- Papa ! le héla-t-elle par la fenêtre. C'est prêt !
Jack sourit en entendant la voix guillerette de la jeune fille l'appeler. Il lâcha sa pelle dans le trou qu'il était en train de creuser - il voulait planter un arbre dans le jardin pour une raison qui échappait à sa fille en raison de leur départ imminent - et monta quatre à quatre les marches menant à la petite maison.
- Qu'est-ce qu'on mange, ma puce ?
- Comme d'habitude, p'pa, purée et salade. Et arrête de m'appeler comme ça, gronda-t-elle.
Il s'assit à table et attendit que sa fille ait fait de même pour commencer à manger.
- Alors, c'est pour quand que tu te mets à cuisiner la viande, ma puce ?
Elle leva ses yeux gris perle au ciel et fit la moue. Le visage de Evangelynn était si peu souvent animé par des émotions qu'il savourait même les moments où elle était agacée.
- Ça sera pour quand tu te décideras à faire la cuisine toi même. Moi, je sais faire que la purée et assaisonner la salade. Et arrête de m'appeler comme ça, je te dis !
Jack mastiqua sa salade.
- Mais je sais encore moins bien cuisiner que toi, Evangelynn. Je suis un nouveau-né dans ce domaine
- Alors je dois tenir ça de toi, conclu-t-elle en avalant sa purée, un minuscule sourire au coin des lèvres.
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Lize s'assit en face de son amie à la bibliothèque, excitée comme jamais.
- Tu devineras JA-MAIS ce qui vient de se passer, Ange ! s'exclama-t-elle.
- Je sais pas, Lizzy, dit-elle en souriant. Une invasion d'aliens en plein cours d'anglais ?
Lize ignora sa réponse et Evangelynn posa son stylo sur la table, lui accordant toute son attention.
- J'étais aux toilettes en train de... pas besoin de te faire un dessin, se rattrapa-t-elle. Et j'ai entendu Jessica di...
- Jessica Rosenbaum ? l'interrompit Evangelynn.
- Ouais. Donc, je l'ai entendu dire qu'elle était à fond sur... s'arrêta Lize, ménageant le suspens.
- Sur ?
Ange jouait le jeu et Lizzy se pencha sur la table pour lui murmurer à l'oreille, un sourire taquin aux lèvres. Evangelynn écarquilla les yeux.
- Quoi ?! s'écria-t-elle, se levant précipitamment en renversant sa chaise. Oh ! La pute !
Des regards convergèrent vers elle et la bibliothécaire la regardait d'un air courroucé. Son amie s'appuya sur le dossier et croisa les bras, aux anges et assez fière de son petit effet.
- Et oui, ma chère Ange ! Mais en même temps je la comprends, chuchota-t-elle, un sourire pervers sur les lèvres. Ton père est TROP sexy...
Evangelynn donna une tape sur la tête de Lize. Une tape un petit trop forte peut-être car son amie gémit, mais n'osa protester.
- Je t'ai déjà dis de pas fantasmer sur mon père, Lize !
- OK, OK, calme-toi ! protesta-t-elle. Mais Ange, on peut difficilement dire que ton père est laid, quand même !
Elle se rassit lentement et passa une main dans ses cheveux noirs ébène, réfléchissant pour une énième fois au physique de son père.
Des cheveux roux foncés assortis à des yeux verts feuille lui donnaient un certain charme et certifiait son appartenance au peuple irlandais. Il était grand et musclé, sa mâchoire était carré et il avait un nez droit. Evangelynn trouvait, évidemment, elle aussi que son père était un bel homme. Mais de là à accepter que des petites salopes comme Jessica Rosenbaum aient des vues sur lui... Cette simple pensée l'a mettait dans une colère noire. Surtout que connaissant son père, il céderait aux avances très facilement...
Qui était sa dernière amante en date déjà ?
Ingrid ? Carolynn ?
Ou alors était-ce Gwendolynn ?
Lize décida de couper court à cette discussion et changea de sujet.
- En fait, Ange. C'est pour quand que tu déménages dans ce bled paumé au fin fond de l'état du Washington ? demanda-t-elle.
Evangelynn se renfrogna.
- Dans moins d'une semaine, ronchonna-t-elle. On part pour Forks dimanche.
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Lize et Evangelynn avaient passé le restes de la semaine collé-serré, séchant la plupart des cours pour traîner en ville ensemble.
New York était une ville tellement dynamique !
Il y avait toujours quelque chose à faire là-bas, aussi elles assistèrent à plusieurs comédies musicales à Broadway, dégustèrent tellement de glaces qu'Evangelynn se jura de ne plus jamais en manger et se promenèrent à Central Park en courant et criant après les pigeon comme deux gamines. Quand le matin du dimanche arriva, elles étaient toutes les deux dans les bras l'une de l'autre et les larmes aux yeux. Elles se promirent de s'écrire tout les jours et de s'appeler régulièrement.
Tandis que la voiture s'éloignait de la jolie petite maison de banlieue, Ange regarda Lizzy - qui lui faisait signe de la main - disparaître à un carrefour et elle sentit comme un poids peser sur sa poitrine.
Lize était sa seule amie.
La seule fille du lycée qui avait accepter tout ses défauts et ses bizarreries et qui lui avait montrée les siennes en retour.
Tout d'un coup, ses émotions sortirent d'hibernation et elle en voulu énormément à son père de l'arracher à sa fidèle amie pour la traîner de l'autre côté des Etats-Unis dans une ville perdue en plein milieu de nul part.
Jack sembla remarquer l'air morose sur le visage de Evangelynn car il pressa son genoux de la main qui ne tenait pas le volant.
- Désolé, ma puce. Sincèrement. Mais je suis sûr que tu va adorer Forks, dit-il, convaincu par ses propres arguments.
« Bien essayé, pensa-t-elle. Mais pas crédible pour un sou, p'pa »
Elle tourna la tête vers la vitre du côté passager et se perdit dans ses sombres pensées.
