Tous les matins, Valora posait sa tête sur le rebord de la fenêtre et gémissait.
Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?
Mais elle savait ce qu'elle avait fait pour mériter ça. Pour mériter de passer les vacances de Noël dans la famille Moldue de Julie Pfister, qui étaient tous de parfaits inconnus. La famille MOLDUE de Julie!
Valora avait l'impression que son corps et son esprit s'étaient séparés pour toujours et qu'elle ne reviendrait jamais à la raison. Jamais. Alors, elle poursuivait son rituel, la routine qui était la sienne depuis qu'elle était arrivée dans cette maison aux habitudes étranges.
Ici, point d'elfes domestiqués, point de magie. Juste la bonne vieille huile de coude. Mère aurait fait une crise d'apoplexie si elle avait appris que Valora récurait des plats incrustés de gratins. Père l'aurait enfermé dans sa chambre s'il avait su qu'elle utilisait une machine moldue pour retirer les poussières dans sa chambre.
Un aspire à heure, que ça s'appelait, et ça portait bien son nom. Valora perdait son temps dans des tâches complètement étrangères à son rang.
Julie était adorable, comme toujours. Valora avait l'impression qu'en s'étant rapprochée d'elle, elles n'avaient fait que creuser un fossé plus profond, plus insurmontable.
Elle ébouriffa la frange aux mèches épaisses qui lui tombait juste au-dessus des sourcils. Ses cheveux étaient emmêlés, désordonnés mais surtout: ils respiraient la liberté. Et pour cela, Valora supportait tout de ces vacances, le frère insupportable de Julie, les parents surprotecteurs et plus important, la destruction de sa famille à elle.
Le soir, alors qu'elle était allongée sur le lit de Julie, que cette dernière avait volontiers prêté et qui dormait sur un matelas gonflable juste à côté de Valora, elle repensait aux derniers évènements.
J'étais stupide. J'avais Regulus, je l'avais presque physiquement. Pourquoi est-ce que je suis sortie avec Asterios? Il ne me parle même plus, désormais.
Valora se tournait, en chien de fusil, et tous les soirs, elle avait la même réponse:
Je voulais Regulus tout entier. Je voulais qu'il me parle, qu'il réagisse, je voulais son corps et je voulais son coeur.
Alors, Valora s'autorisait à sangloter. Le matin, Julie faisait comme si elle n'avait rien entendu. Depuis le début de la semaine, Valora tentait de se remettre, au moins physiquement. Elle ne voulait plus ressembler à cette loque qu'elle avait été les premiers jours du Grand Désastre, comme elle l'appelait.
Val' n'était plus une Yaxley. C'était officiel depuis hier matin. Elle ne réagit pas, quand les parents de Julie reçurent le courier via un hiboux teigneux et qu'ils lurent la lettre à haute voix. Elle interrompit peut-être sa fourchette dans les airs un quart de seconde et puis reprit l'oeuf brouillé où il était, pour l'enfourner dans sa bouche, à peine tremblante.
Valora Yaxley n'était peut-être plus, mais Julie avait retrouvé son ancienne amie, digne et orgueilleuse.
— Il y a forcément une solution, commença sa mère, un peu gênée de ne pas comprendre tous les rouages du monde magique.
— Il n'y a pas de colle, madame Pfister. S'il n'y a pas de colle, il n'y a pas de solution. C'est aussi simple, trancha sèchement Valora.
Madame Pfister et Julie échangèrent un regard. Julie haussa les épaules et madame Pfister alla à la cuisine chercher plus de thé.
Pour le réveillon de Noël, toute la famille était invitée chez un oncle que Julie connaissait bien. Elle assura à Valora qu'il n'y avait aucun problème, que tout le monde comprendrait si elle expliquait avec le bon mensonge. Mais Valora refusa de les accompagner. Elle ne voulait pas d'une nouvelle famille.
Le vingt-quatre, Valora resta donc seule chez les Pfister. Elle décida de sortir dehors, même si elle ne connaissait pas les environs, même si elle risquait de se perdre. Peu importe, à qui allait-elle manquer maintenant? Julie? Elle se remettrait.
Valora resserra le duffle-coat sombre autour de sa taille. Les rues étaient enneigées et le ciel était gris. Valora laissa glisser quelques larmes inutiles.
Dans les couloirs, les quatre Maraudeurs étaient connus par certains comme la peste noire, et par d'autres comme des héros. Valora se fichaient simplement d'eux, et aurait pu appartenir à la première catégorie, car si elle n'en avait pas peur, elle les fuyait comme la peste.
Elle ne connaissait pas bien les membres, mais connaissait la plupart des ragots qui circulaient sur son leurs comptes. Elle avait croisé Sirius Black à quelques réceptions, avant qu'il ne fuit, l'année précédente. James Potter était dingue de Lily, cette fille rousse. Remus Lupin était couvert de cicatrices qui laissaient plusieurs possibilités – autant dire ragots – quand à leur origine et Peter Pettigrow était le point d'interrogation de ce groupe formé de garçons charmants.
Elle ne fut pas complètement étonnée lorsque Sirius et sa bande l'abordèrent au sortir de la Grande Salle après le petit-déjeuner.
— J'ai appris ce qu'il t'était arrivé.
— Écoute, Black, il y a une chose qui fait qu'on ne pourra jamais s'entraider comme tu es en train de le penser. Tu as renoncé à ta famille. On m'y a fait renoncer. C'est faible comme différence, mais c'est la nuance qui fera qu'on ne sera jamais pareil, toi et moi.
Valora salua d'un signe de tête le petit groupe et détala jusqu'à son cours de Métamorphose.
Pendant tout le cours d'Histoire de la Magie, Valora essaya de capter le regard de Regulus. Il semblait faire exprès de détourner les yeux dès qu'il s'apercevait qu'elle le fixait.
C'est ça, fuis, sale lâche.
— Valora, tu n'auras jamais plus que P si tu suis aussi peu le cours, souffla Nova en tournant le menton de Valora afin que son visage soit orienté vers le professeur Binns.
Même si Nova devait dormir en classe, il fallait toujours qu'elle le fasse en sacrifiant le moins possible les bonnes manières. C'est donc le nez pointé vers le tableau noir qu'elle somnolait.
— Attends! s'écria Valora en courant vers Regulus Black. Evan se retourna à peine, et Rabastan et Regulus continuèrent de marcher, comme si elle n'avait appelé personne.
Près d'elle, à peine quelques mètres devant, Julie discutait avec une élève de Poufsouffle. Elle lança un regard peiné à Valora, qui lui rendit un rictus narquois.
Nova marchait tranquillement, et, arrivée à hauteur de Valora, lui dit, d'un ton moralisateur:
— Valora, cesse de te donner en spectacle devant toute l'école. N'oublie pas que tu fais d'abord partie d'un groupe et que ton individualité est en ce moment, et je reste polie, insupportable.
Valora s'arrêta un quart de seconde, suffisamment pour ouvrir de grands yeux et hausser les épaules en crachant, acide:
— Si tu pouvais vivre TA vie.
Elle s'élança de plus belle vers Regulus.
Assise près de Black le cadet, Valora le dévorait des yeux.
Depuis quand était-elle devenue aussi obsédée, aussi mordue, se demandait Julie.
Nova recherchait quelque chose qui pourrait donner un sens à sa vie, quelque chose qu'elle avait fait, dit, ou vu. Et rien ne lui venait, elle qui, pourtant, avait toujours eu une réponse à ses questions.
Valora ne pensait à rien. À côté de Regulus, elle oubliait son esprit, mettait ses interrogations à la corbeille et Dieu que c'était bon!
— Tu comptes me chasser encore longtemps? C'est dur de ne pas avoir ce que l'on veut, hein? C'est dur de se rendre compte de ce que l'on veut quand on ne peut plus l'avoir.
— Oh! Je savais déjà que tu étais ce que je voulais, il fallait que tu le saches, toi, soupira Valora, qui marchait avec Regulus jusqu'au cours de Potion.
Regulus se tut.
— Tu réalises? J'ai mis du temps, moi aussi.
Dans les couloirs, Regulus s'arrêta. Valora buta contre son épaule et recula, avant que son poignet ne soit retenu par une main serrée. La sienne. Elle sentit son poul contre sa paume s'emballer, elle avait honte d'être si facilement troublée, quand lui n'affichait jamais que son air blasé.
— Pourquoi? murmure-t-il.
— Si tu me demandes, c'est-
— Pourquoi? la coupa-t-il, maintenant légèrement agacé.
— Tu es si froid, Regulus. Quand j'étais avec Asterios, tu avais l'air si furieux que, je ne sais pas, j'avais l'impression d'être quelqu'un à tes yeux...
Valora tira son bras en arrière et la main de Regulus se dégagea, car seulement il n'appuyait plus dessus. Elle soupira, découragée, et partit en sens inverse. Elle irait à l'infirmerie, accusant une migraine, peut-être aurait-elle droit à quelques minutes de solitude.
Julie travaillait son parchemin de Potion dans la Salle Commune lorsqu'elle entendit le rire d'une élève de première année. Elle se retourna vers l'origine des gloussements et jeta un regard noir. La première année la toisa, ne baissant pas le regard, comme elle aurait du le faire devant une élève de sixième année, n'est-ce pas? C'est ce qu'aurait fait Julie.
— Regarde comme la vermine croit avoir une place parmi nous... Mon frère a été envoyé à Durmstrang, car Père ne supportait pas que son héritier fréquente autre chose que de vrais sorciers. ... Quel malheur que je ne sois qu'une fille!
Des larmes perlèrent aux paupières de Julie, qui se reconcentra sur son devoir.
Au loin, Nova la regarda, impassible. Qui pouvait savoir ce qu'il se cachait dans les pensées de la jeune Rosier? Elle-même ne savait pas où devait aller son corps. Suivre son amie, ou sa famille? Suivre le déshonneur loyal ou conserver l'honneur dont elle héritait? Suivre le chemin de Valora Yaxley, détruite, ou celui de son cousin, Evan, arrogant mais certain d'être dans le droit chemin?
Ce que Nova Rosier ne savait pas, c'est qu'Evan, derrière elle, mourrait d'envie d'aller s'asseoir près de Julie Pfister et de la faire sourire, essuyer toute cette eau derrière ses yeux, embrasser ses lèvres tremblantes et faire de Julie Pfister son unique centre d'intérêt.
Chacune dans leurs lits, Nova, Julie et Valora se demandaient quels chemins, par quels détours elles allaient devoir encore passer. Nova, si sa vie allait brusquement changer, avoir un sens? Julie, si sa vie allait brusquement changer, être plus douce? Valora, si sa vie allait brusquement changer, devenir plus simple?
Valora ne dormait jamais avant quelques heures tôt dans le matin. Elle n'avait pas le sommeil tranquille, et préfèrait observer les fonds marins plutôt que de fermer les yeux et sombrer dans de sordides cauchemars parlant de Sang-Purs, de traîtres et d'horreurs.
Depuis son lit, elle contemplait le plafond, cherchant un sens aux défauts de la peinture. Elle entendit immédiatement le parquet craquer. Elle fit semblant de dormir, et sentit un poids humain s'écraser lentement sur son lit, sur la couverture, tout à côté de ses jambes. Elle frissonna.
— Je sais que tu ne dors pas, Valora Yaxley.
Regulus.
— Je ne suis plus une Yaxley, maintenant, chuchota-t-elle.
— As-tu réellement envie de parler de ça?
Elle secoua la tête.
— Je n'ai pas envie de parler du tout.
Regulus se fit une place sous les draps. Valora savait qu'ils auraient pu franchir la limite, mais Regulus savait aussi bien qu'elle que Nova et ses colocataires n'avaient pas le sommeil si lourd. Et puis, ils se connaissaient si peu, en vérité! Ils n'étaient plus fiancés, en outre.
Regulus caressa les cheveux éparpillés sur l'oreiller de Valora. Elle se colla à lui et, après de nombreuses minutes de silence, elle marmonna, ensommeillée:
— Il fallait rompre les fiançailles pour que je t'aime.
Le lendemain matin, Regulus n'était plus là. Valora caressa l'oreiller sur lequel, elle était certaine, sa tête avait reposé. Tout irait mieux, à présent.
Julie attendait Nova et Valora pour aller déjeuner. Elle était assise contre le mur en face des escaliers menant aux cachots, et, venant en sens inverse, elle entendit un morceau de conversation. Elle reconnut la voix d'Asterios Radford.
Instinctivement, elle se tassa un peu plus contre les pierres froides.
— Tu es fiancé à cette fille coincée?
Fiancé? Encore! Cette école ne servait donc qu'à cela? Elle se souvenait qu'en Angleterre, cette manière de choisir sa future épouse ou sa future épouse existait également, à travers des rallyes, où des jeunes filles et garçons de la bourgeoisie se rencontraient régulièrement, leurs parents espéraient qu'ils tombent ainsi amoureux de quelqu'un appartenant également à leur monde.
Là où les Moldus étaient cupidité et intéressement, les Sorciers étaient obsédés par la pureté de leur sang, de leur famille. Julie soupira, qu'importe la catégorie sociale ou la composition de son sang, les Moldus et les Sorciers étaient exactement pareils.
— Coincée? Je ne suis pas sûr que Rosier soit du genre timide. Est-ce que tu as vu la façon dont son poignet se balance pendant les cours de Sortilèges. Non, crois-moi, Rosier cache bien son jeu.
— Peut-être est-ce parce qu'elle est amie avec Valora Yaxley et que-
— Tais-toi, souffla nerveusement Asterios, en passant devant Julie sans la voir.
Julie écarquillait les yeux depuis une bonne dizaine de minutes.
Valora sautilla jusqu'à elle, Nova dans son sillage.
— La vie est belle, tralala! Quelle tête tu fais Julie!
— On dirait que tu as pris toute son énergie, marmonna Nova, maussade, comme toujours. On la croirait sous Imperium. Et le sortilège serait sorti tout droit de la satanée baguette de Regulus.
— Pardon, s'étrangla Julie, complètement perdue.
— Je ne suis pas idiote, toutes les filles du dortoir non plus : Regulus a dormi dans le lit de Valora cette nuit. C'est lui qui est venu, ce crétin.
— Tais-toi Nova, ton cœur de pierre ne parle pas.
Nova haussa les épaules et jeta un regard méprisant au dos de Valora. Elle devina que Julie l'avait vue, et elle eut un sourire contraint. Julie lui rendit son sourire léger. Nova n'était pas une si méchante fille. Valora n'était pas une fille si sage.
— Valora, il faut que je te parle de quelque chose d'assez délicat.
— De quoi, demanda-t-elle, les yeux rivés sur un morceau de la table, celui où Regulus avait posé ses coudes.
— Asterios est fiancé.
— Comment, s'écria Valora dans un chuchotement, tournant vivement la tête vers Julie, son attention complète.
— Je l'ai entendu en parler avec un autre Serdaigle, je ne sais pas qui il était, mais c'était clair. Nova est fiancée à Asterios.
Silence. Julie et Valora étaient comme à l'intérieur d'une bulle de silence, alors qu'autour d'elles, tout le monde se goinfraient comme si le monde était toujours aussi normal.
— Je- j'ai fait quelque chose d'horrible, hoqueta Valora.
Julie posa sa main sur l'épaule de son amie.
— Tu ne pouvais pas savoir, Val'. Je ne sais pas si Nova n'était pas pleine d'espoir, au final, elle se disait peut-être que cela empêcherait ses fiançailles avec Radford.
— Tu commences à piger le système des Sangs-Purs. Ce système à vomir. Sauf que Nova savait pertinemment que si c'est le garçon qui faute, ça ne changera rien. Tu croyais réellement que Radford et Rosier s'aimaient d'un amour immortel? On n'est pas dans tes livres que tu empiles sur le sol de ta chambre.
— Pourquoi Nova accepte ça?
— Pourquoi est-ce qu'elle a accepté ça de moi, surtout? Il est évident que c'est arrangé et que Nova se contente juste de paraître contente. J'étais comme elle, et si Père et Mère ne m'avaient pas reniée, je le serais encore. Je ne peux compter que sur moi-même à présent. Il va falloir que je... travaille, répugna-t-elle à avouer.
— Mais tu as Regulus maintenant! Pour de vrai!
— Regulus trouvera vite une autre fille à épouser. Ou ses parents. Ou les parents d'une autre fille. Mais plus moi, aujourd'hui je profite, mais rapidement, car après Poudlard, nos chemins seront complètement opposés.
Valora jeta un coup d'œil sur Regulus. Il capta son regard, leva les yeux et esquissa un sourire imperceptible uniquement de la jeune fille.
— C'est mon amour d'enfance, Julie. C'est plus beau comme ça. Il n'y a rien pour pourrir notre relation.
— Je ne suis pas d'accord, grogna Julie Pfister, les poings serrés.
Nova Rosier était tout de même son amie. Et Julie s'étonna de sa détermination. Mais le Choixpeau Magique n'avait pas menti : Serpentard allait la révéler, elle allait révéler la vraie nature de Julie Pfister. Et cette nature n'était pas jolie-jolie à regarder.
J'avoue que ce chapitre est un peu étrange et qu'il a l'air un peu fouillis, avec tout plein d'intrigues d'un seul coup mais je vais arriver à dépatouiller tout ça. Je connais à peu près les chutes des différentes pistes que je me suis donnée et je pense que ça va vous plaire (j'espère?)!
Je suis bien contente d'avoir retrouvée Lou au chapitre 2, et en ce qui concerne Evan (et Julie!), j'en donnerai plus au chapitre suivant :3
Merci à Patmol et Nikki Micky également, et j'ajoute que Regulus s'invite chaque chapitre un peu plus et que bientôt on le verra sex étouétou! Hihi.
À la prochaine! :)
