Quelques heures plus tard, chambre d'Emma à l'hôpital. Londres.

(Intérieur nuit)

Steed entre en silence dans la chambre et s'installe directement sur une chaise qu'il approche du lit. Là, il prend la main d'Emma dans les siennes et ferme les yeux.

EMMA, s'éveillant

John ?

STEED, sursautant légèrement

Emma !

Puis il dépose un baiser tendre sur la main qu'il tient encore dans les siennes avant de reprendre.

STEED

Comment vous sentez-vous ?

EMMA, souriante

Un peu mieux. Pas encore tirée d'affaire mais mieux.

STEED, libérant sa main

Je suis allé en France. J'ai appris une histoire effarante.

EMMA

Celle de Thérèse Couderc, de sa famille et du village de Boursault.

STEED

Oui. Comment le savez-vous ?

EMMA , plongeant son regard dans le sien, sérieuse

Me croirez-vous si je vous dis que j'ai de longues discussions avec Mme Couderc quand je suis plongée dans le coma ?

STEED

Je vais supposer que c'est le cas puisque je ne vois pas comment vous pourriez savoir ce que j'ai appris.

EMMA

Nous devons retrouver Jacqueline Monfort, John. Tous les deux.

STEED

Vous n'êtes pas en état de quitter cette chambre.

Elle se lève et teste sa capacité à demeurer debout. Puis elle fait quelques mouvements de plus en plus amples et rapides. Il l'observe, attentif et impressionné.

EMMA, s'asseyant sur le lit près de lui.

Il semblerait que tout fonctionne au niveau moteur.

STEED

Le médecin ne vous laissera certainement pas sortir si vous avez encore des résidus de poison dans le sang, Emma.

EMMA

J'en ai encore. Mme Couderc m'accorde un délai pour nous permettre de retrouver Jacqueline Monfort.

STEED

Combien de temps ?

EMMA

Deux jours. J'ai gagné un jour de vie en plus.

STEED

Une fois que cela sera fait, que va-t-il lui arriver ?

EMMA

Ce qu'elle mérite, John. Si elle est encore en vie, elle mérite de souffrir avant de mourir, ne croyez-vous pas ?

STEED

Très certainement, oui. J'ai néanmoins une question à vous poser, parce que je sais que les femmes empoisonnées ont toutes le même profil. Or vous semblez faire exception à la règle. À moins que je ne sache pas tout.

EMMA, gênée

Je vois. Mme Couderc pense que je séduis les hommes pour mieux les manipuler. Et si j'ai été empoisonnée comme les autres c'est parce que je l'ai fait plusieurs fois quand nous travaillions ensemble, vous et moi. Afin d'empêcher des criminels de perpétuer leurs œuvres.

STEED

Jamais dans votre vie privée ?

EMMA

On ne va pas revenir dessus, John. Non, je ne me suis jamais servie de vous. Si tel avait été le cas, j'aurais couché avec vous depuis longtemps et vous aurais repoussé ensuite. Or je suis revenue vers vous avec la ferme intention de ne plus jamais vous perdre de vue. Vous savez que je tiens beaucoup à vous, n'est-ce pas ?

STEED , souriant

Je ne parlais pas de moi mais oui, je sais tout cela, Emma. Et je tiens énormément à vous aussi.

EMMA

Vous pensez que j'ai pu batifoler pour me venger de mon mari volage ?

STEED

Vous auriez été en droit de le faire.

EMMA, très sérieuse

Certes. Mais je ne l'ai pas fait. Je ne suis pas comme ça. Je ne séduis pas pour de sombres motifs. Si je séduis un homme c'est que je ressens quelque chose pour lui. C'est que l'attraction est réciproque.

Steed déglutit difficilement en assimilant ce qu'elle vient de dire.

STEED

Voilà qui a le mérite d'être franc.

EMMA

Bien. Vous avez une autre question délicate à me poser ou on peut appeler le médecin pour qu'il m'accorde le droit de sortir d'ici ?

Steed appuie lui-même sur la petite sonnette près de l'oreiller. Puis il croise le regard amusé d'Emma.

STEED

Quelque chose vous amuse ?

EMMA

Vous.

STEED

Emma, j'étais mort d'angoisse à l'idée de vous perdre. Alors, s'il vous plait, ne vous moquez pas de moi quand je fais ou je dis des choses inhabituelles. Toute cette affaire me dépasse complètement. Vous parlez dans votre coma avec une femme morte depuis 33 ans, une Française qui vous a empoisonnée. Et nous allons partir à la recherche d'un fantôme de son passé. Si je n'étais pas déjà un peu fou à lier, je le deviendrais sûrement.

EMMA

Que vous ont dit les Français là-bas ?

Steed lui relate ses différentes entrevues et s'interrompt à l'arrivée du médecin.

MÉDECIN

Je vois que vous allez beaucoup mieux, madame Knight.

EMMA

Ce serait trop long à vous expliquer, docteur, donc, pour faire court, je désire sortir pendant les 48 prochaines heures. Minimum. Et avant que vous ne pensiez à vérifier, mon sang est toujours empoisonné avec un mélange de digitaline, de sang d'une femme atteinte de leucémie chronique et de jus d'orange pressée. Je soupçonne d'ailleurs d'autres substances pour fixer le poison mais peu importe.

MÉDECIN, stupéfait

Mais…comment savez-vous cela ? C'est vous, monsieur Steed qui avez mené l'enquête ?

STEED

En quelque sorte, oui. Alors ?

MÉDECIN, un peu perdu

Et vous vous sentez bien, madame ? Pas de vertige, pas de migraine, pas de palpitations ?

EMMA

Compte tenu des circonstances, je vais très bien, Docteur.

Elle le prouve au médecin de plus en plus sidéré en faisant quelques mouvements de gymnastique dans la chambre. À la faveur d'un mouvement de jambe, Steed a le plaisir de pouvoir reluquer sous la blouse. Ce que note Emma sans rien dire.

MÉDECIN

C'est la première fois que je vois un cas tel que le vôtre au cours de ma carrière. J'ai lu des articles qui parlaient de patients qui étaient incroyablement en forme après un coma, mais ces derniers devaient toutefois attendre au moins 24h pour se lever ou faire de la gymnastique. Vous pourriez être le sujet d'une intéressante étude, Mme Knight.

EMMA

Je n'en doute pas mais je vous suggère d'oublier ça. Ou d'attendre ma mort. Post mortem, je léguerai mon corps à la science.

STEED

Et dire que je comptais en hériter !

EMMA

Qu'en feriez-vous ?

STEED

Je le ferais empailler, nu, et je me prosternerais devant lui 5 fois par jour.

Le médecin les regarde de travers.

EMMA , riant

Ne vous en faites pas, docteur. Il est un brin obsessionnel mais pas méchant. John, c'est l'heure de vos pilules.

MÉDECIN

Si je ne vous libère pas de suite, c'est moi qui vais avoir la migraine, les palpitations et les vertiges.

Il prend le dossier d'Emma et signe son bon de sortie.

MÉDECIN

Vous êtes libre, Mme Knight. Mais si jamais vous ressentez quelque chose d'anormal, je vous en conjure, revenez.

EMMA

Je le ferai, c'est promis, docteur. Merci.

Le médecin, perturbé, s'en va.

STEED

Je vous ramène à la maison et on étudie le plan d'attaque ?

EMMA

J'ignorais que vous en aviez un. Comment allons-nous faire pour retrouver une femme disparue en 1944 et qui ne semble pas vouloir être retrouvée ?

STEED

Méthode Steed numéro 17 : appâter la truite. Je vous attends dehors pendant que vous vous habillez. Encore que…non, vous ne voulez pas garder cette délicieuse blouse ?

EMMA

Ce que vous avez entraperçu tout à l'heure ne vous a pas suffi ?

STEED

Jamais, Emma. J'apprécie la beauté, vous le savez.

Elle disparaît un moment dans la salle de bain pour s'habiller. En laissant la porte entrouverte.

EMMA

Dites, je pensais que pour la pêche à la truite l'essentiel était de bien choisir les mouches et ensuite de savoir jouer du poignet.

STEED

Notre présente truite s'est sûrement saumonée depuis le temps. J'ai une photo d'elle à 20 ans mais depuis, elle peut avoir beaucoup changé.

EMMA

Notamment avec de la chirurgie esthétique. Certains nazis s'en sont servi pour disparaître.

STEED

C'est pourquoi je vais faire courir le bruit dans toutes les ambassades que nous recherchons un témoin capital pour…

EMMA

…innocenter un ancien SS injustement prisonnier et accusé d'avoir participé à un massacre en France.

STEED

Nous serons deux sympathisants nazis. Ce qui me fait déjà horreur rien que d'y penser. Mais le temps nous étant compté, nous devons faire abstraction de nos sentiments de haine.

EMMA, sortant de la salle de bain

Haine qui nous servira pour être crédibles. L'actualité va nous être utile aussi, avec les Klarsfeld et Simon Weisenthal. Depuis quelques années, les anciens nazis sont pourchassés partout dans le monde.

STEED

Ils sont souvent abrités par des sympathisants de tous pays. Nous allons être les Anglais de service.

Emma attrape son sac et tend la main à Steed.

EMMA

Je suis prête à faire l'appât. On y va ?

Il lui prend la main et l'entraîne avec lui jusqu'à sa voiture. Il l'aide à s'y asseoir puis démarre.

Hôtel de Saint-Paul, à Vence, dans les Alpes-Maritimes. France.

(Intérieur nuit)

Une femme blonde, la cinquantaine, encore jolie et très maquillée, harangue un serveur.

FEMME

Vous prenez vos gages et vous nous quittez, Paul. Les clients de ce soir furent très mécontents de votre service. Dans cet établissement, aucun serveur ne peut sciemment renverser un plat de ratatouille sur la tête d'un client.

PAUL

Mais madame Dupuis, ce client était en train d'insulter les Juifs. Et je suis Juif, madame. Mes grands-parents sont morts dans un camp et votre client riait en disant que les Allemands n'en avaient pas tué suffisamment.

MME DUPUIS

La liberté d'opinion est valable pour tous, Paul. Vous apprendrez à accepter les remarques de ce genre avec le temps mais pas dans mon établissement. Prenez vos affaires et allez travailler ailleurs. Sur la côte, il y a des hôtels et des restaurants tenus par des Juifs comme vous. Ils vous accueilleront sans doute à bras ouverts. Je vais même vous recommander s'il le faut.

Paul tourne les talons, en colère mais impuissant. Dès qu'elle est seule, Mme Dupuis lance avec hargne :

MME DUPUIS

Schwein ! Juden schwein.

(Cochon ! Saloperie de Juif)

Un autre serveur l'entend et va se cacher, effrayé. Elle continue à parler toute seule en Allemand à voix basse et se rend à la réception.

MME DUPUIS

Notez que Paul ne fait plus partie du personnel, Éliane. Il faut trouver son remplaçant. Et de grâce, trouvez-en un qui ne soit pas Juif ! Ces gens ont les nerfs à vif et ne supportent plus aucune plaisanterie.

ÉLIANE

Je m'en occuperai demain matin, madame. Votre mari a téléphoné pour savoir à quelle heure vous pensiez rentrer. Votre fils est chez vous ce soir et…

MME DUPUIS, ton las

Il a encore trop bu. Je m'en doute, Éliane. Je ne sais pas ce qu'on va faire de lui. Il a 27 ans désormais et en dehors de dilapider l'argent que son père et moi gagnons, de le boire en sortant avec toutes les filles de la région, il n'a aucune ambition, aucun diplôme, ne sait rien faire de ses dix doigts.

ÉLIANE, gentille

Pas comme Nathalie, n'est-ce pas ?

MME DUPUIS

Nathalie sera toujours notre plus grande réussite. Même si nous apprécierions qu'elle se marie et nous donne des petits-enfants. À 30 ans passés, il est temps pour elle de se fixer, ne croyez-vous pas ? Vous la connaissez mieux que moi. En tant qu'amie de ma fille, vous ne pensez pas qu'elle pourrait sortir le nez de ses éprouvettes à parfums pour rencontrer des garçons ?

ÉLIANE, prudente

Elle travaille pour les plus grands parfumeurs du monde, Madame. Elle pense encore devoir faire ses preuves comme chimiste et après seulement, quand sa carrière sera installée, elle pensera à se fixer.

MME DUPUIS

Oui, vous avez raison. Et puis, vous êtes comme elle, célibataire dévouée à son métier. Ce dont je ne vous remercierais jamais assez. Vous êtes une perle rare, Éliane, et celui qui vous épousera sera comblé.

ÉLIANE, de plus en plus mal à l'aise

Je l'espère, madame.

MME DUPUIS

Je peux vous laisser fermer, ce soir ? Je vais encore devoir affronter un mari de méchante humeur et un fils saoul.

ÉLIANE, avec un sourire timide

Allez-y, je vais fermer.

Mme Dupuis prend son sac à main dans un bureau adjacent à la réception.

MME DUPUIS

Bonne fin de soirée à vous et merci encore.

ÉLIANE

Bonne nuit à vous, madame.

Au même moment, dans une villa luxueuse surplombant la vallée de Vence.

(Intérieur nuit)

Un garçon de 27 ans, dans sa chambre, est au téléphone avec sa sœur.

GARÇON

Écoute, Nath, j'ai encore fait semblant d'être fin beurré pour qu'il me fiche la paix. Mais je ne peux plus continuer à faire semblant. Nous allons devoir les affronter une fois pour toutes.

NATHALIE

Pierre, ce sont nos parents.

PIERRE

Et alors ? Devons-nous cautionner ce qu'ils sont et ce qu'ils ont fait ? Pardon mais moi, je refuse. Et tu devrais refuser ça aussi. Parce que le jour où ils apprendront que tu préfères les filles, je ne te dis pas la gifle qu'ils vont prendre, eux les nazis, les si fiers aryens, eux qui rêvaient d'enfants parfaits pour perpétuer leurs idées à la con. Ils croient que je n'ai aucune éducation mais je ne suis pas allé en Fac pour rien. Et je vomis ce porc qui nous sert de père, Nath. Quant à maman, ce qu'elle a fait en 44 me reste en travers de la gorge. Je ne lui pardonnerai jamais. Jamais.

NATHALIE

Que penses-tu faire ?

PIERRE

Les faire juger par les descendants de ceux qu'ils ont tués.

NATHALIE

Tu conduirais tes propres parents à l'échafaud ? Pierrot, réfléchis avec autre chose que l'horreur qu'ils t'inspirent. Nous sommes nés de leur sang, nous sommes nous aussi porteurs de leurs gènes immondes. Quand ils seront jugés, nous le serons aussi. Je pourrai dire adieu à ma carrière et tu pourras toujours faire des pieds et des mains dans la police, tu resteras toujours le fils de tes parents. Réfléchis.

PIERRE

Je ne fais que ça. Réfléchir au meilleur moyen d'en finir avec eux. Quand toi et moi avons surpris leur conversation, l'an dernier, nous nous sommes jurés de toujours être solidaires l'un de l'autre et de faire tout notre possible pour que nos parents paient pour leurs crimes. Tu t'en souviens ou tu as fumé tes éprouvettes entre temps ?

NATHALIE

Tu fumes, je copule avec des femmes. N'inverse pas les rôles, veux-tu ?

PIERRE

Tu vas les tuer, Nath. Il faut que tu leur dises que leur si chère fille, leur si parfaite fille adorée est lesbienne. Et préviens-moi avant pour que j'assiste au spectacle !

NATHALIE

Je le ferai quand tu leur diras que tu traques les nazis en compagnie des Klarsfeld depuis un an. Ils pensent que tu ne fais rien de tes journées alors que tu fais partie des Services Secrets Français en relation avec le MOSSAD. Fils de nazi au service des Juifs, c'est risible, quand même.

PIERRE

Je ris, je ris. Ha ha ha…ce que tu es drôle !

NATHALIE

J'ai peur, Pierrot. Peur de leurs réactions. Mais…

PIERRE

Plus le choix. On fait ça ce dimanche. Lors du traditionnel repas familial, avec le traditionnel gigot saignant. Que tu iras refaire cuire et que je bouderai comme d'habitude. Je suis le mauvais garçon qui vide le bar de papa ! Faut que je tienne mon rang.

NATHALIE

Tu me sembles bien pressé. Les Klarsfeld sont après papa et maman ?

PIERRE

Non. Je ne leur ai rien dit encore. Ils savent cependant qu'il y a des nazis cachés dans la région. Je te promets que si nous ne faisons rien en famille dimanche, je leur en parlerai lundi matin à la première heure. Avec tous les détails croustillants dont nos parents se sont vantés l'an dernier. Je ne veux plus jamais avoir honte de moi, Nath.

NATHALIE

Je sais, Pierrot. Moi non plus.

PIERRE

Alors on fait ça dimanche ? On leur dit tout ?

NATHALIE

Et ensuite ? On les laisse mourir ? Je te rappelle que cette femme immonde nous a donné naissance. Elle nous a aimés et nourris. Nous n'avons jamais manqué de rien. Jusqu'à l'an dernier, nous étions les plus heureux du monde, non ?

PIERRE

Nous vivions dans l'ignorance et le mensonge. Toute notre vie, ils nous ont menti sur leurs origines, sur leur rencontre, sur leur rôle pendant la guerre. Papa s'est inventé héros de la Résistance et maman orpheline sauvée par ce héros. Mon cul ! Elle était née en Allemagne de parents nazis, et lui était un SS de la pire espèce. Comment pouvons-nous pardonner ça et dire qu'on s'en fout parce qu'ils nous ont aimés et nous ont donné une enfance choyée dans l'opulence volée aux Juifs ? Tu peux vivre avec ça, toi ? Parce que moi pas. Ils ont exterminé un village entier, merde !

NATHALIE

Ce sont nos parents. J'ai du mal à penser que nous allons les condamner à mort. Ils le méritent mais je préférerais que d'autres les confondent avant nous.

PIERRE

Alors je préviens Serge demain matin. Et l'affaire sera entendue.

NATHALIE

Non ! Nous devons leur dire en face ce que nous savons et ce que nous en pensons. Nous leur devons au moins ça, tu ne crois pas ?

PIERRE

Je ne suis plus un enfant, Nath. C'est la raison pour laquelle je veux qu'on règle la question en famille avant de les remettre aux autorités compétentes. Je veux les regarder en face pendant que nous leur dirons ce que nous pensons. Ce que nous sommes devenus à leur insu. Je veux qu'ils tremblent en imaginant ce que nous allons faire. Je veux qu'ils nous supplient de ne pas les dénoncer. Je veux voir la peur de mourir dans leurs yeux. Parce que je suis de leur sang, j'ai cette cruauté en moi. Mais je veux que la mienne serve à éliminer la vermine, cette gangrène dans notre histoire, ces nazis. Je ne veux plus jamais ça, Nath. Je suis sérieux. Je me battrai jusqu'à mon dernier jour pour que notre véritable nom de famille ne soit plus jamais synonyme de ce que papa en a fait.

NATHALIE

D'accord. Mais penses-tu que nous pourrons reprendre nos véritables noms ? Tu te vois être fier de t'appeler Pierre Meyer, fils de Gérard Meyer pour les Français et de Gerhard Meyer quand l'Alsace est redevenue Allemande en 1939 ? Sans parler du nom de jeune fille de maman, Bodmann, dont la propre mère était copine avec Hitler. Je crois qu'il sera préférable de demeurer sous notre nom actuel de Dupuis.

PIERRE

Quand j'y pense, ils nous ont même menti sur ça pendant plus de 24 ans ! Je ne veux pas te faire de peine mais nous devrons reprendre nos vrais noms quand la vérité éclatera. Et nous devrons vivre avec ça. Il nous appartiendra dès lors de faire en sorte que ce nom ne soit plus lié à nos parents mais à nous.

NATHALIE

Facile à dire pour toi qui te bats avec les Juifs. Mais moi, mon seul combat est d'ordre intime. Les gens ne sont pas encore prêts à accepter les couples homosexuels. Ils préféreront oublier que j'existe.

PIERRE

Alors tu deviendras la meilleure dans ton métier.

NATHALIE

Aucun parfumeur ne va me garder, Pierre.

PIERRE

Je dois te laisser, Nath. Maman vient de rentrer. C'est l'heure de ma leçon de morale. Je vais me siffler un peu de whisky pour en avoir l'haleine. On se voit dimanche, d'accord ?

NATHALIE

Oui. Et réfléchis bien.

PIERRE

Je t'aime.

Il avale très vite une fiole de whisky, raccroche et voit sa mère entrer dans sa chambre sans avoir frappé.

TBC...