Disclaimer et warnings: voir chapitre 1

A/N: petite référence à Disney, parce que j'ai pas pu m'en empêcher...^^

Aussi, j'ai oublié de mentionner dans le chapitre précédant mes sources pour tout ce qui est sorts de magie... J'ai mis les liens dans mon profil si ça intéresse quelqu'un ;)


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Sous le même ciel

Chapitre 3 : Ecailles et crocs

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C'était une catastrophe. Non vraiment. Merlin ne faisait même pas toujours exprès. Le lendemain elle s'était réveillée tard, les évènements de la veille l'ayant fatiguée plus qu'elle ne l'aurait crû. Elle avait cherché après les cuisines d'un pas pressant et une fois arrivée sur place, l'une des cuisinières avait commencé à papoter avec elle –ou plutôt à faire un monologue- sur ce qu'elle avait entendu à propos d'elle, de l'embrouille avec Arthur jusqu'à son sauvetage de la veille. Ce qui la mit encore plus en retard.

Bien évidemment, Arthur avait hurlé dès qu'elle était entrée et avait pesté en mangeant. Merlin ne dit rien, mais elle était plus amusée qu'autre chose. Cela ne dura pas bien longtemps, plus précisément jusqu'à ce qu'il finisse son assiette, se lève, passe derrière le paravent dans un coin de la pièce et dise :

« Maintenant, aide-moi à m'habiller. »

Silence.

« Pardon ? »

« Tu m'as bien entendu Merlin. »

« Vous ne savez pas le faire vous-même ? »

Il haussa un sourcil et ne répondit pas.

« Et vous êtes censé porter quoi, vos draps ? »

« Au cas où tu serais aveugle, il y a une armoire derrière toi. »

« A votre place, je ne ferais pas confiance à mon sens du style. »

« Pas la peine de me le faire remarquer, je le vois bien. Maintenant fais ce que je t'ai dit. »

Elle ouvrit les tiroirs en marmonnant et en sortit les premières pièces qui lui passèrent sous la main. Une chemise bleue et un pantalon brun. Elle les tendit à Arthur. Il haussa un sourcil à nouveau.

« Quoi ? Je ne dois quand même pas vous déshabiller moi-même, si ? »

Arthur rit puis ôta sa chemise qu'il tendit à Merlin sans plus de cérémonie. « Vu que c'est ton premier jour, je vais passer cette incompétence sous silence. » Il commença ensuite à enlever son pantalon. Merlin se précipita de l'autre coté du paravent, le rose aux joues. L'imbécile continua à rire.

« Voyons Merlin, ne sois pas si prude. »

« Vous n'avez donc aucune pudeur? » Elle s'affaira à plier la chemise blanche encore tiède pour détourner ses pensées.

« Jaloux ? » taquina-t-il.

« Peuh. Non, vraiment. Je suis très bien comme je suis. »

« J'en doute. Tu dois probablement craindre pour ta vie au moindre coup de vent. »

Elle lui répondit en lançant son pantalon de la journée par-dessus sans prévenir. Malheureusement pour elle, Arthur avait d'excellents réflexes.

« Il n'y a que la vérité qui blesse », continua-t-il. « Ne désespère pas, Merlin, tu seras pubère… un jour. »

« Non mais qu'est-ce qui vous permet de-… »

Arthur réapparut dans son champ de vision. « Ta voix n'a même pas l'air d'avoir déjà mué. Quel âge as-tu, d'ailleurs ? »

Ah.

« Quinze ans », mentit-elle. Un garçon de dix-huit ans sans même une pomme d'Adam serait trop louche.

Arthur fit mine d'avoir mal pour elle. «Je répète, ne désespère pas. » Il tendit la main. « Passe-moi ma chemise, veux-tu ? » Elle la lui jeta plus qu'autre chose.

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Quelques jours après, elle était d'une humeur massacrante. Elle avait affreusement mal au ventre à cause de ses règles, tout ce qu'elle voulait c'était se morfondre dans son lit toute la journée et elle n'avait vraiment pas envie de se bander les seins vu comment ceux-ci devenaient douloureux sous l'effet des hormones.

C'est ce jour-là qu'Arthur choisit pour lui demander de nettoyer les étables.

« Merveilleux, vraiment merveilleux… » marmonna-t-elle.

L'entendant se plaindre dans sa barbe, Arthur en rajouta une couche. « Et étrille Hengroen, veux-tu ? » avant de partir s'entraîner.

Hengroen était le cheval d'Arthur et en soi, s'en occuper n'était pas pénible. Cela prenait juste du temps car il ne se tenait jamais tranquille en présence d'autres que son maître. Déplacer des monticules de crottin et de paille était déjà long, même aidée par un garçon d'écurie. Elle soupira donc en entrant dans le box où s'agitait le cheval. Merlin vérifia que personne ne pouvait la voir puis s'en approcha.

« Chuuut… » murmura-t-elle. Ses yeux se teintèrent légèrement d'or et elle tenta de rassurer l'animal.

Celui-ci souffla bruyamment par les narines mais se tint plus tranquille, la fixant de ses yeux sombres brillants d'intelligence. La jeune fille effleura la tête de l'animal avec douceur et repoussa les mèches de sa frange qui lui tombaient dans les yeux. Les siens reprirent leur couleur normale.

« Je ne te veux aucun mal mon beau. Par contre ton maître… »

Hengroen poussa ses naseaux dans sa main quand elle les effleura, comme pour demander plus de caresses. Merlin sourit. Parfois les corvées n'en avaient que le nom.

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Elle changea d'avis quand elle vit Arthur au soir, recouvert de poussière et de transpiration de la tête aux pieds.

« Vous le faites exprès. » C'était à peine une question.

Il lui sourit de toutes ses dents. « Je me sacrifie pour te donner du travail, nuance. Prépare mon bain. »

Merlin sortit de la pièce avec les yeux écarquillés. Elle accosta la première servante qui lui passa sous le nez et la supplia de lui expliquer comment faire parce qu'elle n'en avait vraiment aucune idée.

Pendant que l'eau chauffait, elle se cassa le dos à tracter la grande bassine de bois de la chambre voisine qui servait surtout de dépotoir pour tout ce qui pourrait être utile au confort d'Arthur.

Quand elle versa le dernier seau d'eau chaude, le reste du bain était déjà tiède. Puis elle releva la tête et vit Arthur s'approcher, crasseux et vêtu en tout et pour tout d'un drap de bain en équilibre instable autour des reins.

Elle sortit le plus vite possible, écarlate, en ignorant ses protestations-«c'est tiède ! Où as-tu mis le savon ? Où vas-tu comme ça ? Merlin !»- et se jura que la prochaine fois, elle mettrait autant de savon dans l'eau que nécessaire afin que non seulement elle ne risquerait pas de voir d'Arthur plus qu'elle ne le voulait, mais qu'en plus il aurait des chances de s'étouffer avec les bulles.


Cela faisait déjà plus de deux semaines que Merlin était devenue le valet d'Arthur, et étrangement, malgré leurs constantes chamailleries, elle n'avait pas démissionné et il ne l'avait pas renvoyée. Gaius souriait à chaque fois qu'elle venait se plaindre de lui -souvent- et Gwen et Morris l'empêchaient de faire trop de bêtises en étant toujours prêts à l'aider, mais surtout en lui offrant un début d'amitié. Brunhilda la cuisinière s'était prise d'affection pour elle et se sentait investie d'une mission sacrée : lui « mettre plus de chair sur les os, pauvre chou ». Quant à Hengroen, Pip, l'un des garçons d'écurie la questionna plus d'une fois pour savoir ce qu'elle avait fait pour gagner ainsi sa confiance. Merlin se contentait de continuer à sourire en disant « je lui ai montré qui j'étais », laissant le jeune garçon confus.

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Un tournoi allait bientôt prendre place et Merlin ne pouvait pas ne pas constater l'effervescence qui touchait les chevaliers et Arthur au fur et à mesure que les jours passaient, se rapprochant de la date tant attendue. Merlin elle-même était curieuse.

Seulement, cela mit de drôles d'idées dans la tête d'Arthur, comme celle de s'entraîner avec elle.

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La jeune fille s'effondra comme une masse. Elle entendait des cloches sonner dans sa tête. La chute fit tomber son casque et elle n'en vu que mieux le sourire moqueur d'Arthur au-dessus d'elle.

« Je suis agréablement surpris que tu ne te sois pas effondré au premier coup, Merlin. »

« Ca veut dire qu'on peut arrêter ? J'entends des voix dans ma tête qui m'appellent vers un monde meilleur… »

Arthur singea un air triste. « Oh mon pauvre. Et ce n'était qu'un échauffement voyons, il faut que l'on t'étoffe un peu ! »

« A quoi ça pourrait bien vous servir ? Vous voulez que je vous batte ? »

Arthur rit à gorge déployée. Merlin ne put s'empêcher de sourire en le voyant.

« Tu sais être drôle quand tu veux… Allez, je connais quelqu'un à qui tu as beaucoup manqué ces derniers temps… »

Merlin soupira en le voyant faire tournoyer le même fléau d'arme que la dernière fois.

« J'avais préféré l'oublier. »

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Merlin s'effondra sur le banc dans un bruit de métal.

« Ne riez pas Gaius » l'avertit-elle.

« Je n'aurais jamais crû te dire un jour cela Merlin, mais l'allure d'apprentie-guerrière te va à merveille » répondit-il d'un ton peu convaincant.

Merlin posa son front contre la table en soupirant. « Je dois apprendre le plus possible sur les tournois avant demain, vous n'auriez pas un livre là-dessus pour moi ? »

« Il se trouve que si. Je crois même que je vais te rajouter un volume sur l'exercice physique. D'ailleurs si tu veux pouvoir arriver à te lever demain, tu ferais bien de t'étirer un peu… »

Merlin grogna pour toute réponse.

« Je ne comprends pas comment certains peuvent autant aimer se taper mutuellement et littéralement sur la tête en suant dans des armures inconfortables » finit-elle par dire après avoir bâillé.

« Pour certains, c'est une obligation. Ils ont tout intérêt à apprécier la chose. »

« Si c'est la seule obligation d'Arthur, il a vraiment de la chance. Ah et j'oubliais aussi celle d'être présent à tous les festins et être la source des pâmoisons de toutes les dames… »

« En fais-tu partie ? » taquina le médecin.

« Gaius ! C'est d'Arthur qu'on parle là ! En plus, je ne suis qu'une paysanne! »

Le vieil homme rit un instant puis reprit plus sérieusement, « tu n'en as apparemment pas conscience Merlin, mais Arthur a de nombreuses responsabilités. C'est le prince, le seul héritier de Camelot et tous attendent beaucoup de lui. Et ça ne fera que se décupler quand il sera roi à son tour. »

« Les dieux nous en préservent », bougonna-t-elle. Elle n'avait pas le temps de faire une sieste, il fallait qu'elle apprenne en accéléré à mettre une armure. Elle allait avoir besoin d'aide. Heureusement qu'elle avait Gwen.

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Visiblement, les explications de la jeune femme n'avaient pas suffi car le lendemain, elle s'embrouilla en mettant les brassards. Arthur la fixait, exaspéré.

« Tu as conscience que le tournoi va bientôt commencer, j'espère ? » fit-il d'un ton sec.

« Oui altesse », répondit-elle en prenant un air idiot. Clic. Enfin, le deuxième brassard avait coopéré.

Elle s'assura une dernière fois que toutes les lanières étaient assez serrées. « Vous êtes anxieux ? » demanda-t-elle en cherchant à croiser son regard, mais Arthur s'obstinait à se focaliser sur un point devant lui.

« Je ne suis jamais anxieux. »

« Ca m'étonne parce que tout le monde-… »

« Est-ce que tu vas la fermer oui ? » finit-il par crier.

« Oh ça va, ne piquez pas une crise de nerf. » Elle saisit la cape rouge posée à côté d'elle. Il la regarda enfin quand elle s'affaira à essayer de l'attacher mais ne dit rien. Pas même quand elle lui mit son heaume en main puis recula pour l'inspecter de la tête aux pieds.

« Et voilà, un vrai conquérant » plaisanta-t-elle en mettant les poings sur les hanches, fière d'elle.

« Tu n'oublies pas quelque chose ? »

Elle haussa les sourcils.

« Mon épée. »

Zut.

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Arthur semblait toujours tirer la tête quand elle le vit de loin parmi les autres participants, occupés à écouter Uther marquer le début du tournoi. Son visage disparut ensuite vite sous son heaume alors que le premier combat allait commencer, l'opposant à un homme qui ne rappelait rien à Merlin.

La jeune fille n'avait encore jamais eu l'occasion de voir Arthur sérieusement en action, et elle n'arriva pas à détacher son regard de lui. C'est une nouvelle facette de lui qu'elle découvrait. Elle ne l'aurait jamais crû aussi vif, rapide, précis… Et même si elle ne connaissait rien à la chose, ses moindres mouvements lui paraissaient maitrisés.

« Continuez comme ça ! » encouragea-t-elle avant même de se rendre compte de ce qu'elle faisait.

Elle cria de joie quand trois coups plus tard, il envoya son adversaire à terre sous les vivats de la foule. Elle partit le rejoindre lorsqu'il sortit de l'arène. Son visage s'était détendu, ce qui rassura Merlin, étrangement.

Ils regardèrent les combats se dérouler l'un à la suite de l'autre sans se disputer et Merlin l'encouragea à chaque fois qu'il retournait combattre, mais Arthur ne l'entendit probablement pas sous les bruits de la foule.

Avant le dernier combat opposant un certain Valiant à un quelconque fils de lord, elle l'aida à se débarrasser en partie de son armure et lui tendit une gourde. Il la remercia d'un petit geste de la tête, à peine essoufflé mais les cheveux humides de sueur.

« Valiant se débrouille plutôt bien… » remarqua-t-elle à la fin. Arthur ne répondit pas.

Peu de temps après, Valiant vint les trouver. Il s'arrêta devant eux et courba rapidement la tête devant Arthur.

« Je vous félicite pour vos victoires d'aujourd'hui », commença le chevalier d'un ton léger.

« Moi de même », répondit Arthur sans plus d'entrain.

Valiant posa cette fois son regard sur Merlin. Celle-ci décida qu'il rentrait dans la catégorie de ceux dont elle se méfiait dès la première impression, même sans raison.

« Au plaisir de vous voir au banquet de ce soir » ajouta-t-il avant de repartir.

Arthur et Merlin le suivirent du regard jusqu'à ce que la jeune fille lâche « il ne me plait pas celui-là ».

Elle vit Arthur sourire brièvement.

« Avant que je n'oublie, il faut que tu répares mon bouclier, laves ma tunique, astique ma cotte de mailles,… »

''Ca faisait longtemps, tiens !''


Le lendemain matin, après avoir apporté son petit-déjeuner à Arthur qui semblait perdu dans ses pensées, Merlin se dirigea vers l'armurerie pour récupérer son équipement. Elle entendit un sifflement et fit volte-face, mais ne vit personne. Le sifflement reprit et elle en chercha la source. Elle s'arrêta devant le bouclier de Valiant, orné de trois serpents sur fond jaune. Elle crut voir l'œil rouge de l'un d'entre eux cligner. Elle approcha sa main du motif et sentit un vague picotement familier dans ses doigts.

« Tu cherches quelque chose ? » retentit une voix masculine qui la fit se redresser d'un bond. Valiant se tenait juste à côté d'elle, elle ne l'avait même pas entendu entrer. Il la fixait du regard.

« Euh oui, l'armure de mon maître… » Elle savait très bien où celle-ci se trouvait, à savoir juste derrière elle.

L'expression de Valiant ne changea pas. « Derrière-toi il me semble. »

« Ah merci, merci beaucoup » bafouilla-t-elle en rassemblant tout l'équipement contre elle. « Il faut que j'y aille. » Elle partit presque en courant, à présent convaincue qu'elle ferait bien de se méfier de lui.

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« Tu as fait tout ça tout seul ? » Merlin crut rêver en entendant comme un compliment dans la voix d'Arthur qui jaugeait de l'œil l'équipement rutilant.

« Oui. » Avec un peu d'aide de sa magie mais ça ne comptait pas comme une autre personne, n'est-ce pas ?

« Très bien, maintenant voyons si tu sais me la mettre correctement. »

Elle saisit d'abord la lourde cote de mailles, y passa un bras, puis l'autre puis la tête d'Arthur qui se releva pour les laisser tomber sur ses épaules. Merlin acheva de la mettre correctement en place puis lui fit enfiler la longue tunique fendue au blason de dragon. Ensuite elle attacha d'abord le plastron, puis chaque brassard, les pièces articulées pour son bras droit –le bras d'attaque-, en vérifia les lanières, boucla sa ceinture, mit son épée dans le fourreau et enfin lui mit le heaume dans les mains avec un sourire.

« Vous voyez, j'apprends vite ! »

« C'est bien la première fois », mais ses mots avaient perdu de leur mordant.

Elle le suivit d'un pas léger jusqu'à l'entrée de l'arène, fière de son travail. Il avait une certaine allure comme ça, et cette fois c'était en partie grâce à elle. Pour une fois il n'avait eu rien à redire, et cela suffit à la mettre de bonne humeur.

Gaius le remarqua. « C'est mon imagination ou est-ce que tu commences à t'amuser un peu ? » fit-il alors que Merlin regardait le prince saluer la foule.

« Il y a des jours où ce n'est pas si épouvantable que ça… » avoua-t-elle avant de se lancer dans une salve d'encouragements.

Les combats étaient encore plus intéressants que la veille, car peu à peu la sélection se faisait, ne laissant progressivement que les meilleurs. La journée s'acheva malheureusement sur un blessé à première vue grave, et Arthur autorisa à Merlin d'aller aider Gaius dès qu'elle eu fini de le débarrasser de son armure.

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Quand le vieil homme lui exposa son diagnostique et mentionna la morsure de serpent, l'image du bouclier de Valiant s'imprima dans l'esprit de la jeune fille. Sans hésiter, elle se dirigea vers les quartiers des hôtes et attendit, cachée dans un tournant de couloir, que le chevalier retourne dans sa chambre. Quelques minutes après elle l'entendit rentrer et s'approcha de la porte entrouverte. C'est là qu'elle vit les serpents prendre vie et tendre leurs gueules vers la souris que leur offrait Valiant. Merlin prit ses jambes à son cou. Il fallait qu'elle avertisse Gaius.

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Le lendemain matin, elle se réveilla anxieuse, et cela ne fit que s'empirer quand elle vit le premier adversaire d'Arthur.

« Ne me dites pas que vous allez combattre ce géant ? » fit-elle en lui tendant son bouclier.

« Si. Il est peut-être fort comme un ours, mais il est lent. »

« Et vous rapide. »

« Exactement. »

Elle lui mit quand même la main sur l'épaule pour l'encourager. Mais il n'en eut pas besoin, vu la vitesse à laquelle il envoya l'opposant à terre, à la joie de Merlin.

Valiant, lui, semblait encore plus agressif que d'habitude, et alla jusqu'à envoyer une volée qui fit perdre conscience à son adversaire. L'envie de raconter à Arthur l'histoire des serpents la démangeait, mais elle avait promis à Gaius de ne rien en faire, faute de preuve.

A la fin de la journée, une boule s'était formée dans sa gorge. Arthur et Valiant étaient les deux finalistes.

« Gaius, Valiant va utiliser son bouclier » dit-elle d'une petite voix, « il va tuer Arthur », ajouta-t-elle avec un tremblement. Le vieil homme la laissa partir sans savoir que dire.

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Il la retrouva plus tard alors qu'elle veillait sur sir Evan dont l'état ne s'était toujours pas amélioré.

« Il faut faire quelque chose » fit-elle sans bouger.

« Tu as raison », elle releva la tête, « si on arrive à trouver l'antidote et soigner Evan, il nous fournira la preuve qu'il nous manque. Mais pour cela il nous faudrait le venin du serpent. »

Il n'en fallut pas plus pour que Merlin se rende à la chambre de Valiant, profitant de l'heure du repas. Elle ouvrit la porte d'un mot et entra dans la pièce. Le bouclier se trouvait devant elle, posé sur une chaise. Elle chercha une arme du regard, saisit une épée et en frôla le bouclier du bout. Rien.

Un bruit en provenance du couloir la fit se retourner et elle resta immobile. Son cœur s'accéléra mais rien ne vint. Un sifflement parvint à ses oreilles.

En un geste elle fit volte-face, épée tendue au poing. La tête d'un des serpents fut tranchée dans le mouvement et les deux autres sifflèrent de plus belle mais Merlin avait déjà ramassé la tête, jeté l'épée à terre et décampé avant qu'ils ne lui fassent quoi que ce soit.

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A peine le venin extrait, elle alla trouver Arthur. Il était occupé à manger quand elle ouvrit la porte de sa chambre.

« Ah, Merlin, je me demandais où tu étais passé. J'ai été obligé de demander à quelqu'un d'autre de m'apporter mon repas ». Etonnamment, cela ne semblait pas l'énerver.

« Vous m'aviez dit que je pouvais rester auprès de- »

« Je te taquine. Comment va Evan ? »

« Mal. A ce propos, il faut que je vous montre quelque chose. » Elle posa la tête du serpent sur la table, sous les yeux d'Arthur. Il la regarda, attendant visiblement une explication.

« D'où sors-tu ça ? »

« Je l'ai tué. »

« Toi, Merlin, tu as décapité cette bête ? Me voilà surpris » plaisanta-t-il.

« Je suis sérieux. Il s'agit de l'un des serpents du bouclier de Valiant, il leur donne vie par magie. L'un d'entre eux a mordu Evan pendant leur combat car il allait l'emporter. »

« Valiant n'oserait jamais prendre le risque d'utiliser de la magie à Camelot », la coupa Arthur, peu convaincu.

« Personne n'a pu bien voir ce qu'il s'était passé. Ils étaient tous les deux à terre. Et Evan a des traces de morsure dans son cou » insista Merlin.

Arthur se leva et regarda par la fenêtre. « Tu n'aimes pas particulièrement Valiant et moi non plus, mais ça ne nous permet pas de l'accuser à la légère. »

« Gaius va préparer un antidote, Evan pourra tout vous affirmer dès qu'il sera rétabli », continua-t-elle. Arthur tourna la tête vers elle, attentif. Elle regarda son visage sans rien dire pendant un instant. Quand elle reprit la parole, ce fut d'une petite voix.

« Il ne faut pas que vous combattiez Valiant, il utilisera le bouclier contre vous. »

Arthur haussa les épaules comme pour chasser des sornettes. Merlin saisit la tête et la lui mit sous les yeux.

« Mais regardez donc ! Ce n'est pas une espèce que l'on trouve à Camelot ! »

Cela sembla faire mouche mais Arthur ne rajouta rien. Il lui prit la tête des mains et l'inspecta, les sourcils légèrement froncés. Merlin inspira fort, le ventre lourd.

« Je sais que cela vous semble peu crédible, je sais aussi que ma parole ne vaut pas grand-chose, voire même rien… » Arthur la regardait à présent, « mais je ne vous mens pas, sire. »

Pour la première fois, l'appellation était dépourvue de tout cynisme. Elle rencontra son regard et le soutint, priant pour qu'il la croie, pour qu'il refuse de se battre contre Valiant.

« Je veux que tu me jures que ce que tu me dis est vrai », finit par dire Arthur. Elle l'avait rarement vu aussi sérieux. Elle n'hésita même pas.

« Je le jure. »

« Alors je te crois. »

Ces simples mots suffirent à alléger l'anxiété qui lui tordait le ventre.


Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu. Arthur avait convoqué la cour et exposé les accusations à Uther, lui avait même montré la tête tranchée du serpent, ce qui avait semblé le faire réfléchir… mais tout dégénéra quand Merlin vit Gaius entrer dans la salle, les traits tirés. Elle eut l'impression d'un vide nauséeux dans son ventre quand le physicien lui glissa à l'oreille que Evan était mort depuis peu.

« Alors, Merlin ? » fit Arthur. Tous étaient tournés vers elle, immobiles et silencieux. Les yeux de Valiant étaient emplis de venin et il était évident qu'il l'aurait tuée sans hésiter s'ils n'étaient pas en public.

Mais c'est de voir l'attente dans le visage d'Arthur qui lui donna envie de disparaitre sous terre. Ses pas résonnèrent quand il s'approcha d'elle. « Où est Evan ? »

« Il est mort », répondit-elle en fixant le sol.

« Eh bien j'attends ! » tonna Uther.

Arthur balaya la salle du regard, comme à la recherche d'une échappatoire. Il se tint droit devant Uther mais sa stature avait perdu panache.

« Il semblerait que sir Evan soit mort. »

« As-tu vu cette magie de tes yeux propres ? » continua le roi.

« Non », répondit Arthur, la tête légèrement fléchie.

« Ainsi donc tu n'as aucune preuve de tes allégations. »

« Non… Non, mais mon valet l'a vu animer son bouclier et… »

« Ton valet ? » le coupa Uther, d'une furie maîtrisée, « Tu oses porter de telles accusations envers un chevalier sur base de ce que prétends ton valet ? » Il ne regarda même pas Merlin mais le mépris qui alourdissait sa voix lui suffit.

« Je sais qu'il dit la vérité ! » insista Arthur. Le cœur de Merlin se pinça.

Valiant avait retrouvé son sourire narquois quand il prit la parole : « Majesté, est-ce vraiment nécessaire de continuer ce procès sur les seuls dires d'un valet ? »

Merlin vit rouge et s'interposa, « j'ai vu les serpents devenir vivants, je le jure ! »

« Comment oses-tu nous interrompre ? » il la foudroya du regard, prêt en l'envoyer au cachot ou pire.

« Majesté », intervint Valiant d'une voix doucereuse, « il a sûrement fait une simple erreur. Je ne voudrais pas qu'il soit puni à cause de moi. »

Uther le dévisagea un instant puis se tourna vers Arthur qui n'avait pas bougé. « Tu vois ? C'est ainsi que doit se comporter un véritable chevalier, avec honneur et justice, non comme tu l'as fait ! »

« Majesté, peut-être votre fils a-t-il soutenu ces accusations parce qu'il appréhende de se battre contre moi… s'il le souhaite, j'accepterai sans rancune qu'il déclare forfait. »

« Est-ce vrai ? » demanda Uther, les yeux ronds, « tu souhaites abandonner le tournoi ? »

« Non ! » répondit Arthur, une pointe de panique dans la voix.

« Alors que dois-je penser de tout ceci ? »

Merlin se mordait les lèvres pour éviter de prononcer des mots qui ne les avanceraient à rien. Elle voulait sortir d'ici avec Arthur et oublier tout cela.

Il baissa le regard. « De toute évidence il y a eu un malentendu. Je- je retire mes accusations contre le chevalier Valiant… Je vous prie d'accepter mes excuses. »

« Je les accepte. »

Presque immédiatement, Arthur sortit de la salle sans regarder un seul des visages présents. Merlin le suivit aussitôt et dû presque courir pour rivaliser avec ses grands pas.

« Arthur… » tenta-t-elle d'une petite voix. Il l'ignora. Une fois rentrés dans la chambre, il lui tournait toujours le dos, immobile. La jeune fille pouvait presque sentir la tension qui se dégageait de sa silhouette. Elle n'osa rien dire pendant une bonne minute qui lui parut une heure, répartissant son poids sur un pied puis l'autre, nerveuse.

Le prince finit pas briser le lourd silence. « Je t'ai cru. Je t'ai fait confiance, et tu m'as fait passer pur un parfait idiot. »

« Je suis désolé. »

Il se tourna enfin vers elle, la clouant du regard. « Désolé ? Tu fais bien de l'être, désolé. » Il se rapprocha. « Mon père et la cour tout entière me considèrent comme un lâche. Tu m'as humilié en public ! » Il hurla sur la fin et fit un geste brusque, Merlin eut pour réflexe de se tourner pour lui présenter son épaule à la place de son visage, croyant qu'il allait la frapper. Arthur suspendit son geste puis se reprit. Elle crut l'entendre soupirer quand il lui tourna à nouveau le dos.

« J'ai besoin d'un valet digne de confiance. » Le calme de sa voix ne la rassura pas plus que s'il avait crié.

« Mais vous pouvez me faire confiance ! »

« Je l'ai fait et regarde où ça m'a mené. Je n'ai plus besoin de tes services.»

«Arthur- » supplia-t-elle.

« Disparais de ma vue ! » cria-t-il à nouveau.

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Elle marchait la tête baissée, la mâchoire serrée et les yeux brûlants mais elle ne le remarqua même pas. Tout comme la silhouette qui l'appela quand elle la dépassa dans la cour sans un regard. Elle entra dans les cachots sans croiser âme qui vive, le bruit de ses pas résonnant tout du long. Elle saisit la première torche qui lui passa sous la main, sa poigne plus forte que nécessaire. Quand elle entra dans la grotte elle ne savait plus dire si elle était triste ou dégoûtée. Probablement les deux à la fois.

« Dragon ! » tonna-t-elle dans le vide.

Pas de réponse. Evidemment.

« Je suis venu vous avertir que vous vous êtes trompé. Cette histoire de destin, là, c'est des sornettes. Vous vous êtes trompé de personne ! » Elle avait presque envie de jeter la torche dans le vide en espérant que cela l'aiderait à calmer ses nerfs.

Toujours rien. Elle déglutit et respira fort quelques fois pour se calmer un peu.

« Adieu », conclut-elle avant de se diriger vers la sortie. C'est là qu'elle l'entendit.

« Je te l'ai dit, il est impossible d'échapper à son destin. » Il se posa devant elle.

« Comment pourrait-ce être mon destin de protéger quelqu'un qui me déteste ? »

« Une moitié ne peut pas détester ce qui fait d'elle un tout. Tu l'apprendras très bientôt.»

Merlin haussa les sourcils. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Ton chemin et celui d'Arthur sont voués à être joints, c'est la pure vérité. »

« Vous ne pouvez pas parler autrement que par énigmes ? Que suis-je censée comprendre de tout ça ? » fit-elle en écartant les bras.

« Que ce n'est pas la fin, jeune magicienne. Ce n'est que le commencement. »

Elle se tut et le regarda s'envoler, perdue dans des pensées dénuées de sens.

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Le soleil commençait à se coucher et elle déambulait toujours dans le château. En passant une fois devant la chambre d'Arthur, elle eut envie de rentrer mais s'abstint. Aucun bruit ne lui parvenait de l'intérieur.

Elle avait fini par se poser sur les marches dans la cour et regardait les gardes faire leur ronde et les domestiques passer, les bras souvent chargés, le pas toujours pressant. Les genoux contre sa poitrine et ses bras posés dessus, elle laissa ensuite son regard se fixer sur le dallage sans vraiment le regarder.

Elle avait mal au ventre, comme si elle avait mangé quelque chose d'avarié. Une des manifestations de la gêne mais surtout du remord. Peut-être pouvait-elle essayer de retourner dans la chambre de Valiant et tuer les deux autres serpents ? Mais elle douta que Valiant laisse le bouclier sans surveillance, à présent…

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Elle vit de loin Gwen et Morris s'approcher. Gwen s'assit à côté d'elle et Morris resta debout, un panier dans les bras.

« Bonjour Merlin », firent-ils presque d'une même voix.

« Est-ce vrai ce que tu as dit ? » commença Gwen, « à propos de Valiant ? »

Le visage de Morris montrait qu'il voulait poser la même question.

« Vous ne me croyez pas ? »

« Si si ! » s'empressèrent-ils de répondre. « Qu'est-ce que tu vas faire ? » reprit Morris.

« Pourquoi ce serait à moi de faire quelque chose ? »

« Mais parce que c'est le cas! » s'exclama Gwen, puis elle ajouta, hésitante, « pas vrai ? »

« Prouve-leur que c'est toi qui as raison. »

« Et comment je suis censée le faire ? » répondit Merlin en regardant Morris.

« Eh bien… euh… je ne sais pas », avoua le jeune homme.

Ils se turent un instant, chacun en train de chercher après une solution. Merlin posa son regard sur le panier que tenait Morris.

« Qu'est-ce que tu as là ? »

« Oh ça ? » il s'agita un peu, « ce n'est pas grand-chose, juste des petites statuettes que j'ai sculptées pendant mon temps libre… je ne sais pas trop quoi en faire alors je pensais les donner aux enfants. »

Des bribes d'idée lui vinrent en tête.

« Je peux y jeter un œil ? »

Morris acquiesça et abaissa le panier pour qu'elle puisse y glisser la main. Elle en sortit une figurine en bois en forme d'oiseau de nuit, une chouette à première vue, de taille un peu plus petite que la réelle.

« C'est très réussi, Morris ! » le complimenta Gwen.

Celui-ci rougit. « Mer-merci, au moins quelque chose où je ne suis pas trop mauvais », il termina avec un petit rire gêné.

L'idée se fit claire dans l'esprit de Merlin. Elle se leva brusquement.

« S'il te plait, est-ce que je peux l'avoir ? Je te payerai s'il le faut. »

« Quoi ? Oh euh bien sûr, c'est cadeau » fit-il en souriant.

Elle lui rendit son sourire sincèrement.

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« Bebiede þe arisan cwicum ! » répéta-t-elle pour ce qui lui sembla la centième fois et devait presque être le cas. Les grands yeux figés de l'oiseau continuèrent à la fixer, sans succès.

« Raaah ! » pesta-t-elle en lançant son livre de sort sur son lit, découragée.

''Pourquoi je n'arrive même pas à réussir un sort pareil ?''

Elle soupira en se laissant tomber sur son lit, les bras en croix. Autant la magie pouvait lui venir naturellement la plupart du temps, autant parfois elle avait beau s'obstiner comme un beau diable, rien n'y faisait. Mais là, elle avait sérieusement besoin de réussir, et chaque échec lui pesait un peu plus. Il fallait qu'elle y arrive, sinon…

Arthur.

Merlin sentit la peine recommencer à la ronger en repensant au prince et à la dernière fois qu'elle l'avait vu. Il n'avait jamais été aussi furieux contre elle. Ce n'est que maintenant que Merlin prit conscience qu'il l'avait renvoyée, presque comme si cela n'avait pas d'importance alors que les tout premiers jours, le travail en lui-même -avec sa solde à la clé- était sa seule motivation pour le supporter.

Les mots du dragon lui revinrent en tête. Merlin se rendit compte qu'en vérité, elle ne voulait pas se séparer d'Arthur. Et cela l'horrifia.

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Elle se sentit toute petite en entrant dans la chambre. Arthur se tenait devant la cheminée. Il y avait allumé un feu. Les fins de journée de printemps pouvaient être fraîches. Ou bien voulait-il juste s'occuper, ou encore aimait-il regarder le feu pour réfléchir…

Il portait sa chemise rouge. La préférée de Merlin, celle qu'elle ne laçait jamais entièrement et qu'elle lui donnait le plus souvent au matin. Donnait au passé.

La lumière des flammes durcissait ses traits tirés mais à l'opposé, magnifiait ses cheveux. Merlin vit alors à quel point il était jeune, et combien ses épaules devaient supporter de poids. Gaius avait raison quand il lui avait dit qu'il avait plus de devoirs qu'elle ne le pensait. Gaius avait rarement tort. Mais Merlin était trop focalisée sur les mauvais côtés du prince que pour le voir. Maintenant… depuis hier soir, elle avait pu apercevoir succinctement autre chose chez lui. Quelque chose qui l'empêchait de faire comme si de rien n'était, alors qu'il allait vers une mort certaine en toute conscience, mais tout aussi impuissant.

Il lui adressa rapidement un regard puis soupira. « Je croyais pourtant t'avoir dit de disparaître ». Sa voix était lasse, sans trace de colère. Merlin ne savait pas quelle était la pire.

« Ne combattez pas Valiant. » ''Je vous en prie''. « Il va utiliser le bouclier contre v- »

« Je sais. »

« Alors renoncez. » Elle inspira pour maîtriser sa voix et se rapprocha de lui jusqu'à ce qu'elle doive relever légèrement les yeux pour le regarder. « Vous devez renoncer- »

« Tu ne comprends donc pas ! » la coupa-t-il en tournant la tête vers elle. Ils étaient si proches qu'elle pouvait presque compter ses cils. « Je ne peux pas renoncer. Un prince se doit de combattre, c'est ce que l'on attend de moi ! Comment pourrais-je demander à mes hommes de me suivre à la bataille, si je me comporte en lâche ? »

« Mais Valiant va vous tuer ! Vous risquez de mourir ! »

« Alors je mourrai ! »

Les yeux de Merlin la piquaient. « Vous ne pouvez pas faire ça » supplia-t-elle.

« Non. Je le dois. C'est mon devoir.»

Bien plus que les mots, c'est l'intonation de sa voix qui la touchèrent. Basse, résignée, comme s'il se parlait à lui-même… comme s'il voulait se convaincre.

Il lui suffit de bouger sa main d'à peine quelques centimètres pour qu'elle frôle celle du jeune homme. Rien qu'une fraction de seconde. Pour dire en silence, ne faites pas ça.

Elle partit sans espérer une réponse.


Plus que la lumière du matin, c'est la fatigue qui brûlait les yeux de Merlin. Sa nuque et son dos étaient douloureux à force d'être penchés sur le livre, à peine relevés de temps à autre pour regarder la statuette désespérément inanimée, posée à quelques mètres devant elle.

Elle luttait contre le sommeil tout en répétant encore et toujours les mots obstinés. Elle laissa ses yeux se fermer.

« Bebiede þe arisan cwicum… Bebiede þe arisan cwicum… Bebiede þe arisan cwicum… »

Elle crut entendre un hululement.

« Bebiede þe arisan c-… quoi ? » sursauta-t-elle.

Pendant un instant, elle regarda sans comprendre. Une petite chouette brune aux grands yeux dorés la fixait. Son plumage frémissait à chaque inspiration. L'oiseau inclina la tête.

« J-j'ai réussi ! » cria-t-elle. Le bruit fit s'envoler l'animal qui alla se poser sur le bord de l'armoire, comme outré par les agitations de la jeune fille qui eut tôt fait de se lever et courir aussi vite que ses jambes flageolantes le permettaient, passant en trombe devant Gaius en ignorant ses appels.

Les gardes dans la cour la suivirent des yeux, interrogateurs. Le cœur de Merlin battait la chamade à cause de l'effort, mais aussi en ne voyant personne d'autre. Ce qui voulait dire que le dernier combat avait commencé.

''S'il vous plaît s'il vous plaît faites que j'arrive à temps s'il vous plaît…'' pria-t-elle à elle ne savait lequel des dieux.

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Le sang lui battait dans les tempes en rythme avec les cris de la foule avide de coups. Le soulagement lui fit tourner la tête quand elle reconnut Arthur, bien loin d'être mort et occupé à faire passer un sale moment à Valiant, visiblement dépassé par les attaques au point qu'il ne pouvait que rester sur la défensive, à part pour tenter quelques parades vite interrompues.

Un coup particulièrement violent d'Arthur fit valser le casque de son adversaire à terre et tous deux s'arrêtèrent un instant, à distance respectable. Le voyant décoiffé, Arthur enleva son propre heaume sous les applaudissements redoublés de la foule. Merlin ne put que sourire devant son fair-play.

Les deux hommes se jaugeaient silencieusement du regard, indifférents à leur entourage. Le sourire narquois qui apparut sur le visage de Valiant fut le signal de départ. Il se jeta sur Arthur avec furie, et deux coups plus tard il lui percuta brutalement le menton avec son bouclier, envoyant le prince à terre. Merlin retint son souffle et lâcha un cri quand Valiant abattit son épée, visant la gorge d'Arthur qui roula sur le côté, évitant la lame de peu, puis se redressa, son bouclier abandonné à terre.

Le coup qu'il avait reçu à la tête peu avant avait légèrement désemparé Arthur dont les réflexes étaient un rien plus lents, et Valiant profita de l'instant pour le désarmer et l'acculer contre la palissade, non loin de Merlin. Arthur le repoussa, à présent seulement protégé de ses poings et de son armure. Merlin n'hésita pas.

« Bebiede þe arisan cwicum » murmura-t-elle en fixant les serpents. Ceux-ci prirent immédiatement vie sous les yeux ébahis de tous. Uther se leva dans sa tribune sur l'instant.

« Maintenant la preuve est visible par tous », fit Arthur, toujours sur la défensive.

« Tuez-le ! » ordonna Valiant n'ayant plus rien à perdre. Les serpents s'extirpèrent du bouclier en un seul mouvement fluide et tombèrent à terre, la gueule relevée, dirigée vers Arthur en sifflant.

Merlin allait intervenir quand elle vit Morgane lancer une épée à Arthur qui décapita les reptiles d'un seul coup, désarma Valiant en deux puis lui plongea l'épée dans le ventre. Son corps était à peine tombé à terre, que tous s'étaient levés pour acclamer leur prince, admiratifs autant que soulagés. Arthur reprit son souffle et Merlin se sentit fière de lui. Elle lui sourit de toutes ses dents quand il passa à côté d'elle, et il lui répondit d'une tape amicale sur l'épaule. Cela le démangeait visiblement de sourire comme un idiot lui aussi.

Après l'euphorie du moment, elle revint sur terre en regardant sa silhouette s'éloigner et en tournant son regard dans l'autre direction, vers le corps de Valiant que l'on transportait elle ne savait où. Elle secoua la tête puis ne pas laisser ses pensées prendre une tournée morbide, essayant de se convaincre que cet homme avait mérité son sort, et partit à la suite d'Arthur. Ce n'est qu'une fois arrivée dans la cour principale qu'elle se rappela qu'elle n'était plus sa servante et ne pouvait donc entrer dans sa chambre sans raison. Elle s'arrêta.

L'envie de monter voir s'il allait bien la tenaillait. Mais lui ne voudrait pas d'elle.

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Elle rentra à la maison en se répétant qu'elle faisait ce qu'il fallait faire, qu'elle n'avait pas à se mêler de ce qui ne la regardait pas –plus-…

Gaius n'était pas là. Il avait interrompu la confection d'un cataplasme, laissant les ustensiles et tous les ingrédients en désordre sur les tables. A noter que même quand la pièce était rangée, on retrouvait toujours de tout un peu partout et il fallait prendre garde à ne rien faire tomber, de peur que ce ne soit explosif, mortel, acide ou tout simplement répugnant. Merlin se demandait toujours pourquoi on ne pouvait pas faire de remèdes qui ne sentaient pas le rat mort ou goûtaient bien pire…

Une fois dans sa chambre, elle s'assit sur son lit, un peu perdue. Et qu'allait-elle bien pouvoir faire de sa journée ? Peut-être Brunhilda accepterait-elle de la prendre comme commis de cuisine ? Le père de Gwen avait peut-être besoin d'aide à la forge ? Elle pourrait proposer ses services à Morgane après avoir troqué ses guenilles contre une robe ? Ou bien…

Un hululement la sortit de ses pensées et elle regarda autour d'elle, cherchant la source. Près de la fenêtre, elle vit la chouette la regarder patiemment.

« Tu es encore là toi ! » fit-elle en se levant. L'oiseau ne réagit pas.

La jeune fille s'approcha de la fenêtre et la lui ouvrit.

« Allez, envole-toi, je n'ai pas le cœur à te rechanger en sculpture, et tu m'as été très utile alors considère ceci comme mon remerciement. »

Ca y est, elle devenait folle, elle parlait aux oiseaux.

La chouette se rapprocha de la fenêtre ouverte à petits pas de côté, ses griffes faisant un léger bruit de raclure. Elle n'était pas bien pressée.

Elle observa l'extérieur pendant à peu près une minute puis retourna son regard vers Merlin… et s'envola pour aller se poser dans son endroit de prédilection : le rebord de l'armoire. Merlin crut qu'elle lui lança un regard moqueur avant de fermer les yeux, prête à dormir.

« Très bien… je laisse la fenêtre ouverte si tu changes d'avis »

Elle observa la chouette encore pendant un petit temps, admirant son pelage aux multiples nuances de brun, moucheté de noir et de blanc. L'animal s'endormit vite, paisible.

Merlin n'en revenait toujours pas qu'elle avait donné vie à un objet et son cœur se pinça quand elle se prit à penser que ce sort était peut-être temporaire et que bientôt, le petit être redeviendrait grossièrement figé dans le bois, perdant toutes ses couleurs et jusqu'au souffle à peine perceptible qui faisait frémir ses plumes.

Elle repensa aux serpents, eux aussi nés d'une vulgaire peinture mais capables de tuer un homme, comme l'avait prouvé le triste sort de sir Evan… Et comme cela avait failli être le cas d'Arthur.

Arthur qui avait probablement déjà engagé un autre valet à l'heure actuelle. Quelqu'un qui ne discuterait pas ses ordres, répondrait à ses caprices et n'envisagerait même pas de parler avec lui, encore moins de le traiter de crétin même quand il était insupportable… Un garçon qui plus est.

Les choses étaient mieux ainsi. Merlin n'aurait plus autant à se soucier qu'il puisse découvrir ses secrets, elle n'aurait plus à se lever à des heures infernales pour aller chercher son petit-déjeuner et préparer ses vêtements à l'avance, ces mêmes vêtements qu'elle devait laver plus souvent que de raison parce qu'il prenait un malin plaisir à les salir pendant l'entraînement, la chasse ou simplement à dos de cheval, pour pouvoir se délecter de son expression horrifiée quand il revenait le soir, crasseux, transpirant, les cheveux ébouriffés et un sourire illuminé sur le visage et…

Merlin soupira, sa raison vaincue.

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Elle inspira vivement puis frappa à la porte.

« Entrez »

Ce qu'elle fit. Arthur était assis sur son lit, encore enveloppé de sa cotte de mailles. Son armure reposait sur la table, disparate. Il se leva en la reconnaissant.

« Merlin ? Que… fais-tu ici, au juste ? »

''Je me le demande.'' La jeune fille se mordilla la lèvre puis décida qu'elle n'avait rien à gagner à mentir. Elle se rapprocha.

« Je voulais voir si vous alliez bien. Le combat était particulièrement… mouvementé. »

« Je ne savais pas que tu te souciais autant de mon bien-être » sourit-il, amusé.

« Ne vous méprenez pas, altesse. Je ne fais que mon devoir d'apprenti », elle lui tendit le pot en terre cuite qu'elle tenait dans sa main et qu'il n'avait pas encore remarqué. « Je parie que votre nouveau valet n'a pas eu la brillante idée de vous apporter quelque chose pour limiter les dégâts, ou encore que vous seriez trop fier pour le demander, sire. Si je puis me permettre, on ne vous a pas raté, votre menton est déjà bleu… mais peut-être cela vous plait-il ? C'est représentatif de votre sang après tout. »

« Je n'ai pas de nouveau valet », répondit-il en ignorant le reste avec une ombre de sourire.

Cela désempara Merlin pendant un instant. « Vous voulez dire que vous avez réussi à survivre un jour entier sans personne pour répondre à tous vos caprices ? »

« Il faut croire que oui, ce ne serait pas la première fois… Tu ignores encore beaucoup de choses me concernant, Merlin. »

« Et je préfèrerais m'en tenir là, si vous le permettez. Je n'ai pas envie d'être traumatisé. »

Arthur éclata de rire mais cessa vite en grimaçant, la main sous son menton.

« Quand je vous disais qu'on ne vous avait pas raté… »

Elle intima à Arthur de se rasseoir sur le lit en posant sa main libre sur son épaule et prit place à côté de lui. Elle ouvrit le récipient, le déposa sur les draps et y trempa trois doigts pour prendre une quantité généreuse d'onguent. De son autre main elle releva la mâchoire d'Arthur avec douceur, puis entreprit d'appliquer le baume sur la peau meurtrie.

« Pourquoi fais-tu ça ? » demanda Arthur après quelques secondes. Une ombre de barbe rendait sa peau rêche sous ses doigts.

« Je vous l'ai dit, je suis l'apprenti de Gaius. Enfin ces derniers temps, je n'avais plus suffisamment de temps libre pour en mériter l'appellation mais maintenant… » elle s'interrompit, subitement gênée.

Arthur resta silencieux jusqu'à ce qu'elle ait terminé et se lève.

« Voilà, je vous laisse le reste au cas où vous en auriez besoin pour autre-… »

« Merlin. »

Elle redressa la tête. Elle ne se sentait pas à sa place. Encore fallait-il qu'elle sache ce que sa place était…

« Je te dois des excuses », fit Arthur sans ciller. « J'aurais dû te faire confiance jusqu'au bout. Je suis désolé. »

La bouche de la jeune fille s'entrouvrit mais n'émit aucun son. Ils s'étaient perdus en cours de route.

« Je voulais te réengager comme valet, mais visiblement tu as d'autres occupations à présent- »

« D'accord. »

« …-pardon ? »

« J'ai dit, je suis d'accord de devoir continuer à vous supporter. Je sais à quel point vous ne pouvez pas vous passer de moi… » fit-elle avec un grand sourire narquois.

Arthur pouffa de rire. « C'est beau de rêver Merlin. A vrai dire, ma journée a été assez intense, en témoigne mon armure », il la désigna d'un large geste du bras, « sans oublier mes bottes et mon épée. De plus, je ne dirais pas non à un bain, il me faut être présentable pour le banquet de ce soir. Un champion se doit d'être impeccable. »

Merlin leva les yeux au ciel. « Je peux toujours refuser l'offre ? »

« A vrai dire, je n'avais pas l'intention de te laisser le choix » répondit-il, les yeux brillants de malice.

« Crétin » souffla-t-elle.

« Je t'ai entendu ! »

...


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A/N: Voilà, j'ai mis celui-ci en ligne un peu plus tôt car le chapitre suivant viendra plus tard pour deux raisons: premièrement, je pars ce week-end à Paris avec ma meilleure amie, on va visiter la ville mais surtout, on va au Comic Con voir le cast (on espère!) :) A propos des acteurs, samedi passé, "Parked" était projeté à Bruxelles, tout près de chez moi et le réalisateur et Colin étaient là... C'était magnifique, ce film est génial. Franchement si vous avez l'occasion de le voir jetez-vous dessus, c'est superbe. Quant à Colin je l'aime de plus en plus, j'ai même eu la chance de le voir dans sa pièce de théâtre à Londres cette année et il m'épate, il a vraiment un talent indéniable, en plus d'être adorable! Maitenant il ne me manque plus qu'à voir "Island" :)

Deuxièmement, je dois avouer que je fais un léger blocage sur les chapitres suivants, ce qui me ralentit... J'espère que ça ne durera pas longtemps. Et une petite review a toujours un effet positif là-dessus, alors ne faites pas vos timides *yeux de Chat Potté* et merci mille fois à ceux qui le font déjà, vous êtes de vrais petits cookies sans les calories ;) !