Chapitre 3 : douloureuse rencontre

Après avoir payé la baguette magique, Harry et Phineas avaient quitté la boutique d'Ollivander et marchaient à présent d'un bon pas en direction de la boutique de Madame Guipure. Fulminant, le jeune garçon gardait une distance respectable entre lui et son protecteur pour avoir tout le loisir de discuter, loin des oreilles indiscrètes, avec celle qui se prétendait être Morrigan, "La Mort".

Demeurée invisible aux yeux de Harry Potter, la ténébreuse jeune femme n'avait eu de cesse de suivre Phineas dans ses moindres mouvements, l'observant attentivement sans même prendre le soin de paraître discrète. Ce sans-gêne apparent agaçait de plus en plus Phineas qui était désormais prêt à tous les stratagèmes pour s'en débarrasser. Y compris marchander avec elle :

- Que me voulez -vous enfin ?

- Rien, répondit-elle avec un petit sourire malicieux. J'ai simplement été attirée à toi par l'éveil de ta baguette magique. Sincèrement, je ne pensais pas tomber sur le fils de mes anciens protégés.

Le jeune garçon se demandait bien de quoi elle parlait. Sa mère ne lui avait jamais parlé avoir eu une protectrice en la qualité de La Mort elle-même et elle n'en avait jamais fait mention lorsqu'elle lui avait parlé de son père. Persuadé qu'on lui jouait un sale tour, il se montra sceptique.

- Ma baguette ? Vous vous payez ma tête, c'est ça ?

- Oh non, pas du tout, lui assura Morrigan (elle s'attarda soudainement devant la devanture des Farces pour Sorciers Facétieux). Mais il se trouve que le cœur de ta baguette, ainsi que celle de sa sœur, est fait d'une mèche de mes cheveux. C'est pour cela qu'il existe ce lien et que tu as désormais la capacité de me voir.

Elle tenta un sourire optimiste qui laissa de marbre l'enfant. Phineas tenta de vérifier la véracité de ses propos en tentant de fouiller ses pensées. Il resta interdit en constatant qu'il était incapable de le faire.

- Et bien quoi, le tança gentiment Morrigan. Tu croyais que les simples mortels pouvaient se permettre de s'introduire dans mon esprit sans problème ? Je suis la Mort tout de même !

- Mais au fait, remarqua soudainement Phineas, vous arrivez à me voir malgré la cape d'invisibilité ?

Morrigan (à défaut qu'il puisse l'appeler autrement) se mit à rire à gorge déployée. Visiblement, il avait dit quelque chose de particulièrement amusant. Le garçon observa les alentours, fixa également Harry qui marchait à quelques mètres devant lui, et constata une fois de plus que personne ne faisait attention à la jeune femme. Elle était pourtant très voyante et très bruyante. Il ne put que se rendre à l'évidence : sa présence était invisible aux yeux des autres, comme s'il était le seul à pouvoir la voir et interagir avec elle.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, maugréa le jeune garçon.

- Pardon, mais la question me semblait stupide, s'excusa la jeune femme. Normalement, je vois à travers les capes d'invisibilité, mais celle-ci est très spéciale. Je suis incapable de dire qui est dessous. Mais par contre, je sens son pouvoir. Je pensais que tu savais qu'elle était particulière.

- Euh... oui, mais vous êtes la Mort, non ? Vous n'êtes pas censée être dotée de capacités extraordinaires ?

- Oh...

- J'ai encore dit une bêtise ?

- Non, non, se rattrapa-t-elle. C'est vrai, mais mon rayon d'action est limité par mes attributions. Je contrôle tout ce qui a trait à la Mort. Le reste n'est pas censé être de mon domaine. Autrefois, du temps de tes parents en fait, j'ai été condamné par mes pairs pour avoir fait de l'ingérence. J'ai tenté de changer l'avenir.

- Tenté ? Dois-je comprendre que ça n'a pas marché ?

- En fait, si, ça a fonctionné, se félicita Morrigan. Mais cette réussite a provoqué... des effets secondaires inattendus.

Intéressé par ses paroles, Phineas en avait oublié sa colère. Il écoutait passionnément les explications de cette femme qui se vantait d'être la Mort et se mit à imaginer quels étaient ses liens avec ses parents. Si ce qu'elle prétendait était bien la vérité.

- Que voulez-vous dire ?

Morrigan ne répondit pas tout de suite. Plongée dans une profonde réflexion, son visage avait prit une expression grave qui la rendait un peu sinistre. Un passant fondit alors sur elle, et alors que Phineas craignait la collision, il passa à travers elle à la manière d'un spectre. Il comprit alors que cette femme n'était pas avec lui physiquement. Etait-elle le fruit de son imagination ? Devenait-il fou à la suite de son agression et de l'enlèvement de sa mère ? Avait-il créé une illusion destiné à combler l'absence de sa mère ?

- Un des effets secondaires, marmonna Morrigan, est ta naissance.

- Pardon ? s'étrangla Phineas.

- Tu n'étais pas censé naître, insista-t-elle très sérieusement.

- Pouvez-vous m'expliquer clairement à la fin ? s'insurgea l'enfant.

- Je me suis servie de ton père pour arriver à mes fins, pour sauver ta mère, l'avenir, et j'ai été punie pour ça. Mais cette victoire a donné des résultats inattendus, et pour certains, indésirables. Enfin... au moins, ça a l'air moins grave que si j'avais laissé faire.

- Vous pourriez développer ?

Morrigan s'arrêta en plein milieu de la rue, forçant Phineas à faire de même pour ne pas s'éloigner d'elle. Inquiet, il voyait Harry Potter continuer d'avancer sans lui, et il craignit de le perdre de vue. Il lui avait pourtant promit de ne jamais le quitter.

- Non, je ne peux pas, décréta la jeune femme. J'ai déjà assez interféré avec le destin comme ça. Et je me rends compte que je t'en ai déjà trop dit. Adieu !

Et elle disparut aussi subitement qu'elle lui était apparue dans la boutique de baguettes magiques. Abasourdi, Phineas contemplait l'endroit où elle se tenait une seconde plus tôt et qui était à présent désert. L'étonnement disparut pour laisser place à la frustration et à la colère, et, se rappelant qu'il avait encore des courses à faire sous la houlette de son tuteur, remonta rageusement la rue pour le rejoindre.

Chez Madame Guipure, il essaya son nouvelle uniforme scolaire. Cette fois-ci, la couturière se laissa berner par le déguisement du garçon et goba sans mal qu'il était un énième membre de la famille Weasley. "Ils font des enfants à foison ceux-là" pesta-t-elle en arrangeant l'ourlet de sa robe de sorcier. Les Weasley devaient fatalement être connus pour leur immense famille se disait Phineas en se passant la main dans sa tignasse roussie par le sortilège de Harry. Il était d'ailleurs impatient de retrouver sa couleur de cheveux habituelle.

En sortant de la boutique, Harry consulta sa montre. Il était très contrarié par le retard prit chez Ollivander, et se décida à prendre une décision radicale :

- Il y a un Auror de confiance posté chez Fleury & Bott, expliqua le jeune homme. Et vu le nombre d'enfants qui s'y promènent, tu vas passer facilement inaperçu. Nous gagnerions du temps si tu allais acheter seul tes livres pendant que je vais faire tes achats pour ton nécessaire à potion. Tu m'attends là-bas, et après nous irons t'acheter ce qui te manque dans ta liste. Je vais en profiter pour ramener les ingrédients réclamés par Ginny.

Harry grimaça. Il se serait bien passé de jouer les coursiers pour sa femme alors qu'il devait assurer la sécurité d'un enfant innocent. Mais comment justifier sa présence sur le Chemin de Traverse sinon ? Il glissa quelques Gallions dans les mains du jeune garçon et lui souffla quelques consignes de sécurité avant de le laisser seul.

- En cas de problème, fonces vers l'Auror, lui répéta Harry. Tu te rappelles de qui il s'agit ?

- L'homme avec un doigt en moins, le front dégarni et qui se fait passer pour un employé, récita Phineas d'un ton morne.

- Bien, fit Harry qui n'arrivait pas à se débarrasser de son anxiété.

Pour ne pas avoir droit à une ultime répétition des consignes, Phineas lança un sonore "à plus tard" depuis sa cape et fila droit vers la librairie. Se sentant agréablement libre de ses mouvements, le garçon s'autorisa à trainer un peu, admirant les vitrines des magasins qui s'offraient à son regard. Devant l'animalerie magique, un chat noir le fixait de ses yeux gris si intensément qu'il se demanda s'il n'avait pas la faculté extraordinaire de le percevoir malgré la cape. Le chat miaula, s'élança vers lui, et se glissa sous la cape pour venir se frotter amoureusement contre ses jambes. Phineas se pencha pour le caresser, avant de le repousser pour reprendre sa route. Le chat se mit à le suivre en trottinant derrière lui. Le jeune garçon se demanda s'il n'y avait pas moyen de demander à Harry d'acheter l'animal. D'après sa liste de fournitures, il avait le droit à un compagnon animal. Il jeta un coup d'œil derrière lui : le chat le suivait toujours.

Arrivant face à Fleury & Bott, Phineas relut sa liste un peu nerveusement. Sans Harry à ses côtés, c'était à lui de demander de l'aide pour ses achats et il ne se sentait pas à l'aise pour le faire. Il vérifia tout autour de lui que personne ne le remarquait, et il quitta la sécurité de sa cape d'invisibilité pour apparaître au grand jour. Puis, il se dépêcha de rentrer dans la librairie pour ne pas rester à découvert.

BAM !

Sans qu'il ne comprenne ce qui venait de lui arriver, Phineas se retrouva par terre, fesses et mains endolories, les larmes aux yeux. Il venait de tomber à terre après avoir été percuté par ce qui lui sembla être un mur, au vu de la résistance opposée. A moins que la porte de la boutique ne ce soit violemment refermée devant lui au moment où il passait la porte.

- Non mais tu ne peux pas faire attention où tu vas ?

Phineas leva les yeux vers l'origine de cette voix aigue mais terriblement sévère. Son regard croisa alors celui, argenté, d'une jeune fille de onze ans. Il rougit aussitôt, car c'était, il avait un peu honte de l'admettre, la première fille de son âge qu'il rencontrait et il se sentait très intimidé.

- Franchement, ça t'arrives de regarder où tu vas ? Tu m'as foncé dessus tête baissée !

Fasciné par cette fille, le sermon qu'elle lui lançait lui arriva lentement jusqu'au cerveau. Mais lorsqu'il comprit ce qu'elle lui voulait, il rougit de plus belle, cette fois de contrariété. Voilà une première rencontre bien avilissante !

La jeune fille toisa Phineas, menton en l'air et mains sur les hanches, attendant visiblement des excuses. Malgré la douleur aux mains et le désagréable sentiment d'humiliation qui retournait son estomac, il ne pouvait s'empêcher d'apprécier sa beauté : une vraie poupée de porcelaine, avec une peau pâle, des joues légèrement roses, des yeux argent, une bouche rouge et charnue, et de très longs cheveux bruns bouclés attachés en une élégante queue de cheval. Elle portait de nombreux bijoux, des vêtements aux tissus précieux et il se dégageait de sa personne une noblesse et une fierté impressionnantes. Phineas resta malgré lui bouche-bée.

Devant le mutisme du garçon, la belle inconnue daigna baisser les yeux vers lui. Son visage afficha alors la surprise, ses joues rosirent légèrement.

- Mais qu'est-ce que tu fiches par terre ? s'exclama-t-elle, parfaitement inconsciente que c'était elle qui venait de le faire tomber à terre.

Phineas ravala une réplique cinglante, n'ayant pas pour l'heure très envie de se mettre à dos une future camarade d'école potentielle.

- Oh, mais tu saignes ! lâcha-t-elle en pointant du doigt les mains du jeune garçon.

Phineas leva les mains vers lui et constata qu'elle disait vrai : ses paumes étaient en sang, de petits cailloux étaient même incrustés dans sa chair. Voir le triste état de ses mains lui rappela à quel point la douleur le lançait et de petites larmes perlèrent au coin des yeux.

La fille délaissa son air fier et revêche pour se ruer sur lui avec une inquiétude toute maternelle. Elle avait sortit un magnifique mouchoir de dentelle et l'appliquait désormais sur ses blessures pour nettoyer le sang.

- Je suis désolée, s'excusa la fille dont le contact des mains douces achevèrent d'empourprer le visage de Phineas. Je ne m'étais pas rendue compte que tu étais tombé. En même temps, tu dois pas être bien costaud pour te laisser renverser par une fille.

La remarque blessa Phineas qui chercha alors à s'écarter d'elle, mais elle le força à rester tranquille. Elle avait une force surprenante qui l'effraya, et il se demanda dans quelles embrouilles il s'était encore fourré.

- Tu as une liste de fournitures ? Tu rentres à Poudlard toi aussi ?

Elle attrapa la liste qui était tombée non loin de lui, et la consulta en exultant.

- Oui, c'est bien ça. C'est ta première rentrée, comme moi ! On va être camarade de classe. Oh là là, ça va être génial ! Dis, comment tu t'appel...

Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Phineas s'était relevé d'un bond et lui arracha la feuille des mains, tournant court à la conversation. Sans plus oser la regarder, sans même lui dire un mot, il fonça à l'intérieur de la boutique et s'en alla trouver l'Auror sous couverture. Le temps qu'il lui explique son problème, la demoiselle avait disparu.

- Elle n'est plus là, mon garçon, constata l'Auror en se grattant le front d'un air perplexe. J'espère pour toi qu'elle n'est pas une espionne ou un truc dans ce genre.

Le cœur de Phineas battait à tout rompre dans sa poitrine. De manière inexplicable, elle l'avait fortement intimidé, agacé, et en même temps, elle l'avait énormément fasciné.

- Tu sais pas comment elle s'appelle, histoire qu'on aille vérifier son identité ? insista l'Auror.

Mais Phineas répondit que non. Il avait filé dès que possible sans même attendre qu'elle se présente. Il sentait que son visage irradiait de chaleur, sans doute était-il aussi rouge que ses cheveux. Retrouvant peu à peu son calme, il réalisa qu'il tenait entre ses mains le mouchoir de dentelle rougit par son sang. Il était d'une grande finesse, un peu à l'image de sa propriétaire. Si elle disait vrai, il reverrait l'adorable petit monstre à Poudlard. Cette pensée lui plaisait autant qu'elle le terrorisait.

- Bon, tant pis, fit l'Auror en haussant les épaules. Bon, tant qu'à faire, donnes-moi ta liste, je vais te trouver tes livres fissa. T'auras plus qu'à attendre Potter après.

Phineas obtempéra en silence. Il laissa sa liste entre les mains de l'Auror et alla se poster sagement dans un coin. Son regard coula sur les nombreux clients de la librairie, et il prit un malin plaisir à les observer, les écouter, essayer d'en apprendre un peu sur eux. Une vieille femme cherchait un nouveau livre de cuisine, tandis qu'une jeune mère cherchait un ouvrage traitant sur la précocité des pouvoirs magiques chez les nourrissons. Un peu plus loin, un garçonnet réclamait un livre de contes que sa mère n'approuvait pas. Un vieux sorcier était en train de payer un petit tas de livres qui traitaient tous sur le meilleur moyen de fuir le malheur, sur la nécessité de se prémunir contre un éventuel ennemi, ou comment reconnaitre et se protéger des malédictions. Un paranoïaque sans doute. Phineas gloussa de rire.

Entre temps, il avait retiré les petits cailloux qui s'étaient logés dans sa paume, et quand l'Auror revint, non seulement il avait tous les livres réclamés par l'école, mais en plus il avait une pommade efficace contre les écorchures et des pansements. Phineas se laissa dorloter sans mot dire, ses yeux rivés sur le petit doigt manquant de l'homme.

- Je me le suis fait arracher par un mangemort qui refusait de se laisser prendre, expliqua-t-il en mettant la touche finale au pansement. Mais ça ne l'a pas empêché de finir quand même à Azkaban.

Le jeune garçon frissonna, essayant de ne pas trop imaginer la scène. Il se demanda si Harry Potter avait également gardé des cicatrices de ses combats. Mais il ne lui poserait pas la question. Sa mère dirait certainement que ce n'était pas une question très convenable à poser à quelqu'un.

Une demi-heure plus tard, Harry revint, des paquets sous les bras. L'Auror lui expliqua ce qui s'était passé en son absence et le jeune père se sentit un peu paniqué en constatant que quelqu'un de potentiellement malveillant était parvenu à approcher son protégé.

- Ginny va me tuer, marmonna Harry tandis qu'ils se dirigeaient à présent vers une boutique qui vendait tout un tas d'accessoires diverses, notamment des balances, des lunettes astronomiques, des horoscopes, et autres objets dont Phineas ignorait encore les noms.

- Mais non, assura le garçon en fixant des Rapeltouts entassés dans une caisse en bois. Vous lui direz simplement que j'ai fait une rencontre percutante avec une future camarade d'école. C'est la vérité, non ?

Harry le fixa avec une expression incrédule et choquée. Phineas n'avait guère besoin d'user de légilimancie pour savoir que Harry s'imaginait que l'inconnue était peut être une espionne, une ennemie, et qu'elle avait profité de son absence pour approcher le garçon. Le ton détaché qu'il avait prit pour en parler ne semblait pas lui plaire non plus.

- Vous ne pouvez pas avoir sans cesse les yeux sur moi, le défendit Phineas. Elle comprendra certainement.

Harry fronça les sourcils et soupira.

- Oh je ne crois pas, non, répliqua-t-il en s'approchant du comptoir. Ginny est très protectrice envers les enfants. Qu'ils soient sa progéniture, ses neveux ou nièces, cousins ou cousines, ou bien encore orphelins à sa charge, elle défend comme une dragonne tout enfant sous sa responsabilité. Lorsqu'elle verra l'état de tes mains et la raison pour laquelle c'est arrivé, elle va me tuer.

Phineas imagina Ginny en train de cracher des flammes par la bouche, poursuivant un Harry Potter terrifié qui répétait "pardon, pardon !". Il se mordit aussitôt les lèvres pour ne pas éclater de rire.

Lorsqu'il sortirent de la boutique, il ne restait plus qu'un animal à acheter. Très inquiet, Harry fixait le ciel où le soleil avait disparut depuis un certain temps et dont le coucher faisait rougir les toits des maisons alentours.

- On est en retard, fit remarquer Harry. Ginny doit être morte d'inquiétude.

Pour le rassurer, Phineas lui montra la boutique devant laquelle il avait croisé le chat noir :

- Ne vous inquiétez pas, là-bas j'ai repéré un animal qui m'intéresse. S'il est à vendre, je le prends de suite.

Harry se laissa entrainer par le garçon qui en avait oublié de remettre sa cape d'invisibilité dans sa hâte. Lui-même obsédé par l'idée de rentrer au plus tôt en avait négligé de le rappeler à l'ordre. D'un pas énergique, ils se faufilèrent entre les passants et il leur fallut peu de temps pour rejoindre l'animalerie magique où Phineas avait aperçut le chat.

Les yeux du jeune garçon s'illuminèrent lorsque, entrant un peu timidement dans la boutique, il vit l'animal couché sur son flanc sur le comptoir. Entendant la petite clochette tinter joyeusement à l'entrée des deux visiteurs, le chat releva la tête et sa queue se mit à remuer de plaisir en reconnaissant Phineas.

La vieille sorcière qui tenait la boutique arriva en trottinant, le sourire aux lèvres et leur demanda de sa voix enrouée ce qu'ils désiraient.

- C'est pour lui, expliqua Harry en désignant Phineas. Il rentre à Poudlard cette année et il a le droit à un animal de compagnie.

- Ah, oui ! Je vois, fit la vieille sorcière en hochant la tête d'un air entendu. Et bien j'ai des hiboux, des chouettes... grands classiques ça...

- En fait, la coupa Harry, il semble qu'il ai déjà vu l'animal qui lui plait en passant tout à l'heure devant votre devanture.

Phineas désigna alors le chat noir qui continuait de paresser paisiblement sur son comptoir. Il semblait écouter la conversation sans quitter le jeune garçon des yeux et s'était mit à ronronner bruyamment. Phineas le trouvait de plus en plus attachant et il était désormais persuadé que ce chat était l'animal tout indiqué pour lui.

- Vous êtes sûr ? s'inquiéta la vieille femme. Ce chat est assez caractériel... il ne se laisse pas approcher par n'importe qui. Si vous saviez le nombre de fois où il a griffé les gens...

Le chat s'étira alors, puis bondit à terre dans un mouvement souple pour s'approcher de Phineas et se mettre à se frotter contre ses jambes avec force de ronronnement. Pensant ne rien craindre, le garçon se baissa et caressa la tête de l'animal qui semblait en redemander.

- Visiblement ça a l'air d'aller, fit remarquer Harry.

- Oh...

La sorcière était décontenancée par les manières du chat. Sans doute ne l'avait-elle jamais vu aussi amical envers quelqu'un. Mais Harry n'avait pas le temps de s'en soucier, et il se hâta de négocier le prix de l'animal. Puisque le félin et son nouveau maître s'entendaient à merveille, il n'y avait pas de raison de faire trainer les choses.

En sortant de la boutique, Harry consulta à nouveau sa montre et son angoisse ne faisait que grandir. Ils étaient vraiment très en retard, mais au moins, ils avaient tout ce qu'ils avaient besoin pour la rentrée de Phineas. Sous sa cape d'invisibilité, le garçon suivait Harry en silence, caressant du bout des doigts la tête de son chat qui avait élu domicile sur ses épaules.

Ils remontèrent le Chemin de Traverse en sens inverse au pas de course, passèrent arcade qui menait au Chaudron Baveur, et se postèrent devant la cheminée. En déglutissant, Phineas prit une nouvelle pincée de Poudre de Cheminette en essayant, cette fois, de ne pas ruminer ses précédents échecs. Harry garda le chat avec lui, estimant que le garçon serait plus à l'aise durant son voyage s'il n'avait pas à s'inquiéter d'un animal.

Après le signal convenu par les Potter pour assurer que la voie était libre, Harry poussa Phineas vers l'âtre de la cheminée, leva un pouce encourageant à son adresse et attendit patiemment que le garçon utilise la poudre. En tremblant légèrement, l'enfant lâcha la poudre dans l'âtre en énonçant clairement l'adresse de sa destination. Durant le trajet de retour, il avait gardé les yeux fermés et avait tenté de ne pas se focaliser sur les désagréments de ce moyen de locomotion. Il se jura qu'il ferait tout son possible pour apprendre à transplaner dès que cela lui serait permit.

Ginny l'avait réceptionné, et s'activa l'épousseter dès sa sortie de la cheminée. Harry avait envoyé les paquets de ses fournitures dans le salon grâce à sa baguette magique, et les enfants Potter étaient déjà en train de dévorer des yeux la pile de marchandises avec une convoitise assumée. Ils avaient cependant interdiction d'y mettre les mains.

Harry arriva au moment où son épouse s'affairait à rendre aux cheveux de Phineas leur couleur naturelle, chose que le garçon avait attendu avec impatience durant toute la durée de ses achats. Cette couleur rousse criarde lui était insupportable, et il repensa, non sans amertume, à la magnifique jeune fille qui l'avait vu avec cette hideuse tignasse. Que dirait-elle lorsqu'elle le reverrait avec sa véritable teinte de cheveux ?

- Vous êtes en retard, fit remarquer Ginny d'un air pincé.

- Je sais, répondit nerveusement Harry. Ollivander a bien prit son temps, ça a été compliqué pour lui trouver une baguette. Sans parler qu'il a croisé une future camarade de classe, et la rencontre a été... Comment dire ?

- Percutante, acheva Phineas en montrant ses mains abimées cachées sous les bandages. On s'est rentré dedans et je suis tombé à la renverse.

Comme il le craignait, le premier réflexe de Ginny avait été d'inspecter ses mains, tout en faisant quelques commentaires bien sentis sur l'inconscience des jeunes aujourd'hui, et sur l'irresponsabilité des Aurors qui étaient censés surveiller le coin. Harry Potter détourna les yeux lorsque sa femme lui lança un regard appuyé qui en disait long sur sa façon de penser quant à sa capacité à mener à bien des achats avec des enfants.

Finalement, Ginny avait tempéré tant son inquiétude que sa colère. Bien qu'en retard et revenus avec des égratignures, ils avaient ramenés la totalité des courses. Le nouveau chat de Phineas avait par ailleurs su se faire adopter par l'ensemble de la famille, et surtout de Ginny, grâce à ses câlins et son intelligence.

- C'est curieux, fit remarquer Harry entre deux bouchées de rôti. La vendeuse m'avait pourtant assuré que ce chat avait mauvais caractère. Personnellement, je le trouve très sociable.

- Peut être que les félins ne sont pas sa tasse de thé, trancha Ginny qui aurait elle-même ronronné de plaisir après le énième passage contre ses jambes du chat. D'ailleurs, quel est son nom ?

- Il n'en a pas encore, fit Phineas qui réfléchissait à la question depuis le début du repas.

La famille entreprit alors de faire une liste de noms potentiels que le fils Rogue se mit à étudier très sérieusement. A sa grande surprise, James avait trouvé un sobriquet très pertinent pour l'animal.

- Severus, comme ça, c'est comme si ton père se promenait avec toi, articula-t-il difficilement à cause d'une copieuse bouchée de purée maison.

Les parents se regardèrent d'un air gêné, visiblement peu séduits par l'idée de leur fils ainé. Hélas pour eux, elle avait énormément plut au jeune propriétaire du félin.

- Vendu, décida Phineas avant de se resservir de la sauce.

Le chat s'était bien accommodé de son nouveau nom. Il avait prit l'habitude de se promener à sa guise dans toute la maison, et plus particulièrement dans le bureau de Harry. Ce dernier tentait tant bien que mal de chasser l'animal de là, mais le félin honorait bien son nom en prenant la détestable habitude de le fixer avec méprit tout en se jouant de toutes ses tentatives.

- Je ne veux plus le voir dans mon bureau, expliqua Harry sur un ton énervé après la énième poursuite du chat.

Phineas tenait l'animal dans ses bras, les joues empourprées de se faire ainsi vertement sermonner. Il chercha l'appui de Mrs Potter d'un regard appuyé, mais cette dernière détourna aussitôt la tête et se mit en quête d'un manuel qui l'aiderait à chasser certains nuisibles de son jardin.

Le garçon chercha alors des yeux les deux fils Potter, mais ces derniers, qui jouaient à une version très personnelle des échecs version sorcier sur la table du salon, s'étaient mystérieusement volatilisés à ce moment précis.

- Je lui ai déjà dit, marmonna Phineas de mauvaise grâce. Mais il ne m'écoute pas. C'est un chat, pas un chien. Les chats sont indépendants et font souvent ce qu'ils veulent.

- Je sais, mais celui-ci doit apprendre quelques petites règles dans cette maison s'il espère ne pas finir le reste de son séjour ici enfermé dans un panier.

Devant le doigt menaçant de Harry, le chat se mit à cracher. L'enfant tenta de le calmer, mais ne parvint qu'à récupérer quelques coups de griffes. Harry se retint de justesse de jurer à propos du chat, ne l'aimant décidément pas et comprenant ce qu'avait voulut dire la vendeuse quand elle lui avait assuré que l'animal avait un "fichu caractère".

- Enfermes-le au moins dans la chambre, recommanda Harry qui tenta de maitriser ses nerfs. Même Ginny a beaucoup de mal à maîtriser l'humeur de ce chat, et James et Albus arborent déjà une remarquable collection de griffures sur les mains et les bras.

Sans compter que le fauteuil préféré de Harry avait également subit les assauts ravageurs du chat, et que régulièrement il retrouvait des cadavres de petits rongeurs dans les chaussures de toute la famille. L'animal lui lança un regard assassin que Harry lui rendit bien. Décidément, il méritait bien son nom de Severus.

Phineas le monta dans sa chambre, et quand sa porte fut bien fermé et qu'il eut l'assurance que personne ne l'entendrait, il fronça les sourcils et se mit à disputer le chat :

- Ce n'est pas bien, Severus ! Ils ont été gentils avec moi, je n'ai pas envie d'avoir des problèmes à cause de toi.

Les oreilles du chat s'aplatirent, comme si le félin avait parfaitement comprit les remontrances. L'attitude intelligente, voire presque humaine de ce dernier mettait parfois mal à l'aise le garçon, mais il avait également la certitude étrange que ce chat l'aimait et le protégeait. Chaque fois qu'il se faisait embêter, l'animal bondissait à sa rescousse.

Sa colère passée, l'enfant s'assit sur le bord de son lit et se mit à caresser son compagnon. Le chat ronronna d'aise tandis que son jeune maître contemplait le calendrier. Il avait entouré les dates importantes en rouge, dont plus particulièrement celle de son entrée à l'école.

- Après-demain, murmura Phineas dans un demi-sourire.

Les ronronnements puissants du chat finirent par endormir l'enfant et il fallut que Ginny ailles le secouer gentiment pour qu'il vienne enfin manger.