Erwan semblait avoir fait les cents pas pour atténuer son anxiété en attendant Bélisse.

- Alors, lança-t-il depuis l'autre bout du couloir ?
- Alors quoi ? t'es déjà au courant puisque tu dois me conduire là-bas.
- Non, qu'est-ce qui t'as pris enfin. Tu semblais comme envoûtée. Pourquoi ne veux –tu rien me dire, je pourrais peut-être t'aider ou au moins te soutenir.

Alors qu'elle voulait le repousser pour qu'il la laisse en paix, le peut de force qui lui restait ne le lui permettait pas.

- Merci Erwan.

Il n'en revenait pas ! c'était la première fois qu'il l'entendait dire « merci » et ça avait l'air sincère en plus. Lui même s'attendait à se faire remettre à sa place.

Alors qu'ils continuaient à avancer dans les couloirs chargés des affaires de la jeune femme, ils croisaient ça et là quelques âmes errantes qui leur lançaient des regards accusateurs tout en s'écartant de leur passage.

Arrivés devant son nouveau lieu de vie, Bélisse ouvrit la porte pour entreposer ses affaires. La pièce était spartiate et sans fenêtre : un lit, un bureau, une chaise et une armoire dont le bois avait gonflé à cause de l'humidité ambiante. Erwan avait le cœur déchiré de la laisser là.

- Bon, je te porterais tes devoirs tous les soirs après le repas ok ?
- Ok.
- Aller, je te laisse…. Ça ira ?
- Bien sur ! voyons le bon côté, je n'aurais plus à partager ma chambre avec des pies. Leurs jacasseries m'épuisaient. Et puis, j'ai besoin de réfléchir, moi même je… en fait, je ne m'attendait pas à …

Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase qu'il la pris dans ses bras et l'embrassa. Bélisse, déjà complètement perdu n'avait rien vu venir ! Elle resta là, paralysée et les yeux grands ouverts.
Quelques secondes s'écoulèrent et, comme si d'un seul coup Erwan s'était rendu compte de son geste, il recula d'un pas avant de s'enfuir en courant. C'était étrange, elle ne l'avait pas repoussé. Elle était si douce. Depuis leur première rencontre il avait imaginé cet instant, mais en comprenant vite qu'un élan de ce type serait immédiatement rejeté par la jeune femme, hors là, elle s'était laissé faire. Ce soir, il rêverait à ses lèvres pulpeuse et à son parfum fugace…

Au même moment, la jeune femme restait dans le couloir, sans bouger. Déjà si perdue quelques minutes au par avant, là, elle flottait quelque part hors de son cœur, incapable de savoir ce qu'elle ressentait. Quand d'un coup, une voix la fit revenir sur terre de manière très… brutale.

- Bélisse ? c'est vous ?

Après un long silence elle se résigna à répondre à cet appel qui lui avait fait hérissé tous les poils de son corps.

- heu, oui professeur, j'arrive.

En refermant la porte de sa nouvelle chambre, elle tentait de retrouver ses esprits. « Bon, il ne s'agit pas de commettre deux fois la même erreur. Gagner sa confiance, il faut que je regagne sa confiance pour qu'enfin il avoue. Elle frappa à sa porte et, sans attendre une quelconque réponse, en franchi le seuil, s'attendant à le voir dans le noir, assis dans un coin.

- Ah vous voilà ! j'ai faillis attendre.

Il était debout, devant son armoire et tentait visiblement de se repérer afin de faire face à sa nouvelle infirmité.

- Professeur… (excuse toi, vas-y, ce ne sont que de simples mots à prononcer. Aller vas-y, mais excuse toi bon sang !) je, je ne sais vraiment pas ce qui m'a pris… je.

- Ça va, ça va Arandale (il n'avait jamais été si froid et si agacé qu'en prononçant son nom), Ne cherchez pas à vous excuser. Je sais très bien que la seule chose qui vous désole dans mon état, c'est qu'il soit réversible. Et surtout, ne vous inquiétez pas, vos états d'âme m'indiffèrent totalement.
- Mais alors, pourquoi suis-je là, qu'attendez-vous de moi ?
- Où est mon verre de potion ?
- Attendez je vais vous l'apporter
- Arandale ! cria-t-il perdant toute patience avant de reprendre son thon glacial, j'ai dis « où est ma potion » ?
- Sur votre table de nuit Monsieur.

Rogue tendis alors les bras en avant pour éviter d'heurter un meuble tout en se dirigeant dans la bonne direction. Elle se surpris alors à penser qu'il avait un certain courage. Il n'était pas un homme apitoyé sur son sort auquel elle s'était attendu.

- Bon demain vous frapperez à ma porte à 6H00 précise, sans entrer, puis trente minutes plus tard.

Vous me conduirez à l'infirmerie pour que Madame Pomfresh vous donne les consignes pour réaliser la potion. Ensuite nous récupérerons notre repas pour le prendre dans ma salle de cours, j'ai beaucoup de choses à préparer pour les cours de demain.

- Vous recommencez vos cours dès demain professeur ?
- Evidemment. Maintenant laissez moi et reposez vous pour demain, votre journée sera bien remplie.

Elle se dirigea vers la porte avant de faire volte face.

- Pourquoi cette deuxième chance ?
- Ce n'est pas une chance ! c'est la meilleure façon de vous faire regretter votre acte
- Il n'y a pas que ça, non ?
- Et vous ? ma remarque sur vos capacités intellectuelles n'est pas ce qui vous a fait sortir de vos gonds. Vous me haïssez Bélisse.

Un long silence lourd de sens s'installa alors et, sans dire un mot, elle le laissa seul.

Allongée sur le dos dans ce lit plus qu'inconfortable et qui sentait le moisi, elle n'arrivait pas à se calmer. Les conditions matérielles lui importaient guère, mais le film de la journée se déroulait dans sa tête : la haine qu'elle avait ressenti, le regard accusateur des autres élèves, la déception de Dumbledor et le baiser d'Erwan… une sourire feint alors de se dessiner sur son visage jusque là impassible. Erwan était toujours là lui. Elle pourrait compter sur lui et puis il pourrait veiller sur Pablo tant qu'elle serait coincée ici. Finalement, c'était le seul moyen pour découvrir ce qui s'était passé et … pourquoi eux ? pourquoi Voldemort avait choisi sa famille ?

Le professeur de son côté souffrait le martyr. C'était comme si ses yeux se consumaient lentement, très lentement. Pour lui aussi la nuit allait être longue. Pourquoi lui inspirait-il tant de haine ? c'était la seule étudiante qui lui redonnait confiance en son engagement à Poudlard. A l'exception de quelques joutes verbales l'année dernière, il n'avait pas remarqué de problème particulier avec elle. Bélisse Arandale ! ce nom ne lui disait rien. Dumbledor avait semblé déçu par son comportement, mais pas surpris. Plus il y pensait, plus tout s'obscurcissait dans son esprit déjà affaiblit par la fatigue et la douleur.