La rencontre de deux mondes
Chapitre 3 : Saroumane
Lisa et Legolas chevauchaient ensemble sur Hasufel, le cheval que leur avait donné Eomer, en direction de l'Isengard.
"Parle-moi de cette guerre", demanda Lisa à Legolas. "Pourquoi a-t-elle commencé ?"
"Tout a commencé quand les Grands Anneaux furent forgés. Trois pour les Elfes, sept pour les Seigneurs Nains, et neuf pour les rois des Hommes. Mais Sauron, le Seigneur des Ténèbres, a forgé en secret un Maître Anneau, dans lequel il a déversé toute sa cruauté, sa malveillance, et sa volonté de dominer toute race. Les neuf rois sont tombés sous le pouvoir de l'Anneau, et sont devenus les Cavaliers Noirs. Rapidement, les peuples libres de la Terre du Milieu sont, eux aussi, tombés sous son pouvoir. Mais, quelques-uns uns d'entre eux ont résisté, formant ainsi l'ultime alliance entre las Elfes et les Hommes. Ils se sont battus au pied de la Montagne du Destin, et Isildur, le fils du roi et ancêtre d'Aragorn, a réussi à prendre l'Anneau de la main de Sauron. Mais, au lieu de le jeter dans la Montagne du Destin, le seul endroit où il pouvait être détruit, il l'a gardé pour lui, corrompu par son pouvoir. Seulement, les Orcs l'ont retrouvé et l'ont tué, et l'Anneau s'est échappé. Il a été retrouvé bien des années plus tard, par un Hobbit, qui l'a gardé pendant près de 500 ans, temps pendant lequel l'Anneau lui a dévoré l'esprit. Ce Hobbit est maintenant appelé Gollum, à cause du bruit qu'il fait avec sa gorge. L'anneau est maintenant en route pour le Mordor, afin d'être jeté dans la Montagne du Destin, et Sauron veut le récupérer pour ensevelir le monde dans les Ténèbres."
"Que sont devenus les autres anneaux ?"
"Les sept ont été volés il y a longtemps, par Sauron. Quant aux anneaux des Elfes, ils sont précieusement gardés, et ils ne s'en servent pas, de peur qu'ils puissent être corrompus par l'Anneau Unique."
"Tout ça s'est passé il y a très longtemps. Comment les Cavaliers Noirs peuvent être encore en vie ?"
"Ce sont des spectres. Les Spectres de l'Anneau. On les appelle aussi Nazgûl."
"C'est pour ça qu'ils sont si effrayants. Tout à l'heure, quand j'ai eu ma vision, j'ai ressenti une frayeur intense. C'était même plus que ça. C'était indescriptible !"
Tandis qu'ils parlaient, Hasufel et les autres chevaux du Rohan les avaient conduits dans une forêt aussi sinistre que lorsqu'ils avaient du traverser la Forêt de Fangorn. Lisa serra un peu plus ses bras autour de la taille de Legolas. Gandalf dit :
"Prenez garde à la voix de Saroumane. Il pourrait vous jeter un sort. Ne le laissez pas vous envoûter."
"Je sens une magie maléfique, mais beaucoup plus faible qu'à Edoras", dit Lisa. "Pourquoi ?"
"Le pouvoir de Saroumane a été beaucoup affaibli par sa défaite au Gouffre de Helm. Mais il reste tout de même dangereux."
"Vous voulez qu'on lance un sort de protection ?"
"Non. Il le sentirait, et je ne veux pas qu'il croie que j'ai peur de lui, car ce n'est pas le cas."
"Ah, oui ? Et bien moi, j'ai peur de lui. Il a contré notre sort de protection au Gouffre de Helm, ce qui signifie qu'il est plus puissant que nous. En cas de confrontation, nous ne ferons pas le poids, et je ne veux pas qu'il arrive quelque chose à mes sœurs."
Il posa sur elle un regard bienveillant, et lui dit :
"Il n'osera pas vous attaquer. Il connaît votre puissance."
"Espérons-le."
Merry et Pippin étaient assis sur un pan de mur, et fumaient et mangeaient. Pippin dit :
"J'ai l'impression d'être au Dragon Vert, après une dure journée de labeur."
"Sauf que tu ne sais pas ce qu'est une dure journée de labeur, Pippin", lui répondit Merry.
Les deux cousins se mirent à rire. Ce fut alors qu'ils entendirent le hennissement d'un cheval, et virent, avec joie, arriver leurs amis. Merry se leva, et leur dit, légèrement éméché :
"Messeigneurs, bienvenue en Isengard."
"Oh, jeunes coquins !" gronda Gimli, faussement en colère. "Une belle chasse dans laquelle vous nous avez entraînés ! Et on vous retrouve à festoyer et à fumer !"
"Nous sommes assis sur le champ de la victoire, et savourons quelque réconfort bien gagné", répondit Pippin. "Le porc salé est particulièrement savoureux."
"Le porc salé ?" répéta Gimli.
"Les Hobbits", soupira Gandalf.
"Nous sommes sous les ordres de Sylvebarbe, qui vient tout juste de reprendre les rênes de l'Isengard", les informa Merry.
Enfin, les interrompant, Ludivine dit :
"Bonjour, je m'appelle Ludivine Furtaki, et elles, ce sont mes demi-sœurs, Lisa et Liane Del Toro."
"Je suis Meriadoc Brandebouc, et lui c'est mon cousin, Peregrin Touque. Enchanté."
"Moi de même. Mais… surtout ne le prenez pas mal, mais qu'est-ce que vous êtes ?"
"Des Hobbits de la Comté".
"Où est Sylvebarbe, en ce moment ?" demanda Gandalf.
"Il surveille que Saroumane ne sorte pas d'Orthanc."
"Orthanc ?" fit Lisa.
"La tour de Saroumane", expliqua Aragorn.
Ils pénétrèrent plus avant en Isengard. Lisa regardait autour d'elle, car elle avait noté des mouvements, sans pour autant pouvoir définir d'où ils venaient précisément. Elle ne voyait que des arbres encore debout, ce qui lui parut étrange dans ce paysage de désolation.
"Il se passe quelque chose", dit-elle. "Dans les arbres. On dirait… qu'ils bougent !"
"Vous avez raison", dit Pippin. "Ils bougent. Mais, ce ne sont pas des arbres. Ce sont des Ents. Les Bergers de la Forêt."
Tandis que les arbres se rapprochaient d'eux, Legolas dit à Lisa, qu'il sentait prête à passer à l'attaque :
"Ne fais rien contre eux. S'ils se sentent attaqués, ils te tueront. Ils sont devenus très méfiants depuis que Saroumane a détruit un grand nombre d'entre eux."
Pippin regarda le magicien, et lui dit :
"Saroumane a été très surpris de l'attaque des Ents contre l'Isengard."
Mais, Gandalf ne l'écouta pas. Merry et Pippin, habitués de l'attitude du magicien, ne s'en offusquèrent pas, et entreprirent de parler de la Chambre des Ents à leurs amis.
"Quand nous avons rencontré Sylvebarbe, dans la Forêt de Fangorn, il nous a conduit à la Chambre des Ents."
"Qu'est-ce que c'est ?" s'enquit Ludi.
"Une Assemblée", répondit Merry.
"Toujours est-il que leur Assemblée a duré très longtemps. Nous en avons parlé à Sylvebarbe, qui nous a dit que ça prenait du temps de transcrire quelque chose en vieil Entique. Il a commencé par dire nos noms à la Chambre des Ents, et ils ont convenu que nous n'étions pas des Orcs. Ensuite, il leur a parlé de la guerre qui se préparait, et ils ont décidé de ne pas y participer. Selon eux ce n'était pas leur guerre. Puis, Sylvebarbe a voulu nous conduire à la lisière Ouest de la forêt, pour que nous puissions rentrer chez nous, dans la Comté. Mais je lui ai demandé de nous emmener en Isengard. C'est là qu'il a vu les arbres déracinés et qu'il est entré dans une colère noire. Il a mené l'assaut contre l'Isengard, et Saroumane a été vaincu."
"Il vous a pris pour des Orcs ? !" s'étonna Lisa.
Merry acquiesça de la tête.
"Au Gouffre de Helm, j'ai eu l'occasion de me frotter à des Orcs, et je peux vous dire que quand je vous ai vus, sans savoir ce que vous étiez, je savais au moins ce que vous n'étiez pas : des Orcs."
Tous se dirigèrent vers la tour de Saroumane. En chemin, ils rencontrèrent Sylvebarbe, qui dit à Gandalf :
"Hum… jeune maître Gandalf, je me réjouis de votre venue. Le bois et l'eau, les troncs et la pierre, je peux en venir à bout. Mais, il y a un magicien à mater ici, enfermé dans sa tour."
"Montrez-vous", murmura Aragorn.
"Prudence !" lui répondit Gandalf. "Même vaincu, Saroumane est dangereux."
"Alors réglons-lui son compte, et qu'on en finisse", dit Gimli.
"Non !" répliqua Gandalf. "Il nous le faut vivant. Il faut qu'il parle."
Ils entendirent alors une voix, venant du haut de la tour :
"Vous avez mené bien des guerres, et tué nombre d'hommes, roi Théoden, et vous avez tout de même fait la paix ensuite." (Saroumane se montra) "Ne pouvons-nous tenir conseil comme nous l'avons fait jadis, mon vieil ami ? Ne pouvons-nous faire la paix, vous et moi ?"
"Nous ferons la paix", répondit Théoden. "Oui, nous ferons la paix, lorsque vous répondrez de l'embrasement de l'Ouestfolde et des enfants qui gisent sans vie ! Nous ferons la paix, quand les vies des soldats, dont les corps furent dépecés devant les portes de Fort le Cor, alors qu'ils étaient morts, seront vengées ! Lorsque vous pendrez à un gibet, pour le plaisir de vos propres corbeaux, là, nous serons en paix."
"Des gibets et des corbeaux. Vieux radoteur ! Que voulez-vous, Gandalf le Gris ? Laissez-moi deviner. La clé d'Orthanc, ou peut-être même les clés de Barad-dûr, avec les couronnes des Sept Rois et les baguettes de Cinq magiciens ?"
"Votre traîtrise à déjà coûté de nombreuse vies, et des milliers sont encore en péril. Mais vous pouvez les sauver, Saroumane, car vous étiez dans les secrets de l'ennemi."
"Alors, vous êtes venu quérir des informations. J'en ai pour vous." (il sortit une boule noire, et la montra aux autres) "Quelque chose gronde en Terre du Milieu. Quelque chose que vous avez omis de voir. Mais le Grand Œil l'a vu, lui. Même maintenant, il met à profit cet avantage. Il attaquera très bientôt."
Gandalf s'approcha de la tour.
"Vous allez tous mourir", poursuivit Saroumane, avec une certaine satisfaction. "Mais, vous le savez, n'est-ce pas, Gandalf ? Vous ne pouvez croire que ce Rôdeur pourra un jour s'asseoir sur le trône du Gondor. Cet exilé, sorti de l'ombre, ne sera jamais couronné roi." (il s'adressa aux autres) "Gandalf n'hésite pas à sacrifier tous ceux qui lui sont proches, ceux à qui il manifeste de l'amour. Dites-moi, quels mots de réconfort avez-vous susurrés au Semi-Homme, avant de l'envoyé à sa perte ? Le chemin sur lequel vous l'avez jeté ne peut le conduire qu'à la mort."
"J'en ai assez entendu", fit Gimli. "Tuez-le, transpercez-le d'une flèche", dit-il à Legolas.
L'Elfe s'apprêtait à le faire, mais Gandalf l'en empêcha.
"Non !" dit-il.
"Nostach be an Orch gaer". (Vous puez comme un Orc), marmonna Lisa entre ses dents.
Gandalf se tourna vers elle, et lui dit à voix basse :
"Ne le laissez pas connaître vos émotions ou sentiments, sinon il s'en servira contre vous."
Lisa hocha la tête, pour lui signifier qu'elle avait compris, et choisit de ne plus rien dire. Gandalf lui demanda alors :
"Où avez-vous appris ceci ?"
"Euh… c'est Legolas."
Gandalf sourit, puis s'adressa à Saroumane :
"Descendez, Saroumane ! Et votre vie sera épargnée."
"Gardez votre pitié et votre clémence ! Je n'en ai nul besoin !"
Avec son bâton, il lança une boule de feu sur Gandalf, qui s'embrasa. Les autres crurent un instant que Saroumane venait de tuer Gandalf, mais le feu s'éteignit, et à la grande surprise de tous, Gandalf n'avait rien ; pas même une petite trace de brûlure.
Saroumane regarda soudain Lisa, qui malgré tous ses efforts, ne pouvait pas détourner son regard du magicien renégat. Elle était comme hypnotisée par ses yeux. Il lui sourit, mais ce n'était pas un sourire bienveillant, loin de là ! C'était un sourire sournois ; le sourire de quelqu'un qui prépare un mauvais coup. Tout à coup, elle hurla de douleur, se tenant la tête entre les mains. Elle s'effondra par terre, terrassée par la douleur qui ne s'estompait pas. Bien au contraire, elle augmentait en intensité, au fur et à mesure que des visions d'horreur défilaient dans son esprit. Lisa se tordait de douleur, pleurait toutes les larmes de son corps, et suppliait Ludivine de l'aider. Celle-ci essaya sur elle son pouvoir de guérison, mais la douleur ne s'estompa pas, pas plus que les visions ne disparurent.
"Qu'est-ce que je peux faire ? ! Mon pouvoir ne marche pas !" s'écria Ludivine.
"Tue-moi ! C'est trop ! Tue-moi !"
Legolas, qui s'était agenouillé à côté de Lisa, regarda Ludi, d'un air désespéré. Entendre et voir Lisa souffrir ainsi lui était insupportable.
"Sauvez-la", supplia-t-il. "Sauvez-la."
"Mais comment ? Vous avez bien vu que mon pouvoir est sans effet ! Une force extérieure agit sur…"
Elle s'interrompit, regarda Saroumane, qui avait les yeux fixés sur Lisa, et vit son bâton pointé vers sa sœur. Liane suivit son regard, et comprit, elle aussi, ce qui se passait. Elle se leva, et grâce à son pouvoir, fit exploser le bâton de Saroumane, en criant :
"Ça suffit !"
Puis, de rage, elle fit successivement exploser un morceau de mur, une souche d'arbre mort, ainsi qu'un objet qui sortait de l'eau, avant de se tourner vers sa sœur. Celle-ci allait mieux, bien qu'elle fût très pâle. Legolas l'aida à se relever, et comme elle n'arrivait pas à tenir sur ses jambes, il la porta pour la remettre sur le cheval.
"Saroumane", fit Gandalf. "Votre bâton est brisé."
Les autres virent Grima apparaître derrière lui.
"Grima", dit Théoden. "Vous n'êtes pas obligé de le suivre. Vous n'avez pas toujours été ainsi. Autrefois, vous étiez un homme du Rohan. Descendez."
Grima s'inclina, ravi de voir que son roi ne lui tenait pas rigueur de sa trahison. Mais, Saroumane dit :
"Un homme du Rohan. Qu'est-ce que la Maison du Rohan, sinon une grange au toit de chaume, où les bandits boivent dans les relents, pendant que leur marmaille se roule par terre avec les chiens. La victoire au Gouffre de Helm n'est pas la vôtre, Théoden, dresseur de chevaux. Vous êtes le piètre fils d'une prestigieuse lignée."
Bien que vexé par ces paroles, Théoden ignora le Magicien, et d'adressa à Grima :
"Grima… rejoignez-nous. Libérez-vous de lui."
"Libre ?" fit Saroumane. "Il ne sera plus jamais libre."
"Non…" fit Grima.
Saroumane se tourna vers lui, et lui dit :
"A terre, chien !"
Il le gifla, et Grima tomba à terre.
"Saroumane", fit Gandalf. "Vous étiez dans les secrets de l'ennemi. Dites-nous ce que vous savez."
"Vous rappelez vos gardes, et je vous dirai où votre destin se décidera. Je refuse d'être retenu prisonnier ici !"
Mais, avant qu'une négociation ait pu s'engager, Grima se jeta sur Saroumane, et le poignarda, encore et encore. Legolas tira une flèche, qui atteignit Grima en plein cœur. Saroumane tomba, et alla s'empaler sur une roue. Lisa sursauta, et ses doigts se crispèrent sur le bras de Legolas.
"Faites passer le mot à nos alliés, et à tous les peuples de la Terre du Milieu qui sont encore libres", dit Gandalf. "L'ennemi avance vers nous, nous devons savoir où il va frapper."
A ce moment là, la roue sur laquelle Saroumane était tombé se mit à tourner, entraînant le corps du Magicien sous l'eau. Dans ce mouvement, la boule noire tomba à terre. Le cadavre de Saroumane ne fut bientôt plus visible.
"Les immondices de Saroumane s'en vont enfin. Les arbres vont revenir vivre ici, dit Sylvebarbe. De jeunes arbres. Des arbres sauvages."
Pippin descendit de cheval, et se dirigea vers l'endroit où était tombé la boule.
"Pippin !" fit Aragorn.
Le Hobbit ramassa l'objet de sa convoitise, et le regarda.
"Par mon écorce", fit Sylvebarbe.
"Peregrin Touque", dit Gandalf. "Donnez cela, mon garçon. Dépêchez-vous."
Le Hobbit le lui tendit, et Gandalf prit un morceau de tissu, et enveloppa le Palantir dedans.
"Qu'est-ce que c'est ?"
"C'est un Palantir. Une Pierre de Vision. C'est par lui que Saroumane communiquait avec Sauron. Ne vous montrez pas à lui, ou il pourrait vous contrôler et lire dans votre esprit. S'il le fait, il connaîtrait nos desseins, et alors… nous perdrions la guerre."
"Vu comme ça…" fit Lisa.
Ils prirent la route d'Edoras. Lisa dit :
"Je ne comprends pas ce que Saroumane a bien pu offrir à Grima pour qu'il choisisse de trahir le Rohan."
Eomer dit, d'un ton amer :
"Quand tous les hommes seraient morts, Grima devait toucher sa part du trésor : ma sœur."
Ludi hocha la tête, et dit :
"Elle lui a tapé dans l'œil. C'est normal : elle est jolie, et avec beaucoup de caractère."
"Elle a frappé Grima ?" s'étonna Merry.
Ludi rit, puis répondit :
"« Taper dans l'œil de quelqu'un » est une expression. Ça veut dire qu'elle lui plaisait."
Ils rentrèrent à Edoras. Le roi Théoden convia son peuple à honorer les morts. Ils se retrouvèrent donc tous dans une salle. Théoden leva son verre, en disant :
"Ce soir, souvenons-nous de ceux qui ont donné leur sang pour défendre ce pays. Saluons les morts victorieux !"
"Gloire !" cria son peuple en levant leurs verres.
Puis, un festin fut servi. Gimli, toujours friand de nouveaux défis, invita Legolas à faire un concours de boisson. Les trois sœurs les regardèrent, amusées, et impatientes de savoir qui allait gagner. Eomer leur expliqua les règles :
"Ni pauses, ni goutte renversée."
"Et ni régurgitation", ajouta Gimli.
"Alors, on joue à boire ?" fit Legolas, dérouté. "Quel en est le but ?"
"Le dernier debout a gagné", lui dit Gimli.
L'Elfe regarda sa chope avec l'air de celui qui n'en avait jamais vu avant. Puis, il sentit le breuvage, avant de le porter à ses lèvres. Gimli avait déjà presque fini sa première chope.
Eowyn se dirigea vers Aragorn, une chope à la main, et lui dit :
"Westu Aragorn hal."
Aragorn prit la chope qu'elle lui tendait, et but une gorgée. Puis, il s'inclina devant elle avant de prendre congé. Théoden rejoignit sa nièce, et lui dit :
"Je suis heureux pour toi. C'est un homme d'honneur."
"Vous êtes tous deux des hommes d'honneur", lui répondit-elle.
"Ce ne fut pas Théoden du Rohan, qui mena notre peuple à la victoire", l'informa-t-il. (puis, il ajouta) "Ah, ne m'écoute pas. Tu es jeune. Cette nuit est la tienne."
Les chopes s'entassaient devant les concurrents, mais aucun d'eux ne montrait de signes de faiblesse. Gimli, sur qui l'alcool commençait à faire effet, se leva à demi, et péta, puis il dit :
"Ce sont bien les Nains qui aiment nager avec les jolies femmes poilues."
Puis, il rota.
"C'est immonde", fit Lisa, dégoûtée.
Eomer la regarda, et rit. Legolas dit :
"Je sens quelque chose. Un picotement dans le bout des doigts. Je crois que ça me fait de l'effet."
Gimli posa sa chope vide, et dit :
"Qu'est-ce que je disais ? Il ne tient pas l'alcool."
A peine avait-il fini cette phrase, qu'il tomba en arrière, évanoui, sous l'effet de l'alcool, et commença à cuver.
"La partie est finie", commenta Legolas.
Lisa courut vers Gimli, pour constater qu'il était bien évanoui, et s'exclama :
"Ben, ça alors ! Désolée de te dire ça, Legolas, mais je n'aurai jamais cru que ç'aurait été Gimli qui tombe le premier."
"Il me semble d'ailleurs, que vous me devez une danse", lui dit Aragorn.
Legolas interrogea Lisa du regard, et celle-ci dit :
"J'avais parié sur Gimli et Aragorn sur toi, et… j'ai perdu."
Les Hobbits, légèrement éméchés, chantaient et dansaient sur une table, à la plus grande joie des Rohirrim.
"Oh, vous pouvez chercher loin
Boire et reboire dans tous les coins
Jamais bière n'aura si bon goût
Que celle que l'on trouve par chez nous
Jamais bière n'aura si bon goût
Que celle que l'on trouve par chez nous
Quelque soit votre chopine
Même dans une bouteille divine
Quelque soit la taille de votre flacon
Elle doit venir de notre Dragon"
Gandalf les applaudit, puis Aragorn vint se placer à côté de lui. Il demanda au magicien :
"Aucune nouvelle de Frodon ?"
"Non, rien. Pas un mot."
"Nous avons le temps. Chaque jour, Frodon se rapproche du Mordor."
"Comment le savoir ?"
"Que vous dit votre cœur ?"
"Que Frodon est en vie. Oui. Oui, il est vivant."
Lisa resta longtemps à discuter avec Théoden, puis alla rejoindre Legolas qui surveillait l'horizon.
Elle se blottit contre lui. L'entourant de ses bras, il dit :
"Qu'as-tu vu dans Orthanc ?"
"Je n'ai pas envie d'en parler… pas maintenant."
Il l'embrassa sur le front, puis lui chanta une chanson Elfique pour l'apaiser. Elle ferma les yeux. Elle revit les images de sa vision défiler dans sa tête. Tous ces morts, cette tristesse, ce désespoir. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Elle ne s'aperçut même pas qu'elle pleurait. Par contre, Legolas le vit, et sentit son cœur se serrer. Qu'avait-elle bien pu voir de si terrifiant, pour qu'elle ne veuille même pas en parler avec lui ? Lui, tout Elfe immortel qu'il fût, était impuissant face au tourment que la femme qu'il aimait refusait de partager avec lui. Il se rendit alors compte qu'elle était pleine de mystères pour lui ; mystères qu'il rêvait de percer. Il savait aussi, que le moment voulu, elle lui ferait part de ce qui la tourmentait. Il décida donc de ne pas la brusquer. Inconsciemment, il la serra plus fort contre lui, comme s'il avait peur qu'elle s'envole, et que ce qu'il avait partagé avec elle n'ait été qu'un rêve. Sentant qu'elle devenait molle dans ses bras, il la souleva de terre, et l'emmena dans une salle pour qu'elle dorme dans un lit. Qui savait quand arriverait la prochaine fois où elle pourrait dormir dans un vrai lit ? Puis, il retourna à son guet.
Aragorn sortit de la salle où Gimli cuvait, et où tout le monde dormait, excepté Lisa, que Legolas avait mis dans une autre salle. L'Homme passa dans la grande salle, à côté d'Eowyn, qui dormait. Il remarqua qu'elle était légèrement découverte, et la recouvrit. Eowyn se réveilla à demi, et lui dit :
"Quelle heure est-il ?"
"Pas encore l'aube."
Il allait partir, mais Eowyn le retint.
"J'ai rêvé que je voyais une immense vague", lui dit-elle, "recouvrant les vertes terres, et même les collines. Je me tenais tout au bord. Il faisait totalement noir dans les abysses devant mes pieds. Une lumière brillait derrière moi, mais je ne pouvais me retourner. Je ne pouvais que me tenir là et attendre."
Aragorn s'agenouilla à côté d'elle, et lui dit :
"La nuit brouille les pensées. Dormez, Eowyn. Dormez… Tant que vous le pouvez."
Aragorn arriva dehors, sortit sa pipe, et commença à la bourrer. Puis, il vit Legolas et vint le rejoindre. Lorsque le Rôdeur fut à côté de lui, il lui dit :
"Les étoiles sont voilées. Quelque chose s'agite à l'Est. Une malveillance à l'affût. L'œil de l'ennemi avance."
Pippin n'arrivait pas à trouver le sommeil. Le Palantir l'obsédait. Il fallait qu'il regarde ! Il repoussa les couvertures d'un geste décidé, et se leva. Il se dirigea vers le lit de Gandalf. Il sursauta, lorsqu'il entendit Merry lui demander :
"Qu'est-ce que tu fais ?"
Il se retourna, regarda son cousin, mais ne lui répondit pas. Il se tourna vers Gandalf, mais se figea, quand il vit que celui-ci avait les yeux grands ouverts, et qu'il le regardait.
"Pippin !" chuchota Merry.
Pippin se pencha sur Gandalf, remua sa main devant ses yeux, et voyant qu'il ne réagissait pas, sut qu'il dormait.
"Pippin !" appela de nouveau Merry.
Mais, il ne l'écouta pas, chercha du regard un objet à mettre à la place du Palantir, trouva une cruche, et la prit. Il sursauta lorsque Gandalf marmonna dans son sommeil, puis remplaça le Palantir par la cruche.
"Pippin, tu es fou !" lui dit Merry.
"Je veux juste regarder", répondit Pippin. "Encore une petite fois."
"Remets-le à sa place."
Mais, Pippin ouvrit le tissu, et fasciné, posa ses mains sur le Palantir.
"Pippin !" fit Merry, effrayé. "Non !"
Pippin se retrouva avec les mains collées au Palantir, sans pouvoir les enlever. L'œil de Sauron lui apparut.
Legolas se tourna vers Aragorn, alarmé, et lui dit :
"Il est ici."
Pippin ne pouvait plus enlever ses mains du Palantir, qui était comme en feu. A travers le Palantir, Sauron lui parla :
"Je te vois", lui dit-il.
Merry vit que Pippin se débattait, et qu'il avait l'air de souffrir énormément. Aussi appela-t-il :
"Au secours ! Gandalf !"
Le magicien se réveilla en sursaut, et se précipita vers le Hobbit. La porte de la salle s'ouvrit avec fracas, et Aragorn et Legolas entrèrent. Aragorn se précipita vers Pippin, tandis que Merry criait :
"Il faut l'aider !"
Aragorn saisit le Palantir, et à son tour eut les mains collées dessus. Legolas l'aida, et au prix d'un grand effort de volonté, Aragorn lâcha le Palantir, qui roula dans la pièce. Merry n'osa pas l'arrêter. Gandalf se saisit d'une couverture, et la jeta dessus, tandis que Merry courait voir son cousin.
"Crétin de Touque !" tonna Gandalf, en se tournant vers le Hobbit, pour s'apercevoir qu'il ne bougeait plus, les yeux grands ouverts.
Lisa fut réveillée par des cris. Elle vit qu'elle était dans un lit, dans une salle vide. Legolas n'était pas à côté d'elle. Elle se leva d'un bond, et courut vers le cri. En y arrivant, elle vit Pippin allongé par terre, à côté du Palantir, Gandalf agenouillé à côté de lui.
"Que s'est-il passé ?" demanda-t-elle au magicien.
"Il a regardé dans le Palantir."
Pippin se réveilla, et Gandalf lui demanda ce qu'il avait vu. Le Hobbit, encore troublé, répondit :
"Il y avait un arbre, dans une cour pavée… L'arbre était mort… La cité était en feu."
"Minas Tirith. C'est ce que vous avez vu ?"
"J'ai vu… Je L'ai vu, Lui."
"Que lui avez-vous dit ? Répondez !"
"Il m'a demandé mon nom, et je n'ai rien dit. Il m'a brutalisé…"
"Qu'avez-vous dit à propos de Frodon et de l'Anneau ?"
"Rien du tout. Je vous jure !"
"Regardez-moi !" ordonna Gandalf.
Il plongea ses yeux dans ceux du Hobbit un long moment, puis son regard redevint bienveillant, et il dit :
"N'avais-je pas interdit de toucher à cette Pierre ?"
Penaud, Pippin baissa les yeux.
Tous sauf les Hobbits étaient rassemblés dans la salle du trône. Gandalf dit :
"Il n'y avait pas de mensonges dans les yeux de Pippin. C'est un crétin, mais un crétin honnête, au moins. Il n'a rien dit à Sauron sur Frodon ou l'Anneau." (Gimli soupira de soulagement) "Et nous avons été étonnamment chanceux : ce que Pippin a vu dans le Palantir, n'est qu'un aperçu du plan de notre ennemi. Sauron s'apprête à attaquer la Cité de Minas Tirith. Sa défaite au Gouffre de Helm lui a montré une chose : l'héritier d'Elendil approche, les Hommes ne sont pas aussi faibles qu'il le supposait…Ils ont encore de la bravoure et assez de force pour le défier. Sauron craint cela. Il ne prendra pas le risque de voir les peuples de la terre du Milieu s'unir sous une seule bannière. Il rasera Minas Tirith jusqu'à la dernière pierre, plutôt que de voir le retour d'un roi sur le trône. Si les Feux d'Alarme du Gondor sont allumés, le Rohan doit se tenir prêt à entrer en guerre."
"Dites-moi, pourquoi devrions-nous courir au secours de ceux qui ne sont pas venus au nôtre ?" demanda Théoden. (tous le regardèrent, incrédules) "Que devons-nous au Gondor ?"
"Je vais y aller", décida Aragorn.
"Non !" répliqua Gandalf.
"Ils doivent être prévenus !"
"Ils le seront." (il baissa la voix, pour que seul Aragorn puisse l'entendre) "Vous vous rendrez à Minas Tirith par un chemin détourné. Cherchez les Vaisseaux Noirs." (il reprit d'une voix plus forte). "Comprenez ceci : les choses qui sont en mouvement ne peuvent être arrêtées. Je vais aller à Minas Tirith, (il regarda Pippin) et je ne vais pas y aller seul."
Il récupéra le Palantir, enveloppé dans son tissu, et le confia à Aragorn, en disant :
"Gardez-le. Il est primordial qu'aucun de vous n'utilise la Pierre de Vision."
Gandalf se dirigea vers les écuries, suivi de Pippin et de Merry.
"De tous les Hobbits curieux, Peregrin Touque, vous êtes le pire ! Allez ! Hâtez-vous !"
Pippin demanda à Merry :
"Où allons-nous ?"
"Pourquoi as-tu regardé ? Pourquoi faut-il toujours que tu regardes ?"
"Je n'en sais rien. Je n'y peux rien."
"Tu ne peux jamais rien !" lui reprocha Merry.
"Je regrette, ça te va ? Jamais je ne recommencerai."
"Tu ne saisis donc pas ? L'Ennemi croit que tu as l'Anneau. Il va te chercher sans relâche, Pippin. Ils doivent t'éloigner d'ici."
"Et toi, tu viens avec moi ?"
Merry s'éloigna en direction des écuries.
"Merry ?"
"Allez ! Viens !"
Pippin le suivit. Dans les écuries, Gandalf le mit sur Gripoil. Il demanda au magicien :
"C'est loin, Minas Tirith ?"
"Trois jours de route, à vol de Nazgûl. Et espérez que nous n'en aurons pas à nos trousses."
Merry tendit un paquet à Pippin.
"Tiens", lui dit-il. "C'est pour la route."
"La dernière feuille de Longoulème."
"Je sais que tu n'en as plus. Tu fumes un peu trop, Pippin."
"Mais, bientôt on va se revoir."
Merry regarda Gandalf.
"N'est-ce pas ?" insista Pippin.
"Je n'en sais rien. (Gandalf monta à cheval) J'ignore ce qui va se passer", ajouta Merry, en reculant.
"Merry…"
"Cours, Gripoil. Montre-nous ce que célérité veut dire."
"Merry !" cria Pippin, tandis que Gripoil partait au galop.
Merry monta en courant sur les remparts, bousculant un garde au passage, pour apercevoir son cousin et ami une dernière fois. Aragorn, courut après lui, bousculant lui aussi le garde, et le rejoignit sur les remparts.
Lisa, Liane et Ludivine parlaient. Ou plutôt, Lisa fulminait, et Liane et Ludivine écoutaient.
"Je n'arrive pas à le croire ! Comment peut-on être aussi borné ? ! Ses alliés ont besoin d'aide, et lui, il va rester là, sans rien faire ? !"
"Il croit que le Gondor les a abandonnés."
"C'est ridicule ! Il doit aller les aider ! Ils seront perdus, sinon ! Comment peut-on décider de laisser tant de gens mourir ? !"
Liane et Ludivine la laissèrent s'énerver toute seule, bien conscientes qu'elle finirait par se calmer d'elle-même.
To be continued...
