que Ron déambulait dans les rayons en faisant un peu de rangement.

« - Patron, du courrier ! » Apostropha Dean.

Le hibou déposa une petite pile de quatre ou cinq lettres sur le comptoir. Ron lut la première puis la jeta dans la poubelle sans même l'ouvrir. La deuxième était la facture de son fournisseur moldu pour les dernières nouveautés qu'il lui avait fourni.

« - Et, Ron ! » Interpella une nouvelle fois Dean. « Tu as vu la une du journal aujourd'hui ? »
« - Pourquoi tu me demandes ça, tu sais bien que je ne lis pas ce ramassé de conneries. »
« - Non Ron, tu ne lis pas du tout, nuance. »
« - Certes, mais cette feuille de chou est la propagande du Ministère. »
« - Trouve toi des excuses, n'empêche que tu devrais lire cette page. »

Mêlant le geste à la parole Dean lui donna le journal à la page indiquée.

« Les Malfoy assassinés !
Les corps sans vie de Mr Lucius Malfoy et de son épouse Mme Narcissa Malfoy ont été retrouvés dans leur manoir hier matin. Selon les premiers éléments de l'enquête, il s'agirait des nouvelles victimes du tueur qui sévit en ce moment. Ses deux nouvelles victimes s'ajoutent à Travers, McNair et Nott, trois autres personnes qui ont trouvé la mort dans des circonstances similaires. Ils ont tous été retrouvés morts à leur domicile, victimes de coups et de sévices violents dus à des sorts de magie noir dangereux et interdits. Ils ont aussi tous pour caractéristiques d'être de sang pur, et étaient réputés proche de l'Ancien Pouvoir. Le Ministère semble vouloir apaiser les tensions entre communautés en niant le caractère racial de ces meurtres. Cependant, il ne fait aucun doute, que ces morts ne soient pas du à une grosse coïncidence mais bien l'œuvre d'une seule et même personne. Cette personne serait un sorcier très puissant. Depuis la chute de Vous-Savez-Qui, il est le premier sorcier à inspirer autant de crainte dans le monde sorcier. On l'appelle déjà le « Tueur de Sang-Pur » ou alors « le Vengeur de Sang de Bourbe ». Il semblerait que ces meurtres ravivent les anciennes tensions et provoque une nouvelle scission ainsi que le retour de la crainte chez les sorciers. … »

Le sujet occupait une place importante dans la gazette qui mettait ce nouveau fait divers à la une ainsi que dans deux doubles pages du quotidien.

« - Ca fait froid dans le dos d'entendre ça. On ne peut pas dire que j'étais proche de ces personnes mais savoir qu'il y a quelqu'un dans la rue capable de tuer cinq anciens mangemorts réputés et tout ça sans se faire prendre, ça me laisse perplexe. » Dit Ron en rendant son journal à Dean.
« - Je me demande qui a bien pu faire ça. »
« - Ca doit être un fanatique de la cause moldue sûrement. Mais c'est vrai que ça ne me parait pas très logique de risquer trois ans de réelles avancées sociales du jour au lendemain. »
« - En tout cas, il doit sacrément puissant pour faire mordre la poussière à Nott, Travers et McNair. Ca fait trois ans qu'ils sont recherchés par tous les aurors du pays. »

S'arrêtant de polémiquer sur le sujet, Ron pris la missive qu'apportait un nouveau hibou qu'il n'avait encore jamais vu. Sur celle-ci était apposée son nom d'une étrange écriture qu'il ne lui semblait pas familière. Il l'ouvrit et leva un sourcil d'étonnement.

« Mr Ronald Weasley,
Mr Finnigan requiert votre présence au sein de mon pub, Le Chaudron Baveur. Et au vu de son état, je vous prie d'avoir l'amabilité de bien vouloir le ramener chez lui dans de brefs délais.
Tom »

Dean lui lança un regard surpris en voyant l'expression de surprise de Ron à la lecture de la missive. Ron avait relu deux fois la lettre et se gratta la tête, signe chez lui d'une courte réflexion.

« - Je dois y aller Dean. Tu feras la fermeture ce soir, pour une fois. » Lui lança le rouquin tout à coup, sortant de la litanie de sa réflexion.
« - Ron, tu as un problème ? » Demanda Dean, inquiet du comportement de son ami.
« - Non, j'ai juste une affaire à régler. » Lui répondit-il en lui tendant la lettre. « Ne m'attends pas, je risque d'en avoir pour un moment et moi aussi, j'ai des projets pour ce soir. »

Sans attendre de réponse, Ron se dirigea vers la sortie puis transplana sous le regard abasourdi de son ami puis inquiet une fois qu'il ait lu la missive.

Ron apparut devant le Chaudron Baveur. Il n'aimait pas cet endroit. Pourtant il y en avait passé du temps au bar, en se noyant dans les bouteilles de whiskey. A une époque, à sa sortie de prison, il écumait les bars. On ne comptait plus le nombre de fois qu'Hermione était venue le rechercher, bien trop soûl pour rentrer seul chez lui. Il s'était fait jeter dehors à de nombreuses reprises suite à des rixes houleuses.

Son attitude lamentable avait failli briser son couple. L'ultimatum que lui avait posé Hermione fut sa rédemption. Il la rendait malheureuse en se tuant à petit feu, en rentrant au petit matin dans des états parfois effroyable. Plusieurs fois il avait essayé de la quitter pour l'empêcher de souffrir. Mais il ne pouvait pas. Il était bien trop lâche et égoïste. Elle était la seule qui était là pour lui. La seule qui le soutenait dans ces moments difficiles.

Puis, il y eu une autre cuite. Une de trop. Il était rentré complètement soûl dans le milieu de la nuit. Hermione s'était inquiétée de son état. Il s'était encore battu. Avec des employés du Ministère cette fois-ci. Ils lui avaient reproché d'avoir tué son propre père et de venir noyer sa culpabilité dans l'alcool. La chose la plus insupportable pour Ron avait été d'entendre une vérité qu'il tentait fuir dans l'alcool.

Le simple regard lourd de sens que lui avait lancé Hermione à son retour avant de s'occuper de lui avait été l'élément déclencheur. Le lendemain, il souhaitait tout arrêter. Malgré toute sa volonté, les rechutes avaient été nombreuses mais les progrès le persuader de poursuivre ses efforts.

Puis un matin, il se reprit à espérer de retrouver le bonheur qu'il ne faisait que le fuir. Puis il se remit à refaire des projets, à penser en un avenir meilleur au côté de celle qui l'aimait. Il se décida de reprendre son projet, le Vinci et à retrouver l'amour de celle qui faisait battre son cœur.

La vue de ce bar l'avait replongé dans des souvenirs noirs. Fuyant ses vieux démons, il prit courage et entra.