Amis du jour, bonjour ! voici un nouveau chapitre et une petite question l'accompagne : trouvez-vous mes chapitres trop courts ? j'ai l'impression qu'ils le sont un peu... Du coup, celui-ci est un peu plus long. Pour la suite, on descend !
Cassandre glisse un regard sur la pièce. Une chambre simple mais propre l'accueille. Sur le mur de droite, une bibliothèque fournie fait face à un lit double impeccablement bordé. C'est alors qu'elle se sent gênée. Elle, encore transpirante dans ses vêtements de sport poisseux, ne peut pas dormir dans le lit d'un autre.
- Hum... Donatello ?
- Appelles-moi juste «Donnie».
- Est-ce que je pourrais prendre une douche ?
- Oh ! Euh... Oui, oui, bien sûr ! Suis-moi.
La tortue à lunettes la conduit dans une salle de bain cosy où une douche à l'italienne côtoie une baignoire ancienne semblant sortir d'un autre siècle. Alors que son guide s'éclipse, elle le retient, les joues rouges :
- Excuses-moi de te demander ça mais... je n'ai pas de vêtements de rechange...
Les yeux aciers s'agrandissent de surprise avant de contempler avec ostentation le parquet usé.
- Je... Hum... On va s'arranger.
Refermant la porte derrière elle, la jeune fille se déteste de ses habits sales et entre dans la cabine de douche. L'eau brûlante ruisselant sur son corps nu la détend mais son esprit, lui, tourne à plein régime.
Depuis combien de temps cette fratrie de tortues géantes ninjas se cache-t-elle dans cette forêt ? Et comment de telles créatures peuvent-elles exister ? Elles ressemblent à un mix douteux entre humain et tortue... Comment sont-elles nées ? Dans un laboratoire ?
Soupirant, elle finit par abandonner ce questionnement stérile. Dès demain, ils la ramèneraient chez elle et elle n'entendrait plus parler d'eux. Son coeur se serre à cette idée : son quotidien reprendrait là où il s'était arrêté.
L'adolescente sort de la douche, s'essuie et se vêt d'un peignoir de bain blanc accroché à une patère. Gênée par sa nudité sous ce vêtement précaire, elle sort tout de même de la pièce pour chercher un de ses hôtes. Elle trouve Leonardo dans la cuisine, se préparant un thé. Il lui jette un discret coup d'oeil.
- Mikey et Donnie ne devraient plus tarder. Tu as faim ?
Elle secoue la tête et suit la tortue au bandeau bleu jusqu'au salon. Ils s'installent sur le canapé pour regarder le journal télévisé. Assise à une distance respectable, Cassandre observe, le plus discrètement possible, cet être étrange si civilisé et sauvage à la fois. Rapidement embarrassée par le silence entre eux, l'humaine décide de retourner dans la chambre qu'on lui a alloué.
A l'étage, elle aperçoit la porte de la chambre de Raphaël ouverte. Prenant son courage à deux mains, elle décide d'aller à sa rencontre mais, sur le point de toquer à la porte, le propriétaire des lieux surgit.
Il glisse son corps massif hors de la pièce et la détaille, les lèvres pincées. Son peignoir, légèrement desserré, dévoile la naissance de ses seins et le haut de sa cuisse. Il lui tourne le dos.
- Ne dérange rien, bougonne-t-il en s'éloignant.
Quelques secondes plus tard, Michelangelo et Donatello débarquent bruyamment. Enfin, surtout Mikey, incapable de se réguler.
- Hey ! Regarde ce qu'on a trouvé ! En passant, qu'est-ce que tu as fait à Raph' ? Il galopait comme s'il avait le feu aux fesses.
Cassandre sourit face à l'énergie de la tortue. Discrètement, Donnie pose les vêtements sur le lit.
- J'espère que c'est la bonne taille. Viens, Mikey.
Sans attendre la réponse de son frère, il le saisit par la carapace et le traîne à sa suite.
……………
C'est par précaution. UNIQUEMENT par précaution.
Du moins, Raphaël rentre de s'en convaincre avec énergie.
Assis sur la branche d'un arbre, la carapace appuyée au tronc, il suit des yeux la jeune fille déambulant dans sa chambre. Il la voit examiner les vêtements apportés par ses frères puis manque de tomber de sa branche. Sans même penser à fermer les rideaux ou les volets, elle vient d'ôter son peignoir.
Incapable de détourner les yeux, il ne peut qu'apercevoir son corps : sa poitrine un peu trop petite, son ventre plat, ses hanches généreuses, sa chevelure balayant son dos tandis qu'elle enfile un T-shirt bien trop grand pour elle. Secouant la tête, le ninja saute au bas de l'arbre. Il a vu, pour la première fois, le corps d'une femme. D'une vrai femme. Pas une de ces poupées plastiques des magazines. Il aurait préféré ne pas être dans la peau d'un voyeur à ce moment-là...
……………
Une fois vêtue d'un T-shirt trois fois trop grand qui ferait une parfaite chemise de nuit, Cassandre laisse son regard planer sur la chambre de son hôte. La bibliothèque, remplie de classiques de la littérature, la fascine. Elle pousse même un cri de joie en découvrant un carnet à croquis, représentant en grande partie la vie quotidienne des frères. Elle observe les dessins d'un étonnant réalisme. Donatello regardant avec application dans un microscope, un crayon dans une main, une tasse dans l'autre. Mikey effectuant une figure sur un skate à réacteurs. Leo, katanas à la main, en une pose martiale absolument époustouflante.
Avec un baillement sonore, l'adolescente éteint la lumière, se glisse dans les draps frais et s'endort immédiatement.
3h03 du matin. Cassandre se réveille en sursaut.
Elle a chaud. Elle a l'impression d'étouffer. S'habillant rapidement d'un short en jean lui arrivant mi-cuisse et d'un débardeur blanc, elle descend au rez-de-chaussée. Avant même d'avoir pu atteindre la porte, Raphaël surgit, la menaçant de ses armes. Il baisse sa garde lorsqu'il la reconnaît.
- Qu'est-ce que tu veux ?
La gorge sèche, la jeune fille pointe la porte d'entrée du doigt. D'un signe de tête, il lui intime de sortir. Obéissante, elle avance sous le porche de bois et va s'assoir sur un banc, posé près de la porte.
Quelques minutes passent avant que la voix sourde du géant n'intervienne.
- T'arrives pas à dormir ?
- J'ai fait un cauchemar, répond-elle en secouant la tête. Désolée de t'avoir réveillé.
Il hausse les épaules sans la regarder.
- J'ai le sommeil léger, ment-il.
Pour être franc, il n'avait pas réussi à fermer l'oeil, encore sous le choc de la vision qu'il avait eu de la jeune humaine.
- Comment ça s'appelle ?
Surpris, Raphaël sort de ses pensées pour suivre le regard de Cassandre, posé sur sa hanche.
- Ça ?, sourit-il. C'est un saï.
Il jongle avec quelques secondes avant de le lui présenter sur le plat de sa main à trois doigts. Il le range d'un mouvement sec en la voyant esquisser un geste vers l'objet.
- Il faut être initié pour pouvoir jouer avec.
- Apprends-moi.
Le ninja se plante face à elle, le regard sévère.
- Tu crois vraiment pouvoir apprendre quoi que ce soit en 5 minutes ?
- Tu sais te battre, non ? Juste une prise ? s'il-te-plaît...
Les yeux inquisiteurs de la tortue ne la quitte pas.
- Pourquoi ?
- Pour... me défendre. Au cas où on... m'agresserait.
A chaque mot qu'elle prononce, elle sent les doutes de Raphaël augmenter, réduisant sa propre voix à un simple souffle.
Sans un mot, il descend les marches du porche et se tourne vers l'humaine, trop intimidée pour bouger.
- Qu'est-ce que t'attends ?, grogne-t-il, bourru.
Un sourire lumineux aux lèvres, Cassandre le rejoint sans hésitation. Elle a le souffle coupé lorsqu'il la place dos à lui, plaquée contre son plastron. Il lui indique comment placer ses pieds puis, glissant ses grandes mains sur les siennes, il la guide pour lui montrer les mouvements à effectuer.
Ainsi, 2h durant, il lui fait répéter les mêmes gestes, encore et encore. D'abord à ses côtés puis face à face. Enfin, il l'oblige à l'envoyer à terre mais devant un tel adversaire, elle échoue inévitablement. Épuisée, elle va s'effondrer sur les marches du porche.
-Déjà fatiguée ?, rit-il en s'asseyant à ses côtés.
La jeune fille lui lance un regard de biais. Alors qu'elle est éreintée, il transpire à peine. Les coudes sur les genoux, penché en avant, il joue distraitement avec une brindille, le regard dans le vague.
- Raph'...
- Ouais ?
- Est-ce que je peux... te toucher ?
Choqué, le ninja fixe l'adolescente avec des yeux ronds. Puis, pendant une grande inspiration, il lui tend sa main en détournant le regard.
- Fais... fais comme tu veux...
Un sourire timide aux lèvres, elle prend délicatement la main imposante et l'examine. Gigantesque, sa paume fait quasiment la taille de la main de l'humaine et est dotée de trois doigts épais. Une bande de combat l'enserre alors la jeune fille remonte son regard sur son avant-bras où la peau, étonnamment douce, est recouverte de fines écailles d'un vert profond.
- Arrêtes de me regarder comme si j'étais un monstre, gronde-t-il en retirant son bras d'un geste brusque.
Relevant vivement la tête, Cassandre remarque ses lèvres pincées, ses mâchoires serrées et ses poings aux jointures blanchies.
- Non !, proteste-t-elle en lui faisant face. Tu n'es pas un monstre.
Ses mains effleurent son visage reptilien avant de descendre sur ses épaules, provoquant un frisson chez la tortue.
- Ta peau est si fine par endroit et si épaisse à d'autres. Comme une armure naturelle... mais tu as tellement de cicatrices.
Ce disant, ses doigts suivent une rayure de son plastron.
Là encore, Raphaël tressaille. Ses mains viennent accrocher le rebord de la marche où il est assis. Devant lui, une humaine - jolie de surcroît - le touche sans peur ni dégoût.
D'un coté, il est tellement gêné qu'il a envie de s'enfuir en courant. Il prie d'ailleurs pour que son visage en feu ne se remarque pas.
D'autre part, il est tétanisé et n'ose pas faire un geste, de peur de l'effrayer.
- Pourquoi ?, chuchote-t-il, désorienté.
Elle croise son regard émeraude où un flot d'émotions se succèdent. Elle est tellement petite qu'ils font la même taille, ainsi.
- Je suis passionnée de biologie, répond-elle, penaude.
Inconsciemment, ses doigts continuent leur course le long du plastron de Raphaël. Il les lui saisie brusquement.
- Arrêtes, lui intime-t-il d'une voix voilée.
