Tout ce que je ne suis pas
Des nouvelles sensationnelles étaient arrivées. Roy Mustang avait téléphoné deux jours auparavant, les informant qu'Edward était de retour, bel et bien vivant, et qu'il arrivait à Resembool par le train. Rose n'en avait pas cru ses oreilles. Edward rentrait ! Tout serait parfait – un véritable happy end. Si seulement elle en avait le courage…
Elle attendait ce moment depuis longtemps, maintenant. Même si Edward lui avait dit de continuer son chemin, elle savait qu'elle avait des sentiments pour lui. Ils étaient devenus plus fort après qu'il l'eut sauvée de Dante et se soit sacrifié. Et ils avaient littéralement explosé ces deux dernières années, alors qu'elle vivait dans la ville natale d'Edward, à tel point qu'elle ne pouvait presque plus le supporter. Elle les avait gardés secrets tout ce temps, brûlant de les avouer à quelqu'un – n'importe qui – mais elle n'avait jamais senti que c'était le bon moment.
Mais finalement, c'était enfin le moment, son moment. L'instant qui allait changer sa vie. Elle n'en pouvait plus d'attendre.
Après s'être occupée avec de menus travaux autour de la maison des Rockbell, elle jeta un coup d'œil par la fenêtre de la cuisine, repoussant une mèche de cheveux roses. Toujours aucun signe de lui. Elle remua un peu, baissant les yeux sur ses mains, puis regarda rapidement dans le miroir de l'entrée. Elle était plutôt joli. Suffisamment bien pour des retrouvailles. Edward trouverait ça bizarre si elle se mettait sur son 31 pour son retour. De plus, elle n'avait jamais eu l'impression qu'Edward aimait particulièrement les jolis vêtements. Il n'était pas assez superficiel pour se focaliser sur ce genre de détail.
C'est pour ça qu'elle l'aimait.
Et il serait de retour d'une minute à l'autre. Rose sentit son cœur s'accélérer, et les fameux papillons se mirent à voler dans son ventre. Combien de temps devrait-elle attendre ?
En tout cas ça ne lui ferait aucun mal d'attendre dehors. Au moins, il verrait à quel point il lui avait manqué.
Elle sortit de la maison des Rockbell en marchant un peu plus vite que d'habitude, et regarda l'horizon. Toujours aucun signe s'un manteau rouge ou d'une longue tresse. Elle jeta un coup d'œil du côté des balançoires et fut surprise d'y trouver quelqu'un.
Winry.
L'ami d'enfance d'Edward et sa mécanicienne. Rose supposait que Winry aurait pu être une sorte de « rivale » si elle l'avait considérée comme telle. Mais franchement, elle ne pouvait s'empêcher de penser que cette fille ne constituait aucune menace quant aux sentiments d'Edward. Winry était trop simple, trop garçon manqué. Elle ressemblait à toutes les filles d'Amestris – blonde aux yeux bleus. Ses mains étaient rugueuses à force de travailler le métal. Elle était résistante, tant physiquement que mentalement, ce que Rose admirait vraiment, mais elle poussait ce trais de caractère trop loin. Elle était désorganisée, directe et souvent un peu paresseuse. C'était vraiment de trop pour Edward, ce qui expliquait le fait qu'ils se battaient et se disputaient si souvent.
Se battre, c'était parfait pour des frères et sœurs ou des amis proches – ils étaient en désaccord de temps en temps mais prenaient toujours soin l'un de l'autre. Vraiment, Rose respectait Winry. Elle savait que Winry connaissait Edward depuis l'enfance et qu'elle avait vu une facette de lui qu'elle, Rose, ne verrait jamais. Mais, romantiquement parlant, ces deux-là n'allaient pas du tout ensemble. C'était un fait.
Et Rose était sûre que Winry le savait aussi bien qu'elle.
La mécanicienne était assise sur une balançoire et regardait l'horizon de ses yeux vides. On pouvait lire l'espoir sur son visage. Rose se sentait triste pour elle. Elle avait du ressentir la même chose qu'Alphonse – après tout, elle pensait que la figure centrale de son enfance avait disparu à jamais. Mais bon, elle ne devrait pas être aussi triste. Edward revenait ! Ne devait-elle pas avoir l'air plus heureuse ?
Mais alors qu'elle analysait l'expression de Winry, Rose n'avait pas vu la tête blonde apparaître au sommet de la colline, plus âgée, mais toujours aussi séduisante qu'avant. Winry, elle, l'avait bien vu. Tout d'abord, ses yeux s'écarquillèrent légèrement, puis son visage s'éclaira. Sans perdre de temps, elle bondit de la balançoire et se rua vers la silhouette familière. En regardant plus attentivement, Rose pouvait voir Edward sourire. C'était évident; après tout, Winry était un peu le symbole de sa maison retrouvée. Et heureusement, elle-même serait bientôt le symbole de l'amour.
Edward ne se détournerait pas d'elle, n'est-ce pas ? Et s'il avait déjà trouvé une autre femme durant ces deux années ? Soudain, Rose eut l'impression qu'on lui avait donné un coup de poing dans le ventre. Elle n'avait même pas pensé à ça, que peut-être Edward avait trouvé quelqu'un d'autre pendant son absence.
De toutes façons, elle attendrait qu'il vienne vers lui. Elle ne voulait pas avoir l'air désespéré non plus.
Winry et Ed s'étaient retrouvés sur le sommet de la colline et Winry l'avait englouti dans une énorme étreinte. On aurait dit qu'elle pleurait, mais de si loin c'était difficile à dire. Rose esquissa un sourire. Même d'ici elle pouvait voir Edward rayonner de bonheur. Au moins il ne semblait pas qu'il ait amené sa petite amie avec lui. Cela voulait probablement dire que ce n'était pas sérieux entre eux ou qu'il n'en avait tout simplement pas.
Cependant, alors que Winry avait desserré son étreinte, Rose sentit que quelque chose ne fonctionnait pas selon ses plans. Les deux jeunes gens se regardaient comme jamais deux amis ne l'auraient fait. Et soudain, Edward se pencha pour embrasser la jeune fille.
Rose sentit son sang se glacer.
Elle s'était trompée en pensant qu'Edward avait trouvé quelqu'un dans l'autre monde. Il avait déjà quelqu'un. Rose se rendit compte qu'Edward s'était détourné d'elle depuis le jour où il s'était rencontré. Il n'avait jamais vraiment été attiré par les autres filles.
Plus que tout, Rose aurait voulu que sa peau foncée, ses yeux violets et ses mèches roses disparaissent. Elle voulait être comme les femmes d'Amestris. Une pure amestriene. Les cheveux blonds, les yeux bleus, la peau claire, les mains rugueuses, un air de garçon manqué. Le genre de fille qu'Edward aimait.
Et soudain, Rose réalisa que ce n'était pas Winry qui pleurait.
C'était elle.
