Lorsque le soir tomba, Hercules décida qu'il était temps de s'arrêter pour la nuit. Ils allumèrent donc un feu, et partagèrent un dîner frugal. La fatigue se lisait sur les visages des acteurs et des enfants, ainsi que sur celui d'Egernia. Le portable d'Enaya se mit soudain à sonner, à la grande surprise d'Hercules et de ses amis. Elle décrocha.
- Sherlock ?
Elle se leva, et s'éloigna de quelques pas afin d'avoir une conversation privée. Elle revint quelques instant plus tard, l'air soudain fatiguée.
- Nolan s'est réveillé, expliqua-t-elle en réponse au regard interrogatif de Tom. Le Marionnettiste l'a laissé vivre. Hardy a appelé Sherlock pour le lui dire.
Lucas ouvrit de grands yeux terrifiés.
- ne t'inquiète pas, Lucas, lui dit la jeune femme. Il ne peut plus te faire de mal.
- Et à moi ? Lâcha Tom.
- Je ne le laisserais pas te faire de mal. Ni à toi, ni à aucun d'entre vous. Il ne peut pas nous atteindre, ici. Il a perdu beaucoup de force en possédant Nolan. Mais la prochaine fois que je le rencontre, j'ai l'intention d'en finir.
Tom hocha silencieusement la tête.
- oh ! Ajouta Mia d'un ton beaucoup plus léger en se tournant vers Benedict. Aussi, il semblerait que votre mère ait accidentellement rencontré Sherlock.
- Je vous demande pardon ?
- Apparemment, elle visitait le manoir, et ils se sont accidentellement croisé.
- Comment a-t-elle réagit ?
- Elle a été aussi surprise que Sherlock, mais elle a très vite compris qu'il n'était pas vous et lui a compris aussi qu'elle n'était pas sa mère. Je crois qu'ils étaient sur le point de prendre le thé.
- Ma mère est en train de prendre un thé avec Sherlock Holmes, fit Ben, dépassé. Tout va bien...
- quelle est cette chose ? Demanda Ampharios en pointant du doigt le téléphone.
- C'est un... c'est un outil de communication. C'est assez commun là d'où nous venons, mais le mien est assez unique.
- Quand vous parlez de là d'où vous venez, vous parlez du futur, n'est-ce pas ?
Un silence suivit sa question, et les quatre adultes s'entre-regardèrent. Ce fut finalement Ilian qui répondit d'un ton tout naturel.
- nous venons d'un futur qui ressemble au votre, mais qui n'est pas tout à fait le même. Avec son téléphone, Maman peut appeler quelqu'un de notre réalité tout en étant ici.
- Oui, confirma sa mère. C'est une particularité que j'ai dû créer après un voyage dans un autre univers. On pouvait m'appeler en provenance de mon univers, mais l'inverse n'était pas possible.
- Comment vous en êtes vous rendu compte ? Demanda Autolycos.
- Mon ami Diego et moi-même nous sommes retrouvé sans armes au cœur d'un conflit. Il a voulu appeler mon ami Antonio pour qu'il nous en envoie, et c'est ainsi que nous avons appris que dans cet univers, il était je cite « le roi des gigolos. »
de surprise, Tom recracha la gorgée de vin qu'il venait d'avaler, et toussa en riant, les larmes aux yeux. Liz, quant à elle, ouvrit de grands yeux, et rougit.
- le roi des quoi ? Demanda Egernia.
- Euh... Bafouilla l'actrice. C'est un homme qui... propose... ses services... aux femmes qui s'ennuient, en échange d'argent.
- Quels genre de service ?
- Le genre qu'un homme peut offrir à une femme seule, fit Enaya.
- Comme ce que fait Hercules pour moi ?
Liz rougit jusqu'à la racine des cheveux, tandis que les trois autres adultes riaient. Ilian, lui, observait la scène sans trop comprendre, tandis que Lucas roulait des yeux.
- non, pas vraiment..., fit Liz.
- Je crois qu'ils parlent d'un service plus... privé, intervint Atalante.
Egernia réfléchit un moment, puis sa bouche s'ouvrit de stupeur.
- Je suis sûr qu'Hercules pourrait très bien rendre ce genre de service, plaisanta Autolycos.
Et la compagnie du colosse rit de bon cœur, rejoints par Enaya et les deux acteurs.
- j'ai une autre question, fit soudain Hercules. Qui est Sherlock ?
- Un ami à moi, répondit Mia. Dans notre monde, tout comme vous, il n'est qu'une histoire. Mais, la dernière fois qu'on s'est vus, il a du quitter son monde pour venir avec moi. Il a commis un crime, et aurait également commis un meurtre si je ne l'avais pas fait à sa place. Bien sûr, c'était une bonne chose, mais les dirigeants de son pays ne pouvaient pas le laisser en liberté. Et ils ne pouvaient pas non plus l'emprisonner, puisque qu'une bonne partie des prisons ont été remplies grâce à lui. Depuis, en attendant que les choses se tassent, ou plutôt en attendant qu'on aie à nouveau besoin de lui, il vit chez moi, et me donne un coup de main de temps en temps.
- Comment est-il ? Demanda Benedict.
- Insupportable. Il est arrogant, dominateur, et il essaie sans arrêt d'imposer sa volonté. Mais je ne suis pas John Watson.
- Vous devez très bien vous entendre.
- À merveille.
- Pourquoi n'aurait-il pas dû rencontrer la mère de votre ami ? Demanda le colosse.
Elle tourna les yeux vers lui, et sourit. Elle alluma son téléphone, chercha une photo du détective, et lui tendit l'appareil.
- voici un portrait de Sherlock Holmes, expliqua-t-elle.
Hercules prit le téléphone, regarda la photo, puis regarda Benedict. Ampharios y jeta lui aussi un œil, intrigué.
- ah ! Fit-il. Voilà qui est intéressant. Et je suppose que nous avons nous aussi nos doubles dans votre monde.
- En effet. Tous des acteurs. Je ne les connais pas tous, mais parmi vous, il y en a trois que je revois souvent.
Elle pointa du doigt le prophète :
- je ne vous connais pas bien, mais vous avez été un roi qui combat des géants venus du ciel, un magicien sans âge qui combat le mal incarné, un pirate légendaire qui cherche une fontaine qui donne la vie éternelle, ou bien aux dernières nouvelles, un dieu.
- Je suis honoré, fit Ampharios.
Elle désigna ensuite Autolycos.
- vous préférez généralement jouer les méchants. Par exemple un vampire, ou encore un homme riche et manipulateur qui joue avec les sentiments d'une ravissante jeune femme, mais finit par se faire devancer par un musicien en léger surpoids.
- C'est un peu moins brillant.
Elle se tourna enfin vers Hercules.
- quant à vous, je dois admettre que je suis une grande fan. Vous étiez d'abord un sportif, qui est ensuite devenu acteur, et un chanteur qui joue du ukulélé.
- Qu'est-ce qu'un ukulélé ?
- C'est un petit instrument de musique. Très petit et léger. Concernant votre côté acteur, vous avez été un roi, un sportif, un guerrier, un mercenaire, un soldat, plusieurs fois policier, ou encore chauffeur de taxi. Vous avez aussi été le beau-père d'un gamin qui a découvert le centre de la terre, et qui recherche son grand-père sur une île mystérieuse. Vous avez aussi été un demi-dieu. Et je crois que c'est tout.
- Non ce n'est pas tout, intervint Benedict avec un sourire malicieux.
- Qu'est-ce que j'oublie ?
- Fée des dents !
- Fée des dents ? Demanda le colosse.
- Oui, expliqua l'acteur en tentant vainement de garder son sérieux. Vous savez, quand les enfants perdent leurs dents de lait, ils la mettent sur leur oreiller, et la fée des dents les récupère en laissant un petit cadeau. Vous avez joué ce rôle, avec des petites ailes un un tutu rose ! Absolument ridicule !
Et il éclata de rire.
- est-ce qu'on doit parler de Starter for Ten, Benedict ? Et notamment de cette fameuse scène où vous tentez la technique de combat dite du petit chien qui nage ?
Et elle mima la scène, provoquant les rires de tout le monde.
- moi je n'ai jamais été ridicule, fit fièrement Tom.
- Deux mots, répondit Mia. Piètre Dieu !
- Non, tu n'es pas juste ! Rit-il. Loki était tout à fait digne avant cette scène !
- J'ajouterais quelque chose, fit Liz : Escapo !
- Vous êtes ligués contre moi !
- Bien ! Interrompit Hercule, à nouveau sérieux. Il est temps de dormir, maintenant. J'espère que vous n'avez rien contre les nuits à la dure.
Ils confirmèrent qu'ils n'étaient pas du genre à se plaindre, puis se souhaitèrent bonne nuit, et se couchèrent à même le sol. Environ une heure plus tard, Enaya vit Tom se redresser.
- tu ne dors pas ? Chuchota-t-elle, s'asseyant à son tour.
- Je n'y arrive pas. Mon corps est fatigué, mais mon cerveau me dit qu'il n'est que deux heures de l'après-midi.
- Je vois. Je vais t'aider. Recouche toi, il faut que tu te reposes.
Il obéit, et elle se rapprocha de lui. Elle lui souhaita à nouveau bonne nuit, puis appliqua ses doigts sur les tempes de l'acteur. Il s'endormit au bout de quelques secondes. Elle se recoucha à son tour, mais resta éveillée, tous les sens en alerte. Elle passa ainsi la nuit à veiller sur le sommeil de ses compagnons.
