Chapitre 2 :

L'aurore colorait le ciel de teintes vermeilles, dégradé de nuances enchanteresses. L'aurore transperçait un cœur fermé, homogène de douleur et de rancœur.

L'aurore se levait.

"-Harry! Calme-toi ! S'il te plait Harry ! Concentre-toi sur ma voix !

-Ce que vous faites est parfaitement inutile Granger, il est parti trop loin, beaucoup trop loin...

Le ton calme et posé, indifférent, anéantit les barrières de la jeune fille qui s'effondra sur le sol, telle une poupée de chiffon désarticulée. Elle avait cette douleur sourde, cette pulsation, là, dans sa poitrine, qui battait trop fort. Meurtrière. Un défoncement intérieur qui martelait son cœur, brûlant ses veines, hachurant sa respiration. L'air, tel de l'acide chlorhydrique, rongeait sa gorge. Elle suffoquait.

-Severus, s'il vous plait, donnez lui une potion calmante.

Un soupir impatient suivit cette requête.

-Je suis venu examiner Potter, pas soigner ces hypocrites griffondors trop sensibles pour supporter la vue d'un des leurs qui a encore dû, dans son désir de se mettre en avant, foncer tête baissée dans un piège.

-Severus...

L'avertissement bien présent dans la voix du directeur convainquit le sombre professeur d'utiliser une de ses précieuses potions pour calmer la jeune adolescente.

-Bien. Je voudrais rester seul avec Potter, il réagira peut-être différemment s'il y a moins de gamins surexcités qui l'entourent.

-Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée professeur… Il a besoin d'un environnement stable et de sentir qu'il y a des personnes autour de lui qui l'aiment et… Et qui le soutiennent. Et je pense qu'il serait préférable que…

-Cependant, Miss Granger, l'interrompit Rogue d'une voix cassante, vous n'êtes qu'une élève sans qualification ni aucune expérience qui prends un malin plaisir à essayer de faire croire aux autres qu'elle vaut quelque chose, alors que la vérité est toute autre.

Un rictus cruel ornait son visage pâle et il ne put que mépriser les yeux brillants et l'air défait de son interlocutrice qui réussit néanmoins à garder assez d'aplomb pour le saluer d'un regard colérique et haineux. S'il avait été seul, il s'en serait frotté les mains de satisfaction. C'était sa jouissance personnelle. Détruire la naïveté maladive de tous ces gamins souriants et insolents, ces adolescents trop confiants qui croient encore à la beauté du monde et à un futur merveilleux. Merlin qu'ils pouvaient être pathétiques !

La porte claqua derrière la jeune fille qui avait obéi avec la même dévotion écœurante que les prestigieux membres de l'ordre du Phénix à leur précieux bienfaiteur.

-Potter ! Regardez-moi.

La forme accroupie et frémissante était-elle vraiment le survivant ? Replié sur lui-même dans le coin le plus obscur de l'infirmerie, le jeune homme tenait plus de l'animal aux aguets que de l'humain. Du sang coagulé collait les lambeaux de ses haillons à sa peau bleutée et marronâtre. Le héros du peuple sorcier avait perdu de sa superbe.

-Potter, avez-vous vraiment besoin de paraître toujours si pitoyable ?

Un silence assourdissant, rampant tel un poison, envahit l'air lourd de la pièce. Le directeur de serpentard transperça la réalité qui semblait figée et, comme si un signal invisible et inodore avait été lancé, le temps reprit enfin ses droits sur la salle. Le gamin bondit.

D'inactif, il passa en une fraction de seconde à chasseur. Parce qu'il en avait marre de tous ces êtres qui lui tournaient autour, de tous ces murmures qui s'enfonçaient dans ses oreilles et lui vrillaient le crâne. Il voulait mordre, il voulait sentir le sang couler entre ses lèvres purpurines, ce goût de fer familier sur sa langue. Il voulait que ça s'arrête. Il voulait le non-bruit.

D'un mouvement sec de la baguette, le maître des potions cloua l'élève au sol. Il s'assit tranquillement à l'autre bout de la pièce, et sortit dans un tintement de verre son attirail de potionniste. Les sons rebondirent dans la salle telles des ondes dévastatrices. Le garçon se crispa et gémit lamentablement, ravagé par le bruit qui meurtrissait son ouïe.

-Bien, on avance. Ainsi, vous ne supportez plus les sons aigue. Vous devriez pourtant y être habitué avec tous les fans et les journalistes qui vous acclament dans la rue."

La lèvre retroussée de dégoût, l'homme amer observait son patient imprévu. Il sentait une aura magique qui pénétrait de manière continue dans le corps du jeune sorcier pour se mêler à son essence. Pourtant, il ne parvenait pas à en déterminer l'origine. Plus il étudier ce déplacement de particules magiques, plus il lui semblait qu'il était la cause de la partie animale du jeune Potter qui prenait le dessus.

Le professeur, intrigué, entreprit de se lever pour s'approcher prudemment de quelques pas. Il ne voulait pas qu'une réaction brusque se reproduise. Il avait parfaitement vu que son sort avait été levé par cette magie nouvelle et, il lui semblait, malsaine.

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Je sens une personne qui se rapproche. Peut-être qu'elle veut jouer avec moi ? J'aboie joyeusement mais seul un lamentable piaillement sort de ma bouche. Pourquoi mon corps tremble-t-il ainsi ? Je me roule par terre et gémit piteusement. J'ai mal ! Un liquide poisseux se répand dans mon dos. Je m'allonge sur le ventre et me mets à geindre misérablement. L'homme en noir est à coté de moi et me regarde de haut. Aplati sur le sol je fonds dans ses yeux. Un combat de domination s'engage. Qui dure. Encore et encore. Longtemps. Vert dans noir. Emeraude dans onyx. Je lis dans ses perles ébènes. Je ne veux pas faiblir. Faiblir fait mal. Des souvenirs brumeux en moi font pulser cette certitude dans tout mon corps. Un courant d'air dans la pièce m'indique que la porte est ouverte sur d'autres individus. Ce vent frais amène à mes narines une odeur. Une odeur que je connais. Quelque chose remue en moi, un tourbillon dans mon ventre qui cogne mes parois abdominales, comme pour s'échapper et délivrer son message. J'accepte ma soumission et baisse les yeux. Maintenant il est mon maître.

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"-Comment voulez-vous que je vous donne un diagnostique fiable si vous m'interrompez toutes les cinq minutes ? Gronda le directeur de serpentard.

-Severus, cela fait une heure que vous êtes dans cette pièce, cependant ce n'est pas la raison de ma présence. Kingsley et Tonk viennent d'arriver et s'apprêtent à faire leur compte rendu dans la salle de réunion de l'ordre. Albus vous y attend, il souhaite que vous y assistiez également, répondit d'un air pincé la directrice adjointe.

-Bien Minerva, j'arrive.

Il sortit de la salle, croisant au passage la tribu Weasley qui le dévisageait d'un œil noir. Bien sûr, pensa-t-il avec ironie, Saint-Potter ne peut rester seul.

Quelques couloirs plus tard, il prenait place à la droite de Dumbledore, autour d'une table ronde. Pour lui le message était clair. Une table circulaire en signe d'égalité, sa place à la droite du chef de l'Ordre du Phénix n'avait donc aucune symbolique particulière. Merlin qu'il haïssait l'ingéniosité du directeur. Il lui montrait ainsi son importance tout en la dissimulant aux autres pour qu'il n'y ait pas de conflits.

-Bien, qu'avez-vous à nous rapporter ? Que s'est-il passé ?

Après avoir échangé un regard éloquent avec sa collègue, l'auror pris la parole :

-Nous sommes arrivés au 4, Privet Drive vers 9 heures du matin. Nous avons sonné pour demander aux Dursley des renseignements et voir s'il n'avait pas besoin d'aide, bien que si nous avions réellement décidé de porter secours à cette famille, il aurait fallu y aller dès qu'Harry avait été mis à l'abri…

Le regard perçant de Kingsley se planta dans les yeux trop clairs de son supérieur, sous-entendant qu'il n'avait pas réagi convenablement et demandant des réponses pour cette défection.

-Severus n'avait pas signalé de problèmes particuliers près de la maison, à part le garçon inconscient dans le jardin. De plus, avec tous les mangemorts rôdant autour de la maison, il aurait été dangereux d'y retourner et nous savons tous qu'en cette période de guerre nous devons éviter de prendre des risques inutiles.

-Oui… Quoiqu'il en soit, il n'y a eu aucune réponse, personne ne nous a ouvert. Nous sommes donc entrés. La maison était vide. Toutes les affaires personnelles avaient disparu, et il y avait un panneau « à vendre » à proximité de la demeure. Nous avons fouillé partout, cherché des traces dans les agences immobilières pour comprendre la raison de ce départ et où les Dursley étaient partis. Ils nous ont répondu que la maison était maintenant à la charge de Marge Dursley et que c'était elle qui s'occupait de la mise en vente. Nous nous sommes rendus chez elle pour la questionner, et après avoir été très mal reçus et avoir dû user de sortilèges pour obtenir des réponses, il s'avère qu'elle ne savait rien mise à part que son frère était recherché par des criminels à cause de son neveu et qu'il devait se cacher. C'est dans ce but que Vernon Dursley a demandé à sa sœur de vendre sa maison. Ils veulent donc se cacher de nous.

Le vieux sorcier semblait pensif et après un silence pesant qui sembla durer une éternité, il déclara d'une voix ennuyée :

-Tous cela ne nous avancent pas beaucoup, c'est regrettable. Nous ne savons toujours pas ce qui est arrivé à Harry et...

Une voix froide et sèche interrompit le directeur dans ses spéculations.

-Il s'est fait battre par sa famille, cela semble évident.

Tous se retournèrent vers le maître des potions.

-Les contusions apparentes sur tout son corps, les traces de ceinture dans son dos, la crainte évidente qu'il manifeste à l'égard des personnes qui l'entourent, la disparition mystérieuse de la famille Dursley, tout concorde.

Des regards horrifiés le scrutaient, cherchant le mensonge sur ses traits. Le sombre professeur se crispa légèrement mais soutint avec force le scepticisme de ses collègues.

-Maintenant, il lui faut des soins spéciaux d'une personne qui a fait des études de médicomagie et de psychomagie. Il a besoin d'un spécialiste et de temps pour redevenir comme il était, bien qu'il ait sûrement gagné au change...

Croisant le regard menaçant de Dumbledore, il préféra ne pas s'étendre sur cette hypothèse et continua de cette même voix dure :

-De plus il y a cette magie qui pénètre en lui et qui semble le bloquer sous sa part animale. Il faut en déterminer l'origine et stopper son accès au corps du garçon. Je pense que Mme Pomfresh pourra très bien prendre soin de votre protégé vu ses compétences.

L'air clairement inquiet du directeur intrigua le maître des potions qui l'interrogea du regard.

-Mme Pomfresh est à St Mangouste. Elle a été gravement attaqué par des mangemorts au début de l'été et est maintenant dans le coma.

-Il faut pourtant que quelqu'un s'occupe d'Harry ! La voix angoissée de Mme Weasley résonna dans la pièce. N'y a-t-il personne d'autre qui a fait les études nécessaire ?

Albus Dumbledore prit une grande inspiration et déclara d'une voix inquiète :

-Si.

-C'est hors de question Albus. Je vous interdis de ne serait-ce que penser à cette solution plus que grotesque !

-Severus, vous êtes la seule personne suffisamment compétente pour remplir ce rôle…"

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Bonjour tout le monde:

Voilà le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Il est un peu plus long que le précédant. =)

Merci à ma bêta « thecrazy »pour la correction des fautes.

Bsx.