Yoh!
Je ne vais pas m'étendre trop longtemps. Un nouveau chapitre du Rendez-vous des Princes dans lequel Shizuru commence son enquête avec, hum... quelques difficultés ^^. Il consiste en grande partie en une succession de rencontres. J'espère qu'il vous plaira, le rythme est très lent.
Merci à Miya pour la correction de ce chapitre, ça aide quand même pas mal ^^. Et merci aux reviewers du chapitre précédent ^^.
Sur ce, bon chapitre!
Disclaimer: Mai Hime ne m'appartient toujours pas.
Le Rendez-vous des Princes
Chapitre 2
Une fois de nouveau en sécurité et au chaud dans sa voiture, Shizuru souffla et ferma les yeux, inquiète. Il n'était que midi et demi et pourtant elle s'était persuadée en sortant du commissariat qu'il gelait déjà. Elle se massa les tempes et pensa furtivement qu'il faudrait qu'elle mette des chaînes sur les roues si elle ne voulait pas avoir un accident. La journée, les routes étaient en bon état et tout à fait praticables, mais elle n'était plus si certaine de mener l'enquête le jour. Les choses s'annonçaient mal. Et elle s'attendait à présent à faire des virées nocturnes suffisamment souvent pour s'inquiéter de la neige qui tombait toutes les nuits.
Alors qu'elle amorçait la montée vers Osomura, elle réfléchit à ce que Haruka lui avait dit avant qu'elles ne se quittent.
« Je ne peux pas mener l'enquête sur cette affaire, j'ai déjà trois dossiers que je ne peux pas mettre en hiatus », avait-elle expliqué, « mais je ne veux pas non plus que l'enquête tarde trop. J'ai peur de trouver d'autres vitrines dans les bois. »
Voilà pourquoi elle se trouvait ici. Haruka ne pouvait pas consacrer tout son temps sur un seul dossier mais avait trop d'honneur pour le laisser à l'abandon. Peut-être aussi que le commissaire avait raison de s'inquiéter de futures victimes. Le problème était de savoir quand. Le meurtrier, si c'était le même, avait attendu neuf ans pour tuer à nouveau, pourquoi?
Shizuru grommela seule dans l'habitacle, ce qu'elle n'oserait jamais faire si quelqu'un avait été à ses côtés. Ses doigts gantés de velours mauve tapotaient nerveusement le volant, à la recherche d'une possible solution. De toute évidence, il ne pouvait pas tuer au hasard, n'est-ce pas? Attendre si longtemps, c'était sans doute parce qu'il recherchait ses cibles, quelles autres solutions y avait-il? Elle prit un virage serré et le moteur vrombit quand la voiture grimpa encore quelques mètres. Si elle avait été à sa place, médita-t-elle, elle n'aurait pas attendu neuf ans pour tuer à nouveau si elle devait le faire au hasard. C'était si facile, le hasard! Ou un tueur impulsif? Un criminel passionnel? Elle chassa cette pensée aussi vite qu'elle le put. Un tueur passionnel n'empoisonnait pas ses victimes. Le meurtre par empoisonnement supposait forcément une préparation méthodique, un plan d'attaque.
Et les Wang avaient été empoisonnés. C'était ce qu'avait révélé l'autopsie. Les morsures, et elle grimaça en utilisant cette appellation, même en pensée, servaient à déverser un poison directement dans le sang en passant par la carotide. Facile. Efficace. Plus la victime était affolée, plus ça allait vite. Le problème, c'était que les experts avaient identifié le poison comme étant du venin. Du venin. Mais quelle idée! Et puis quoi encore, ne pouvait-il pas utiliser du cyanure ou de l'arsenic, comme tout le monde? Elle grinça des dents alors qu'elle passait devant les premières maisonnées. Tout ça n'avait rien d'un hasard. La substance utilisée devait forcément avoir un intérêt quelconque. Autre que brûler les vaisseaux sanguins dans lesquels elle passait, bien entendu.
En sortant du véhicule, Shizuru remarqua, non sans une certaine apathie, qu'Osomura semblait aussi hanté le jour que la nuit. Personne n'était dans les rues, même à cette heure-ci. Elle allait donc devoir démarcher les habitants elle-même, et elle avait horreur de ça. En plus de cela, elle savait déjà qu'il allait être difficile de tirer quelque chose d'eux. L'endroit n'était sans doute pas aussi peu accueillant pour rien. Les gens ne devaient pas aimer les étrangers.
Et ils ne devaient pas aimer les commissaires non plus.
Elle soupira et entra dans le Souffle de Kagutsuchi avec plaisir. Elle fut accueillie par un Yuichi un peu plus frais que la veille qui lui fit un sourire jovial avant de lui dire bonjour et de lui faire signe de se rendre dans le restaurant. Après avoir poliment retourné la salutation, Shizuru pénétra dans la grande salle et fut surprise de le trouver vide. Quelle heure était-il? Treize heures trente-quatre. Les archéologues n'étaient pas là?
« Ils ne rentrent pas le midi » fit une voix douce derrière elle, « je fais des bentos le matin pour eux », précisa-t-elle.
Shizuru se tourna vers Mai avec un sourire. « Ara, comme pour les enfants? »
La femme rousse éclata d'un rire frais avant de secouer la tête avec dérision. « On peut dire ça. » Elle se tourna vers la salle. « Je vous sers maintenant? Qu'est-ce que vous voulez? »
« S'il vous plaît, oui. » répondit la jeune femme avant de hausser les épaules. « Ce que vous voulez, Mai, ça m'ira sans doute très bien. » La cuisinière se fendit d'un sourire et lui fit un clin d'œil avant de retourner dans les cuisines. En marchant vers la table qu'elle avait occupée le matin même, Shizuru se demanda vaguement comment il était possible d'être si heureux pour si peu. Elle retira son écharpe et la plia consciencieusement avant de la déposer sur le dos de la chaise. Elle laissa tomber son sac à ses pieds et épousseta son manteau de la neige qui s'était posée sur lui avant de le retirer souplement et d'en ajuster les plis. Il fut posé avec précaution au dessus le l'écharpe et elle s'assit, impatiente.
L'odeur qui s'échappait des cuisines était pour le moins tentante.
Vingt minutes plus tard, alors qu'elle comptait le nombre de carreaux rouges et jaunes qui constituaient le carrelage, Mai déposa devant elle le plat jusqu'alors inconnu. Shizuru cligna des yeux. Mai devait avoir l'habitude de cuisiner pour de nombreuses personnes. L'énorme bol qui était devant elle débordait presque tant il était rempli. Elle releva la tête pour regarder la rousse, qui la regardait avec un sourire satisfait, les mains sur les hanches.
« Si vous en revoulez, n'hésitez pas », dit-elle simplement. Shizuru se demanda furtivement si le couple Tate parvenait à faire des bénéfices en servant d'aussi grosses assiettes à leurs clients et en leur proposant d'être resservis tout à la fois. Ou alors, horreur, c'était le prix qui était très élevé.
De toute façon, ce n'était pas elle qui payait les frais d'enquête. Manger, c'était des frais d'enquête, non? Bien sûr que oui. Elle n'allait quand même pas payer alors qu'elle n'avait pas demandé à être envoyée dans un trou perdu au milieu des montagnes! Elle avait accepté, nuance.
Comme elle voyait que Mai ne semblait pas pressée de repartir, elle décida de saisir sa chance sans plus attendre. « Mai? » commença-t-elle en triturant avec une nervosité toute étudiée le rebord de son bol. « Est-ce que je peux poser une question indiscrète? »
Il y eut un éclat furtif dans les yeux mauves de son interlocutrice et cette dernière lui répondit presque avec sécheresse. « Non, il n'y a pas de rat dans votre assiette, mademoiselle Fujino » s'emporta-t-elle en gesticulant des mains, « Pourquoi tout le monde veut que je mette du rat dans son assiette? »
Shizuru ria derrière sa main en entendant les complaintes de la cuisinière. Cette dernière sembla se rendre compte qu'elle s'était méprise et se calma immédiatement. Elle se gratta nerveusement l'arrière du crâne avec un sourire d'excuse. « Ah, désolée, j'ai cru... »
« Ce n'est rien. Enfin, maintenant, je me demande si je ne dois pas faire attention. » répondit Shizuru en se tapant doucement le menton du bout de doigts, faussement pensive. « Vous êtes certaine qu'il n'y a pas de- »
« Mademoiselle! » tonna Mai, les mains sur les hanches et le regard brillant d'amusement.
« Ara, je plaisantais, Mai, mes excuses. »
Cette dernière soupira et récupéra le torchon qui pendait sur son épaule. « Que voulez-vous me demander, dans ce cas? » demanda-t-elle avec curiosité.
Shizuru reprit son sérieux. « Ara... j'ai entendu dire qu'il y avait eu un meurtre il y a peu? »
Le regard de Mai s'adoucit immédiatement et elle tira une chaise vers elle pour s'y asseoir en déposant son torchon sur le dossier. « Ah, oui » commença-t-elle, « quelle histoire... »
« Que s'est-il passé? » demanda la blonde avec une fausse hésitation.
« Et bien », Mai sembla collecter ses pensées avant de reprendre d'une voix blessée. « Un homme et sa fille, adoptée à ce qu'on dit, ont été tués il y a quelques jours, oui. » Mai s'interrompit. « Vous devriez commencer à manger, mademoiselle, ça va refroidir. »
« Oh, excusez-moi. » Shizuru s'empressa de récupérer ses baguettes et entama son repas avec précaution. Mai se pencha vers elle et continua alors en conspirant. « Beaucoup de gens disent que c'est un vampire, mais ne les écoutez pas. » Elle regarda autour d'elle avant de poursuivre. « Il paraît que la fille de Serguey avait beaucoup de dettes. »
Shizuru releva la tête de son repas, délicieux, et répondit d'une voix intéressée. « Des dettes? »
« Oui... vous voyez, on dit qu'elle passait beaucoup de temps à jouer au poker à Furano » continua Mai avant de se redresser. « Enfin, moi ce que j'en dis de tout ça. »
C'était faux. Nina n'avait pas de dette et ne jouait pas au poker. Si l'on devait croire Erstin, bien sûr. Elles passaient la majeure partie de leurs soirées au cinéma et dans les bars. Rien de particulièrement dangereux à première vue. Shizuru se promit de tout de même d'éplucher les comptes en banque de deux victimes mais décida de ne pas y prêter trop garde.
Si elle était le tueur, elle ne tuerait pas pour de l'argent. Tout ça ne collait pas avec le profil qu'elle avait dans la tête. « Qu'est-ce que vous en pensez, Mai? Vous n'avez pas peur? » demanda-t-elle finalement, la voix apeurée.
Cette dernière pâlit mais secoua la tête. « Tout le monde a peur, mademoiselle, mais nous savons de qui il faut se méfier, vous savez »
« Oh? » De qui, exactement, Mai?
« Oui, vous savez... » Elle se pencha de nouveau vers elle en murmurant. « Cette étrangère qui vit dans les montagnes est arrivée juste avant que l'on commence à retrouver des animaux morts. Si vous voulez mon avis, la police ne devrait pas tarder à voir ce que nous savons déjà. »
« Vous pensez qu'elle est responsable? »
La rousse se passa une main dans les cheveux, visiblement mal-à-l'aise. « Non, bien sûr que non. Il ne faut pas accuser les gens sans preuve, mademoiselle », dit-elle comme pour se convaincre. « Mais méfiez-vous quand même. », reprit-elle après quelques instants en murmurant. « Il paraît qu'elle dort la journée et qu'elle se promène dans les bois la nuit. »
Il y eut un silence et Mai, persuadée d'avoir convaincu son auditoire, se retira après avoir lâché un « Et son énorme chien, là, une véritable bête sauvage. Il faudrait qu'elle le tienne en laisse ». Shizuru fut ainsi abandonnée à ses lugubres pensées et à son repas de reine.
Elle soupira de dépit. Il allait falloir faire le tri entre la réalité et les rumeurs. Voilà quelque chose qui ne l'enchantait pas. Mais alors pas du tout.
La première maison à laquelle Shizuru décida de frapper était celle du maire. Yuichi lui avait indiqué le chemin lorsqu'elle lui avait demandé où elle pourrait le trouver, après lui avoir jeté ce regard suspicieux qui le caractérisait si bien. Shizuru n'était pas stupide. Elle savait que son statut d'enquêteur ne resterait pas longtemps dans les tiroirs et que son anonymat ne tiendrait pas jusqu'au lendemain. Elle ne cherchait même plus à être particulièrement discrète. Elle doutait que cela change quelque chose à l'affaire, de toute façon. N'importe quel imbécile pouvait remarquer qu'elle n'était pas de la région, c'était aussi évident que si cela avait été écrit sur son front. Et apparemment, on faisait autant confiance aux étrangers qu'aux représentants de l'ordre à Osomura, si l'on en croyait Haruka et les dires de Mai, qui la confortaient dans cette idée.
En plus de cela, Shizuru allait devoir sonner chez les gens pour leur demander expressément ce qu'ils pensaient de l'affaire. Il y avait mieux si on voulait être discret. Elle allait devoir compter sur son charisme, et sur lui uniquement, si elle voulait pêcher les bonnes informations. Et probablement faire preuve de patience, si elle devait écouter toutes les rumeurs saugrenues qui devaient circuler dans le village depuis l'annonce des meurtres.
Une fois arrivée devant la porte d'entrée blanche d'une maison trois fois plus grande que les autres, elle procéda à son habituel rituel. Elle réajusta son manteau, vérifia tous ces menus détails auxquels personne ne faisait attention, et remit rapidement sa chevelure en place avant de sonner.
Elle attendit un certain moment dehors, le nez enfoui dans son écharpe mauve assortie à ses gants, avant que quelqu'un ne vienne lui ouvrir. La petite brune qui se dévoila derrière la porte était une domestique. Elle portait une tenue noire et blanche impeccable et s'inclina lorsqu'elle s'effaça pour la laisser entrer. Shizuru fit quelques pas dans la grande entrée et dénoua un peu son écharpe. Il faisait chaud à l'intérieur. « Bonjour », commença-t-elle d'une voix égale et plaisante, « je suis Shizuru Fujino, je voudrais voir le maire. Est-ce qu'il est ici? »
La jeune fille se redressa et lui répondit avec un enthousiasme enfantin. « Enchantée madame, je suis Akane. Je vais voir si Kanzaki-sama est dans son bureau. » Elle lui présenta les quelques fauteuils qui formaient une ronde dans un coin du hall et continua en se dirigeant vers une porte latérale. « Asseyez-vous, je reviens dans deux minutes. » Et sur cette note, elle disparut derrière la porte.
Shizuru ouvrit son manteau et retira complètement son écharpe avant de s'asseoir en regardant autour d'elle. Elle n'aimait pas qu'on l'appelle « madame ». Ça la vieillissait cruellement. Les murs de la maison, ou plutôt du manoir, étaient très hauts. Le papier peint était élégant, jaune et blanc, et les escaliers vernis qui semblaient mener à l'étage supérieur bien entretenu. Celui qui vivait ici était un homme raffiné pensa-t-elle en voyant le carrelage parfaitement posé et la décoration impeccable. Et riche, réalisa-t-elle en sentant dans son dos le cuir mou du fauteuil. Elle croisa les jambes. La pièce était peut-être un peu trop impersonnelle à son goût, mais elle était très belle. Très propre. Très rangée. Un peu comme chez elle, en réalité. Les relents de perfectionnisme qui l'assaillaient parfois depuis quelques années avaient vu la maison de la jeune femme transformée pour être aussi parfaitement agencée que si trente domestiques travaillaient à l'intérieur. Shizuru ne supportait pas la poussière. Elle se glissait trop facilement sous les ongles. Et les ongles sales, c'était-
Akane la tira de ses pensées en revenant vers elle, souriante. La fille ne devait pas avoir dix-huit ans, songea Shizuru en la regardant marcher. « Kanzaki-sama vous attend » annonça l'adolescente avant de la guider vers la porte qu'elle avait empruntée quelques minutes auparavant. Bon sang, que ce « sama » était ridicule. Elles traversèrent un petit couloir peint en jaune paille et au carrelage crème en silence, avant d'arriver devant une porte blanche. Akane frappa docilement et attendit qu'une voix grave et douce ne se fasse entendre dans un « entrez » chaleureux avant de pénétrer dans la pièce. Elle s'effaça pour laisser le commissaire entrer et Shizuru put enfin être accueillie par l'homme qui occupait la salle.
Le bureau de Reito Kanzaki était également jaune et blanc.
Ce dernier se leva promptement avec une rare élégance et lui présenta une main manucurée, le costume noir taillé sur-mesure tombant parfaitement sur ses épaules, un sourire aimable et poli collé au visage. « Fujino-san, je suis ravi de vous rencontrer. » commença-t-il alors qu'elle lui serrait la main, « Je suis Reito Kanzaki, le responsable de la collectivité d'Osomura. »
Shizuru se rendit compte qu'elle venait de rencontrer son alter-ego avec une pointe de cynisme. S'il était l'assassin, elle avait du souci à se faire. « Enchantée. » répondit-elle avec un sourire calqué sur celui qui lui faisait face.
Reito Kanzaki fit un signe de tête en direction d'Akane et cette dernière déguerpit après avoir poliment salué Shizuru d'une courbette empressée. Il souffla un peu gardant son sourire intact et se tourna vers elle à nouveau. « Que puis-je faire pour vous, madame? Je devine que vous n'êtes pas d'ici. Vous souhaitez emménager? » demanda-t-il avec une curiosité mal camouflée.
Elle se retint de pouffer comme une adolescente mais ne put empêcher un sourcil sceptique de se lever. Emménager? Ici? Quelle idée. C'était un miracle que l'exode rural ne soit pas déjà passé par là. « Ara, je crois que vous faites erreur, Kanzaki-san. » répliqua-t-elle avec humour. Il ne se démonta pas pour autant et répliqua en lui présentant un siège. « Oh? Vous venez de Kyoto, je me trompe? Que venez-vous chercher dans le froid et la neige hivernale de Hokkaido? » Il termina sa phrase en s'asseyant à son tour sans relever le fait qu'elle pliait soigneusement son écharpe avant de la poser sur ses genoux.
« Des vampires? » répondit-elle aimablement en gardant son sourire innocent.
Le maire ignora le cynisme de la réplique et lui lança un regard intéressé. « Vous êtes venue enquêter. Depuis Kyoto? »
Elle posa ses mains sur son écharpe. « J'ai été appelée par le commissaire Suzushiro. C'est une amie. » commença-t-elle, « je suis effectivement ici pour enquêter. La moindre des choses était de vous prévenir de ma présence ici. »
Il hocha la tête et croisa les mains devant lui, les coudes posés sur son bureau. « D'accord, on m'a averti de la venue d'un enquêteur, j'aurais dû me douter que c'était vous », répondit-il doucement, « je suppose que vous savez mieux ce que vous avez le droit de faire que moi. Si je peux vous être d'une quelconque aide, n'hésitez pas. » Il sembla méditer quelques secondes avant de reprendre avec une curiosité et, elle osait le penser, inquiétude. « Vous logez au Souffle de Kagutsuchi ou à Furano? »
« Au Souffle de Kagutsushi. » Et comme elle devinait où cette conversation menait, elle ajouta innocemment « je compte rester jusqu'à ce que j'en sache plus. Je crois que ça va prendre un certain temps, étant donné les circonstances. »
« À qui le dites-vous », répondit-il, visiblement dépité. « Je peux m'engager à payer les frais d'hôtel, si vous le désirez, je ne sais pas si c'est compris dans les frais d'enquête. »
Jeu, set et match. « Ara, c'est trop aimable, Kanzaki-san. »
« Je vous en prie, c'est normal. » répondit-il avec un sourire qui lui prouva qu'il n'était pas dupe. Shizuru préféra ne pas s'en formaliser, heureuse d'avoir trouvé un moyen de ne pas payer ce qu'elle pressentait être des sommes d'argent exorbitantes, et passa à autre chose.
« Dans ce cas, merci », conclut-elle, « je ne suis pas certaine que j'aurais pu les avancer moi-même ». Ce qui était faux. Mais peu importe. Personne n'avait à savoir qu'elle était l'une des plus grandes fortunes d'Honshu depuis qu'elle avait récupéré le trésor royal que constituait l'héritage de ses parents. « Quoiqu'il en soit, avez-vous quelque chose d'important à déclarer avant que je ne vous pose quelques questions? »
Le visage de Reito Kanzaki sembla s'attrister. « Malheureusement, je crains que oui. » Devant le regard curieux du commissaire, il poursuivit. « Je suis probablement la dernière personne à avoir vu Serguey vivant. »
« Ara? »
« Je suis allé chez lui en début de soirée, Nina était déjà partie. J'étais venu lui dire que le terrain qu'il prévoyait d'utiliser pour construire son nouveau projet d'immeuble avait été déclaré non-constructible par la municipalité de Furano. » Il s'arrêta pour soupirer. « Il faut croire que rien n'a été comme prévu ce soir-là. »
La jeune femme se redressa sur son siège, intéressée. « À quelle heure êtes-vous parti? »
Il lui lança un regard égaré. « Je ne sais pas, je n'ai pas regardé. »
« Approximativement. Vous aviez déjà mangé? »
« Oui, c'était pendant la soirée. » Il s'enfonça dans son siège et sembla réfléchir, les yeux mi-clos. « Je dirais entre vingt-deux et vingt-trois heures. Nous avons discuté un bon moment. »
Shizuru s'agita sur son siège, sceptique. « Vous êtes allés le voir après le dîner? Pourquoi si tard? »
« Parce que je l'ai appris juste avant le dîner et que je ne voulais pas laisser la nourriture refroidir, pourquoi donc voulez-vous que j'y aille aussi tard? » répondit-il comme si c'était une évidence.
« Mais pourquoi ne pas avoir attendu le lendemain, alors? » renchérit Shizuru avec curiosité. Elle ne pouvait s'empêcher de trouver qu'il était étrange de quitter le village après le dîner pour aller dire à l'un de ses concitoyens qu'il ne pourrait pas mener un projet à terme. Un coup de téléphone aurait suffi. Ou alors, il était possible d'attendre le lendemain matin.
Elle fut étonnée de voir Reito Kanzaki soupirer avant de lever les bras en signe d'impuissance. « Je voulais qu'il le sache le plus vite possible. Je n'y serais pas allé au milieu de la nuit si je n'avais pas trouvé que c'était urgent. Il devait démarrer son projet dans deux jours! Je ne pouvais quand même pas attendre le lendemain pour l'informer. »
« Mais… vous auriez pu téléphoner, non? »
Il lui renvoya un regard éberlué. « Mais enfin, ce n'est pas quelque chose qu'on apprend à quelqu'un par téléphone! » Il gesticula des mains en perdant visiblement son calme. « Il travaillait sur ce projet depuis presque un an! Je voulais être là pour lui tenir compagnie, c'est mon travail et mon rôle! » répliqua-t-il, manifestement insulté.
Elle releva les mains placidement en signe de défense. « Ara, pardonnez-moi, Kanzaki-san, mais avouez que ça peut paraître étrange. »
« Bien sûr, bien sûr » répliqua-t-il en regagnant le contrôle de ses mains. Il se pinça l'arête du nez un instant avant de soupirer. « Je vous prie de m'excuser, je suis un peu sur les nerfs avec cette histoire. Votre présence ici me laisse présager le pire. »
« Je comprends » Elle lui fit un sourire encourageant auquel il répondit, visiblement apaisé. Un chantier. Peut-être faudrait-il creuser par là. « Savez-vous comment les habitants risquent de réagir à ma présence ici? » Il grimaça à l'entente de la question avant de répondre. « Mal. Les étrangers n'ont pas la côte ici. La moitié des habitants refuseront de vous parler. Les autres sont comme des fous depuis une semaine. » Il croisa les mains sous son menton, pensif et inquiet. « Ils s'accusent et se soupçonnent les uns les autres. Certains pensent même qu'il s'agit d'un véritable vampire! » Il secoua la tête de dépit à la mention de cette dernière phrase. « Ils ont peur, et les circonstances des meurtres laissent leur imagination vagabonder librement. J'ai même entendu parler de loup-garou! »
Shizuru laissa échapper un soupir. Elle avait justement craint cette réaction. Elle risquait fortement de ne rien tirer de son porte-à-porte. « Et vous? » demanda-t-elle tout de même avec une pointe d'hésitation. « Vous avez un avis sur la question? »
Il réfléchit un instant avant de secouer la tête. « Il y a bien Tomoe Marguerite, mais c'est juste une fille un peu dérangée, elle ne ferait pas de mal à une mouche. »
« Pourquoi elle? »
Il grimaça. « On dit que les morts ont été tués par morsure. Et elle a une impressionnante collection de serpents chez elle. » commença-t-il, « je pense que beaucoup d'habitants la soupçonnent pour cela, mais... » Il leva les yeux au ciel. « Elle a peur du noir. Comment voulez-vous qu'elle tue quelqu'un la nuit dans ces conditions? »
Shizuru ferma les yeux en se massant les tempes. Visiblement, il y avait un petit paquet de personnes peu fréquentables à Osomura. Entre l'éleveuse de serpents et la dresseuse de chiens, il ne manquait plus qu'une vieille folle et elle aurait le tiercé gagnant.
Une demi-heure plus tard et comme la plupart des gens travaillaient à cette heure-ci de l'après-midi, Shizuru décida de retourner à l'hôtel pour voir si elle ne pouvait pas se procurer une carte de la région et un annuaire afin de voir le nombre d'habitants qui lui restaient à aller voir. C'est-à-dire la quasi-totalité. Elle soupira en pensant que l'entretien avec le maire n'avait pas été très utile. L'homme était charmant mais ne semblait pas avoir beaucoup d'informations intéressantes à lui donner. Son histoire de visite au clair de lune était assez étrange, mais Shizuru songea en marchant dans le froid que tout à Osomura semblait sortir d'une autre planète. Une éleveuse de serpents? Et puis quoi encore? Elle n'en revenait toujours p-
Une vieille femme la regardait depuis sa fenêtre, une main décharnée agrippée sur le rideau en dentelle blanc, le visage fermé et le regard scrutateur. Shizuru s'arrêta et se tourna vers elle avec amusement. Lorsque son regard rouge croisa les yeux perçants de la vieille, cette dernière s'empressa de tirer le rideau afin de ne pas être vue.
Tiercé!
Trop tard, pensa gaiement la jeune femme en se dirigeant vers la maison de pierre blanche où la vieille se trouvait d'un pas presque sautillant. Elle allait pouvoir raccourcir sa liste de personnes à interroger dès maintenant. Elle grimpa les trois marches et frappa à la porte avec entrain et bonne humeur. Elle n'eut pas de réponse. Visiblement, les petits vieux avaient aussi connaissance de la technique du mort dans les contrées les plus reculées de Hokkaido. Combien de fois avait-elle dû frapper à la porte de ces vieux singes à Tokyo? Elle frappa de nouveau et entendit un bruissement de tissu -probablement de kimono- derrière la porte avant qu'une voix douce et fluette ne lui provienne depuis l'intérieur. « Oui, j'arrive, j'arrive. »
Déjà? Elle pensait pourtant devoir insister plus longtemps. La porte s'ouvrit sur une vieille femme qui n'était pas celle qu'elle avait vue à la fenêtre quelques minutes plus tôt. Voilà pourquoi elle n'avait pas eu à attendre trop longtemps. Son interlocutrice avait un visage enfantin malgré l'âge, et un sourire accueillant. Se sentant presque comme un enfant pris en flagrant délit de vol de bonbon, Shizuru s'inclina, chose rarissime, avant d'annoncer son identité.
« Bonjour, excusez-moi de vous déranger, je suis Shizuru Fujino. » entreprit-elle d'expliquer. « Je suis chargée d'enquêter sur les crimes qui ont eu lieu il y a quelques jours et j- »
Une voix criarde l'interrompit depuis l'intérieur de la pièce, la faisant grincer des dents tandis que l'autre femme fermait les yeux pour se protéger. « Fumi! Qu'est-ce que c'est? » Ladite Fumi lui fit un sourire d'excuse avant de l'inviter à entrer en silence, ce que Shizuru fit avec gratitude après quelques hésitations. Elle se tourna ensuite vers l'intérieur et la guida vers ce qui semblait être le salon.
Tout sentait le vieux dans cette maison, pensa Shizuru lorsqu'elle mit les pieds dans la petite pièce exigüe. Les meubles étaient disposés d'une curieuse façon, formant de larges allées ou alignés contre les murs au papier peint vert sale et vieilli. Plus loin, à côté d'une petite table, se trouvait la raison de ces étranges agencements de mobiliers.
Une vieille femme entassée sur un fauteuil roulant les regardait avec des yeux perçants et suspicieux. C'était celle qui était à la fenêtre quelques minutes auparavant. La voix de Fumi s'éleva doucement dans la pièce, comme une brise d'été. « Mashiro, viens, cette dame est là pour enquêter sur ce qui est arrivé à Serguey et Nina Wang. »
Le regard de la vieille s'éclaira d'un coup et elle se tourna complètement vers elles, intéressée. Fumi la rejoint, laissant Shizuru gauchement plantée à l'entrée du salon, et se posta derrière elle pour pousser le fauteuil roulant dans l'allée formée par les meubles vers un espace vide entre les fauteuils disposés dans un coin. « Fujino-san, je vous en prie, asseyez-vous » dit-elle alors avec douceur après avoir bloqué le fauteuil pour éviter qu'il ne roule vers l'arrière. « Vous voulez du thé? »
« Je veux bien, merci. » répondit Shizuru en retirant son écharpe et en la pliant sur ses genoux.
« Mashiro? » demanda-t-elle en se tournant vers la vieille femme aux cheveux blancs comme la neige.
« S'il te plaît, Fumi, tu es gentille. » répondit cette dernière en tapotant l'avant-bras de l'autre. Fumi quitta alors la pièce et laissa derrière elle les deux femmes se regarder en silence. Shizuru fut soulagée de voir que la vieille n'osait pas la regarder dans les yeux. L'avantage d'avoir les yeux rouges, songea-t-elle en se mettant à l'aise, était qu'elle avait toujours l'ascendant sur ses interlocuteurs. Toujours.
Sauf Haruka. Mais comment pouvait-on avoir l'ascendant sur une telle force de la nature?
Le silence pesant perdura un moment avant que Mashiro ne se redresse sur son siège et lui lance un regard apeuré. « D'où vient-il? » murmura-t-elle alors.
Shizuru cligna des yeux sans comprendre. « Je vous demande pardon? »
« Le rouge dans vos yeux » répondit l'autre avec sécheresse, « D'où vient-il? »
Shizuru lui fit son plus beau sourire et s'enfonça confortablement dans son siège. « Ara, c'est une longue histoire » commença-t-elle d'une voix enjouée, « c'est- »
« Oh! » Mashiro se pencha vers elle, intriguée. « Et cet accent, d'où vient-il? Quelle étrange fille vous êtes! »
La jeune femme éclata de rire avant de songer à s'en empêcher. Ce fut le moment que choisit Fumi pour entrer de nouveau dans la pièce avec un plateau sur lequel reposaient trois tasses de thé fumantes. Shizuru se força à reprendre son calme et répondit à la vieille avec amusement. « Je viens d'Honshu, c'est un accent qui vient de ma ville natale, Kyoto. »
Mashiro se tourna vers Fumi et tira sa manche lorsque cette dernière s'assit près d'elle. « Fumi! Quelle est cette fille que tu nous ramènes, on dirait qu'elle chante! » L'autre lui sourit, ce qui sembla l'apaiser, et prit sa main entre les siennes. « C'est parce qu'elle vient de loin, Mashiro, rien d'autre. »
Ces deux-là, pensa alors Shizuru en souriant, elle était curieuse de savoir ce qui pouvait bien les lier l'une à l'autre. Fumi se tourna vers elle avec bienveillance et lui proposa une tasse de thé que Shizuru prit avec déférence avant de lui demander de préciser la raison de sa visite. Shizuru se retrouva dans une impasse. Que pouvait-elle bien demander à deux petites vieilles sur un crime commis en pleine nuit dans les bois? Les deux femmes ne pouvaient que dormir.
« Vous êtes dans ce village depuis longtemps? » s'entendit-elle demander avec un peu trop de curiosité à son goût. Les deux femmes répondirent à l'unisson, et Shizuru dut se retenir de ne pas recracher son thé sur son pull. « Quarante-deux ans. »
« Ara... vous devez bien connaître le village alors. »
« Et comment! » s'écria Mashiro de sa voix criarde, manquant dans son énervement de renverser sa propre tasse, « nous connaissons la région par cœur, n'est-ce pas Fumi? » Cette dernière hocha la tête avant de reprendre calmement. « Mais nous ne sommes plus allées nous balader depuis un moment, l'hiver il fait trop froid. » Mashiro sembla grommeler quelque chose que la jeune femme ne comprit pas mais n'ajouta rien. « Je suis désolée, Fujino-san » reprit alors Fumi avec un sourire contrit, « mais je ne pense pas vous être d'une très grande aide pour votre enquête, nous n- »
« Bien sûr que si, Fumi, voyons! » répliqua l'autre en renversant définitivement sa tasse sur son kimono bleu ciel sans s'en rendre compte. « Je sais ce qu'il se passe, je vois des choses. »
Shizuru mit un certain temps à comprendre qu'elle ne parlait pas de visions surnaturelles mais du fait qu'elle passait probablement ses journées devant la fenêtre à regarder les allées et venues de tout le monde. Elle se pencha alors en avant et pointa son doigt vers l'extérieur. « Je vais vous dire, ma fille, depuis que les mineurs sont là, il se passe des choses étranges. »
« Vous voulez dire les archéologues? »
« C'est pareil » répliqua l'autre d'un mouvement négligent de la main. « Je les vois partir le matin et revenir le soir couverts de terre. »
Certes. Fumi leva les yeux au ciel et lui tapa gentiment la main. « C'est leur travail, Mashiro, ils creusent. » La vieille ne sembla pas d'accord et lui lança un regard de dédain avant de se tourner vers Shizuru à nouveau. « Ils ont réveillé le Diable, avec leur bric-à-brac! Pas étonnant qu'il y ait des morts. Je vous le dis, les prochains seront les Yumemiya. »
La jeune femme soupira imperceptiblement dans sa tasse. Quel merdier. « Les Yumemiya? » demanda-t-elle pour changer de sujet. Triomphante, Mashiro se redressa. « Oui, il paraît qu'ils ont eu un enfant avant de se marier. Ils sont maudits, je vous le dis, moi, mais personne ne m'écoute jamais. »
Fumi la contredit immédiatement. « Mais non, ce sont des rumeurs, ça! Arika est née bien après qu'ils se soient mariés! »
« Ils ont antidaté le mariage! » répondit l'autre avec agacement, « Tu penses bien, ils n'allaient quand même pas le crier sur tous les toits! »
« Ara... » Les deux femmes se tournèrent de concert vers Shizuru en l'entendant murmurer. « Vous n'avez rien vu d'autre, Mashiro-san? »
Cette dernière sembla réfléchir pendant que Shizuru priait mentalement de recevoir une réponse négative. « Si! » s'exclama-t-elle finalement, au grand dam des deux autres occupantes de la pièce qui échangèrent un regard désolé. « Il y a cette petite folle, avec ses serpents, là! » commença la vieille en s'agitant sur son siège. « Toujours aux petits soins avec eux, elle ne les quitte jamais! Une fois j'en ai retrouvé un dans la cuisine! » Elle grommela à nouveau quelque chose d'imperceptible en regardant sur le côté. Fumi en profita pour lui prendre sa tasse vide des mains et la reposer sur le plateau dans un claquement de porcelaine.
« Je crois que je ne vais pas vous retenir plus longtemps » déclara Shizuru en reposant sa tasse, qu'elle venait de terminer à une rapidité telle qu'elle sentait sa gorge brûler. Mashiro ne répondit pas mais lui fit signe de partir d'un geste sec de la main que la femme de Kyoto interpréta comme étant un au revoir.
Fumi se leva également avec un sourire d'excuse amusé et la raccompagna sur le pas de la porte. Shizuru déplia son écharpe et la remit autour de son cou avant de sortir, et la vieille ouvrit la porte d'entrée pour la laisser passer.
« N'en voulez pas à Mashiro, elle perd un peu la tête. » souffla-t-elle alors que Shizuru la dépassait. Cette dernière lui rendit son sourire et secoua la tête. « Ara, ce n'est rien, j'espère ne pas l'avoir trop effrayée. »
« Ne vous inquiétez pas », répondit l'autre, « elle s'en remettra bien assez vite. Par contre, hum... »
Shizuru pencha la tête sur le côté avec curiosité. « Oui? »
Fumi soupira et croisa les bras avant de reprendre avec anxiété. « Je pense que vous devriez faire attention au trappeur. C'est une femme si étrange! »
« Le trappeur? »
« Oui, comment s'appelle-t-elle, déjà? » Il y eut un moment de silence pendant lequel Fumi sembla réfléchir profondément avant que son visage ne s'éclaire, triomphant. « Ah! » s'exclama-t-elle alors, « Natsu... Natsumi Kruger, ou quelque chose comme ça. » Elle jeta un rapide coup d'œil autour d'elles avant de continuer avec empressement. « On dit qu'elle dort le jour et qu'elle chasse la nuit avec son chien. Vous savez, cette grosse bête. »
Non, pensa alors Shizuru, elle ne savait pas. Si l'on en croyait les dires des habitants, cette Natsumi Kruger était un chasseur de têtes nocturne accompagné d'un animal de cauchemar assoiffé de sang et de chair humaine. Elle peinait à croire que ce soit possible.
En rentrant à l'hôtel, quelques minutes après, elle continuait de repenser à ce curieux personnage. Elle était persuadée que les rumeurs qu'elle avait entendues jusque-là à son sujet étaient remplies d'exagération, justement parce que c'était des rumeurs, mais il était de notoriété publique qu'on ne faisait pas de fumée sans feu. Le chien en question devait véritablement être d'une taille impressionnante pour que les habitants en aient une peur aussi démesurée.
Elle retira son écharpe et dénoua son manteau avec précaution en avançant à l'intérieur à la recherche de Yuichi Tate. Elle repéra du coin de l'œil la note pendue au-dessus de l'interrupteur avec amusement et dépassa l'accueil vide en regardant autour d'elle avec curiosité.
Elle pensait que Yuichi serait derrière le bureau, probablement en train de mourir d'ennui et prêt à lui remettre ses clés en la voyant arriver. Après tout, il avait été là quelques heures plus tôt pour la regarder partir. Mais Yuichi n'était pas là. Peut-être ne s'attendait-il pas à la voir rentrer si tôt? Elle lâcha un petit soupir. Le service dans les villages était-il toujours aussi aléatoire?
Comme il y avait du bruit du côté de la salle où elle prenait ses repas, elle se dirigea vers cette dernière et traversa le couloir. Mai devait être encore occupée dans les cuisines, songea-t-elle. Peut-être que la rousse pourrait lui indiquer où trouver une carte. Peut-être même lui en prêterait-elle une?
Les bruits étouffés en provenance de la cuisine la confortèrent dans cette idée. Le restaurant était vide, mais la cuisinière devait être occupée à ranger la vaisselle ou préparer le repas pour les archéologues lorsqu'ils reviendraient.
« Mai? » appela-t-elle en se tournant vers la pièce.
Elle ne reçut pas de réponse. Mais les bruits continuèrent. C'était... de l'eau qui coulait? Elle fronça les sourcils et dépassa le comptoir du bar avec souplesse. « Mai? Vous êtes là? » demanda-t-elle une nouvelle fois en se glissant derrière le bar en silence. Pas de réaction. Le léger « glouglou » de l'eau qui s'écoule depuis un robinet continuait.
Bizarre, songea-t-elle en poussant du bout des doigts la porte de la cuisine.
Les cuisines étaient relativement grandes. Tout n'était que métal brillant et carrelage blanc. Il ne devait pas y avoir un seul rat dans cet univers de propreté, pensa-t-elle avec ironie en passant devant les plaques, les frigos, les réserves de pommes de terre et les comptoirs sur lesquels Mai devait préparer les repas. Elle se dirigea vers la source de l'eau et s'arrêta net lorsqu'elle l'eut trouvée.
La scène qui se déroulait sous ses yeux la fit cligner des yeux.
Dans un coin de la pièce, devant une porte dérobée, il y avait une table et à ses côtés un gigantesque évier qui se remplissait peu à peu d'eau et de mousse. Mais Shizuru ne prêta pas garde à la pièce, et elle ne vit ni la porte, ni l'évier, ni l'eau qui coulait, ni la mousse qui commençait à déborder.
Parce qu'à cette table était assise la plus belle petite fille qu'elle ait jamais vue.
Ses cheveux blonds étaient dénoués et cascadaient presque librement autour d'elle comme un halo doré, à peine retenus par un fin ruban noir qui les empêchait de venir se balader devant les yeux de la fillette, si bleus et si brillants que Shizuru crut qu'ils étaient faits de cristal. Imperturbable, la fille semblait infiniment plus concentrée sur la feuille de papier sur laquelle elle dessinait que sur le fait qu'une étrangère la regardait, mystifiée, depuis le pas de la porte.
Shizuru finit par se fendre d'un sourire nostalgique. Elle avait déjà rencontré une petite fille semblable à celle-ci, songea-t-elle en posant une main sur l'encadrement de la porte pour s'y appuyer. Si mignonne elle aussi, flanquée d'un uniforme d'école neuf et repassé à la perfection, toujours coiffée comme une princesse. Elle soupira.
Cette petite fille-là était bien vivante.
Comme elle avait la gorge sèche, elle toqua à la porte pour faire connaître sa présence. La petite fille ne réagit pas et continua de dessiner sans lui porter la moindre attention. Intriguée, Shizuru avança vers elle avec précaution.
Presque immédiatement, la fillette, qui devait avoir une petite dizaine d'années, fit volte-face et la regarda droit dans les yeux.
Il aurait été difficile de déterminer laquelle des deux semblait la plus effrayée.
Le commissaire se raidit et suspendit sa marche. Comme le silence s'éternisait, elle finit par remarquer que l'eau continuait de couler dans l'évier, quelque part sur le côté, et s'arracha aux yeux bleus de la petite pour aller fermer le robinet. Elle sentit le regard de la fille dans son dos lorsqu'elle se tourna vers l'évier et ce dernier ne la quitta pas pendant toute l'opération. Quand elle se retourna, elle vit que la petite blonde la regardait avec des yeux emplis de curiosité, grands ouverts. Attentive au moindre geste.
Mal-à-l'aise, Shizuru lui fit un petit signe hésitant de la main en murmurant un « bonjour » étouffé, réfugiée derrière un sourire aimable peu naturel.
La fille lui sourit alors et répondit à son geste avec enthousiasme, visiblement heureuse de voir une nouvelle tête, et enchaîna en faisant une succession de gestes et d'expressions qu'elle ne comprit pas. Shizuru cligna des yeux en réalisant l'évidence et se frappa mentalement le crâne pour ne pas avoir eu l'intelligence de le remarquer plus tôt, trop mystifiée par cette vision enfantine et nostalgique pour réfléchir.
La fille était sourde. Et Shizuru ne connaissait pas le langage des signes.
La petite blonde sembla réaliser son trouble et s'arrêta de gesticuler dans tous les sens pour lever les yeux au ciel et récupérer une feuille de papier vierge derrière elle, stylo en main. Elle griffonna quelque chose et fit signe à la jeune femme de s'approcher.
Bonjour, je m'apelle Alyssa.
Shizuru sourit. Elle commençait à comprendre qui pouvait avoir écrit la fameuse note scotchée au dessus de l'interrupteur près de l'accueil. Elle s'empara d'un stylo à son tour et répandit sur le papier son écriture fine et élégante.
Bonjour Alyssa, je suis Shizuru. Que fais-tu ici toute seule?
Ce fut le moment choisi par Mai pour entrer dans la pièce en courant, faisant sursauter Shizuru par la même occasion. Alyssa ne réagit pas et se contenta de répondre rapidement. « Ah, Shizuru-san, merci! » s'exclama la rousse en la voyant. « Mon frère est passé, j'ai discuté et j'ai oublié que j'avais mis l'eau en route. » Elle se frappa le front et se dirigea vers l'évier pour enlever le château de mousse qui s'était formé au-dessus de ce dernier et Shizuru en profita pour lire ce que Alyssa avait écrit.
Ça, cé maman. Elle a du oublié l'eau encore une foi.
Shizuru ria en lisant ces quelques mots et lui fit un clin d'œil. La fille gloussa et se leva, emportant avec elle son dessin et ses crayons, avant de courir vers Mai, qui se baissa pour recevoir un baiser sur la joue, et de courir vers l'extérieur. Les deux femmes échangèrent alors un silence et un soupir bienheureux.
Quelle adorable fillette.
« Votre fille est adorable » murmura Shizuru en récupérant la première, un grand sourire sur le visage.
Mai ria en commençant sa vaisselle. « Je sais, tout le monde devient complètement gâteux dès qu'elle apparaît. » Elle sembla supprimer un nouveau rire avant de reprendre. « Même madame Kazahana ne peut pas s'empêcher de lui offrir des sucreries. »
« Kazahana? » demanda Shizuru en ayant déjà une petite idée de qui il pourrait s'agir.
« Oui, la doyenne du village. Une petite vieille qui passe ses journées à sa fenêtre. Si vous restez un peu avec nous, vous ne pourrez pas la manquer! » Mai plongea une dizaine d'assiettes dans l'eau et commença à les laver une à une. « Sinon, mademoiselle Fujino » reprit-elle avec amusement, « je ne peux pas dire que je ne suis pas contente que vous soyez ici étant donné que vous avez évité une énième inondation de ma cuisine -Shizuru laissa échapper un petit rire entendu-, mais que faites vous ici? Les clients ne sont pas censés visiter l'arrière du restaurant. »
Shizuru se mordit la lèvre. « Je voulais vérifier cette histoire de rats. »
Il y eut un clang sonore et elle éclata de rire en voyant le regard éberlué de Mai, qui venait de lâcher ses assiettes. Cette dernière s'adoucit en comprenant qu'il s'agissait d'une plaisanterie, et secoua la tête de dépit. « Ne me faites pas des peurs pareilles, enfin. »
« Ara, mes excuses, Mai. » Elle avisa la chaise laissée vide par Alyssa quelques minutes plus tôt et s'y assit avec souplesse. « Je vous cherchais. »
« Pourquoi donc? »
« Je n'ai pas été très franche avec vous tout à l'heure. » répondit l'autre avec un plaisant sourire. Mai fronça les sourcils et se tourna vers elle, délaissant momentanément ses assiettes pour lui lancer un regard curieux. « C'est-à-dire? »
« Je n'étais pas simplement curieuse, pour le meurtre des Wang » commença Shizuru en s'adossant contre le dossier de sa chaise, l'écharpe déjà sur les genoux. « Je suis ici pour enquêter dessus. Je crois qu'il est plus honnête de vous le dire. »
Mai laissa échapper un cri de surprise et croisa les bras en face d'elle en lui lançant un regard inquisiteur. « Vous êtes venue enquêter? Mais c'est la juridiction du commissaire Suzushiro, ici! »
« Je suis une amie », répondit la blonde en cachant sa surprise. Elle ne pensait pas que Mai lui lancerait une telle réplique. « Je suis commissaire à Tokyo, mais elle m'a demandé de me charger de l'enquête sur le terrain car elle est très occupée. »
Mai plissa les yeux un instant avant de soupirer et de se tourner à nouveau vers sa vaisselle. « Merci de me l'avoir dit, commissaire. » dit-elle finalement avec douceur. Apparemment, elle ne lui en tenait pas rigueur et Shizuru se sentit étrangement soulagée de ne pas avoir à présenter ses excuses. « Vous vouliez autre chose? »
« Ara, oui. » reprit Shizuru en se souvenant de la principale raison pour laquelle elle était venue au départ. « Je cherche une carte de la région. Où est-ce que je peux en trouver une? »
« Le mieux est d'aller à Furano, mais si vous voulez je peux vous prêter la mienne en attendant. Elle est un peu vieille, mais on ne s'en sert pas. » répliqua Mai en déposant la dernière assiette sur le côté et en s'emparant des premiers couverts.
Shizuru sourit. Les gens d'ici n'étaient peut-être pas si méfiants et inhospitaliers qu'elle le pensait.
Pendant la soirée, alors qu'on lui claquait la porte au nez pour la vingtième fois, elle décida de revoir son jugement. Reito n'avait pas menti, pensa-t-elle en resserrant son manteau autour d'elle. Les gens se méfiaient des étrangers. Les gens se méfiaient des forces de l'ordre. Les gens ne lui parleraient pas.
Dépitée, elle décida de revenir vers l'hôtel pour se mettre au chaud. Voilà encore quelque chose sur laquelle on ne lui avait pas menti, songea-t-elle amèrement. Il n'était pas dix-neuf heures et pourtant, elle avait déjà l'impression de voir le givre se former sur le sol à une vitesse telle qu'elle le voyait faire à l'œil nu. Non. Elle devait halluciner. Le givre ne pouvait pas grimper aussi vite. Alors qu'elle traversait une petite place, elle fut surprise de voir un bus apparaître au détour d'un virage et s'arrêter à une vingtaine de mètres d'elle.
Bien sûr, pensa-t-elle en regardant deux adolescentes sortir du véhicule, des bus transportent les habitants à Furano. Bus scolaire?
Les deux filles n'avaient pas l'air de s'entendre à merveille. Aussitôt le bus disparu, elles se tournèrent le dos et partirent chacune dans une direction opposée. Presque déçue, Shizuru compta ses options. L'une des deux filles devait être Tomoe. Elle ne devait pas se tromper. Comme les deux filles s'éloignaient, elle choisit de suivre celle qui était la plus proche.
Sans chercher à cacher sa présence, elle la rattrapa en faisant claquer les talons de ses bottes sur le sol durci par le givre -déjà?!- et ne fut pas surprise de la voir se retourner pour lui lancer un regard inquisiteur, visiblement peu impressionnée. « Qu'est-ce que vous voulez? »
Il faisait déjà sombre à cette heure de la journée. Shizuru ne distinguait de la fille qu'une touffe rebelle de cheveux roux désordonnés, mais son visage restait difficile à discerner. « Bonsoir mademoiselle, je- »
« Vous êtes perdue? » l'interrompit l'autre avec un sourire roublard, « dommage pour vous, c'est la zone ici, vous savez. »
Shizuru lui rendit un sourire entendu. « J'ai remarqué, oui. Mais non, je ne suis pas perdue. »
L'adolescente lui lança un regard critique. « Ah non? » Puis lui lança un regard atterré. « Vous êtes ici parce que vous le voulez alors? C'est nul. »
Le sourire de Shizuru s'élargit. « Pas tout à fait. Je suis là pour enquêter. » Les yeux de son interlocutrice s'agrandirent et elle la détailla de la tête aux pieds. Visiblement, remarqua alors Shizuru en la laissant se remettre du choc, le fait de ne porter qu'un blouson sur les épaules ne semblait pas la gêner. L'adolescente lui jeta un regard sceptique après l'avoir inspecté. « Vous êtes commissaire? Vous? Et bah. »
Shizuru tomba des nues. C'était si peu évident? « Ara... »
« Alors vous courrez après les gens la nuit pour leur soutirer des informations? » continua l'autre avec un sourire ironique. « Comment vous obtenez vos infos, exactement? »
Le sourire se fit plus suggestif et Shizuru dut faire un effort pour ne pas laisser l'irritation se voir sur son visage. Tomoe Marguerite ou non, cette fille était insupportable. Le commissaire soupira en fermant brièvement les yeux. « Je cherchais Tomoe Marguerite » souffla-t-elle finalement avec irritation.
Le sourire de l'adolescente disparut immédiatement pour être remplacé par un visage cruellement... offensé. « Et vous m'avez confondue avec elle? » s'écria la rousse en gesticulant des mains d'irritation. « Non mais... vous m'avez regardé? Comment vous avez pu- »
« A quoi ressemble-t-elle, exactement? » l'interrompit Shizuru. Visiblement, elle s'était trompée de personne. L'adolescente lui lança un regard sceptique avant de sourire à nouveau. Un sourire insupportablement narquois.
« Vous êtes sûre que vous êtes commissaire, vous? Vous devez être le fond du panier, hum... »
Shizuru lui rendit un sourire glacial emprunté à Nagi Homura pour l'occasion. « Si vous le dites. » Après avoir eu la satisfaction de voir la peur traverser le regard de son interlocutrice, son visage se fendit d'un sourire faussement aimable. « Puisque vous n'êtes pas Tomoe, vous allez me dire qui vous êtes, non? »
L'autre soupira avant de répondre avec une moue ennuyée. « Nao Yuuki. »
« Ah, Nao, auriez-vous l'amabilité de me dire à quoi ressemble Tomoe Marguerite, je vous prie? » demanda Shizuru avec un cynisme évident.
La fille lui rendit un regard meurtrier qu'elle préféra ignorer avant de lui répondre d'un geste vague de la main. « C'était l'autre. Celle avec la coupe de cheveux bizarre. » Elle tourna les talons et commença à partir, les mains dans les poches de son blouson. « Maintenant si vous voulez m'excuser, commissaire », ironisa-t-elle à son tour par dessus son épaule, « j'ai autre chose à foutre que de papoter avec vous sous la neige, alors salut. »
Et pour la seconde fois de la journée, Shizuru se sentit laissée en plan au milieu de la rue comme une imbécile. Comme elle ne voyait pas l'intérêt de courir après l'insupportable gamine avec qui elle venait d'échanger ces quelques mots si aimables, elle décida de retourner là où le bus s'était arrêté. En trottinant parce qu'il faisait froid.
Nao Yuuki n'était encore qu'une adolescente. Elle ne pouvait pas être le meurtrier des Wang si l'assassinat de ces derniers était relié à la mystérieuse femme tuée neuf ans plus tôt. Tomoe, pensa Shizuru en se dirigeant vers la place, semblait plus âgée, mais sans doute pas suffisamment pour être un potentiel tueur.
À moins qu'elle n'ait toujours été complètement dérangée, comme ce qu'en disaient les autres habitants. Les enfants tueurs existaient. De ça Shizuru était certaine. Et les enfants qui assassinaient avaient le culte du jeu. De la mise en scène. Parfois.
Et Natsumi Kruger, réalisa-t-elle, quel âge avait-elle? Au moins vingt ans. Sinon, ceux qui lui en avaient parlé n'auraient pas parlé de « femme », mais de « fille », comme ils l'avaient fait pour Tomoe. Ou alors, elle faisait fausse route.
Elle devait rencontrer cette femme. Et son chien.
La place était déserte lorsqu'elle y revint, et la nuit lui donnait une allure un peu féérique. Ou alors c'était les lampadaires qui lui donnaient cette étrange ambiance. Shizuru grimaça en ralentissant sa marche pour regarder autour d'elle. Elle ne se souvenait plus exactement quelle direction avait été prise par Tomoe Marguerite quelques minutes plus tôt. Il n'y avait pas encore assez de neige pour suivre les empreintes de pas.
Mais suffisamment pour cacher une plaque de verglas vicieuse. Si seulement Shizuru y avait pensé.
Il était dix-neuf heures seize lorsque les bottes du commissaire glissèrent sur le givre camouflé par quelques flocons blancs. Une demi-seconde plus tard, il y eut un bruit de chute sonore qui se répercuta sur les murs des habitations et la jeune femme se retrouva à demi-allongée sur le dos, son écharpe dénouée déversa sur la neige un chemin carmin entortillé sur lui-même, et elle lâcha mentalement une poignée de jurons empruntés à Takeda.
Un « ara » étouffé se fit entendre après quelques secondes d'inertie et elle se redressa avec lenteur, empêtrée dans son manteau pourpre et les gants glacés couverts de neige fondue. La première chose à laquelle Shizuru pensa fut de regarder autour d'elle afin d'être certaine que personne n'avait assisté à la scène et, sonnée, elle se remit sur pied avec difficulté avant d'avancer vers le Souffle de Kagutsuchi en titubant comme un ivrogne.
Tomoe Marguerite pouvait bien attendre quelques heures.
Elle avait besoin d'un bain.
Review?
