Fils de la mort
Chapitre 2
L'Auberge Rouge
NDas : je modifie très légèrement le passage sur la rencontre entre mani et Sage du manga, mais vraiment trois fois rien.
L'enfant se recroquevilla dans son nid.
Lorsque les cendres du village avaient enfin cessées de fumer, il était revenu.
L'esprit vide, il avait rassemblé ce qu'il avait trouvé pour s'installer dans les ruines de ce qui avait été sa maison.
Avec le temps, il s'était installé un nid presque confortable, suffisamment pour ne pas avoir froid l'hiver.
Il avait eut de la chance d'ailleurs.
La foudre avait frappé le petit bois près de l'étang. Un arbre avait prit feu. Le petit avait repoussé sa peur pour aller avec un reste de bougie chercher une flamme.
Il aurait pu s'installer dans une des maisons abandonnées maintenant que le village était déserté. Mais il n'avait pas osé. Il avait trop peur. Il y avait trop de monde dans les maisons vides.
Le premier hiver avait été très dur. Il avait cru mourir de froid a plusieurs reprises mais à chaque fois qu'il avait pensé lâcher l'affaire, une chaleur douce et féminine l'avait enveloppé et encouragé. Une nuit de plus, juste une de plus…. Le petit y avait presque retrouvé la présence de sa mère.
L'hiver était passé.
Peu désireux de revivre pareil cauchemar, le petit garçon mûrit trop vite avait prit sur lui de se construire un vrai nid.
Il y avait creusé le sol, mit des planches, de la paille qu'il allait chercher dans les champs laissés à l'abandon et qui repoussaient chichement d'une année sur l'autre pour s'isoler du froid.
Il détruisait les niches et les poulaillers vides pour faire brûler son feu depuis quatre hivers.
Pour se nourrir, il se servait dans les potagers abandonnés et dans les vergers. Il sautait dans l'étang pour pêcher brochets et carpes qu'il dévorait a moitié crus, incapable de cuisiner. Parfois, il allait courir dans les bois et attrapait des oiseaux, trouvait des nids ou piégeait des écureuils. Petit a petit, il avait oublié ses frères et sœurs, ses parents….
Il restait juste le soir à parler avec les phosphènes qui se rassemblaient autour de lui, comme affamés de sa présence.
Il s'endormait sans réfléchir, juste pour passer une nuit de plus.
De temps en temps, par contre, a sa grande irritation, des gens passaient par le village.
Au début, personne n'avait osé. Ils avaient trop peur de la maladie. Mais avec le temps qui passaient, les gens oubliaient et traversaient le village.
Un homme avait même voulu s'installer mais comme les autres, il n'était pas resté. Ses os pourrissaient dans un potager, sous des carottes et des navets.
Comme les autres.
Le petit garçon ne voulait pas qu'on vienne chez lui.
Le village était à lui.
Pourtant, avec le temps, il avait laissé des gens passer sans les tuer. Il ne pouvait se résoudre à faire du mal aux familles, aux femmes ou aux enfants.
Les hommes seuls, par contre…. Ils avaient en général de quoi améliorer son ordinaire. Il pouvait prendre leurs vêtures et souvent, ils avaient des couvertures ou de objets utiles, comme le couteau qu'il avait prit sur le cadavre de l'homme qu'il avait tué quelques heures plus tôt.
Avec un sourire un peu fou, le gamin de sept ans faisait tourner et retourner devant les flammes la lame qu'il avait arraché a sa victime. L'arme se parait de magnifiques couleurs sous les éclats rougeoyants du feu.
Avec un soupir de satisfaction, l'enfant arracha son pic en bois de terre. La viande était cuite !
Il mordit dedans sans se soucier de la graisse qui coulait sur son menton ou ses mains. La cuisse était toujours le morceau qu'il préférait. C'était à la fois moelleux et roboratif. Le plus dur était de découper l'articulation du fémur. C'était dommage qu'il ne puisse conserver sa viande plus de quelques jours. Mais ce n'était pas grave. Le potager donnait des légumes énormes grâce aux cadavres. Qu'ils aient une patte en moins ou non… Quelle importance.
Repus, l'enfant jeta les restes d'os humain dans un trou qu'il reboucha avant de se rouler en boule sous la couverture toute neuve et de s'endormir.
Comme toutes les nuits, il rêva
################
Le Trou.
Il était devant et en fixait le fond sans rien voir, comme toujours.
Pourtant, cette fois, le rêve n'était pas comme d'habitude.
Sage avait toujours été terrifié par le trou depuis qu'il avait vu son maître tomber dedans en sauvant sa vie et celle de son jumeau.
Sa mort avait été un accident.
Sage venait de fêter ses 17 ans, le lendemain de celui de son frère.
Ils étaient jumeaux certes, mais les hasards du calendrier et de l'accouchement les avaient fait naître à 18h et une journée d'intervalle. Sage venait donc d'ouvrir le cadeau préparé par son maître lorsqu'Ils leur étaient tombés dessus. L'ennemi… les Spectres…..
Leur maître et eux s'étaient réfugiés au bord du Trou. Le combat avait été long et douloureux. Leur premier combat… A l'époque, ils étaient des apprentis, juste des apprentis… un des spectres l'avait brutalement poussé en tombant dans le Trou.
Son maître avait plongé à leur suite. Il avait eut le temps d'attraper l'adolescent par le poignet pour le rejeter en haut du trou. Si Hakurei ne l'avait pas rattrapé, il serait retombé, mais son jumeau avait été là
Ils avaient vu leur maître disparaître.
Mourir….
Ils étaient revenus au Sanctuaire en larmes et traumatisés.
Hakurei ne pouvait plus s'approcher da l'armure d'or du Cancer sans hurler de terreur. Le pope de l'époque, le vieillard, ancêtre de la famille Borgia avait donné l'armure d'argent de l'autel à Hakurei. Lui avait prit l'or.
Sa peur n'était pas terreur de son jumeau….
Et voila qu'il rêvait depuis quelques mois du Trou.
Il s'était débarrassé de ce cauchemar depuis des années pourtant… mais le rêve n'était pas comme d'habitude.
Il ne revoyait pas Nicolaï, son maître, plonger à sa suite et sauver sa vie.
Non… il était juste sur le bord du trou, un enfant sans visage près de lui qui fixait le fond, comme lui.
Mais l'enfant avait le Cancer sur ses épaules….
Un enfant…
De six ou sept ans…
Qui était là…
Comme pour lui….
Le pope s'éveilla en sursaut.
Son élève l'attendait quelque part.
Enfin.
####################
Fred se réveilla en sursaut.
Ce n'était pas la première fois qu'il rêvait de ce Trou sans fond.
Plus d'une fois, il avait été tenté de sauter dedans.
Pourtant, à chaque fois, une présence l'en avait empêché. Une présence différente de celle qui l'avait réchauffé le premier hiver. La présence était masculine, emplie de bonté mais indéniablement mâle.
Avec un soupir, l'enfant quitta son nid.
Il rongea ses derniers morceaux de viande avant de descendre à l'étang pour se laver un peu.
Il ferait chaud aujourd'hui. Il pourrait en profiter pour noyer ses puces et se laver un peu.
Concentré uniquement sur le moment présent, l'enfant sauta dans l'eau claire en effrayant quelques poissons. Sans réfléchir, il en attrapa deux par les ouies qu'il jeta sur la rive.
Il barbota un peu avant d'ôter ses vêtements qu'il frotta avec du sable avant de les rincer.
L'enfant prit une grande inspiration avant de s'asseoir au fond de l'eau.
Les yeux ouverts, il observa les poissons venir l'effleurer, les têtards progresser a coups de queue, les herbes s'agiter lentement dans l'eau… plus d'une fois il avait été tenté de prendre une grande inspiration d'eau, pour voir, pour mourir, lui aussi.
Mais jamais il ne l'avait fait.
Quelque chose lui disait d'attendre.
Avec un soupir mental, l'enfant repoussa la brûlure de ses poumons jusqu'à ce que des papillons noirs flottent devant ses yeux.
Ses puces devaient être noyées maintenant.
Il donna un coup de pied dans la vase pour remonter à la surface qu'il creva en prenant une grande inspiration.
Il faisait chaud, aussi resta-t-il nu le temps que ses vêtements sèchent.
Qui pourrait-il choquer ici ?
Personne….
######################
La France….
Sage referma son manteau de voyageur sur ses épaules.
Il avait quitté le Sanctuaire sans rien dire à personne.
Tout juste avait-il prévenu Molcoss, le Verseau, qu'il serait injoignable quelques jours…semaines…peu importait.
Le vieux Verseau savait quoi faire.
S'il se déplaçait à présent avec une canne, le vieillard avait encore l'esprit vif. S'il n'avait pas attendu son élève pour la guerre à venir, il serait sans doute déjà mort. Mais le vieux papy était plus borné que la mort elle-même.
Avec amusement, il expliquait à Sage que lui et la Dame la Mort avaient un marché. Il aurait le temps de former un élève puis partirait avec elle.
Sage le croyait.
Molcoss était assez borné pour tenir la Dame a distance a la force de sa langue acérée.
Sage avait commencé par faire un saut à Paris.
La ville sourdait de quelque chose d'inquiétant.
Les rapports qu'ils recevaient régulièrement de toutes les cours d'Europe avaient raison. Il se passait, il allait se produire quelque chose. D'ici combien de temps, il ne savait. Mais d'ici trente ans, il en était persuadé, le pays aurait changé.
Deux jours dans la capitale lui avait suffit.
Il avait acheté un cheval avant de suivre son instinct.
Il lui avait fallut changer de monture à de nombreux relais de poste avant d'arriver "ici".
Il aurait pu se téléporter, tout simplement, mais il ne voulait pas effrayer de quelque façon que ce soit celui qui l'attendait. Si celui qu'il pensait trouver était bien celui qu'il espérait, peut-être pourrait-il sentir sa présence.
Peut-être…
"- Vous ne devriez pas aller vers l'est." Le prévint le responsable du relais de poste alors qu'il mettait pied a terre.
Sage ne voulait pas trouver l'enfant autrement qu'a pied.
"- Pourquoi ?"
"- Il y a eut la peste il y a quelques années. Un village entier a disparu. Et depuis, leurs âmes tuent des gens."
Cela attira immédiatement l'intérêt du Pope d'Athéna.
"- C'est-à-dire ?"
"- Il y a des gens qui disparaissent. On ne les retrouve jamais. Ceux qui ont pu passer ont dit avoir vu la nuit des boules lumineuses bleues dans la maison du sorcier qui a rendu malade les gens. Même le prêtre est mort !"
Des boules bleues ? Des âmes peut-être ?
"- Un sorcier ?"
"- Une engeance de démon si vous m'en croyez !" Souffla l'homme en se signant. "Un gamin qui a eut le diable au corps. Ils l'ont brûlés avec le reste de sa famille mais ça n'a pas empêché la contagion. Plusieurs villages ont été désertés. Et la nuit…. Il y a ces hurlements qui montent des ruines, les boules bleues et les flammes parfois. On dit qu'elles dansent à la pleine lune lorsque les âmes de ses victimes implorent pour être libérées du sortilège."
Sage camoufla son excitation croissante. Un petit crabe ! C'était forcement un petit crabe !
"- Merci pour vos paroles mais je dois quand même y aller."
"- Vous allez vous faire tuer."
Sage eut un sourire apaisant.
"- Non… Mais par contre, je vais libérer ceux qui pourraient encore arpenter ses terres en souffrance."
Le chef du relais de poste leva les yeux sur l'homme, le détaillant pour la première fois. Un petit frisson envahit l'humain. L'être qu'il avait devant lui était étrange…..
"- Je vais exorciser ces lieux" Insista Sage pour rassurer l'homme. "Quand je serais partit, il n'y aura plus rien pour vous effrayer.
Et l'homme le cru.
###############
Fred s'était caché derrière un pan de mur à moitié écroulé.
Il avait sentit une présence.
C'était elle qui l'avait réveillé.
Sans qu'il sache pourquoi, il savait que l'homme qui approchait était fort. Sans doute assez pour le tuer et le libérer.
Il en était heureux.
Du haut de ses sept ans, le petit garçon avait une conscience aigue de sa propre existence et de sa place dans le monde.
Il n'était qu'un déchet qui finirait par pourrir dans le sol, comme les corps des gens qu'il tuait pour se nourrir. Pour lui, il n'y avait rien de mal à ça. C'était comme le chat qui tuait la souris. Pour l'instant, il avait toujours été le chat. Maintenant, il serait peut-être la souris et servirait à nourrir cet homme qui avançait tranquillement dans les ruines.
Mais contrairement aux souris, il ne se laisserait pas tranquillement courser et manger. Lui avait des griffes de chat et se défendrait bec et ongle pour protéger sa vie. Même s'il s'en fichait un peu en fait. Ce serait juste quelques minutes amusantes pour changer.
L'enfant s'assit immédiatement, les âmes de sa famille vinrent voleter autours de lui.
Il gagnait toujours un peu de réconfort avec elles, comme elles gagnaient du soulagement à sa présence.
Malgré son intérêt pour les petites bulles bleues, l'enfant sentit parfaitement s'approcher l'homme.
Du coin de l'œil, il le détailla.
Il était…étrange…
Cela le perturba.
L'homme était différent de toute ce qu'il avait pu voir ou imaginer.
Ce n'était pas un chasseur ni un guerrier au premier abord. Il n'était pas musclé ou puissant
L'homme était fin comme sa maman, avec des hanches étroites et découplées.
Il portait une espèce de longue tunique blanche sur des bottes blanches en cuir.
Sous son bras, il portait une espèce de casque bizarre, comme une icône un peu… comme s'il représentait quelque chose en plus d'une soupière lourde a se mettre sur la tête.
Le petit garçon se souvenait vaguement que sa maman avait râlé plus d'une fois contre ses frères aînés. Les gamins prenaient souvent ses marmites pour jouer aux chevaliers. Lui avait été trop jeune pour jouer à ça…
Le regard de l'enfant s'alluma soudain lorsqu'il vit les bijoux au cou de l'inconnu. Leur valeur marchande ne l'intéressait que peu, mais ils brillaient et étaient joli. Ils seraient beau attachés au dessus de son nid, frappés par le soleil….
L'homme vit soudain les âmes et eut un geste de surprise qui ne fut pas raté pour l'enfant.
"- Ouai, ce sont des âmes. T'arrive à les voir ?"
L'inconnu baissa un regard doux sur l'enfant. Plus doux que n'avait jamais été celui de son père.
"- ce sont les membres de ta famille ?"
Fred baissa les yeux, gêné par le ton tendre de l'homme. Il était vraiment étrange avec ses cheveux long et parme. Comme s'il n'appartenait pas à son monde. Etait-ce l'ange de la mort qui venait finalement le chercher ? Si c'était lui, la mort n'était peut-être pas si cruelle.
"- Tu ferais mieux de faire attention, le vieux, personne ne sait quand la mort peut frapper….mais eux, ce ne sont que des détritus… "
L'homme se rapprocha encore.
L'enfant serra les doigts sur le couteau dans sa poche.
"- Quel est ton nom ?"
"- Mon nom ? hé…"
Il bondit, le couteau dressé. Sans attendre, il entailla le torse de l'homme. Il n'était pas si fort n'est ce pas ? L'inconnu l'attrapa par le poignet.
Une sueur de terreur coula le long du dos de l'enfant.
"- Toi comme messager de la mort, petit brigand ?" S'amusa presque l'Atlante. "Cela ruinerait la réputation du Dieu de la Mort !"
L'enfant gronda, un sourire fou aux lèvres.
"- Je t'ai eu bâtard ! Tu va crever comme les autres, tu vas…"
Les paroles de Fred moururent sur ses lèvres. Sous la tunique blanche, presque une robe de prêtre finalement, l'homme portait….
"- une armure d'or ?"
L'enfant se détendit.
"- Ha…je comprends… C'est mon tour à présent." Oui, cet inconnu devait bien être un ange de la mort finalement. Il n'y avait aucune peur à avoir. Il allait mourir et rejoindre tous les autres qui pourrissaient sous terre. " Tue moi vite, vieil homme, j'ai trop attendu."
Sage reposa doucement l'enfant au sol.
Combien de morts avait-il vu pour n'avoir ainsi aucune valeur de la vie ? Ce pauvre enfant semblait dédaigneux de tout.
"- Il y a très longtemps, tous les miens sont mort… Sans doute sont-ils eux aussi entrain de finir de pourrir quelque part… mais leur vie a eut une importance, ils ont vécut jusqu'à la limite leur existence…. Peux-tu en dire autant ? Veux-tu vraiment mourir ?"
Le regard bleu de l'enfant transperça l'adulte avec un mélange d'incompréhension, de peur et….ho pas beaucoup, mais c'était une infime lueur d'espoir que le pope voyait dans ce regard trop mature.
"- Ils n'étaient qu'un grain de poussière dans un océan d'ordure sans doute, comme toi…"
"- Et alors !" Eclata la voix du petit garçon, de plus en plus effrayé. "Je suis quoi moi alors !"
Où était sa place ? Ses propres amis avaient voulu le brûler vif. Tous étaient morts et il était resté seul à survivre. Des gens étaient venu plein de fois pour le tuer. Et maintenant on lui disait qu'il n'était pas qu'un simple tas de merde ? Ha ! Quelle plaisanterie !
"- je comprends pas."
Sage posa une main sur le crâne de l'enfant.
Immédiatement, il sentit la chaleur de sa présence, une acceptation que l'enfant n'avait même pas conscience d'avoir donné.
Un cosmos naissant…..
Doucement, le pope effleura ce cosmos sauvage du sien.
Comme un poulain effrayé se calme sous la main apaisante de son palefrenier, le cosmos hiératique se calma quelque peu. Incisif et piquant, il n'était plus aussi agressif.
"- Viens avec moi si tu veux savoir… Nous sommes tous les parties d'un grand tout, nos vies ont chacune leur place, même pour le peu de temps qu'elles durent… Viens avec moi au Sanctuaire…."
Le bambin releva finalement les yeux.
Il ne comprenait pas les paroles de cet homme étrange.
Il ne comprenait pas pourquoi il était encore en vie
Il se sentait juste totalement épuisé.
Il ne réagit pas lorsque l'inconnu le souleva de terre.
Il se contenta de se serrer contre lui.
Il s'endormit.
Il était à la maison.
Sage lui caressa les cheveux une dernière fois avant de se téléporter avec lui au Sanctuaire.
Son petit brigand…
