Octobre


- ALLEZ ALLEZ ! CINQ TOURS DE TERRAIN ET PLUS VITE QUE ÇA !

- Mais j'ai mal digéré les brocolis du dîner ! Proteste Black.

- Vous digérerez en chemin !

- J'ai un point de côté ! S'exclame un autre.

- Vous voulez le mien dans la figure ?

- J'ai des ampoules aux pieds !

- Rien à faire ! EN PISTE J'AI DIT !

- Vieille courge.

- JE NE SUIS PAS SOURDE MOONHEART !

Je glapis et m'empresse de courir en la voyant agiter son balai dans ma direction. C'est qu'elle fait peur à voir, avec ses yeux de faucon qui vous fixent comme si elle allait vous bouffer.

- Non mais qu'est-ce qu'elle veut aussi ? Je râle à l'attention de deux poufsouffles à côté. Qu'on affiche un sourire joyeux et qu'on se mette à courir la démarche semi-sautillante et le cœur qui palpite ? Ahah ! Quelle bonne blague ! Qui aime courir ici ? Vous ? Moi ?

- Moi j'aime bien.

- Ah non mais entendons-nous. Moi non plus j'ai rien contre le fait de courir. C'est une activité physique qui peut se révéler très pratique lorsque l'on se retrouve en mauvaise posture, telle que : poursuivi par un chien, poursuivi par un prof, poursuivi par Rogue, ou pire ! Poursuivi par les trois.

- ARRÊTEZ DE DISTRAIRE VOS CAMARADES MOONHEART !

- Oui oui ! Je gueule.

J'attends quelques secondes pour reprendre mon souffle et trouver mon rythme puis :

- Ou alors tout simplement dans les cas d'urgence, tel que celui où il ne reste plus qu'une seule part de tarte et où c'est à celui qui sera le plus rapide pour l'avoir. Ou bien dans une situation A où vous vous trouvez dans une salle de cours où il ne reste qu'une place B et une place C, la place C étant située juste à côté de Rogue. Problème, vous êtes deux à chercher une place. Et vous pensez bien que ce n'est pas sur la place C qu'on ira se jeter de son plein gré.

- Ca non, maugréent les deux après un échange de regard.

- Bah c'est là qu'interviennent vos talents de coureur. Et je vous dis ça. C'est en toute connaissance de cause car hier encore je suis arrivée en retard en même temps qu'un Serdaigle. Il a fallu que je le pousse dans la marmite à côté de Rogue pour espérer obtenir la dernière place en première classe. L'autre qui restait, vous l'aurez compris, c'était la place éco à côté de Rogue. Mais subir la vue pendant tout le cours ? Non merci. Déjà qu'il n'y a pas grand chose à reluquer chez les autres gars de la classe...

Enfin on ne peut pas avoir Regulus constamment sous le regard non plus. Tristesse.

- Tout ça pour dire que. A quoi ça sert de courir quand on ne peut même pas profiter du paysage tellement on l'a vu et revu et qu'il n'y a personne pour vous courir après ? A rien !

...

Cela dit, le fait de courir derrière Regulus peut se révéler hautement motivant, surtout si les fesses de ce dernier sont en pleine action et qu'on a les yeux rivés dessus.

Ça occupe et on ne s'en lasse jamais !

Et croyez bien qu'il est important de se trouver un passe-temps dans des moments comme celui-ci, car mine de rien courir peut nuire gravement à la santé de par le côté répétitif de la chose.

J'insiste.

Parce qu'on court, on court, mais à un moment, l'attention se relâche, on commence à courir par automatisme, les yeux dans le vide, et là je peux vous dire qu'on est pas à l'abri du premier caillou venu ! Et quand on y prend pas garde, un caillou peut être dangereux et il est facile de trébucher dessus.

Vous comprendrez donc que. J'ai longuement réfléchi à la question.

Et en plus, aujourd'hui, il pleut et je peux vous dire que c'est pas évident de courir dans la boue.

Et d'ailleurs, vous vous demandez peut-être pourquoi courons-nous ?

En trois mots : Entraînement de Quidditch. Et en commun avec toutes les maisons s'il vous plaît !

Histoire de varier les plaisirs.

- Hé ! Moonheart ! Me hèle la voix de Black derrière moi.

Les deux poufsouffles sont partis courir plus loin. Ils étaient dépassés par mon sens aiguë de la conversation.

- Ouiiiiiii ? Je fais en me tournant.

- T'es couverte de boue, on dirait une truie.

Je fronce les sourcils, m'inspecte rapidement et m'apprête à lui rétorquer que non, quand je croise son regard éloquent.

Il n'en attend pas plus pour m'agripper par les épaules et me pousser avec force.

Je patauge quelques secondes dans la boue, agite les mains pour tenter de ne pas m'écraser, et fini bien évidemment par m'affaler en avant dans un grand 'splotch' dégueulasse.

- La voilà, ma technique novatrice à moi ! Il s'écrit avec un grand sourire. Tu m'en diras des nouvelles !

Et je n'ai pas le temps de me fabriquer une boule de gadoue pour la lui envoyer dans la tronche que déjà il s'éloigne en rigolant.

Je grommelle et tente de me redresser, mais je ne fais que patiner sur place et je m'écrase de nouveau comme une merde dans la boue.

- Tu veux de l'aide ?

Je regarde le Serdaigle qui me tend la main d'un air méfiant.

- C'est une technique pour me séduire et me violer ensuite ?

Quoi ? Il faut être prudent dans la vie et ne pas hésiter à poser les questions qui pourront peut-être vous sauver la vie.

- Euh, non je le fais juste comme ça...

- Comme ça ? Mais moi à ta place, je ne serais même pas venue m'aider ! Ou alors si, mais histoire de me créer un faux espoir et à la place, je me serais flanquée un coup de pied et je serais repartie aussi sec en courant comme une dératée. Oui enfin si j'avais été à ta place, sous-entendu : toi à la mienne. Je n'en suis pas rendue au point de me laisser crever moi-même, si jamais je venais à me dédoubler !

- Je voulais juste être solidaire...

Solidaire. Ahah. Il y a encore des gens pour prononcer ce mot ? Ça me sidère !

- Bon alors je tiens à te prévenir, j'ai la syphilis, je lui lance histoire d'être sûre en lui agrippant la main et en me redressant sur lui.

Il me lance un regard bizarre puis, me voyant en équilibre, se dépêche de s'éloigner.

Et il fait bien !

Je n'aime pas traîner avec les Serdaigles.

Ils sont toujours là à vous regarder comme si vous étiez une crotte de chameau et qu'eux sont plus intelligents que vous !

J'estime ne pas avoir à subir un tel traitement et c'est pourquoi je tiens donc à réduire le plus possible mes contacts avec cette bande de petits paltoquets prétentieux.

- T'as vraiment la syphilis ? Demande une voix intéressée derrière moi.

Et dis donc, c'est la journée des rencontres sportives aujourd'hui.

Sauf que cette fois-ci, pas besoin de me retourner pour vérifier qu'il s'agit bien de Kiki. Il a une voix très reconnaissable. Grave, chaude. Sexy.

Ah, je ne comprends vraiment pas pourquoi Ryan ne l'apprécie pas !

Peut-être parce qu'il n'a pas la même définition des mots grave, chaude et sexy ?

Vous me direz, si lui aussi se mettait à fantasmer sur la voix de Kiki, je serais obligée de lui en coller une parce que ça en deviendrait légèrement suspect.

Enfin après... libre à lui de fantasmer sur qui il veut, hein.

Tant que ce n'est pas sur Regulus.

Et sur Dumbledore. Là c'est trop bizarre.

- Non, je lui réponds tandis qu'il arrive à mon niveau. Pourquoi, tu es intéressé par ce que tu vois ?

Il se marre.

- Ça dépend si t'es pucelle ou pas, il me sourit franchement après m'avoir lorgné de haut en bas.

En s'attardant sur ma poitrine, bien entendu.

Ce qui me fait dire au passage que je ne comprends pas Regulus.

Il m'a dit l'autre fois que j'avais un sein plus gros que l'autre. Mais mes seins font exactement la même taille ! Il essaye juste de me faire taire en me complexant, ce goujat.

- Je le suis plus ! Je mens avec aplomb, un grand sourire aux lèvres.

- Alors c'est non, dit-il tristement. Je n'aime pas coucher avec les filles qui n'assument pas leur virginité.

... Qu'est-ce que c'est que cet individu ?

- Me regarde pas comme ça ! S'empresse t-il de me dire l'air désolé. J'aime bien les filles inexpérimentées. Ca me fait me sentir supérieur.

Et oui les amis. C'est souvent une fois que la conversation s'approfondit qu'on découvre que l'interlocuteur est un brin syphonné. Malheureusement, c'est également bien souvent le cas aussi qu'on découvre qu'il est con comme une chaise.

- Bon c'est pas tout, mais t'es vraiment lente et je n'aime pas me rabaisser à la vitesse des autres alors je crois que je vais y aller, me lance Kiki en m'abandonnant sur mon sentier boueux. Bon courage Moumou ! Ah ! Tiens ! Salut Petit Pote Potter ! Il s'exclame aussitôt juste après.

Je l'aperçois devant nous, qui n'est en fait pas si éloigné que ça et qui est en train d'essuyer ses lunettes tout en courant.

Vu sa gueule, ses sourcils froncés et sa petite langue rose qui dépasse, les tâches ont du mal à partir.

Kiki le dépasse, je me ramène à sa hauteur.

- Si t'avais été plus dégourdi t'aurais sorti ta baguette et tu aurais jeté un Impervius dessus, je lui fais remarquer l'air de rien.

- C'est Bibine qui a nos baguettes abrutie.

Et heureusement mon neveu. Déjà qu'on se donne des coups de balais entre nous... si en plus ils nous laissaient nos baguettes, je ne vous dis pas l'état des joueurs à la sortie de l'entraînement.

L'esprit de la compétition, la beauté du sport... Faites-moi rire oui.

- Et alors ? T'avais qu'à en lancer un quand tu l'avais.

Il me jette un regard noir mais n'a pas le temps de répliquer car à ce moment-là, son pied s'écrase sur une limace et il glisse, m'entraînant avec lui dans sa chute.

- AHAH ! BANDE DE PAS DOUÉS ! Nous entendons rigoler Kiki.

- C'est de ta faute ! Me hurle Potter visiblement furieux, sa choucroute capillaire pleine de terre.

- Ouais ouais euh... C'est ce qu'on dit !

Je n'en attends pas plus pour saisir l'objet de notre chute et le lui jeter à la gueule.

- Ah ah. Alors tu vas rire mais je ne sais même pas pourquoi j'ai fait ça, je tente de lui expliquer. Ca devait être un réflexe.

Un bref instant de flottement suit avant que je ne déguerpisse à toute vitesse, Potter aux trousses avec la limace dans la main.

Vous noterez qu'en situation de crise, on a moins de problème à lever son cul hors de la boue.


Bibine va en prendre pour sa poire après l'entraînement.

Enfin on se dit toujours ça mais le truc c'est qu'après nous sommes trop éreintés pour nous venger de ce qu'elle nous fait subir.

Le dimanche, passe encore, nous n'avons pas trop mal mais nous sommes trop lents et trop fatigués. Le lundi, nous avons trop mal au cul, aux jambes et en fait un peu partout de manière générale pour oser sortir du lit. Mais comme nous sommes forcés d'aller en cours, nous sortons tout de même mais nous sommes incapables de rattraper Bibine quand nous l'apercevons. Elle fait exprès de marcher à toute vitesse dès qu'elle nous repère et elle sait pertinemment que nous n'aurons pas la force de lui courir après. Le mardi, elle se cache chez McGo parce qu'elle sait qu'on lui en veut. Le mercredi, elle se cache encore. Le jeudi, nous avons trop de devoirs. Le vendredi, nous oublions notre vengeance. Et le samedi tout recommence !

Et d'ailleurs, note pour vous-mêmes, les joueurs de Quidditch ont une étrange façon de s'encourager à faire des pompes.

- Alors ces pompes... TU VAS ME LES FAIRE CONNASSE !

- YES MY LORD ! OUI MY LORD !

Kiki me fait une petite tape pleine de fierté sur la tête ce qui n'a pour mérite que de me l'enfoncer un peu plus dans la boue.

Il ne sait pas doser sa force, cet abruti. Et lui, il a déjà fini ses pompes depuis belle lurette. Alors que je n'en suis qu'à la vingt-deuxième.

Je jette un œil vers Potter, pas très en forme aujourd'hui. Peut-être que comme pour Black, les brocolis du souper ne lui ont pas réussi ?

- T'en as déjà marre binotocard ? Tu veux qu'Evans t'apporte un petit chocolat ? Je lui chuchote avec difficultés.

Ce qui donne normalement quelque chose comme : t'en as... déjà... marre... bi... no... to... card ? Tu... Veux... Qu'E-... Qu'Evans... t'apporte... un...ti... un titi... cho...choco... lalat ?

Mais avouez que tout de suite, ça fait moins crédible. A la limite, tu te sens menacé par une personne du troisième âge et t'as le temps d'aller aux toilettes et de laver le parterre avant qu'elle ne termine sa phrase.

- Non... Tout... va... Par... par... par... Parfaitement bien !

- ALORS FAIS-MOI CES POMPES ESPÈCE DE FEIGNASSE !

Et en même temps que je lui hurle dessus, j'effectue ma quarante-deuxième pompe. Ou ma vingt-neuvième. Ca n'a pas d'importance. Bibine se prend le choux avec Black, elle ne va pas vérifier !

Et encore. Je dis hurler. Mais tout est relatif. Je ne vous ai pas donné la vraie transcription. Allez hurler quelque chose quand vous êtes obligé d'inspirer toutes les deux secondes, vous !


Bibine a fini par avoir pitié de nous et nous avons enfin pu faire ce pourquoi nous nous étions engagés dans une équipe de Quidditch.

Enfin avant de faire tout ça, elle a d'abord fait comme d'hab et elle nous a tous répartis dans quatre équipes différentes. Voilà entre autres pourquoi je me retrouve avec Potter, le Serdaigle chelou de tout à l'heure, un Poufsouffle de quatrième année et un autre de sixième année, un Gryffondor qui joue comme gardien dans l'équipe, et un petit Serpentard hargneux, un Flint je crois.

... Oh !

CARRIE FLINT !

Ça y est je me souviens !

Carrie c'est la folle de l'autre jour, celle qui m'a embrassée !

Ahahaha !

...

Je vois que la sale gueule et la pommette sur le menton sont itinérantes à la famille.

Heureusement que Flint femelle n'a pénétré que mon intimité buccale, imaginez un instant qu'elle ait été un homme et qu'elle m'ait pénétré d'une toute autre manière ? Si ça se trouve, je serais tombée enceinte ! Et bah la gueule du gamin.

- L'équipe de Potter et celle d'Adams sur la partie gauche du terrain ! Hurle Bibine. Les autres, de l'autre côté !

Je me mets en place et surprends Potter en train de me fixer d'un air surpris.

- Bah quoi ? Je fais en agitant ma batte.

- Elle a dit à gauche, pas à droite.

- Oui mais notre gauche à nous ou sa droite à elle ? Je demande, vexée qu'il me croie si bête.

Ce qui est certes le cas, mais je n'aime pas qu'on me le fasse remarquer. Question de tact.

- C'est une question de point de vue et nous ne pouvons pas être sûrs à cent pourcent de savoir parfaitement si la gauche est synonyme de...

- MOONHEART ! REJOIGNEZ VOTRE ÉQUIPE !

Je me tais. Je coince mon nimbus sous mes fesses et ne tarde pas à m'élever dans les airs, quelques mètres au-dessus de Potter.

- N'empêche, s'il y a bien un truc à dire et qu'on ne dit pas assez souvent sur le Quidditch, c'est que rester assis sur un balai, ça fait sacrément mal au cul. Moi j'ai une petite technique pour éviter ça et qui consiste à rembourrer mon slip de PQ mais euh... Je te l'accorde, il y a plus agréable pour marcher après. Enfin, je n'ose imaginer comment toi tu fais en tant que garçon. Tu dois avoir les bourses toutes violettes après, non ?

- Euh...

- Non. Te sens pas obligé de répondre, je dis à Potter en détournant le regard.

On est pas à l'abri d'un mensonge et c'est pourquoi je suis toute disposée à aller baisser le caleçon de Reg en rentrant au dortoir.

Pour servir la science, bien entendu.

- Les capitaines serrez-vous la main.

Comme d'habitude, Potter et Adams se proclament chef de leurs petites équipes improvisées, et partent se serrer la main avec fair-play. Ce qui est ennuyeux, entendons-nous bien. Car si vous regardez plus loin, vous verrez que Black et son frère, eux, tentent mutuellement de se l'arracher et qu'ils prennent plaisir à tirer des tronches de macaques dominants.

Ce qui est mieux, car voilà au moins des joueurs sérieux qui respectent les vieilles traditions.

Le reste, je ne vous raconte pas.

Ou alors si, pour le plaisir car c'était assez folklorique.

Le deuxième batteur de mon équipe était une vraie plaie. Et vous savez qui c'était ? Le Serdaigle collant ! Alors oui, ils ont peut être le cerveau bien développé, mais je suis au regret de vous dire que ce n'est pas le cas des bras. Il ne mettait pas assez d'enthousiasme dans ses coups, sous prétexte qu'il y avait des connaissances à lui dans l'équipe adverse et que c'était un match amical. Et bien non ! Il n'y a pas de match amical ! Il n'y en aura jamais ! Qu'est-ce qu'il croit ? Qu'on va chopper le Souafle en se faisant des bisous ? Non madame ! La seule chose qui compte, c'est d'obtenir la victoire par tous les moyens. Alors forcément, j'ai voulu lui montrer l'exemple et je lui ai peut être envoyé un cognard par erreur pendant qu'il avait le dos tourné. En toute innocence bien sûr !

Résultat, Potter m'a fusillée du regard, l'air de dire qu'il avait tout vu, et que c'était l'équipe adverse que j'étais censée cogner, pas mon propre coéquipier, et patati et patata. Il ne s'est pas vu. Il se croit tout permis parce qu'il est capitaine, mais qu'est-ce qu'il faisait ? Il attrapait le vif. Alors qu'il est poursuiveur !

Non, sans blague, même après toutes ces années, cet abruti n'a toujours pas compris le rôle qu'il était censé jouer.

Cela dit il faut avouer que du côté des frères Black, c'était pas mieux. A un moment, Regugu a aperçu le vif, mais son frère s'est empressé de lui choper le bout de son balai pour le ralentir exprès. Regulus a répliqué en lui balançant un coup de pied dans la figure, résultat l'autre a glissé de son balai et s'est ramassé quelques mètres plus bas. Et Reg n'a même pas eu le temps de se foutre de sa gueule que déjà il se prenait un cognard dans la figure.

Le pire, ça a été quand le vieux balai de Flint s'est tout à coup détraqué. Il a dévié de notre terrain à nous et est allé squatter le terrain de Black et Kiki. Kiki ne l'a pas vu débouler devant lui et le petit Flint s'est pris sa batte dans la gueule. Maintenant, il a la mâchoire fracturée et il a dû se faire transférer d'urgence à l'infirmerie, parce qu'apparemment sous le choc, son appendice nasal a doublé de volume et entravait ses voies respiratoires. Un truc comme ça. Du coup Madame Bibine a décrété que l'entraînement était terminé et que, de toute façon, on était tous des cornichons qui ne méritaient même pas de posséder un balai.

Elle peut parler. Tout le monde sait qu'il n'y a que les nuls pour finir dans l'enseignement sportif. Les vrais jouent dans une équipe reconnue. Ils passent pas la journée à souffler dans un sifflet pour se faire entendre d'élèves plus doués qu'ils ne l'ont jamais été. Mais c'est une simple opinion.

...

Seul point notable de l'entraînement donc : Potter qui a perdu ses lunettes. A un moment, comme un con, il est parti en direction de la forêt interdite en croyant que c'était les vestiaires. Au début on comptait le planter là-bas, et puis ce rabat-joie de Black a fini par s'inquiéter quand son pote s'est adressé à un arbre pour lui demander du shampoing tout en commençant à se dessaper.

Ah ah ! Qu'est-ce qu'on s'est marré !

Même si je ne me suis pas marrée bien longtemps vu qu'après il a fallu retourner à ma retenue du soir avec Regulus.

Croyez bien que j'en ai marre de récurer le sol. Il est très bien comme il est. Et il y a des elfes pour ça.

C'est de l'exploitation, y'en a marre !


Ahlala. J'étais tellement fatiguée hier que je n'ai pas eu la force d'asticoter Regulus. Du coup on s'est contenté de nettoyer avec mollesse ce qu'on avait à nettoyer. J'ai fini par m'endormir debout et Regulus m'a réveillée en me balançant son seau plein d'eau dans la gueule.

Il a dit qu'il m'avait appelé plusieurs fois. Ce menteur.

J'étouffe un bâillement puis finis par rabattre mes couvertures sur mes pieds et sors de mon lit d'un pas lourd. J'enfile mes pantoufles et mon bonnet péruvien, passe en coup de vent à la salle de bain, et descends lentement jusqu'à la salle commune.

Et quand je dis lentement, c'est lentement.

Marche par marche tout en me frottant le cul et en poussant des grimaces.

J'ai des courbatures partout, je devrais retirer mon slip pour sauver le monde que j'en serais incapable ! Vous n'imaginez pas la torture quand je devrais me rendre aux toilettes pour la crotte du dimanche.

Je le ferai peut-être disparaître d'un coup de baguette, ça sera plus simple que de l'ôter à la main.

- Moonheart ? S'exclame une voix surprise alors que je m'apprête à sortir de la salle commune.

Je me retourne. Aperçois la tête de Black qui se redresse difficilement sur son fauteuil.

Et s'il y a un truc que je peux vous dire c'est qu'il n'est pas du réveil et que lui non plus n'a pas l'air prêt à danser la gigue. Il me regarde avec des gros yeux.

- Quoi ? Je fais. Tu veux l'adresse de mon magasin de pantoufles ?

Ce sont des pantoufles canards, elles sont super confortables !

- Non c'est pas ça mais qu'est-ce que tu fous là ?

- Toi qu'est-ce que tu fous là ?

- Non toi, qu'est-ce que tu fous là ?

- ...

Je promène mon regard aux alentours, plafond et plancher inclus, et j'ai la soudaine impression de vivre dans ma culotte à l'époque des mauvais jours.

- Qu'est-ce que je fous là ?

- Je m'évertue à te poser la question. Maintenant fous le camp et arrête de squatter chez nous.

- Mais je squatte pas, je sais même pas comment je me suis retrouvée là. Et puis je suis sûre de m'être couchée dans mon lit. À tous les coups, c'est encore quelqu'un qui m'a fait une mauvaise blague et qui m'a traîné chez vous. Ça m'arrive souvent ces derniers temps, je m'endors à un endroit et paf ! Je me réveille à un autre !

- C'est cela oui. Arrête de corrompre nos premières années pour avoir notre mot de passe et décarre tes fesses.

- He ! Yé vois pas dé quoi tou palle !

Je m'exécute quand même, traverse l'interstice dans le mur pour déboucher devant un escalier.

J'ai à peine descendu un palier que je m'accoude à un mur, le souffle court et le fessier meurtri.

Il faut croire que je ne n'ai plus mon endurance d'antan. Mes cheveux se ternissent, je fais de l'arthrite et j'ai des problèmes de celulocataphilie au mollet. Ca se trouve, je suis devenue une mamie sans m'en rendre compte.

...

Bon. Après tout pourquoi pas. J'ai beau dire des tas de choses sur les personnes âgées, il n'en demeure pas moins que les mamies ont un certain charme, non ? Je veux dire, ce sont des personnes fragiles, innocentes, calmes. Qui pourrait les soupçonner de commettre un meurtre ?

...

Pas que je veuille commettre un meurtre, vous pensez bien !

Mais. Tout ça pour dire que. Voilà.

Être une mamie a ses avantages comme celui d'être accompagnée quand on traverse un passage piéton. Les gens sont toujours gentils avec vous et vous font des réductions dans les magasins !

C'est le rêve, pensez-y. Et puis c'est un métier d'avenir. Pour ceux qui ne meurent pas avant d'en atteindre le bout, bien sûr.