C'est parti pour le troisième chocolat! Régalez-vous! ;)


Chapitre trois

Encore une longue journée ennuyeuse qui touchait à sa fin. Assise à son bureau, le lieutenant Beckett tentait terminait consciencieusement sa paperasse. D'un geste énervé, elle ratura une fois de plus sa phrase et une fois de plus, elle roula rageusement sa feuille en boule avant de l'envoyer rejoindre la dizaine de ses congénères qui avaient subi le même sort quelques minutes auparavant. Elle poussa un long soupir et se prit la tête entre les mains. Elle ne comprenait pas pourquoi tout était devenu aussi étrange, ni pourquoi elle se retrouvait seule.
Les gars étaient partis depuis plus d'une heure, comme la plupart de leurs collègues. Même Iron Gates était partie retrouver sa famille pour passer une soirée agréable avec eux. Aussi incroyable que cela puisse paraître à ceux qui travaillaient sous son commandement, le capitaine Gates avait une vie en dehors du boulot. Une vie pleine de petits bonheurs et de rires, de peines aussi sans doute, mais une vie normale d'être humain.

Et elle? Qu'avait-elle? Des peurs, des douleurs et une immense solitude. Elle était bien sûr entièrement responsable de cette situation. Elle et son entêtement à tenir éloigné d'elle toute personne qui voudrait faire partie de sa vie. Le seul à qui elle avait donné sa chance était Sorenson et il l'avait abandonnée pour entrer au FBI. Oh! Bien sûr, elle aurait pu le suivre, mais pour elle, il n'était pas question de quitter Manhattan. C'était là que vivait son père et elle ne pouvait se résoudre à s'éloigner de lui depuis l'assassinat de sa mère. De plus, elle était entrée dans la police pour trouver son meurtrier. Il était hors de question qu'elle quittât New-York avant de l'avoir jeté en prison.

Elle n'avait pas laissé sa chance à Demming et elle s'était complu dans une relation à distance avec Josh jusqu'au jour où il avait réclamé plus. Elle n'avait pas pu lui donner plus. Quelqu'un d'autre avait déjà pris toute la place dans son cœur. Quelqu'un qu'elle s'entêtait à tenir éloigner de peur de le perdre et de ressentir une douleur encore plus grande et dévastatrice que celle qu'elle avait ressentie à la mort de sa mère. Castle… Elle l'aimait, elle en était sûre à présent, mais quelque chose s'était brisé entre eux. Il s'était éloigné d'elle. Où était-il ? Cela faisait des jours qu'il n'était pas venu au poste… Elle aurait pu l'appeler, mais elle n'avait fait que repousser ce moment jour après jour de peur qu'il ne décrochât pas en voyant son nom s'afficher sur l'écran.

Elle se prit le visage dans les mains, qu'allait-elle devenir s'il ne revenait pas? Aurait-elle la force de ne vivre que pour son travail avec le meurtre de sa mère pour seule obsession ? Elle en doutait. Depuis quatre ans, elle s'était habituée à sa présence à ses côtés, à ses pitreries. Il avait éclairé son univers, illuminé son existence. Avec lui à ses côtés, chaque jour était une aventure, tout était plus marrant. Jamais elle ne s'était sentie autant en vie que depuis qu'il était entré de force dans sa vie avec la délicatesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Elle se remémora la fusillade et les trois petits mots qu'il lui avait dits en la suppliant de rester avec lui. Il l'aimait. Il lui avait avoué ses sentiments et elle lui avait brisé le cœur en lui mentant. Elle avait lu l'immense déception dans son regard quand elle lui avait dit ne pas se souvenir.

Elle lui avait parlé de son mur, quand elle était allée le retrouver à cette séance de dédicace, peut-être qu'il n'avait pas compris son message… Quelle gourde ! Elle aurait dû être plus courageuse ! Il l'aiderait à surmonter ses peurs en ce moment. Au lieu de ça, elle était seule au poste à plus de 20 heures à faire de la paperasse.

Soudain, elle se leva et attrapa sa veste.

Après avoir mis le point final de son dernier rapport d'autopsie de la journée, Lanie Parrish s'étira avec la satisfaction du travail bien fait. Il était tard, mais elle avait enfin réussi à mettre à jour sa paperasse. Elle n'aurait pas à ramener du travail à finir à la maison pour une fois! Peut-être qu'elle pourrait en profiter pour appeler Esposito…

Du bruit dans le couloir attira son attention. La morgue étant déserte à cette heure, elle attrapa un scalpel et s'approcha de la porte peu rassurée.

Sur le qui-vive, elle ne quittait pas la poignée de la porte des yeux, le poing levé, prête à étriper celui qui s'aventurait dans sa morgue à une heure aussi indue sans s'être annoncé avant.

La poignée s'abaissa lentement, son rythme cardiaque s'accéléra. Elle resserra sa prise sur son scalpel et inspira un grand coup pour se donner du courage.

La poignée complètement baissée, la porte s'ouvrit en émettant un léger grincement.

- YAAAAHHHH! S'écria-t-elle en espérant être suffisamment menaçante pour effrayer l'intrus.

- Lanie? Demanda Beckett le plus calmement du monde.

- Kate?! Tu m'as fichu une de ces trouilles! Souffla la légiste soulagée.

- Ah? Excuse-moi, je ne voulais pas t'effrayer... Je pensais même que tu serais déjà rentrée chez toi à cette heure...

- Tu n'as même pas eu un tout petit peu peur de moi? Se désola la légiste.

- Pourquoi j'aurais eu peur? Demanda Kate les sourcils froncés.

- Bah, j'ai quand même hurlé en brandissant un scalpel!

- Tu as crié? Je n'ai pas entendu, répondit Beckett d'un air détaché.

- ... Oh! Toi, tu as l'esprit préoccupé!

- Pourquoi tu dis ça ? s'étonna Beckett.

- Bah quand même, j'ai poussé un super cri de guerrière psychopathe!

- Refais-le pour voir?

- YAAAAHHHH!

- ... Mhmm…

- C'était pas convaincant?

- Bah faut encore travailler... Répondit Beckett. Ça doit venir du fond des tripes, un vrai cri de barbare prêt à réduire son adversaire en charpie.

- YYYYAAAAHHHHHHH! S'écria de nouveau Lanie sans pour autant faire sourciller son amie.

- Mhm! C'était mieux, reconnut Beckett après un petit temps de réflexion. On doit sentir toute ta rage dans ce cri...

- Bon, soupira Lanie lasse, ne me dis pas que tu es passée ce soir pour m'apprendre à crier?

- Je suis passée voir ma meilleure amie, dit simplement Beckett en haussant les épaules.

- Qu'est-ce qui ne va pas chez toi?

- De quoi tu parles?

- Pourquoi viens-tu à la morgue alors que tu devrais profiter du fait que tu as un bel écrivain sous la main pour en faire ton quatre heures!

La détective lui lança un regard si noir, qu'elle en éclata de rire.

- Allons bon! Qu'est-ce qu'il a fait?

Kate fronça les sourcils et croisa les bras agacée par cette réflexion.

- Sérieusement ? rétorqua Lanie. Il n'y a que Castle et ses âneries pour te donner l'envie subite de me parler à une heure pareille !

- Il n'a rien fait, avoua Beckett. Ça fait des jours qu'il n'est pas venu au poste.

La légiste ouvrit de grands yeux, tandis que sa bouche formait un O parfait.

- Vous vous êtes disputés ?

- Non, même pas. Il ne vient plus, c'est tout.

- … Je vois, on passe s'acheter du vin et de la glace au chocolat et on file chez toi! Réunion de crise ce soir ! Annonça Lanie en attrapant sa veste et son sac à main.

- Pourquoi chez moi ?

- C'est plus près et puis ta baignoire est plus grande.

- Quel sens des priorités !

- Si je dois passer la nuit avec toi, autant profiter du confort de ton appartement ! Répliqua Lanie en prenant le bras de son amie pour quitter la morgue. On va transformer ta salle de bain en SPA, rien de tel pour se prélasser et se sentir comme neuves demain matin!

- Merci Lanie, sourit Beckett.