Avertissement : la fin du chapitre apporte des précisions sur la mort des précédentes victimes qui peuvent être choquantes. Ame sensible s'abstenir.


Chapitre 3

- Agent spécial Aaron Hotchner… Je vous présente les agents Morgan, Prentiss, Rossi, Jarrau et le docteur Reid, se présenta Hotch en entrant dans le bureau du capitaine Slocker-Jones.

- Enchanté, on vous attendait avec impatience.

L'urgence dans la voix de son interlocuteur interpella Hotch.

- Il y a eu de nouveaux développements dans l'affaire ? questionna-t-il.

- On peut dire ça comme ça, oui.

L'équipe se tourna vers la femme qui venait de parler et le capitaine fit alors les présentations :

- Je vous présente le lieutenant Jenna Carter. C'est elle qui est en charge de ce dossier.

- C'est vous qui avez fait le rapprochement avec l'affaire de Philadelphie ? interrogea Emily.

- Oui, j'étais en charge là-bas des enlèvements et viols perpétrés sur ces couples mixtes et…

- Vous pensez que ça a un rapport ?

Carter se tourna vers Dereck qui venait de l'interrompre :

- Un rapport entre les affaires ?

- Non, je veux dire… Vous venez de préciser couple mixte. Vous pensez que cela est important dans cette affaire ?

Remarquant l'air dubitatif du lieutenant, Morgan s'empressa d'ajouter :

- Ne vous y trompez pas, je ne remets pas votre intuition en cause. Au contraire. Vous énoncez ce fait comme étant partie intégrante de l'affaire, et j'ai appris à me fier aux impressions des agents de terrain.

En disant ces mots, il adressait son plus beau sourire à la jeune femme et Emily et Spencer échangèrent un regard amusé. Ca y était : le beau Derek venait de repartir en chasse ! A la vue du lieutenant, Reid s'était demandé combien de temps allait passer avant que son collègue ne déploie son charme. En effet, le lieutenant Jenna Carter était une splendide jeune femme afro-américaine, grande, bien découplée, tout à fait le genre du Don Juan de service. Cependant l'enquêtrice ne parut pas vraiment sensible au charme de l'agent du F.B.I. et elle répondit plutôt froidement :

- Ecoutez : trois enlèvements de trois couples mixtes… Je ne pense pas qu'il faille avoir fait de hautes études en psychologie pour soupçonner un motif racial…

- Et vous avez vraisemblablement raison.

Hotch reprenait la main, de son ton bref et courtois habituel.

- Est-ce qu'il y a une salle où nous pouvons nous installer ? continua-t-il en se tournant de nouveau vers le capitaine Slocker-Jones. Vous pourriez ainsi nous mettre au courant des derniers développements.

- Oui, bien sûr, s'empressa l'homme. Notre salle de conférence est à votre entière disposition. Il vous suffira de nous dire si vous avez besoin de quelque chose.

Hotch hocha la tête avec un sourire. Il appréciait l'accueil. Pour une fois ils n'auraient pas à se heurter aux policiers locaux : ceux-ci paraissaient réellement ravis de leur arrivée et soucieux de coopérer. Quelque part, il se demandait ce qui pouvait bien justifier cet enthousiasme.

A peine furent-ils installés dans l'espace qui leur était réservé qu'il comprit :

- Il y a eu une autre disparition cette nuit, attaqua le lieutenant Carter dès que chacun eut pris un siège.

- Un couple mixte ? interrogea aussitôt Rossi.

- Oui. Ils étaient en boîte de nuit et sont sortis vers deux heures du matin. Depuis on est sans nouvelles.

Derek consulta sa montre : il était dix heures.

- C'est un peu tôt pour s'inquiéter non ?

- Non, précisa le capitaine. Et vous comprendrez mieux si je vous dis qu'il s'agit de policiers en service commandé.

L'équipe se tourna vers lui, attendant les précisions qui ne tardèrent pas.

- Depuis quelques mois, nous avons une recrudescence du trafic de drogue et nous avons circonscrit trois endroits qui pourraient être les plaques tournantes de ce trafic. Nous avons donc mis ces lieux sous surveillance discrète. Hier le sergent Emy Flahagan et l'officier Ralph Briscoe étaient sur les lieux. A deux heures, ils ont quitté l'établissement « New Dance » pour se diriger vers le « Hot Shadows » parce que nous avons de bonnes raisons de soupçonner un lien entre ces deux boîtes et le trafic. Mais ils ne sont jamais arrivés au « Hot Shadows ».

- Ils correspondent au profil des autres victimes ? interrogea Derek.

- Oui… Flahagan est blonde, Briscoe est afro-américain et ils jouaient le rôle d'un couple en recherche de sensations fortes.

- Et… pardonnez-moi de poser la question… mais n'y a-t-il pas une chance qu'ils se soient juste arrêtés quelque part pour… enfin…

- Vous voulez dire, pour s'envoyer en l'air en plein milieu d'une mission ?

Le ton du lieutenant Carter était plus que froid tandis que ses yeux glacés croisaient ceux de Derek, sans ciller.

- Je dois poser cette question, se défendit l'agent du F.B.I.

- Je sais… Pardonnez-moi, s'excusa la jeune femme. C'est juste que lorsque je suis arrivée ici, il y a trois ans, Briscoe a été mon partenaire à sa sortie de l'école de police. Je l'ai formé et j'ai assisté à son mariage il y a deux ans. Alors sa disparition m'inquiète vraiment, surtout si c'est lié à cette…

Elle se tut et les agents du F.B.I. virent ses yeux se troubler tandis qu'elle repensait à l'état des corps retrouvés dans la décharge, à ce que les jeunes gens avaient subi avant de mourir. L'idée que l'un des siens puisse être en ce moment même en train d'endurer des tortures similaires la bouleversait et ils le comprenaient parfaitement.

- De toute façon Briscoe et Flahagan sont mariés tous les deux et heureux en ménage. Et puis, quand bien même ils auraient eu une aventure, ils sont l'un et l'autre bien trop professionnels pour se laisser aller à ce genre d'écart en plein milieu d'une enquête, reprit-elle très vite, soucieuse de ne pas laisser paraître son trouble.

- D'accord, je pense que vous êtes plus à même que nous d'avoir une certitude à ce sujet, abdiqua aussitôt Morgan, comprenant qu'il avait fait fausse route.

- Mais peut-être que cette disparition n'a rien à voir avec notre cas, supputa Reid. Avez-vous pensé qu'il pouvait y avoir un rapport avec le trafic de drogue ? Peut-être ont-ils mis le doigt sur quelque chose et…

- Ils nous en auraient parlé, contrat le capitaine.

- Sauf s'ils n'en ont pas vraiment été conscients, corrigea le génie. Parfois on peut ne pas prêter attention à quelque chose qui paraît anodin et…

- Vous parlez de policiers entraînés et sachant ce qu'ils cherchaient, protesta Slocker-Jones. Je ne pense pas qu'ils auraient négligé quoi que ce soit.

Hotch perçut un soupçon d'agacement dans la voix du supérieur et comprit que celui-ci avait du mal à accepter que celui qui lui paraissait un gamin puisse mettre en doute les compétences de ses hommes. Il intervint :

- Je vous assure qu'en aucun cas nous ne doutons du professionnalisme de vos officiers. Nous voulons simplement nous assurer que vous avez de vraies raisons de croire que leur disparition et le meurtre de Parker et Winfield sont liés.

- Et bien disons que c'est une intuition…, répliqua Jenna Carter. Ils correspondent au profil et s'ils n'avaient pas été flics, on ne se serait peut-être pas aperçu de leur disparition avant plusieurs heures encore. Comme l'a dit l'agent Morgan, dix heures un dimanche c'est encore tôt finalement !

- Vous vous basez donc juste sur le fait qu'ils semblaient former un couple mixte ? demanda Emily. Vous aviez une équipe en couverture non ?

- Bien sûr.

- Ils ont remarqué quelque chose ?

- Non. Rien. Emy et Ralph ont pris leur voiture pour se rendre au « Hot Shadows » et l'équipe les a suivis. Ils ont été retardés par une collision à un carrefour et sont arrivés environ trente minutes plus tard à la boîte de nuit. Ils n'étaient pas inquiets : après tout aucun risque immédiat ne semblait menacer nos agents et ceux-ci avaient ordre de ne pas bouger tant qu'ils ne les auraient pas rejoints.

- Ils étaient prévenus de leur retard ?

- Bien sûr, c'est la procédure. Mais lorsqu'ils sont arrivés sur le parking, ils n'ont pas vu la voiture. Ils ont appelé Emy et Ralph et ceux-ci n'ont pas répondu.

- Une demi-heure… C'est court non ? interrogea Rossi à son tour.

- C'est justement ce qui m'a mis la puce à l'oreille, acquiesça Jenna. Si leur disparition avait à voir avec l'enquête sur le trafic, on aurait trouvé des traces : soit ils auraient été purement et simplement éliminés, soit l'intervention aurait été musclée.

- Il est vrai qu'en général les trafiquants ne font pas dans la dentelle, approuva Derek, apparemment soucieux de marquer quelques points avec le lieutenant.

- Exact. Or là, rien du tout. Ils se sont simplement volatilisés. Tout comme Dakota et Tennesse il y a cinq jours et les autres couples à Philadelphie.

- Tout de même : vous l'avez dit vous-même, ce sont des agents entraînés, sur le qui-vive… Qui a pu ainsi les surprendre ?

A cette question, JJ vit les deux policiers de Détroit échanger un regard : visiblement ils s'étaient fait la même réflexion.

- Ca veut peut-être dire qu'on a à faire à quelqu'un de très organisé, assez intelligent pour tromper deux personnes habituées à se méfier, et assez fort pour les maîtriser dans un minimum de temps, conclut Hotch. Quoi qu'il en soit, c'est quelqu'un qui mérite toute notre attention et…

Il fut interrompu par un agent qui apportait un dossier à Jenna. Celle-ci retint l'arrivant alors qu'il allait quitter la pièce :

- Non, reste. Tu travailles aussi sur cette affaire, tu as le droit d'être là. Je vous présente l'agent Robert Swan.

L'équipe regarda le jeune homme qui semblait tout intimidé : visiblement un agent frais émoulu de l'école de police, qui ne s'était pas encore frotté vraiment au terrain. Reid le regarda avec sympathie : il pensait, à part lui, que travailler sur ce type d'affaire alors qu'on débutait n'était pas forcément la meilleure des choses. D'un autre côté, peut-être que se retrouver ainsi directement dans la cour des grands était l'idéal pour s'assurer de la profondeur de son engagement. Mais fallait-il vraiment affirmer sa vocation dans ces conditions ? Les pensées du jeune agent du F.B.I. furent interrompues par une exclamation horrifiée de Jenna Carter qui était en train de parcourir le dossier que lui avait remis Swan.

- Quoi ? interrogea le capitaine Slocker-Jones, inquiet de la subite pâleur qui avait envahi le teint de sa collaboratrice.

Celle-ci releva les yeux et les personnes présentes autour de la table purent lire une horreur pure sur son visage.

- C'est le rapport du légiste, dit-elle après avoir dégluti pour reprendre le contrôle. Ce malade est encore pire que ce qu'on croyait…

- Mais encore ? questionna Hotch, pressé de savoir ce qui pouvait bouleverser ainsi un policier avec autant d'expérience que Carter.

- Comme nous le soupçonnions, les deux victimes portent des traces de violences sexuelles et de tortures échelonnées sur quarante-huit heures. La mort est intervenue au troisième jour : l'homme est mort d'hémorragie suite à l'émasculation, la jeune femme a été égorgée.

Hotch hocha la tête : pour horrible que ce soit, cela n'expliquait toujours pas le trouble de la femme.

- Le légiste a procédé à l'analyse des bols alimentaires. L'homme n'avait visiblement rien absorbé depuis plus de deux jours.

- Et la femme ? pressa Hotch, comprenant que c'était là que résidait la clé de l'énigme.

- Il a trouvé quelques débris de chair et les a analysés.

Le visage d'Aaron se ferma : il pressentait où cela allait aboutir et ça ne lui plaisait pas du tout.

- Et alors ? s'impatienta le capitaine, qui lui, visiblement n'avait pas sauté aux mêmes conclusions.

- Il s'agissait de morceaux du corps de Tennesse Winfield, plus précisément des lambeaux de phallus et de testicules.

Le silence s'abattit sur la pièce durant quelques longues secondes, puis, d'une voix changée, Slocker-Jones réussit à articuler :

- Vous êtes en train de me dire que ce malade a obligé cette pauvre fille à…

- A absorber les parties intimes de son compagnon, oui capitaine, c'est exactement ça ! compléta Hotch devant l'incapacité manifeste de Jenna à asséner la cruelle vérité.

La voix du profiler était glaciale, comme toujours lorsqu'il devait faire face à un afflux d'émotion qu'il ne pouvait se permettre d'exprimer. De nouveau le silence régna dans la pièce, interrompu par un soudain hoquet. Le jeune agent Swan balbutia quelques mots incompréhensibles, et, le visage verdâtre, il se rua hors de la salle de conférence sans qu'aucun des autres policiers présents n'essaie de le retenir.

Ils se regardaient, lisant la même colère, la même horreur devant cette preuve du sadisme monstrueux de celui qu'ils poursuivaient. Et leurs pensées dérivèrent très vite vers le sergent Flahagan et l'officier Briscoe tandis que la même prière les unissait : pourvu que leurs deux collègues ne soient pas entre les mains de ce monstre !

(à suivre)