Allongée sur le lit qu'on lui avait alloué, la fille de Stark lisait le dernier volume du cycle des Rougon-Macquart, écrit par Emile Zola. Ce n'était pas la première fois qu'elle le lisait, mais c'était le seul livre qu'elle avait réussi à trouver dans le bâtiment.
Loki était apparu dans un coin de la pièce, et l'observait, tandis qu'elle l'ignorait. Il avait fait comme si elle n'existait pas : elle l'imitait. Malheureusement pour le dieu, qui avait réalisé –trop tard – que la fille de Stark pourrait lui livrer des informations.
Tout en lisant, Aloïs fredonnait Material World, de Namine Ritsu. Elle aimait beaucoup cette musique d'espoir. Mais le thème de la chanson, Loki ne le connaissait pas.
Elle bougeait beaucoup, car le sommier inconfortable l'empêchait de trouver la position adéquate. Tout en chantonnant, elle se leva, toujours son livre devant ses yeux. Elle marchait en lisant, puis elle cessa de chanter Material World, pour entonner Cantarella. Elle se mit alors à danser tout en lisant. Ses cheveux voltigeaient, en renvoyant les reflets du soleil qui entraient timidement par la petite fenêtre.
Au bout de quelques minutes, elle tomba sur son lit, essoufflée. Son livre, était ouvert et posé sur son visage. Elle riait en reprenant son souffle. Quand son fou rire cessa, apparut sur son visage, un sourire calme. A peine esquissé, il donnait une douceur infinie à cet être qui d'habitude possédait un sourire narquois, souvent insolent.
Le dieu la regardait, sans savoir ce qu'elle allait faire ensuite.
« Cette fille est décidément bien étrange, se dit-il. Pourquoi elle n'a peur de rien, comme les autres mortels ? Cette solitude devrait l'effrayer ! »
L'Asgardien, bien que restant très froid, était désarçonné par cette gamine, qui ne craignait rien. Il n'avait trouvé aucune chose pouvant l'effrayer, et même lorsqu'il tentait de pénétrer son esprit, il n'avait trouvé aucune peur à la fille de Stark.
De son index, Aloïs souleva le livre, qui tomba sur le matelas avec un bruit mat. Elle tourna la tête en direction de Loki.
- Pourquoi vous m'espionnez encore ? Cela ne vous suffit pas, de m'enfermer ? Il faut, en plus, que vous me surveilliez ?
Qu'est-ce que le dieu mourrait d'envie de lui filer des tartes, à cette sale gosse ! Mais quelque chose l'en empêchait, et ça l'énervait beaucoup.
- A moins que … vous tentiez de me trouver un point faible … reprit doucement la jeune femme.
Elle lisait dans ses pensées ou quoi ? L'Asgardien, surprit, ne sut quoi répondre. C'était la deuxième fois qu'elle devinait à quoi il pensait.
Un sourire sadique apparut alors sur le visage du dieu.
- Je vous trouverais un point faible, et je vous ferais souffrir, plus que vous n'aurez jamais souffert. Et je profiterais pleinement du spectacle que vous m'offrirez : vos cris de douleurs seront une des plus douces musiques que mes oreilles auront entendues.
Il planta ses yeux verts dans ceux d'Aloïs : s'attendant à la voir perdue sous la menace, il fut surpris de constater qu'elle ne se démontait pas. Poussant l'insolence dans ses derniers retranchements, elle se permit même d'ajouter :
- Je doute que la souffrance que vous m'infligerez soit la plus douloureuse, car j'ai déjà ressenti la pire des douleurs. Essayez, si vous voulez mais jamais je ne souffrirais plus que ce jour-là …
La fin de sa phrase resta suspendue à ses lèvres, mais jamais elle ne franchit la limite de son cœur. C'était une blessure qui jamais ne se réparerait, alors qu'elle n'avait pas vingt ans. Ce n'était pas qu'une lésion physique, mais aussi une meurtrissure morale, l'une des rares choses qu'elle partageait malheureusement avec son père.
Voyant là une ouverture, Loki pris le visage soudain triste de la jeune fille entre son pouce et son index, et glissa une phrase assassine :
- Nous verrons si vous souffrez moins que lors de votre expérience. précédente
Il quitta la chambre avec son horrible sourire de vainqueur sur les lèvres.
Dans le laboratoire du dieu, se trouvaient plusieurs scientifiques de renommée mondiale, qui avaient étés envoûtés par l'Asgardien. Dans ce lieu, Aloïs était une étrangère, et bien qu'elle ait le droit d'y aller, elle n'était pas à sa place. Les installations mécaniques étaient énormes, et bien qu'elle rêvât d'y toucher, la jeune femme s'abstenait. Car si elle voyait des erreurs dans les calculs des savants, elle ravalait une terrible envie de les corriger. Même si elle les connaissait, les scientifiques étaient à la solde de Loki, bien qu'inconsciemment.
Son malaise grandissait, et vu le manque de coopération du dieu pour qu'elle arrive à avoir des informations sur ce qu'elle ne connaissait pas (Asgard, …), elle commençait à désespérer. Trois jours qu'elle était là, personne ne l'avait retrouvée, personne ne lui parlait car ils n'en avaient pas le droit, … Quand elle comprit que la solitude l'entourait, la fille de Stark devint nerveuse. Elle pouvait tourner en rond dans sa chambre pendant des heures, elle délaissait la nourriture que Barton lui apportait bref, elle n'allait pas bien. Aloïs n'avait aucune distraction, car elle avait eu le temps de lire trois fois l'ouvrage de Zola, et aucun autre livre ne lui était tombé sous la main. K.O.T.O.K.O. était tombée lorsque Loki l'avait assomée : la jeune femme n'avait même plus de musique à écouter. Cette solitude la rongeait et la rendait pratiquement folle.
Loki, lui, prenait un malin plaisir à la voir dépérir : cette stupide mortelle l'avait bien cherché. Il passait facilement des heures à la regarder tourner en rond dans sa chambre, sans qu'elle ne fasse attention à lui.
Il était environ quinze heures et ils étaient tous deux dans la chambre : Aloïs faisait les cent pas, et le dieu la regardait faire. Soudain, la jeune femme s'arrêta, et frappa violement le mur du poing. Elle se retourna lentement, ses yeux masqués par de nombreuses mèches. Elle s'avança lentement en direction du dieu, et brusquement, elle assena un coup dans le visage de Loki. Ou du moins, son image, que l'Asgardien avait fait apparaître lorsqu'il s'était téléporté à l'autre bout de la pièce.
Alors, en silence, la jeune femme s'assis sur le sol, entoura ses genoux avec ses bras, et y enfouit sa tête. Il n'y eut aucun bruit de pleurs. Aloïs ne pleurait pas. Elle fixait juste quelque chose de vague là où il n'y avait rien, et ignorait complètement le dieu qui la regardait, pour savoir si la violence dont elle venait de faire preuve pouvait se manifester à nouveau. Une heure passa, et la jeune femme ne bougeait pas.
C'était une sorte de complicité silencieuse qui s'était établie : Aloïs ne changeait pas de position, et Loki ne brisait pas le lourd silence présent. Aucun des deux ne faisait de bruit, et seul le son des marteaux de l'atelier au-dessus coupait parfois le silence. Le dieu n'osait pas se mouvoir, attendant de voir si elle bougerait, alors qu'il savait pertinemment qu'elle ne se déplacerait pas. La jeune femme priait pour que Loki ne bouge pas, et que le silence dure.
Tous deux avaient perdu la notion du temps : quand Barton entra dans la chambre pour déposer le plateau-repas de la prisonnière, il était presque dix-neuf heures. Lorsque la porte s'ébranla pour laisser passer l'agent du SHIELD, la complicité qui s'était établie entre le fils adoptif d'Odin et la fille de Stark fut brisée. Loki sortit de la pièce en silence Aloïs leva la tête, remercia simplement Clint et repartit dans ses pensées.
Après avoir picoré son assiette, la jeune femme sortit de la pièce elle se rendit dans le laboratoire des scientifiques, et emprunta un stylo. De retour dans sa chambre, elle commença à dessiner sur le mur.
Ses traits étaient réguliers, et elle dessinait très bien. Les formes que la fille de Stark esquissaient prenaient vie et représentaient des personnages grandeur nature dans des scènes de la vie quotidienne. Les personnes étaient toutes très réussies, et quand le stylo tomba en rade, Aloïs s'allongea dans son lit en les regardant. La plupart des personnes à qui elle tenait se trouvaient là, près d'elle : Tony, Pepper, Steve, Fury, Natasha, Clint, Thor, Bruce, Hulk, Phil et Reed étaient à présent sur les murs, absorbés dans leurs activités favorites en souriant. Elle n'était plus seule.
"The clock stopped ticking
Forever ago
I can't get a grip but I can't let go
There wasn't anything to hold tho
Why can't I see?
Why can't I see?
The colors that you see?
Please can I be?
Please can I be?
Colorful and free?
What the hell's going on?
Can someone tell me please?
Why I'm switching faster than the channels on TV?
I'm black then I'm white
No something isn't right
My enemy's invisible
I don't know how to fight
The trembling fear
It's more than I can take
When I'm up against
The echo in the mirror"
Elle s'était relevée et chantait ECHO, une chanson qui, enfant, l'avait vraiment ébranlée.
La solitude n'effrayait pas la fille de Tony.
La solitude la rendait folle.
