Chapitre III

ARIZONA

Après la fête, je n'entends plus parler d'Addison pendant un petit moment. Je la croise au lycée de temps en temps, mais je n'ai le droit qu'à un bonjour, ou pire, un vague sourire. Sa réaction me blessait un peu au début. Après notre proximité lors de la soirée chez Mark, je pensais avoir passer le cap d'un simple « salut » dans les couloirs. Mais après quelques jours à l'observer, je me suis vite rendue compte que je n'étais pas la seule à bénéficier de ce traitement. Charlotte et Naomi, ses meilleures amies, étaient elle aussi mises de côté, et Mark, lui, n'est apparemment plus qu'un fantôme pour elle. Ignorance, totale. Un midi, alors que je révise en vitesse pour mon 1er contrôle de maths, je ne peux m'empêcher d'être distraite par sa présence, seule à une table, quelques mètres plus loin. Les épaules voûtées, l'œil vitreux, les traits tirés, Addison n'est que l'ombre d'elle-même. Je jette un coup d'œil à la table de la « jet set » et aperçoit tout le reste de la troupe, bavassant gaiement, Naomi jetant de temps à autre des regards furtifs et inquiets en direction d'Addison, sans pour autant faire quoi que ce soit. Fuck les maths. La tentation est trop forte. D'un geste brusque, je ferme mon bouquin, prend mon plateau, et m'approche à pas lents. Arrivée à côté d'elle, je pose doucement mon plateau près du sien, guettant une réaction de sa part. Elle lève la tête dans ma direction, étonnée, et mon cœur fait un bond sur lui-même lorsqu'elle me sourit, apparemment contente de ma présence. Rassurée, je m'assieds sans un mot et lui rend son sourire, timidement. Aucune de nous ne dit rien pendant quelques instants, puis je romps enfin le silence, hésitante :

« Je suis désolée, tu préfèrerais peut-être rester seule, je peux m'en aller… »

Je commence à me relever mais elle m'en empêche, m'attrapant le bras.

« Nan. Reste. Je suis contente que tu sois venue. »

Je me rassieds donc. Je sens bien qu'elle cherche ses mots, cherche à dire quelque chose, alors j'attends, patiemment.

« Je… Je sais que j'ai pas été très sympa ces derniers temps. T'as été super avec moi lors de la fête et moi tout ce que je trouve à faire c'est de t'éviter, comme j'évite tous les autres. Parce que c'est pas contre toi Arizona, c'est juste… Je me sens… Rien ne va en ce moment, entre Mark et ma famille… je sais que je devrais pas, mais je me renferme sur moi-même, je le fais pas intentionnellement et si je t'ai blessé où je sais pas, j'en suis désolée… »

Maintenant si près, je remarque les cernes sous ses yeux, le ton las de sa voix, la douleur qui se répercute dans chacun de ses mots. Et tout à coup je m'en veux d'avoir été si aveugle au départ, et d'avoir fait un cas personnel de toute cette histoire.

« C'est pas grave. » je réponds, compréhensive. « Je suis désolée pour ce qui t'arrive avec Mark et… tes parents… je peux faire quelque chose ? »

Elle rigole doucement. « Si tu as le remède pour soigner les cœurs brisés, dis le moi. »

Soudain une idée surgit de nulle part.

« Le remède nan, mais de quoi aller mieux peut-être. » je souris, et elle fronce les sourcils, curieuse.

« T'es pas obligée, mais cette semaine je suis seule à la maison avec Daniel, mon frère, alors si tu veux venir te changer les idées à la maison devant un film quelconque. Je te ferai à manger. Tu peux rester dormir aussi si tu veux, pour…changer un peu d'air… »

Elle à l'air surprise et ne répond rien, souriant l'air incrédule. Je commence à paniquer, pensant que peut-être j'en fais un peu trop. Après tout je la connais depuis moins de deux semaines, on invite peut-être pas les gens à dormir chez sois avant un petit bout de temps si ? Il y a peut-être une règle implicite en amitié, qui nomine une date à partir de laquelle il est acceptable d'inviter à manger, à regarder un dvd, à dormir ? Ferme la Arizona, tu divagues…

Je secoue la tête légèrement, revenant à la réalité, et elle me dit alors :

« T'es un ange gardien, ou quelque chose du style ? »

« …Hein ? »

« Je sais pas, dès que je suis en détresse tu viens vers moi, l'air de rien, avec ton sourire et tes petites fossettes, et tu parviens à m'en sortir, malgré toi. »

« Oh. » Je réponds alors, ne sachant que répondre.

Elle sourit alors, un vrai sourire cette fois, dévoilant ses dents, ses belles dents blanches…

« J'adorerais. Ce soir ça irait ? »

« Ce soir, c'est bien, c'est…super. Viens vers 19h si tu veux. »

La sonnerie retentit, mettant un terme à la discussion. Mon test de maths dans 5mn, je ne m'attarde pas et la laisse alors dans la cafétéria avec un sourire, le fameux sourire à fossettes.

« A tout à l'heure ! » je lui lance.

Addison Montgomery a remarqué mes fossettes, je pense alors sur mon chemin. Yay !

ADDISON

Je claque la porte de chez moi en rentrant après les cours, espérant attirer l'attention de quiconque pourrait se trouver à la maison. Avec mon père en déplacement, ma mère toujours fourrée à des dîners ou brunchs quelconques, et mon frère rendu la moitié du temps dans sa « fraternité » , il n'est pas rare que je passe les journées et soirées seule, parfois plusieurs jours d'affilée. Aujourd'hui semble être une exception puisqu'à peine arrivé ma mère débarque dans la hall d'entrée.

« Addison Kathleen Montgomery, je t'ai déjà dit mille fois de ne pas claquer cette fichue porte ! »

Sans même la regarder, je commence à monter l'escalier, demandant alors, blasée :

« T'es là ce soir ? »

« Ma chérie, tu sais bien que le jeudi je vais au club de Bridge ! »

Mais oui, bien sur, le jeudi c'est Bridge, comme tu es bête Addison, je pense sarcastiquement, riant jaune.

« Ton frère ne sera pas là non plus, invite donc une amie, ça t'occupera. » Me dit-elle tout naturellement en s'apprêtant à quitter la pièce.

« Nan, en fait, je vais chez une amie ce soir. » je rétorque et elle se retourne aussitôt, curieuse.

« Ah oui ? Chez Naomi, ou Charlotte ? »

« Nan, une nouvelle, Arizona. »

« Grand Dieu, Arizona, quel drôle de prénom ! » s'exclame-t-elle alors, sur un ton à cheval entre le rire et l'effroi.

Sur ce commentaire, je lève les yeux au ciel, et continue mon ascension, mais j'ai apparemment réussi piquée sa curiosité :

« Ce doit être une jeune fille très bien cela dit, tu me la présenteras ? »

« Je pense pas qu'elle te plairait. » je lance alors, arrivée au 1er étage.

« Mais enfin pourquoi ? » j'entend au loin alors que je ferme la porte de ma chambre, avant de répondre, dans ma tête :

Parce qu'elle est belle, honnête et fait attention à ceux qui l'entourent… tout ce que tu n'es pas.

Il est 19h10 lorsque j'arrive à l'adresse indiquée, mon sac à la main. J'avance dans l'allée de ce que j'appellerais une maison américaine traditionnelle, avec les murs bleus en bois, le porche et le drapeau américain. Par une fenêtre, j'aperçois la chevelure blonde d'Arizona et devine que je suis au bon endroit. Je frappe à la porte et elle vient m'ouvrir immédiatement, le sourire jusqu'aux oreilles. Au moins quelqu'un apprécie ma compagnie, c'est déjà ça. Elle m'invite à entrer, prenant aussitôt mon sac et ma veste, alors que je pénètre dans le salon et observe les lieux. La décoration et sobre mais cosy, et un peu partout sont éparpillées des photos de famille. Sur le mur, en face de moi, un portrait traditionnel de la famille au complet, datant de quelques années à en juger l'évolution d'Arizona. Une famille de blonds aux yeux bleus, avec des fossettes chez sa mère, Arizona, et ce que je suppose être son frère. La famille parfaite.

« Oui, c'est beaucoup plus petit que chez toi, mais on s'y plait. » me dit-elle alors qu'elle capte mon regard parcourant la pièce.

« Nan, nan, c'est parfait. C'est juste… votre famille à l'air vachement unie. »

Je sens qu'elle ne sait trop que répondre à cette remarque, probablement à cause de ma propre situation familiale, mais l'arrivée d'un grand blond dans la pièce vient rompre le silence :

« Hey, je suis Dan, le frère d'Arizona. » me dit-il en me serrant la main, souriant. L'air de famille est flagrant, encore plus en vrai que sur la photo. Même ton de la voix, même gestuelle, même sourire charmeur…

« Salut moi c'est Addison. »

Nos regards se fixent un instant, et rapidement, il enchaîne, détournant les yeux vers Arizona :

« Je vous laisse, je vais passer la soirée chez Mathew, je reviendrai tout à l'heure. Y'a de la pizza dans la frigo. »

Il s'apprête à sortir de la pièce et se retourne une dernière fois :

« Passez une bonne soirée ! »

Une fois qu'il a claqué la porte, je souris et lance :

« Il est mignon… »

Son sourire se fige un instant, avant que j'ajoute :

« Tu lui ressembles beaucoup. » ce qui la fait rougir légèrement. Je rêve où je suis en train de flirter avec elle ?

« Oh, euh, merci… »

Je fais le tour du canapé et m'assied, prenant mes aises.

« J'aimerais bien pouvoir retourner le compliment, mais j'ai jamais vu ton frère. » répond-t-elle, venant s'asseoir à côté de moi.

« Je te le présenterai pas, c'est un connard, comme je te l'ai dit. »

Mon frère est beau. Très beau, je le sais. Et pour certaines raisons qui m'échappent, j'ai envie d'être la seule Montgomery auquel Arizona puisse s'intéresser. Je mets ma main sur sa cuisse et la sert un bref instant, ajoutant :

« Tu serais de toute façon beaucoup trop bien pour lui. »

Elle me regarde alors bizarrement, le visage sérieux. C'est rare de la voir aussi sérieuse. Elle est presque toujours souriante. Son sourire absent, mes yeux se posent dans les siens et je remarque à quel point ils sont bleus. Je veux dire, j'ai les yeux bleus, mais les siens sont… très bleus. Elle est vraiment très belle. Enfin, je l'ai toujours trouvé jolie, parce qu'elle l'est objectivement, jolie, mais… attend, tu parles d'Arizona, Addison. D'une fille. Depuis quand je trouve une fille 'très belle', moi ?

Avant que je ne puisse continuer à m'enfoncer dans mon petit monologue intérieur, sa voix vient rompre la tension :

« Pizza ? »

ARIZONA

Je laisse Addison au salon quelques minutes alors que je réchauffe quelques parts de pizzas au micro-onde. Cette soirée s'annonce… étrange. Ou tendue, plus qu'étrange. Tendue de mon côté, bien-sur, de son côté… Addison aime les mecs, donc, pas nécessairement. Mais tendue pour elle aussi si je ne me maîtrise pas plus que ça. Exemple : je suis sûre qu'elle s'est aperçue de mon visage déconfit quand elle a sorti que mon frère était mignon. Il l'est, c'est sur. Mais rien ne me serait plus atroce que de la voir se rabattre sur mon frère après son fiasco avec Mark. Il serait sûrement génial avec elle. Mais c'est déjà suffisamment pénible de la savoir avec un mec, alors la savoir avec mon propre frère… Parfois je me dis que j'aurais du naître mec. Les filles m'auraient adoré, c'est sur. Quoique en fait, nan, me connaissant, je serais sûrement passé pour un gay… Et après, je rêve où elle a indirectement dit que j'étais mignonne ? Je devais être rouge comme une pivoine, très malin. Je me fais des films. Elle le disait innocemment. Elle aime les mecs. Les mecs !

« Alors, cette pizza ? »

Je sursaute et me retourne, la trouvant tout près de moi. Si près que je peux sentir son parfum. Je recule d'un pas, l'air de rien, pour ne pas tenter le diable.

« Plus qu'une minute. »

Elle se rapproche un peu, tout en regardant la cuisine autour d'elle. S'appuyant contre le comptoir face à moi, elle demande, l'air enjoué :

« Alors, quel film tu compte me faire regarder ? »

« Tu vas choisir ce qui te tente, ton désir sera le mien. » Un rictus narquois poins au coin de ses lèvres et elle lève un sourcil :

« Ah ouais ? »

Elle s'approche alors doucement, le sourire grandissant alors que je sens mon cœur palpiter. J'avale ma salive, la boule dans la gorge, lorsqu'elle fait une halte à quelques centimètres de moi et ajoute :

« On va voir ce que t'as à proposer… »

Avec ça, elle tourne les talons et retourne dans le salon et je ne peux réprimer un soupir de soulagement.

« Ils sont tous sur l'étagère ? » j'entend venir de l'autre pièce.

« Presque oui, le reste est pas intéressant de toute façon… »

Lorsque je reviens avec la pizza chaude dans une assiette, je la vois me tendre un dvd, tout sourire. Happy valentine. Super… Elle doit voir que je manque d'entrain car son sourire s'estompe alors.

« Quoi, t'aimes pas ce film ? »

« Euh, en fait je l'ai jamais vu. C'est un des dvd de Daniel, mais je t'avoue que les films d'horreur c'est pas vraiment mon truc… »

« Oh ! S'il te plaît ! Ca va vraiment me faire penser à autre chose au moins. »

Elle fait jouer son charme sur moi, et dès que j'aperçois ses grands yeux suppliants, je sais que je ne vais pas pouvoir résister très longtemps…

« T'as dit que mon désir serait le tien… Et puis si t'as peur cette nuit, je promets que je serai là pour toi.»

Je pense qu'elle a jeté là la dernière carte. J'avais presque oublié qu'elle allait passer la nuit ici, presque oublié que j'allais partager mon lit avec elle…

« D'accord, mais c'est vraiment parce que c'est toi. »

Cette phrase presque cliché n'aurait pu à ce moment même être plus juste.

ADDISON

Mes yeux ne quittent l'écran, mon cerveau déjà captivé par le film dès les 20 premières minutes, tandis que ma main tenant la pizza fait des allers retours entre ma bouche et mon assiette. J'aime les films d'horreur. Pour l'adrénaline peut-être, mais plus que de me faire peur, ils parviennent souvent à me divertir, voire me faire rire. Les classiques au moins, je parle pas des nouveaux du style japonais bien creepy. Nan, moi je parle des bon gros navets américains où la pompom girl blonde est toujours la première à mourir, et où le petit mec pas très beau mais malin survit toujours à la fin.

Je tourne la tête brièvement, mes yeux se posant sur Arizona, prostrée sur le canapé près de moi, les yeux écarquillés. Une fois repue, je pose mon assiette sur la table basse et me replonge dans le film. A peine 5 minutes plus tard, quand la blonde se fait tuer par surprise, je sens Arizona faire un bon à côté de moi et pousser un petit cri. Je ne peux m'empêcher de rire. La pauvre, si nous étions dans un film, ce serait sûrement elle la première à y passer. Quoi que, après tout c'est moi la pompom girl. Alors que le tueur fait une nouvelle entrée impromptue quelques minutes plus tard, je sens Arizona prendre ma main, serrant avec force, y coupant presque la circulation.

« Arizona, ça va ? »

« Ca va, ça va… » me répond-t-elle à voix basse, son ton la trahissant.

Sa main reste accrochée fermement à la mienne.

« Putain ! » s'écrit-elle peu de temps après, détournant la tête et fermant les yeux alors que l'un des héros se fait trancher la tête.

Je l'attire vers moi, la faisant se blottir à mes côtés, alors que je passe un bras autour d'elle. Elle pose sa tête contre mon épaule tandis que nos mains sont toujours l'une dans l'autre. Petit à petit, je sens son souffle se régulariser, mais son pouls reste rapide. Bientôt je ne fais même plus trop attention au film et concentre mon attention sur Arizona, mon pouce caressant le dos de sa main doucement. Si seulement toute mes soirées pouvaient être aussi simples, aussi tendres. Avec mes parents toujours absents et la merde qui m'est tombée dessus avec Mark, le simple fait de me retrouvée blottie contre quelqu'un qui tient à moi suffit à me combler. Je la sens se retirer doucement de mon épaule avant de venir poser sa tête sur mes genoux. Ma main quitte la sienne pour venir caresser ses cheveux et je la sens se détendre un peu plus encore. Nous passons le reste du film ainsi, à savourer cette nouvelle proximité.

Alors que le générique du film défile sur l'écran, je demande sarcastiquement :

« Alors ça t'as plu ? »

« C'était immonde… J'ai préféré la deuxième moitié cela dit. » me dit-elle souriante en tournant la tête vers moi, toujours sur mes genoux. Je lui rends son sourire, et répond :

« Ouais, moi aussi. »

ARIZONA

Alors qu'un second personnage meurt subitement sous le couteau du tueur, je ne peux m'empêcher de crier et d'attraper sa main, comme pour me rassurer du fait que je ne suis pas seule sur mon canapé. Comment peut-on aimer les films d'horreur ? Ca fait à peine une demi heure qu'il est commencé et déjà j'atteins mes limites. Heureusement pour moi, Addison est compatissante, et malgré le fait que je sois probablement en train de lui broyer les os de la main, elle ne brise pas le contact. Après me demander si tout allait bien, je la sens m'attirer contre elle, et soupirant, je pose ma tête sur son épaule. Je ferme les yeux un moment, inhalant son parfum, me laissant bercer par les caresses de son pouce sur le dos de ma main. Je me détends un peu plus à chaque minute, ma concentration définitivement brisée, et lorsque je sens ma nuque se raidire un peu, j'en profite pour changer de position et m'installer sans rien dire sur ses genoux. Je sens sa main se glisser dans mes cheveux et effleurer doucement mon cuire chevelu. Je ferme à nouveaux les yeux, appréciant chaque instant de ce petit massage impromptu et je jure que si les cris n'avaient pas été aussi persistants tout au long du film, j'aurai pu m'endormir de bien-être.

Une fois le film finit, je lève la tête vers elle en échangeant quelques mots sur le film. Elle continue à passer sa main dans mes cheveux, me souriant. Elle a l'air si épanouie comparée à cette semaine, c'en est presque miraculeux.

Il fait à présent sombre à l'extérieur, mais nous restons ainsi quelques minutes dans la pénombre, sans bouger, profitant du silence et de la complicité de ce moment. Dans mes rêves les plus fous, je passerais ma main derrière sa tête et l'attirerait vers moi jusqu'à ce que nos lèvres se rencontrent à nouveau, mais au lieu de cela, je me redresse et allume la lumière. Je rigole en la voyant grimacer devant cette luminosité si soudaine, et alors que nos yeux se raccoutument, je lui prends la main et la sort de son canapé.

« Qu'est ce que tu proposes pour me divertir à présent ? » me lance-t-elle alors que l'on ramène nos assiettes dans la cuisine.

Je jette un coup d'œil à la pendule. 22h03.

« Vu l'heure je propose qu'on continue dans ma chambre. » je réponds sans trop réfléchir. Cependant, je la vois sourire machiavéliquement de ma réponse et comprends soudain le double sens de celle-ci.

« Vous voilà bien entreprenante mademoiselle Robbins… » dit-elle avec un clin d'œil en passant près de moi et se dirigeant vers l'escalier. Elle tourne la tête, tout en avançant :

« Ne croyez pas que je me livre aussi facilement. »

Je ne peux m'empêcher de rougir et de sourire alors que je la vois disparaître dans les escaliers.

ADDISON

Je pousse la porte de la chambre où un petit écriteau en bois porte l'inscription : Arizona. J'allume la lumière. Je ne suis pas étonnée de trouvée une pièce chaleureuse, principalement rose et blanche. Au centre, un lit deux places, d'allure duveteuse et confortable. Sans plus attendre, je me jette dessus à plat ventre, la tête contre la couette. Je l'entend pousser la porte derrière moi et rire aux éclats devant ma position. Je tourne à peine la tête et jette un coup d'œil par-dessus mon épaule. Elle ferme la porte et me regarde en souriant, secouant la tête et levant les yeux au ciel.

« Viens plutôt là au lieu de me juger. » je lui lance en plaisantant, tapotant la couette à côté de moi.

Elle se jette a son tour sur le lit, et nous nous installons côte à côte, nous retournant sur le dos. Je passe les bras derrière ma tête, les yeux rivés vers le plafond.

« J'aime bien chez toi. »

« Merci. »

« C'est chaleureux, j'm'y sens bien. »

« T'y es la bienvenue quand tu veux. » me dit-elle, sa main tapotant amicalement ce qu'elle peut atteindre, c'est-à-dire le côté de ma cuisse.

« C'est gentil. » je me retourne vers elle, sur le côté, et elle fait de même. Nos yeux se scrutent un moment, tandis que nos lèvres s'échangent de petits sourires ça et là. C'est tellement agréable de pouvoir se tenir en compagnie de quelqu'un, en silence, sans malaise. C'est une chose rare, surtout en si peu de temps. C'est vraiment quelque chose que je chérie avec Arizona. Cette simplicité, cette connexion au-delà des simples mots. Avec Mark, c'est rare que l'on reste ainsi, sans parler, juste à profiter du moment ensemble. Avec Mark, soit il plaisante, soit il me parle de ses copains ou de footballs, ou moi du lycée, soit on s'embrasse, les baisers finissant le plus souvent par déboucher sur du sexe. Avec Mark… la relation est aussi superficielle que ça. Ou plutôt était. Bordel, pourquoi fallait-il que je penses à Mark et que je gâche tout…

« Ca va Addie ? »

« Oui, oui… je… je pensais juste à Mark. Je sais pas pourquoi. Mauvaises pensées… »

D'une main, elle vient remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille, puis sa main vient s'attarder contre ma joue un instant. Ma main vient se poser par-dessus la sienne, et nous restons encore un moment ainsi, sans rien dire, parce que parfois, ce n'est vraiment pas nécessaire.