Titre: A l'aube de ton jardin
Résumé: Un crime terrible amène le non moins terrible enquêteur Sebastian Michaelis à entrer dans le monde fleuri de Ciel Phantomhive.
Pairing: SebastianxCiel
Rating: M. Néanmoins ce chapitre est safe, pour bousculer un peu vos habitudes vous pouvez même le lire à vos enfants le soir à la place d'un conte Disney. Le numéro de l'assistante sociale est en bas du chapitre.
Disclaimer: Les personnages et l'univers de Black Butler ne m'appartiennent pas. Je ne gagne pas d'argent en écrivant cette fanfiction.
Playlist: Woodkid (Run boy run, I love you, Iron) et Liquido (Narcotico)
Réponses aux reviews non identifiées: Guest : Merci pour ta patience ;) Sekiryou : Crois-moi on va faire plus que flirter avec le surnaturel, on va carrément aller draguer ! Let's go pick up !
Commentaire: Le Ciel dans cette fic est plus âgé que le Ciel dans l'anime/le manga. Il ne peut donc pas avoir le même comportement qu'un enfant de 12-13 ans ! J'adore le caractère de notre petit pote Phantomhive, mais malheureusement je suis obligée de faire ce personnage un peu OOC.
Un immense merci à ma bêta Abracadabrah, ton aide est précieuse ! Aujourd'hui pour te remercier je t'envoie un camion de pandas roux ailés.
Chapitre 2
La première chose qui frappa Sebastian fût l'unique œil visible du garçon. Un cache-œil masquait son œil droit, et l'homme en noir retint la pulsion irrépressible de lui retirer. Il lui fallait ôter ce bout de tissu pour vérifier si les deux yeux portaient la même couleur exceptionnelle. Il savait que sa propre rétine levait certaines interrogations -bien que peu d'imprudents se soient risqués à les exprimer à voix haute- mais ce qu'il avait devant lui le désorientait. Quels pigments pouvaient obtenir une telle couleur ? Il connaissait la théorie, le processus de pigmentation, les longueurs d'onde. Il se rappelait que celle du bleu se situait entre 440 et 550 nanomètres. Mais la science était-elle suffisante pour expliquer l'intensité de ce bleu saphir ? Il lui semblait qu'il ne plongeait pas seulement son regard dans cet œil, mais que son corps entier était aspiré. Il se sentit fébrile, comme si être confronté à un regard d'une telle intensité lui drainait son énergie et appelait son âme.
Ces prunelles envoûtantes étaient encadrées par de longs cils. Ils semblaient avoir été sélectionnés afin de constituer les ornements parfaits pour sublimer ce regard déjà délicieux. Sa peau aussi pâle que de la porcelaine contrastait avec ces mirettes bleu vif et sa bouche vermillon. Elle était petite et légèrement charnue, couleur grenat, comme si ses lèvres elles avaient été mordillées -ou embrassées- à répétition, et Sebastian sentit quelque chose en lui remuer à cette vision.
Sa chevelure, mi longue, délaissait plusieurs mèches qui encadraient son visage avec harmonie, certaines camouflaient son cache-œil. Elle oscillait entre le gris et le bleu foncé. L'enquêteur se prit à se demander si ces cheveux étaient aussi soyeux qu'ils en avaient l'air, et eut besoin de tout son self-control pour ne pas venir y passer la main.
Une pierre bleue ornait chaque oreille. Sebastian avait toujours trouvé les boucles d'oreilles ridicules chez les hommes, mais il décida aujourd'hui de changer d'avis. Elles constituaient un excellent rappel de la couleur fantastique de ses yeux.
Le fleuriste était de petite taille, sans pour autant être le jeune garçon que Sebastian cru au premier regard. Cependant, devant ces jambes qu'il devinait délicates sous ce vieux jean usé et sale, ce corps qui paraissait trop petit pour le tee-shirt blanc lâche qu'il portait, ces bras à la musculature fine et bien dessinée... Sebastian ne pouvait le considérer comme un jeune homme. Il lui aurait fallu créer un rang rien que pour ce garçon. Une catégorie poupée grandeur nature.
"Exact. Ciel Phantomhive. En quoi puis-je vous être utile, Monsieur... ?" demanda la créature. Son interlocuteur tressaillit à l'entente de cette voix douce mais grave, plus grave qu'il ne l'aurait supposé, ce qui le conforta dans l'idée que l'horticulteur était loin d'être un petit garçon.
"Se-Sebastian. Sebastian Michaelis, répondit-il en se mordant férocement la langue pour avoir trébuché sur son propre prénom." Cela ne lui arrivait jamais. Sebastian Michaelis ne bredouillait pas, en aucun cas. Néanmoins, sous cette serre, cerné de ses plantes, envoûté par leurs effluves, et devant la plus belle fleur qu'il n'eût jamais vu, il ne se sentait plus tout à fait lui-même. Il déglutit et se tenta de se reconcentrer sur la raison de sa visite. Le mauvais pressentiment qui l'avait habité jusqu'alors s'était totalement évaporé, remplacé par une émotion inconnue et grisante qui le transperçait jusqu'à la moelle. Il attrapa la pochette rangée à l'intérieur de sa veste, et la tendit d'une main ferme et assurée à l'horticulteur. Il se félicita intérieurement qu'aucun tremblement ne trahisse son excitation - excitation pour la carte ou pour le garçon ? il n'était plus sûr-.
Le fleuriste n'hésita pas et s'empara de l'objet non sans avoir frôlé les doigts gantés de Michaelis. Ce contact électrisa ce dernier, et il eût l'impression qu'un influx en provenance directe des mains de Ciel Phantomhive transperçait le tissu pour suivre un parcours allant de ses doigts jusqu'à la racine de ses cheveux. Il frissonna mais n'en laissât rien paraître.
"J'aurai besoin du nom de cette fleur." déclara-il de son ton le plus professionnel, celui qu'il utilisait pour interroger les témoins ou pour impressionner quelques bureaucrates.
Les magnifiques yeux du fleuriste se plissèrent quand ils étudièrent la carte. Sebastian scruta son visage à la recherche de la moindre émotion, mais celui-ci restait figé avec la même absence d'émotion qu'une jolie poupée.
"Monsieur Michaelis, puis-je vous demander où avez-vous trouvé ceci ?" demanda-t-il, et l'homme fut satisfait d'y déceler une pointe de curiosité.
En d'autres circonstances, Sebastian aurait été ravi de répondre à cette question, en explicitant le plus possible, et avec les détails les plus croustillants s'il vous plaît. Il aimait particulièrement voir la binette de ses interlocuteurs se déformer d'horreur, leur nez se plisser de dégoût, leur bouche prendre une moue dégoûtée, et leurs yeux briller alors que quelques larmes d'émotion venaient rouler sur leurs traits enlaidis. Il fallait bien que ce travail ait des bons côtés, après tout. Mais aujourd'hui, face à cet individu à la beauté presque surnaturelle, auréolé du seul rayon de lumière qui a filtré à travers les épais nuages noirs, et entouré de ce que la nature a fait de plus beau... la description du corps de Sandra éviscéré lui semblât totalement déplacée.
Il ne comprenait pas pourquoi, mais quelque chose en lui voulait préserver la pureté de ces lieux, et surtout celle de son créateur. Il se sentit presque honteux d'avoir eut l'impudence de penser un instant qu'il aurait pu raconter les horreurs de ce matin. Il ne pouvait pas imaginer une seconde le visage parfait de Ciel Phantomhive se déformer d'effroi à l'écoute de son récit.
"Je suis désolée, Monsieur Phantomhive, s'excusa-t-il en s'efforçant de paraître sincère. Mais je ne suis pas habilité à pouvoir vous répondre."
"Monsieur Michaelis ?" appela Finny, à l'autre bout de la rangée. Sebastian se renfrogna, contrarié que l'épouvantail interrompe sa conversation avec la divine créature. "Oh, je vois que vous vous êtes trouvés avec Monsieur Phantomhive ! Tout va bien alors ?" s'enquit l'irritant personnage. Sebastian s'apprêta à le congédier sèchement, mais il fut prit de vitesse :
"Tout va bien Finny. Monsieur Michaelis sort des cartes sataniques ensanglantées de son manteau et m'en demande la signification. Rien de très considérable en soi. A moins que ce ne soit de la sauce tomate et un numéro de téléphone... là, c'est un problème beaucoup plus dramatique.", répondit l'horticulteur, figeant Sebastian sur place.
"Oh, je vois. Je suppose que je vais vous laisser alors." dit Finny sans se départir de son étrange sourire. Sebastian le vit faire demi-tour et sortir de la rangée, l'idée de questionner son chef sur cette réponse inattendue ne paraissait même pas lui avoir traversé l'esprit. Dans quelle boutique était-il tombé ? L'enquêteur se tourna, affairé, vers le garçon.
"Monsieur Phantomhive, je vous demanderais la plus grande discrétion dans cette affaire. Ce n'est pas sujet à plaisanterie." le réprimanda-t-il, encore un peu secoué de la verve inattendue du fleuriste.
"Milles excuses, Monsieur Michaelis, rétorqua Ciel Phantomhive qui ne semblait pas désolé le moins du monde. Donc, nous sommes sur une affaire sérieuse, alors ?"
Sebastian comprit qu'il allait être plus difficile qu'il ne l'eût cru de préserver le secret sur cette enquête. Il contempla une nouvelle fois le séduisant garçon devant lui, en se gardant bien de se noyer une nouvelle fois dans son regard captivant. Peut-être valait-il mieux aller chercher l'information ailleurs, au prix d'une conversation avec le fascinant horticulteur. Il trouverait bien une autre façon de revenir, sans risquer de souiller les lieux avec ses enquêtes meurtrières.
"Si vous ne pouvez pas m'aider sur cette fleur, alors je vais y aller, Monsieur Phantomhive, répliqua-t-il d'une voix froide." Il s'attendit à tout, mais pas à ce que la créature se mette à rire. Ce rire était indéniablement moqueur, mais il ne put s'empêcher de le trouver charmant. Il se sentit plus léger rien qu'à son écoute, avant de paniquer en réalisant le nombre de réactions incontrôlées que son corps a subit depuis sa rencontre avec Ciel Phantomhive, il y a de ça seulement quelques minutes.
L'enquêteur le fixa, incertain. Peu de personnes riaient en sa présence. Encore moins de lui. Il ne savait pas comment réagir. Cet éclat de rire, qui dura pour lui une éternité, fut en réalité bref, et il interrogea du regard le fleuriste. Celui-ci lui adressa son premier sourire depuis leur rencontre et Sebastian ne put qu'observer, fasciné, la transformation de son visage. Un sourire narquois étirait ses lèvres rouge cerise, et ses yeux luisaient d'une lueur malicieuse.
"Monsieur Michaelis... Je peux vous aider pour le nom de cette fleur, affirma-t-il. En revanche, je ne peux rien faire pour la cécité ou la stupidité, ajouta-t-il en tendant le bras vers la plante située juste à côté de lui." Il porta une branche au niveau de son visage et fixa son interlocuteur d'un air narquois.
Au bout de ses doigts, se tenait la réplique exacte de la fleur dessinée sur la carte.
Sebastian se mordit les joues lorsqu'il s'aperçut que non seulement l'objet de ses recherches était sous ses yeux tout le temps de la conversation, mais également que le jeune horticulteur se moquait ouvertement de lui. Il ne comprenait pas comment il avait pu passer à côté quelque chose de si évident. Depuis ses premiers pas dans cette serre, il n'était plus lui-même.
"Reprends-toi, Michaelis, se morigéna-t-il intérieurement, tu as déjà vu des fleurs et des gamins, bon sang." Il devait se concentrer sur son enquête, sur sa proie, comme il l'avait toujours fait. Le reste n'était que secondaire.
A côté de la jeune créature, se trouvait effectivement plusieurs pots qui contenaient la réplique parfaite de sa fleur anonyme. "Plus anonyme plus longtemps" pensa Michaelis, quand son regard tomba sur le petit écriteau planté devant : "ORCHIDEES" . Il jugea plus prudent de ne pas réagir à la provocation évidente du garçon, il avait besoin de ses informations. Il ravala sa fierté et ignora l'insulte.
"Pouvez-vous m'en dire plus sur cette orchidée ? demanda-t-il d'une voix neutre, comme si le sarcasme du fleuriste ne l'avait même pas effleuré."
"Bien sûr que je peux. Vous m'en prenez combien ?" répliqua le jeune horticulteur de sa voix délicieuse.
"En fait, je ne viens pas pour acheter, répondit Michaelis un peu déconcerté. Je souhaite seulement avoir plus d'informations sur..."
"Oui, oui, le coupa l'horticulteur, alors vous m'en prenez combien ?" Sebastian le fixa une nouvelle fois éberlué. En l'espace de quelques minutes, Ciel Phantomhive s'était moqué de lui, l'avait insulté, et lui avait coupé la parole. Et maintenant, voilà qu'il l'obligeait à acheter ses maudites plantes pour obtenir une information qui aurait été gratuite n'importe où ailleurs. Dans son vocabulaire, on appelait ça du racket. L'enquêteur hésitait entre le désespoir ou l'hilarité. Sebastian Michaelis en train de se faire racketter par un fleuriste.
"J'en prends deux pots, maugréa-t-il de mauvaise grâce.", se demandant ce qu'il allait bien pouvoir faire de ça.
"Très bien, Monsieur Michaelis." La lueur satisfaite dans les yeux saphir de son agresseur -oui, parfaitement, le racket est une agression- fit immédiatement regretter l'enquêteur d'avoir plié si vite. "Nous en avons des roses, des rouges, des jaunes, et des blanches. Je suppose que vous les voulez roses ?"
"Roses ? Pourquoi roses ? s'étonna son interlocuteur." C'était loin d'être sa couleur préférée. Quitte à acheter ces damnées orchidées, autant qu'elles soient de la seule couleur parmi les quatre qui pourrait lui plaire, à savoir le rouge.
"Parce que celles de votre carte-mystère sont roses, Monsieur."
Sebastian se mordit une nouvelle fois les joues, honteux. La réponse paraissait courtoise, mais Ciel Phantomhive parvenait à le dire avec une telle insolence qu'il laissa l'enquêteur à la fois refroidi et totalement enflammé. Quelle genre de magie pouvait créer un tel paradoxe ?
"Bien sûr, les roses. S'il vous plaît." dit-il d'une voix qui ne révélait rien de son bouillonnement intérieur.
Le garçon lui demanda s'il préférait les choisir lui-même, ce que Sebastian déclina. L'horticulteur sélectionna pour lui deux pots et l'enquêteur approuva son choix, n'ayant absolument aucune idée s'il était réellement judicieux ou non. Le jeune homme pourrait très bien lui refiler deux plantes bientôt en fin de vie, qu'il n'y verrait que du feu.
Ciel ouvrit la marche pour sortir de la rangée, et Sebastian fut immensément ravi de pouvoir suivre derrière. Il constata avec ravissement que le jeune fleuriste était tout aussi délicieux à observer de dos. Il ne manquait à cet ange plus qu'une paire d'aile. Quand ils atteignirent l'extrémité du chemin, Sebastian ne sut dire s'il était déçu ou soulagé d'en sortir. Ils se dirigèrent vers le comptoir derrière lequel l'épouvantail était bien rangé. Le sourire que leur fit Finny lorsqu'il les aperçu lui donna l'impression qu'il les avait attendu toute sa vie, et il se retenu de lever les yeux au ciel.
L'odieux personnage s'extasia du bon choix de leur -involontaire- client, et babilla une foule de conseils que Sebastian ne suivrait pas. Il écouta quand bien même, au cas où quelque chose pourrait l'aider dans son affaire. Pendant que Finny caquetait, l'enquêteur douta d'avoir acheté une fleur, mais plutôt une duchesse. Pas d'eau du robinet car trop calcaire, de l'eau de pluie s'il vous plaît. Beaucoup de lumière, mais pas directement, l'idéal étant une fenêtre à l'est. A placer dans un endroit où l'humidité est élevée, à savoir une cuisine ou une salle de bain. Et Madame la Duchesse n'utilise qu'un engrais spécifique à son espèce, bien sûr.
La seule information qui lui plu fut que son achat -forcé- était une phalaenopsis, aussi appelée "orchidée papillon". Il trouva ce nom joli. Il aimait bien les papillons. Ceux épinglés et exposés dans une vitrine, bien entendu.
Sous les yeux attentifs de Phantomhive, il paya ses nouvelles possessions, les conviant ainsi à un destin funeste. Il hésitait entre les contempler mourir -sous une fenêtre à l'ouest- ou les jeter directement dans la poubelle.
"Maintenant, pourriez-vous m'en dire plus sur les orchidées, s'il vous plaît ?" Sebastian se fit violence pour paraître le moins frustre possible, mais sa patience avait été malmenée assez longtemps. Il ne se rappelait d'ailleurs plus de la dernière fois qu'il s'était montré aussi patient. Peut-être l'ambiance florale faisait ressortir ses bons côtés ?
"Avec plaisir, Monsieur Michaelis, répondit son racketteur." A l'entente de cette voix suave, Sebastian admit que ce n'était pas les fleurs qui le rendait inhabituellement tolérant, mais leur gardien.
Ce dernier convia son client à le suivre, en désignant d'un geste affreusement gracieux un coin du magasin. Etait-il danseur en plus d'être horticulteur ? Sebastian suivit son nouvel informateur en se forçant à ne pas l'imaginer onduler autour d'une barre. Evidemment, il échoua misérablement.
Ils étaient à présent à l'écart des allées de fleurs et du comptoir, et Sebastian ne savait pas s'il sentait soulagé ou affolé. Il commençait à en avoir sérieusement assez de ne plus être au point sur ses propres émotions. Peut-être Will s'était introduit chez lui la nuit dernière et lui avait implanté une nouvelle personnalité afin que son nouveau soi et son ancien soi combattent pour le contrôle de son corps, jusqu'à le rendre fou ? Impossible. Il était déjà fou.
Ciel l'invita à s'asseoir sur l'une des nombreuses caisses en bois empilées les unes sur les autres. Elles étaient probablement destinées à contenir les plantes que l'entreprise exportait. Et étaient très sûrement remplies d'échardes. Sebastian réfléchit à un "siège" plus inconfortable que celui qui lui était proposé, mais ne trouva pas. Il décida -encore une fois- de faire fi de cette nouvelle outrance, et se contenta se rester debout.
Indifférent, le fleuriste monta sur un des piles et s'assit en tailleurs sur la caisse qui surmontait le tout. Ce faisant son visage était enfin à la hauteur de Sebastian, qui se garda bien de retomber deux fois dans le même piège et évita son regard. Depuis sa première humiliation, il prenait soin de ne plus se perdre dans la contemplation de la créature -aussi exquise soit-elle-.
"Dans la Chine ancienne, les orchidées représentaient la fécondité. On appelait les maisons des jeunes filles à marier Les Maisons dorées des Orchidées. Les femmes enceintes en faisaient fleurir dans leur jardin. La croyance disait si l'orchidée s'épanouissait à l'est, l'enfant sera un garçon, mais si elle s'ouvrait à l'ouest, ce sera une fille. Elles étaient également considérées comme l'ancêtre de toutes les odeurs. Dans les Sentences de Confucius, il est noté : "L'Orchidée et le Champignon de l'immortalité poussent dans les vallées profondes, où ils imprègnent l'air d'une senteur admirable", récita-t-il d'une voix dogmatique.
Quelque part derrière lui, Sebastian entendit Finny accueillir un nouveau client, mais il l'ignora totalement. Il se trouvait accroché aux magnifiques lèvres de Ciel Phantomhive, et se délectait de son récit chèrement payé.
"Aujourd'hui, elles ont perdu cette signification pour en prendre une bien plus érotique, susurra l'horticulteur. Elle est symbole de volupté, de séduction, de sensualité, et surtout... de passion." Sebastian sentit sa respiration accélérer. "Elles représentent de la beauté absolue. Certains disent qu'elle incarne le mythe de la femme idéale. Chaque couleur a son propre sens, mais d'une façon générale, elle est parfaite pour déclarer son amour secret à l'être aimé. La recevoir est une preuve de sentiments très forts, et d'une détermination sans faille à acquérir votre cœur."
L'enquêteur enregistra toutes ces informations, essayant de rester stoïque devant cet être de volupté qui lui parlait d'amour de sa voix sensuelle.
"Quel est le sens des différentes couleur ? demanda-t-il."
"Le blanc symbolise un amour pur et idéalisé. Le jaune est pour l'érotisme et la chaleur de l'amour. Le rouge exprime un désir intense de faire l'amour -Sebastian sentit son cœur rater un battement-. Enfin, le rose sera utilisé pour tenter de séduire avec sensualité."
L'homme mémorisa ces renseignements, avec l'intime conviction qu'ils seront utiles à l'avenir. Cependant... Depuis quand les Démons commettaient des crimes romantiques ?
"Quoi d'autre ?" Il savait que le ton employé était exigeant, mais après tout, il avait acheté ces informations.
"Mmmh..." Ciel décroisa les jambes pour les balancer au-dessus de l'empilement de caisses. L'enquêteur résista à l'envie d'en attraper une. "Elles sont aussi utilisées pour couronner 55 années de mariage. Oh, et elles avaient un symbolisme radicalement différent dans la Grèce Antique. Elles étaient associées à la virilité, ce qui est relativement ironique quand on connaît leur signification actuelle, s'amusa le fleuriste."
Sebastian ne trouvait à ça rien de drôle, mais le laissa continuer :
"Les femmes pensaient que si le père de l'enfant à naître mangeait de grands et nouveaux tubercules d'orchidée, le nouveau-né sera un fils. En revanche, si la mère se nourrissait de petits tubercules, elle donnera naissance à une fille."
L'homme médita ces derniers mots, essayant d'y trouver un lien avec son enquête. Il interrogea du regard le jeune fleuriste pour plus de détails, ce qu'il regretta instantanément. Les prunelles de Ciel Phantomhive avaient une telle intensité que Sebastian cru qu'elles allaient lui brûler la rétine.
"De mémoire, voilà tout ce que je sais, répondit le fleuriste à sa question muette. Je peux aller chercher dans mes ouvrages de plus amples informations, si vous le souhaitez, proposa-t-il."
"Non, je pense que ça sera suffisant, refusa Sebastian." Il se rendit compte qu'il venait de se priver de quelques minutes supplémentaires avec son plus-que-charmant informateur, et se retint de crier de frustration. "Mais je reviendrais peut-être si jamais une question me vient, ajouta-t-il rapidement." Avait-il rêvé le sourire moqueur qui avait furtivement traversé le faciès parfait de l'horticulteur ?
"Avec plaisir, Monsieur Michaelis."
Sebastian réussi à s'extirper des fascinants yeux saphir, et saisi cette chance pour partir sans se faire reprendre à un nouveau piège de Phantomhive. A présent qu'il était désenvoûté de ces mystérieuses prunelles, son mauvais pressentiment d'il y a quelques minutes lui revint de plein fouet. Une panique inhabituelle le prit à la gorge. Quelque chose en lui s'était réveillé et lui sommait de partir sur le champ, tant qu'il le pouvait encore. Il murmura un au revoir sans regarder le fleuriste, fit demi-tour vers le comptoir, récupéra ses plantes que Finny avait mises de côté pour lui, empoigna ses clés, et sortit à grands pas de la serre, comme s'il avait la mort aux trousses. Le parfum entêtant perdit de son intensité, et le parking avait quelque chose de familier qui le rassura. Il avait presque atteint sa voiture, quand une voix l'interpella, le figeant sur place :
"Monsieur Michaelis, attendez !"
Il se retourna pour voir Ciel à l'entrée de la serre, les bras croisés et la tête penchée, comme avant de gronder un enfant.
"Quoi ?" demanda-t-il abruptement.
"Vous avez oublié ça." réprimanda le jeune homme, tout en sortant de la poche de jean sale et usé la fameuse carte. Ses lèvres vermillon s'étirèrent en un nouveau sourire sarcastique.
Se mordant les joues plus violement que jamais, Sebastian bondit en quelques enjambées vers la poupée vivante, s'empara de la carte d'un grand geste en grommelant un merci. Ciel Phantomhive haussa les épaules, l'air indifférent, et lui tourna le dos pour rentrer à nouveau dans son monde fleuri.
L'enquêteur courut presque jusqu'à sa voiture, ouvrit la portière, s'engouffra dans le siège avant, et claqua la portière. Il mis la clé dans le moteur, alluma la voiture, fis un demi-tour brusque sur le parking, et sortit du domaine. Quand il fut enfin sur la route, roulant largement au-dessus de la vitesse autorisée, il fut frappé par deux certitudes. La première, c'est qu'il souhaitait ne plus jamais croiser Ciel Phantomhive. La deuxième, c'est qu'il voulait déjà le revoir.
Si toi aussi tu aimes quand Sebastian fait moins le malin, tape dans tes mains ! Ou plutôt sur ton clavier pour me donner tes impressions sur ce chapitre !
