Bonjour, bonjour! Tout d'abord je vous souhaites de Joyeuses Fêtes! Ensuite je voulais remercier les lecteurs ayant laissé un commentaire : Maria, guim0veX5, Star, Joy, Lola, Ocyne et Bostaf , j'en suis très heureuse! Et j'espère que la suite vous plaira.

Bonne lecture!


Chapitre 2

Liberté

Les heures défilaient, dans une course immuable que rien ne pouvait arrêter. Terriblement longues à certains moments, terriblement rapides à d'autres, les minutes s'égrenaient une par une, remplissant un sablier invisible. Pourtant, un jour, le temps s'arrêta, se figea. Les évènements s'enchainèrent alors dans une sorte d'irréalité indomptable, incohérente.

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Trente-septième jour de captivité.

Deux corps maigres qui se serraient l'un contre l'autre dans la pénombre. Une tentative pour gagner un peu de chaleur dans ce froid glacé, dans cette austérité. Car cela leur manquait le plus : la chaleur humaine. Leur peau s'était empreinte des relents de la peur et de la douleur, et les deux jeunes femmes ne s'apportaient que peu de réconfort dans cet abîme qui les engouffrait lentement. Elles rêvaient d'air pur, du vent qui fait bruisser les feuilles des arbres dans un doux chuchotis, du soleil qui réchauffe lentement leur visage, comme une caresse. Courir, marcher, ou encore manger à leur faim. Un rêve de liberté qui s'estompait peu à peu, en même temps que leurs espoirs.

Navee avait les yeux mi-clos, l'esprit dans un brouillard opaque. La quantité de nourriture se réduisait au fil des jours et il était dur de garder des forces dans ces circonstances. Elle ne voulait qu'une chose : que cela s'arrête. Qu'importe comment, elle voulait voir la fin de ce calvaire. Elle voulait cesser d'entendre ces cris résonner dans sa tête, même lorsque Johanna ou Peeta se taisaient. Leurs hurlements la hantaient à chaque instant, surtout lorsque le sommeil la prenait enfin.

La porte de leur cellule s'ouvrit brusquement, faisant sursauter les deux jeunes femmes. Le corps de Johanna se contracta, anticipant déjà les tortures qu'on lui ferait subir. Arcas entra, tout de noir vêtu, poussant devant lui son éternel chariot dans un grincement métallique. Les instruments brillèrent de leur éclat argenté lorsqu'un des gardiens alluma la lumière, juste avant de pénétrer dans la pièce et de fermer la porte.

Navee fronça les sourcils. Arcas venait seul, toujours. Une règle immuable qu'il semblait respecter à la lettre. Puis elle comprit. Alors, lentement, ses yeux s'écarquillèrent de terreur, son pouls s'accéléra, son sang battant contre ses tempes. Il ne venait pas pour Johanna, non, il venait pour elle.

Lorsqu'Arcas lui attrapa le bras, à la place de celui de Johanna, sa camarade sut également comment allait se dérouler cette séance de torture bien particulière. La brune tenta alors de se débattre et son cri résonna longuement dans la cellule, mais le gardien l'immobilisa d'une main, tant elle était faible. Les frêles poignets de Navee furent bientôt emprisonnés dans leurs cages d'acier alors que ses poils se dressaient sur sa nuque, faisant transparaitre sa peur. Son bourreau fixa les pinces sur les pieds nus tandis qu'un léger rictus parait ses lèvres minces. Enfin, il se recula, observa sa victime une dernière fois avant de pousser le bouton de l'appareil.

L'électricité parcourut le corps filiforme à toute vitesse, gagnant le cœur et le cerveau dans un choc brutal. Les muscles se contractèrent violemment, en des convulsions fébriles, et elle fut incapable de reprendre sa respiration. Les pupilles noires s'écarquillèrent, à tel point qu'on ne distinguait presque plus le gris de l'œil. Puis, le hurlement de Navee se suspendit dans l'air, intemporel, insupportable. Semblable à ceux que poussaient Peeta et Johanna, ce cri s'emplissait d'encore plus de souffrance, car c'était celui de la première torture.

Quand Arcas éteignit l'appareil, le corps de la blonde s'affaissa, retenu uniquement par les liens de métal froid qui s'incrustèrent dans la peau laiteuse en faisant perler quelques gouttes de sang le long des avant-bras. Difficilement, l'air pénétra dans ses poumons, alors qu'elle tentait maladroitement de reprendre son souffle. Sa poitrine la brulait atrocement à chaque inspiration. Haletante, elle releva doucement la tête pour observer son bourreau. Celui-ci la dévisagea un instant, puis, avec un sourire aux lèvres, il alluma à nouveau le courant.

Navee n'aurait su dire combien de fois il appuya sur le bouton. Chaque seconde semblait plus atroce que la précédente, même lorsque l'appareil était éteint. Son corps semblait se déchirer de l'intérieur. Chaque muscle, chaque cellule exprimaient la même douleur. Elle n'aurait jamais pensé avoir si mal, un jour. Dans sa tête, ne subsistaient plus que des supplications silencieuses qu'elle adressait à n'importe quelle divinité pour que cela cesse enfin.

Au bout de presque une heure, où les pleurs et les cris de Johanna rejoignaient les hurlements de Navee, le silence se fit. Arcas ressortit tranquillement de la cellule, comme s'il ne venait pas de torturer une jeune femme innocente. Il adressa un dernier regard à la brune, une mise en garde. Si elle ne parlait pas la prochaine fois, il recommencerait, encore et encore.

Sur le sol froid, Navee gisait au pied du mur, inconsciente. Elle avait sombré juste après que les tortures soient finies. Son corps semblait encore agité de soubresauts qui s'estompaient peu à peu. Comme sa camarade avant elle, Johanna se traina laborieusement vers sa cadette. Les maigres forces qui l'habitaient encore semblaient s'envoler au fil des secondes. Elle s'effondra avant d'arriver jusqu'à la blonde et tendit le bras, attrapant la main glacée de Navee dans la sienne, ne pouvant faire plus que la serrer légèrement.

À moitié consciente, Johanna vit la porte de la cellule s'ouvrir à nouveau, comme dans un rêve. Elle tendit son autre bras vers Navee, dans un geste pour la protéger. Des tenues grises, des masques protecteurs sur le visage, de lourds fusils. Les trois hommes qui rentrèrent dans la pièce semblaient aussi déplacés que l'était Arcas lorsqu'il venait. Où étaient les uniformes d'un blanc immaculé ?

Ce fut sur cette pensée qu'elle s'évanouit, privée de toute énergie.

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Un bip, un autre bip, encore un autre. L'étrange mélodie régulière fut la première chose que Navee entendit en reprenant conscience. L'idée qu'il s'agissait en réalité de la danse de son cœur vint peu après. Lentement, presque à regret, ses sensations se rappelèrent à elle tandis que ses sens s'ouvraient au monde extérieur. La douleur se réveilla, lancinante, parcourant tout son corps sans laisser une seule parcelle intacte.

Le grain de sa peau, parcouru de milliers de nerfs sensitifs, ne reconnut pas le moelleux de la couche où elle était allongée, ni la douceur du drap qui semblait la recouvrir. L'air, également, était différent : plus pur, plus chaud aussi, tant au niveau de la température que de l'atmosphère cotonneuse de la pièce.

Les paupières de la jeune femme lui paraissaient tellement lourdes qu'elle doutait pouvoir les ouvrir à nouveau. Cependant, elle reprit conscience au fur et à mesure du temps qui passait et son esprit embrumé commença à s'éclaircir. Alors, doucement, avec précaution, elle ouvrit les yeux.

La lumière crue assaillit violemment les iris gris et Navee papillonna un instant de ses longs cils clairs afin de s'habituer à l'éclairage lumineux. La blancheur de la pièce la surprit. Encore du blanc, cette couleur écœurante. Cependant, les murs étaient plus lisses, faits dans une matière qu'elle n'avait pas la force de déterminer. Elle avisa le lit dans lequel elle se trouvait, ainsi que la porte en face d'elle, seule sortie possible.

Lentement, Navee releva la tête et déplaça sa main droite pour prendre appui. Des échardes de douleur se plantèrent dans le moindre de ses muscles, mais elle se redressa tout de même. La porte de la pièce coulissa à ce moment-là.

Une femme entra. Toute de blanc vêtue, ses cheveux noirs relevés en une queue de cheval haute, elle ne devait pas avoir plus de quarante ans. Derrière elle suivit une autre personne, également en uniforme blanc, un homme cette fois-ci.

A la vision du médecin, car il ne pouvait s'agir que de cela, les yeux de Navee s'agrandirent de frayeur et un gémissement de bête apeurée s'échappa de ses lèvres. Fébrile, et faisant abstraction de sa douleur physique, elle recula dans son lit à renforts de gestes saccadés et maladroits. Son menton tremblait, tout comme ses mains. Et, pourtant, elle tentait vainement de mettre de la distance entre cet homme et elle, comme si ces quelques centimètres pouvaient la protéger.

Le médecin arrêta d'avancer pour considérer sa patiente avec stupeur. La femme, elle, continua à s'approcher du lit et les yeux gris s'y fixèrent, plus calmes. Mais la tempête qui agitait l'esprit de Navee reprit de plus belle lorsque l'autre lui parla :

– Mademoiselle, commença l'homme en faisant un pas en avant.

Aussitôt, le visage ovale et fin se tourna vers lui et un léger cri s'échappa de la gorge de la jeune femme. Son cerveau lui envoyait d'autres images d'hommes, également vêtus de blanc. Et elle ne pouvait empêcher son esprit de les superposer à celui qui lui faisait face. Inconsciemment, comme dans sa cellule, elle serra ses poings, les ongles s'enfonçant dans la chair de ses paumes, rouvrant les sillons à peine refermés. Le sang perla lentement sous la force qu'elle mettait dans son geste et les yeux de l'infirmière furent bientôt attirés par les perles écarlates gouttant sur la blancheur immaculée du drap.

– Je crois que vous devriez sortir, Docteur, intervint la femme en dévisageant avec attention sa jeune patiente.

Le médecin poussa un soupir résigné, jeta un dernier coup d'œil à la blonde et s'en alla. Lorsque la porte se referma sur lui, le corps de Navee se détendit imperceptiblement et ses poings s'ouvrirent de peu. Son souffle s'apaisa également, ce que ne manqua pas de remarquer l'infirmière.

Celle-ci s'approcha doucement, comme de peur de l'effrayer, et sa douce voix lui conta les récents événements. Sa libération – non, leur libération – et la destination de l'Hovercraft dans lequel elle se trouvait : le siège de la Résistance qui soulevait les masses contre le Capitole, le district Treize.

Navee écouta dans un silence presque religieux, peinant à assimiler ces mots et leurs significations. Ainsi, le treizième district existait encore. L'infirmière lui apprit que son oncle y avait trouvé refuge et elle éprouva un bien grand soulagement de savoir sa seule famille en sécurité. Si on pouvait appeler cela être en sécurité.

L'idée de sa libération se fraya difficilement un chemin dans les pensées entremêlées de la jeune femme. Son esprit n'admettait pas l'évidence que sa captivité était maintenant révolue. Les jours passés l'avaient abimé, tant physiquement que mentalement, et plus rien ne semblait avoir de sens à présent.

Libre. Mais quelle liberté était-ce là ? Quelle liberté vous laissait à la dérive, comme une coquille vide ballotée par les flots ? Il n'y avait plus d'espoir en elle, simplement la détresse d'arriver à oublier un jour toutes ces horreurs, de vivre avec ces marques gravées au fer rouge sous son crâne et dans son cœur.

Ses derniers souvenirs, dans cette cellule du Capitole, lui renvoyaient sans cesse les mêmes images : le sourire en coin d'Arcas, cruelle exhibition d'un pouvoir tout puissant d'annihilation, et une paire d'orbes marron hantés par une douleur incommensurable.

En revoyant ces iris bruns, le souvenir de Johanna lui revint brutalement. Johanna, sa compagne de cellule. Johanna, celle dont la souffrance anéantissait à petit feu Navee. Ses yeux brillants de douleur et d'injustice, le fin duvet qui parcourait son crâne abîmé par les tortures, la douceur de sa peau entaillée à de multiples endroits.

La respiration de la blonde s'accéléra, son souffle se fit saccadé, erratique. La jeune femme inspirait de grandes bouffées d'air sans pour autant réussir à respirer. Une crise de panique que l'infirmière calma par une injection de tranquillisant.

Le liquide ne mit pas longtemps à parcourir les veines du corps frêle et mutilé. Alors, Navee sombra à nouveau dans l'obscurité, perdant peu à peu pied avec la réalité. Un nom tourbillonna autour d'elle, l'accompagnant dans sa chute : Johanna.


Voilà, fin de l'emprisonnement, donc. Comme vous pouvez le deviner, les chapitres suivants se concentreront sur le fait de remonter la pente, de reprendre espoir après ces tortures. J'espère que vous n'êtes pas déçu que leur captivité se termine si rapidement, et du fait de sa description sommaire, mais j'ai choisi de concentrer mon histoire plus au niveau des séquelles psychologique.

N'hésitez pas à me laisser votre avis! Je serais vraiment contente de vous lire!