Chapitre 3
Victor n'était jamais venu en Alaska avant aujourd'hui. Tout était d'une blancheur immaculée et un silence paisible résonnait à ses oreilles. Ça lui changeait tellement de la ville. En avançant vers les coordonnées que Carlisle lui avait fournies, il se demanda un instant comme Adrian pouvait vivre ici sans devenir fou. L'ancien inspecteur de police était persuadé que son jeune ami trouvait tout ceci beaucoup trop calme.
Toujours exalté et dynamique. Toujours plein d'entrain. Son magnifique sourire qui perçait la monotonie de son immortalité. Victor n'avait jamais rencontré quelqu'un comme lui, même lorsqu'il était humain. Avant de devenir un vampire, déjà, il était isolé du monde et ne côtoyait que rarement ses semblables, n'arrivant pas à les comprendre. Sa transformation n'avait rien changé à son côté solitaire. Puis, au fil des années, il avait pu rencontrer des vampires plus intéressants, mais jamais assez pour qu'il les fréquente plus de quelques mois.
Carlisle était l'un de ceux qu'il considérait comme faisant partie de ses rares amis, tout comme Élisabeth. Et Adrian. Lorsqu'il avait rencontré le jeune homme pour la première fois, Victor avait tout de suite su que c'était une personne intéressante. Plus le temps avait passé et plus il fascinait le vampire. Il dégageait quelque chose de pur, quelque choc de transcendant. Pour la première fois de toute son existence, Victor se sentait vivant à ses côtés. Alors, lorsqu'il l'avait cru mort… Il n'avait pas pu concevoir qu'il ne le reverrait plus jamais, que la seule étincelle qui avait un jour illuminé sa vie soit disparue pour toujours.
Tout à ses pensées, Victor mit un moment à se rendre compte qu'il était arrivé. La grande maison moderne en bois foncé s'élevait devant lui, à quelques mètres. S'il avait pu, son cœur se serait mis à battre plus vite sous le coup de l'excitation. Il allait le revoir ! Victor n'eut pourtant pas l'occasion de faire un pas de plus qu'une masse compacte s'écrasa sur lui. Malgré ses réflexes de vampire, il n'avait pas vu venir Adrian – car c'était bien lui – qui l'enlaçait férocement, la tête enfouie dans son cou. Avec plaisir et soulagement, Victor referma ses bras sur lui et inspira avec délectation cette odeur si particulière qui lui avait tant fait défaut. Ils restèrent là un long moment, comme si plus rien d'autre n'existait autour d'eux.
– Tu m'as trop manqué ! s'exclama soudainement Adrian avant de se reculer, un grand sourire aux lèvres. J'ai tout raconté à Élisabeth, elle a dit qu'elle t'engueulera en personne à sa prochaine visite.
Victor le dévisagea un long moment. Son visage était toujours aussi beau, mais ses grands yeux écarlates et son teint blême lui donnaient un côté assez étrange. Intrigant. Enfin, l'ancien policier se reprit et il lui rendit plus faiblement son sourire.
– Et toi ? demanda-t-il ensuite.
– Quoi, moi ? s'étonna Adrian en passant son poids d'un pied à l'autre, comme il avait coutume de le faire parce qu'il ne tenait jamais en place.
– Tu n'avais pas l'intention de, je cite, « me botter les fesses » ?
Alors le jeune homme comprit et se contenta de hausser les épaules.
– Bah, je suis sûr que tu regrettes, non ?
Victor fut intrigué par le ton calme qui tranchait nettement avec les menaces auxquelles il avait eu à faire au téléphone. Lentement, il hocha la tête pour acquiescer – bien sûr qu'il regrettait ! – et obtint un magnifique sourire en contrepartie qui réchauffa son cœur de glace.
– J'ai appelé Seth et Jacob, poursuivit Adrian en haussant les épaules, puis j'ai eu aussi Carlisle au téléphone. Alors, j'ai réfléchi, et je ne t'en veux finalement pas. Puis je vois pas comment je pourrais t'en vouloir, ajouta-t-il en se détournant soudainement pour se diriger vers la maison.
Après un instant d'hésitation, Victor le suivit lentement. Malgré ce qu'en avait dit Carlisle, il ne savait vraiment pas comment il serait reçu ici, chez ces vampires végétariens. Pourtant, malgré ses craintes, les deux femmes blondes qui l'accueillirent – Tanya et Kate – se montrèrent très gentilles avec lui. Une troisième, brune cette fois-ci et du nom de Carmen, vint les rejoindre et fut également d'une grande douceur. Toutes avaient les mêmes prunelles dorées que Carlisle et Victor resta perplexe devant ce régime particulier, comme de coutume.
Il était installé sur l'un des canapés du salon chaleureux, aux côtés d'Adrian, lorsque deux hommes entrèrent bientôt dans la pièce. Victor fut surpris en reconnaissant l'un d'entre eux.
– Eleazar ? s'étonna-t-il en fronçant les sourcils. Cela fait bien longtemps…
– Victor ! s'exclama le vampire à la peau mate en esquissant un sourire. Si j'avais su qu'il s'agissait de toi !
– Comme ça, tu as quitté les Volturi ? demanda Victor en haussant un sourcil intrigué tandis que l'autre prenait place dans le canapé en face d'eux.
– Tu n'y es pas resté très longtemps, toi non plus.
Ils se jetèrent un regard, comprenant parfaitement pourquoi aucun d'eux n'était resté.
– Carlisle a dit que je devais me méfier des Volturi, intervint Adrian d'un ton boudeur. Il a dit que mon contrôle du feu pouvait intéresser Aro.
Victor se tourna rapidement vers lui et dévisagea un instant son air détaché.
– Je ne te laisserai pas t'approcher des Volturi ! s'exclama l'ancien inspecteur d'une voix ferme, le regard sévère.
Adrian écarquilla légèrement les yeux, surpris par sa véhémence. Enfin, il lui accorda un sourire et le plus âgé se détendit.
– On dit que t'as semé une belle pagaille à La Push ! intervint celui que Victor reconnut comme étant Garett et qui se jeta dans un fauteuil avec nonchalance. Comment t'as fait ça, au juste ?
Victor eut la surprise d'entendre grogner son jeune ami à ses côtés. Un grognement animal, typique des vampires qui protégeaient leur territoire. Il haussa un sourcil, intrigué. Pourtant, un autre détail attira bientôt son attention, comme ceux des autres habitants de cette maison.
– Adrian, va dehors, lui lança Tanya en désignant d'un geste la fumée qui s'échappait de ses poings fermés.
Le jeune homme posa son regard sur ses mains puis, avec un soupir exaspéré, il courut jusqu'à l'arrière de la maison, le plus loin possible de la demeure chaleureuse. Sans hésiter une seule seconde, Victor le suivit dehors. Il le trouva rapidement, assis dans une immensité de neige, les doigts entourés de flammes chatoyantes.
Victor s'accroupit à ses côtés et posa sa main sur son épaule. À ce contact, les flammes s'éteignirent aussitôt, à la stupéfaction du plus âgé. Il ne comprenait rien aux réactions d'Adrian. Enfin, il n'avait jamais réussi à trouver une logique à son résonnement, même lorsqu'il était encore humain.
– Que se passe-t-il, Adrian ? demanda-t-il finalement avec douceur.
– Je n'aime pas qu'on dise du mal de toi, soupira le jeune homme en croisant ses bras sur sa poitrine, mécontent.
Ce que Victor perçut comme étant de la loyauté lui alla droit au cœur. Un bref instant, il se surprit à espérer qu'il put y avoir plus.
– Pourquoi ? murmura-t-il dans un souffle, avide de savoir.
– Parce que…, commença Adrian d'une voix lasse et peinée en même temps. Garett passe son temps à me charrier, mais… J'ai cru que je te reverrais jamais. T'imagines même pas à quel point j'étais triste. En plus, je n'arrive toujours pas à me contrôler, et impossible de partir à ta recherche moi-même. Je… Mais tu es là, maintenant, dit-il finalement en levant ses yeux écarlates sur Victor.
Celui-ci lui accorda un sourire chaleureux avant de serrer un peu plus les doigts sur l'épaule du jeune homme.
– Oui, je suis là.
– Tu me quitteras plus jamais, hein ? lui demanda Adrian avec une note de désespoir dans la voix et dans ses belles prunelles sombres.
Le cœur de Victor se serra. Il voulait rester avec lui. Pour toujours. Incertain, il ne lui répondit pas tout de suite. Adrian ne voulait sans doute pas dire ce que lui-même avait en tête. Il n'avait pas de sentiments amoureux pour lui, seulement une grande affection. Avec Élisabeth, ils étaient les seuls proches qu'il avait. Sa seule famille.
Pourtant, Adrian vint rapidement contredire cette hypothèse lorsqu'il posa ses lèvres sur les siennes. Victor mit quelques instants à réaliser qu'il l'embrassait. Trop de temps, certainement, car le plus jeune se recula soudainement, arborant un air autant gêné qu'attristé.
– Désolé, soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux pour les décoiffer un peu plus. Je sais que tu ressens pas la même chose que moi, mais… il fallait que j'essaye un jour. Alors tant pis, oublie que je…
Victor ne le laissa pas finir. Il l'attrapa brusquement par la nuque et l'embrassa avec une passion sauvage qui laissait transparaître toutes ces années de frustration et de colère. Les lèvres offertes à ses caresses étaient si douces et le frôlement de sa langue sur la sienne fit éclater en morceau l'esprit si cartésien de Victor.
S'il l'aimait ? Oh, et puis merde, bien sûr qu'il l'aimait !
FIN
Alors, vous en avez pensé quoi? Moi, j'adore Adrian et Victor ensemble, ils sont drôles ^^
A bientôt en tout cas!
