*narration Drago*
- Malefoy !
J'enfouis ma tête sous l'oreiller en me demandant ce que j'avais bien pu faire cette fois pour qu'elle me hurle dessus en plein milieu de la nuit. Cela faisait une semaine que je supportais sa douce et mélodieuse voix me vriller les tympans en criant mon nom comme une hystérique, ce que je n'aimais que moyennement.
Je m'extirpai difficilement du lit avec un soupir à fendre l'âme et descendis les escaliers en traînant des pieds. Granger m'attendait en bas de la rampe, les mains sur les hanches, ses cheveux bruns formaient un halo autour de sa tête. Dès que je fus arrivé à sa hauteur elle pointa le salon du doigt en me demandant d'une voix menaçante.
- Qu'est-ce que c'est que ça ?
Je parcourus le salon du regard : les canapés étaient à leur place, la cheminée nettoyée, les meubles dépoussiérés, un grimoire reposait sur la table basse, une tasse de thé était posée dessus, son paquet de cigarettes à côté, toutes les photos et les bibelots qui ornaient la pièce étaient parfaitement rangés. Non, décidément, je ne voyais pas où était le problème.
- Un salon ? tentai-je d'une voix ironique.
Mauvaise réponse. Son regard me fusilla. Elle fulminait sur place, sa respiration s'accélérait et je m'attendais presque à voir de la fumée sortir de ses oreilles.
- Tu as laissé ta tasse sur mon grimoire, dit-elle d'une voix dangereusement basse.
Je ravalai la réponse sarcastique que je voulais lui sortir et attendis qu'elle finisse sa phrase, ce qui ne tarda pas.
- Tu sais quel âge a ce grimoire ? 5 siècles. J'ai dû user de ma renommée pour pouvoir l'emprunter au ministère, et encore, ça n'aurait pas été Hannah Bott qui s'en occupait je ne l'aurais jamais eu. Et toi tu te permets de poser du thé dessus et risquer ainsi de le détruire à jamais ! Tu es complètement stupide ma parole ! finit-elle en hurlant.
Je me dirigeai d'un pas rageur vers la table, pris la tasse et la posai dans l'évier. Je lui demandai ensuite d'un ton sec, agacé par ses hurlements intempestifs.
- C'est bon ?
- J'espère que ça ne se reproduira plus ou je ne réponds plus de moi, dit-elle avec son habituel regard noir.
J'étais fatigué et je tombais de sommeil, je n'avais pas l'énergie pour répliquer, encore moins pour avoir une énième dispute avec elle. En levant ma main pour me frotter les yeux, j'aperçus le cadran de ma montre qui indiquait 3h du matin. Je réprimai un grognement de frustration et remontai me coucher.
M'attendant à ce qu'elle fasse la même chose, je fus surpris de ne pas entendre ses pas derrière moi. Je me retournai et la vis assise sur le canapé, ses jambes repliées sous son corps et une cigarette allumée à la main. Elle avait les yeux dans le vague, et semblait plongée dans des pensées loin d'être réjouissantes d'après l'expression de son visage. Elle ne ressemblait en rien, en ce moment précis, à la lionne pleine d'énergie qui faisait de ma vie un enfer.
Je passai ma main dans mes cheveux décoiffés et finis par soupirer un « Merlin » avant de descendre les escaliers en la maudissant intérieurement.
Je m'installai en face d'elle et la fixai un instant. Elle me regardait faire d'un air surpris.
- Granger ?
Elle leva les sourcils.
- Tu ne dors pas ? lui demandai-je avant de m'asséner une claque mentalement.
Depuis quand posais-je des questions idiotes ? Je m'attendais à une de ces répliques cinglantes dont nous avions le secret, mais elle ne vint pas. Granger se contenta de hausser les épaules et de tirer une autre bouffée.
La première fois que je l'avais vue fumer, ça m'avait fait un choc, mais ça m'a surtout fait réfléchir. Une Miss je-sais-tout foutant sa santé en l'air ainsi, ça n'était pas un hasard, la guerre l'avait affectée bien plus qu'elle n'en laissait paraître. Elle essayait de sauver les apparences, rester forte, ne jamais verser de larmes devant les autres, mais ainsi recroquevillée sa clope entre les doigts et ses yeux chocolat scrutant le mur, elle avait l'air d'une enfant qui avait grandi trop vite. Elle paraissait si vulnérable et si frêle, que j'avais l'impression que je devais la serrer dans mes bras de peur de la voir happée dans les ténèbres. Je secouai la tête, le manque de sommeil ne seyait pas du tout à ma santé mentale.
Sa voix me sortit de mes pensées. Une voix neutre, vide de tout sentiment, qui contrastait étrangement avec le ton hystérique qui l'avait animée plus tôt.
- Et toi, pourquoi tu ne dors pas ?
Elle avait raison. Pourquoi ne dormais-je pas ? Je ne pouvais tout de même pas lui dire que la voir aussi faible m'avait poussé à venir la réconforter, ce qui était totalement faux d'ailleurs, ou du moins en avais-je la forte conviction. Non, je ne pouvais pas risquer de devenir la risée de Granger jusqu'à la fin de mes jours.
- Je n'ai plus sommeil.
Je ne sais pas si elle avait remarqué mon mensonge, mais elle n'avait en tout cas rien dit se contentant de tirer une autre bouffée. Elle recracha la fumée grisâtre, puis me tendit le paquet avec un regard interrogateur. Lorsque je compris qu'elle m'en proposait une, je lui répondis indigné :
- Je ne fume pas, un Malefoy ne fait rien qui puisse détruire sa santé enfin !
Elle me regarda surprise avant d'éclater de rire, se tenant les côtes. Son rire emplissait l'air et rendait l'atmosphère de la pièce moins glauque, moins sombre, comme un rayon de soleil. J'en aurais presque souri si je n'avais pas été la cause apparente de cette hilarité. Je haussai els sourcils et prit ma voix la plus froide pour lui demander :
- Puis-je savoir ce qui te faire rire ainsi Granger ?
- Mais vous mon cher ! me répondit-elle avec un air qui se voulait pompeux mais que les soubresauts de son corps essayant vainement d'arrêter de rire rendaient ridicule. Ta vanité m'étonnera toujours ! réussit-elle à dire avant d'éclater de rire à nouveau.
Avant même de m'en rendre compte, je me tenais le ventre également. Laissant toute la tension accumulée d'échapper à travers ce rire salvateur.
Elle finit par essuyer d'un revers de main les larmes de joie au coin de ses yeux recoiffa ses cheveux, du moins c'est ce qu'elle croyait faire bien que ce soit peine perdue. Ses joues étaient rosies et ainsi, elle ressemblait beaucoup plus à celle que je connaissais.
Le silence finit par se réinstaller, moins lourd qu'auparavant certes, mais je me sentais gêné. Je ne laissais bien évidemment rien paraitre mais je le sentais. Elle s'était replongée dans ses pensées, et semblait de plus en plus lointaine. Je me demandais comment en était-elle arrivée là, ses idiots d'amis ne pouvaient pas l'aider à remonter ? Pourtant si mes souvenirs étaient bons, ce trio était censé prôner la joie et la bonne humeur. Une vague de colère monta en moi contre Saint Potter et son petit pote Weasley. Au lieu de faire ce dont ils s'étaient toujours vantés, à savoir être les meilleurs amis du monde, ils la laissaient sombrer. J'étais sûre qu'elle leur sortait un sourire de circonstance, ne voulant pas paraître vulnérable, et eux comme des idiots finis la croyaient sans se poser de questions.
Ce silence semblait la déranger autant que moi, elle finit par engager la conversation.
- Tu compte partir où après ?
- En Amérique, à Salem. Théo est déjà là-bas, il m'attend. Théodore Nott, précisai-je à son regard interrogatif.
- Oh, lui. Son père est censé être jugé demain, ce sera le premier procès de mangemort.
Elle avait dit ça d'un ton désinvolte, comme si elle ne savait pas que cette seule phrase suffisait à me donner des cauchemars mais ses yeux chocolat fixés sur moi avec appréhension démentaient cela, elle essayait de déceler un quelconque sentiment. Comme si elle pouvait y arriver, personne pas même ma mère, n'arrivait à lire en moi Blaise à la limite. Elle se permettait de faire l'impassible pour tester mes réactions, et le pire, c'est qu'elle y croyait, à sa méthode. Elle voulait jouer, elle se mesurait à plus fort qu'elle. De la déception se lut très vite dans son regard en voyant que rien ne me trahissait, j'étais amplement satisfait.
- Ton père sera jugé la semaine prochaine, me dit-elle soudain.
La garce. J'avais la certitude qu'elle voulait garder cela pour la fin, mais al volonté de me voir perdre mes moyens était sûrement trop tentante. Elle venait de passer au niveau supérieur, elle essayait de me faire mal, elle testait mon masque. Mais j'ai été élevé par les meilleurs, entraîné à jouer la comédie depuis le berceau, et ce n'était pas une petite peste dans son genre qui me ferait tomber. Ce fut donc avec ma voix la plus détachée que je répondis :
- Azkaban devait lui manquer, pour qu'il se laisse attraper aussi facilement.
Ses yeux se plissèrent en me scrutant, si elle pensait déceler quelque chose, elle se mettait la baguette dans l'œil jusqu'au coude. Il n'y avait d'ailleurs rien à déceler, notre famille était impliquée jusqu'au cou dans la magie noire, et ce procès n'était pas une surprise. Je n'avais d'ailleurs pas l'espoir de revoir mon père un jour, avec tous les crimes à son actif, il serait sûrement condamné à perpétuité. Heureusement que le baiser du Détraqueur avait été banni, ma mère n'aurait pas survécu de voir son digne époux se balader sans âme. Je réprimai une grimace, la déchéance des Malefoy m'effrayait plus que je ne voulais me l'avouer, et descendre aussi bas après avoir été aussi haut dans la hiérarchie sociale me paraissait presque inconcevable. J'espérais juste qu'ils ne traîneraient pas trop notre nom dans la boue, bien que cet espoir soit très maigre. Ils bâtiraient leur nouveau monde sur nos cendres, la chute d'une des familles les plus noires, soit disant, de la société sorcière était un plaisir beaucoup trop jouissif pour qu'ils n'en profitent pas.
- Ta mère aussi sera jugée la semaine prochaine.
Je relevai la tête brusquement, mes poings se contractèrent et je sentais mon cœur s'accélérer douloureusement. S'ils osaient maltraiter ne serait-ce qu'un seul de ses cheveux, ils connaîtraient la colère d'un Malefoy, la vraie colère, celle qui gronde et vous rend aveugle, ne laissant qu'une seule pensée cohérente, celle de la vengeance. Une lueur d'excuse traversa ses yeux, cette fois elle avait réussi à me faire perdre mon masque, et elle osait en être désolée. Cette fille était plus qu'étrange.
- Comment sais-tu tout cela ? lui demandai-je, ma voix était nouée.
- J'ai passé ces derniers mois à faire une formation juridique, je travaille au département de la Justice magique à présent, j'assiste à ces procès.
J'inspirai profondément. Il fallait absolument que je me calme. Je me levai et me mis à arpenter son salon, repoussant toute pensée dévastatrice, refusant de craquer devant elle.
- Qu'as-tu donc fait ces derniers mois ? murmura-t-elle soudain.
Je me figeai sur ma place et me tournai lentement pour lui faire face. Elle ne sembla pas remarquer mon trouble et continua sur sa lancée :
- Où étais-tu ? Toutes ces informations, ce que je viens d été dire, on ne voyait que ça dans les journaux, c'est très difficile de manquer, à la une de la Gazette, la photo de moi sortant du ministère à la fin de ma formation accélérée, ou encore les listes de mangemorts attrapés jusque là. Ils sont tellement contents d'en avoir attrapé une ridicule petite dizaine qu'ils le répètent tous les jours depuis. Les journaux n'arrivaient donc pas là où tu étais ? Ou tu ne t'en souciais pas pour une raison que j'ignore. Ou les deux.
Sa voix s'était faite de plus en plus basse, elle n'attendait même plus de réponse de ma part, elle formulait seule ses hypothèses et je pouvais presque entendre les rouages de son cerveau fonctionnes. Elle se tut à la fin de sa phrase, comme si elle ne voulait pas savoir, elle ne voulait pas aller plus loin dans sa réflexion de peur de ne pas aimer ce qu'elle pourrait y découvrir et je ne pouvais que la comprendre. En repensant aux mois passé, mon cœur se serra. Elle ne devait pas apprendre, je devais l'en empêcher à tout prix. Non pas que son opinion m'importait, quoi que je n'aurais sûrement pas voulu qu'elle me vire de chez elle. Mais je voulais surtout qu'elle reste dans l'ignorance pour notre sécurité, à nous deux. Oui il valait mieux qu'elle ne sache rien, ou nos vies prendraient fin, je n'avais aucun doute quant à cela. Il fallait également que je prenne d'autres précautions, bien que j'espérais que ce ne soit pas nécessaire.
- Granger, il va de soi que personne ne doit être au courant que je suis ici, n'est-ce pas ? Personne, pas même tes éternels acolytes.
- Je n'avais pas l'intention de leur en parler, je ne veux pas qu'il y ait un meurtre chez moi.
Elle ne savait pas à quel point sa remarque à priori sarcastique pouvait se révéler véridique. Son regard me transperça à nouveau. Elle n'osait pas me poser de questions, ce qui était assez surprenant connaissant sa nature curieuse, mais je sentais qu'elle ne tiendrait pas longtemps avant de s'atteler à la tâche de découvrir ce que je cachais. Le temps qu'elle y arrive, je serais bien trop loin, je comptais tellement là-dessus que je pus rien prévoir des évènements à venir. J'aurais probablement du être plus vigilant. Je ne sais pas si cette histoire aurait été différente si j'avais su ce que je sais à présent. Mais bon, avec des "si" on pourrait mettre Poudlard en bouteille.
oOoOoOo
Plus loin, un jeune homme se précipitait dans sa salle de bain et ouvrait les robinets du lavabo. il aspergea son visage d'eau froide sans que ça ne change rien à son état. Ses cheveux d'un noir de jais étaient collés contre son front et sa peau était encore plus livide que d'habitude, presque cadavérique. Il leva la tête et croisa son regard vert émeraude dans le miroir. Il se redirigea vers sa chambre demeurée telle que l'avait laissée son défunt parrain et y trouva avec surprise une lettre sur son lit défait. Il la saisit et ses yeux s'agrandirent en parcourant les quelques lignes qui y étaient tracées.
Je vais dire ce que j'ai à dire ici, après tout mon retard, je ne me voyais pas vous retarder encore plus avec du blabla insignifiant.
Je tiens tout d'abord à vous remercier pour vos reviews constructives et encourageantes, ça me fait plaisir et ça m'aide à avancer. Je remerci aussi ladymalefoy pour sa review, et je lui souhaite une très bonne continuation pour sa fic :)
Sinon, je vous promets des chapitres plus longs à l'avenir (ou du moins j'essaierai de faire mon maximum !).
J'espère que cette suite vous a plu, mais en tout cas, quel que soit votre avis songez à m'en faire part ! C'est à ça que sert le petit bouton "review this chapter" et ça ne prend que quelques minutes ;)
A bientôt !
Yas.
