Voici le second chapitre d'un Avenir à Brooklyn ! Merci à Val et pietroclint-kevinaline pour vos reviews qui m'ont fait très plaisir :D ! Normalement, le Pepperony n'est pas mon truc non plus, mais je les aime bien quand même. Et oui, démonstrations de force il va y avoir :D
Bonne lecture, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
« -Allez les loupiots. On est partis.
Clint attendit que Lila et Cooper soient sortis pour fermer la porte à clé derrière lui. Il réajusta Nathaniel endormi qu'il portait en kangourou -une poussette, c'est bien trop encombrant. Le petit avait une mine d'angelot sur le visage. Lila quant à elle n'avait pas vraiment l'air ravie de se rendre dans leur nouvelle école. Clint nota la mine de six pieds de long toujours présente sur son petit visage encadré de mèches brunes. Les Bartons n'ayant jamais déménagé auparavant, elle n'avait pas encore, à l'inverse de Cooper qui était au collège, fait l'expérience d'un changement d'établissement, et donc d'un nouvel environnement et de nouvelles rencontres. La fillette avait un trac monstrueux.
« -Papa… ? Tu crois que j'arriverai à me faire des amis ?
-Mais oui, mon coeur. Tu es très douée pour ça.
-Mais si ils ne m'aiment pas ?
-Tu ne peux pas faire en sorte que tout le monde t'adore, ma Lila, mais tu peux faire de belles rencontres. Et puis tu es quelqu'un de super, tu te feras facilement des amis.
-D'accord…
A ce moment-là, la porte de l'appartement en face du leur s'ouvrit sur Wanda. La jeune femme était habillée avec soin et avait un sac en bandoulière. Clint se demanda un moment où allait la brune avant de se rappeler que c'était lundi pour elle aussi, et qu'elle se rendait sans doute à l'université. Elle leur sourit chaleureusement en les voyant.
« -Bonjour Clint, Lila et Cooper !
-Bonjour Wanda.
-Bonjour Wanda, claironna Lila, son trac oublié.
-Salut Wanda, dit Cooper. Tu vas à l'école toi aussi ?
-Et oui, à l'université !
-Ca doit être bien, l'université, renchérit Lila, que le seul mot faisait rêver, recellant des mystères encore inaccessibles à ses 8 ans et demi.
-Et Pietro ? Demanda Clint, devinant déjà la réponse.
Wanda haussa les épaules d'un air contrit. Ce ne serait pas encore pour cette fois...le jeune homme devait dormir à poings fermés à cette heure, s'il n'allait pas en cours. Les Barton et la jeune Maximoff descendirent ensemble les escaliers, dans un joyeux brouhaha, des bruits de pas pressés, de Lila et Cooper qui se disputaient, de Wanda et Clint qui essayaient de s'entendre discuter.
« -Alors, vous vous plaisez dans l'appartement ? Tu as pu t'y habituer un peu ?
-Ca peut aller. Les enfants adorent.
-Ca se comprend, c'est un très bel appartement ! Et toi ?
-Moi…ça prend un peu plus de temps, mais ça viendra.
-C'est une bonne chose de tourner la page, Clint.
L'ancien Marins se tut, interdit par les mots de Wanda. Les mêmes que Natasha lui avait soufflé avant de démarrer sa camionnette et de quitter la ferme une fois pour toute. Tourner la page. Facile à dire, s'était-il dit avec mauvaise foi. Evidemment, la rousse avait raison. Cela faisait un an à présent. Un an. Il fallait passer à autre chose. Un main toucha doucement son bras. Il croisa le gentil regard de Wanda qui lui souriait, et lui sourit à son tour.
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
C'était un matin pluvieux à Brooklyn. Le ciel était grisâtre, les immeubles également. Tout semblait délavé de pluie. Seules, ici et là, les touches lumineuses de quelques parapluies rouges ou bleus redonnaient aux rues et aux avenues un certain entrain. Dans ces rues, Steve marchait hâtivement, resserrant les pans de son immense imperméable autour de lui. À grands pas, il dépassa ainsi plusieurs pâtés de maisons, sautant au dessus des flaques, slalomant entre les passants.
Il arriva enfin en vue de l'enseigne d'une boutique de matériel artistique, où il entra prestement, et referma presque avec soulagement la porte vitrée derrière lui. Le vendeur le salua avec habitude et un grand sourire, auquel le blond répondit avant de s'engouffrer dans les rayons. Il avait besoin de tubes d'acrylique et de nouveaux pinceau pour un travail qu'on lui avait demandé. En effet, son ami Bruce Banner, médecin généraliste qui exerçait au 2e étage de son immeuble, souhaitait aménager dans sa salle d'attente un espace pour enfants, et pour cela, avait passé commande à Steve. Le blond devait repeindre la portion de mur correspondante avec des motifs susceptibles de plaire aux plus jeunes. Pour leur nature exacte, il lui laissait carte blanche, pour le plus grand plaisir de Steve.
Cela faisait maintenant quelques années qu'il parvenait à vivre de son art, après une trop longue période de petits boulots alimentaires et déprimants, et de honte camouflée aux côtés de Bucky qui, lui, vivait pleinement sa passion dans un cadre professionnel. Aujourd'hui, Steve pouvait affirmer sans rougir qu'il était artiste. Il touchait à tous les matériaux, à tous les supports, à tous les thèmes. Il était pour ainsi dire polyvalent, de la sculpture à la mosaïque en passant par tous les types de peintures. Surtout, le blond ne cessait jamais d'apprendre, ajoutant toujours plus d'enthousiasme à l'exercice de sa profession qui se révélait chaque jour un peu plus riche.
Malgré tout, le support qu'il préférait entre tous était son carnet de croquis, plein de feuilles de différentes couleurs et de différentes matières. Sur ce carnet, il dessinait surtout au crayon, noir ou blanc, parfois sanguine. Quant à celui qu'il aimait le plus dessiner ? La réponse était là. Bucky occupait la majeure partie de ce précieux carnet, qu'il ne se lassait pas d'ouvrir dès que l'occasion se présentait. Bucky s'était peu à peu accommodé à ce penchant de son compagnon, et se prêtait au jeu dès qu'il en manifestait l'envie.
Steve ne put retenir un soupir découragé. Bucky se prêterait-il à ce que le blond souhaitait lui proposer, et qui n'avait rien à voir avec se laisser dessiner des heures durant. En fin de compte, cela avait à voir, se dit Steve. Après tout, ce qu'il entendait lui proposer, c'était ni plus ni moins que la permission de le dessiner jusqu'à la fin de leurs jours. Epouser son amant était aussi une façon de se l'approprier...de la même manière qu'en le dessinant.
Oui, Steve était un peu possessif. Un chouiat 'tit peu. Mais son Bucky était si incroyable, si parfait. Le blond se doutait qu'il en faisait baver plus d'un, au ballet de New York. Il redoutait, parmi ces hommes qui regardaient son Bucky, le jour où l'un d'entre eux sortirait du lot aux yeux de son amant, dépassant Steve dans les qualités qui plaisait au brun. Il craignait que Bucky se laisse enlever par quelqu'un d'autre. Evidemment, c'était irrationnel. Totalement. Et il savait que Bucky était dans les mêmes dispositions à son égard. Néanmoins, il ne pouvait s'en empêcher. Il ne serait véritablement tranquille qu'une fois qu'il lui aurait passé la bague au doigt, au sens propre.
Là était le problème. Bucky accepterait-il de l'épouser ? Rien que la perspective d'un refus tétanisait Steve, et l'empêchait ne serait-ce que de songer à comment s'y prendre. Chaque pas en avant dans ce sens serait un risque de plus de se casser la figure à l'arrivée. Que faire ? Songeait Steve, soupesant dans chaque main un gros tube de peinture. Peut-être devait-il en parler à quelqu'un ? Demander conseil ? Tout de suite, le visage de Wanda s'imposa à son esprit. Oui, la jeune fille paraîssait tout indiquée. Elle était pleine de bon sens, optimiste tout en restant lucide. Avec un sourire satisfait, Steve résolut de lui exposer son dilemme.
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
Pepper tapotait le bois verni de son bureau luxueux du bout des doigts. Pouce. Index. Majeur. Annulaire. Auriculaire. Auriculaire. Annulaire. Majeur. Index. Pouce. Pouce...Ah ! Encore une fois, elle se surprenait à rêvasser. Les dossiers qui prenaient la pose sur le bois juste devant son nez ne se traiteraient pas tous seuls. La rousse vérifia l'heure à son bracelet montre, avant de pousser ce qu'elle compta comme le 73e soupir de la journée -elle n'était plus vraiment sûre du compte. Et encore, il n'était que 10h du matin. La PDG de Stark Industries était arrivée depuis déjà deux bonnes heures au bureau, et rien n'avait changé dans le paysage proche. Les dossiers que lui avait amené son secrétaire étaient toujours là, la narguant, à peine ouverts. Des dossiers urgents, de la plus grande importance, et qu'accessoirement elle devait connaître jusqu'au bout de sa manucure parfaite pour le lendemain après-midi. Pas le feu au lac, donc, si on admettait que Pepper avait une mémoire d'éléphant...le problème étant que ladite Pepper avait actuellement l'esprit bien trop occupé par un certain bout de plastique blanc -c'était fou qu'un objet si petit et si moche soit aussi terrible de conséquences- pour songer ne serait-ce qu'une seconde à ce que pouvait bien contenir ces fichus dossiers. A quel sujet aurait lieu la réunion du lendemain après-midi, déjà ? Aucune idée. Rien. Nada. Par contre, rien que la pensée de Tony faisaient s'allumer les feux d'alarmes du Gondor et des fusées de détresse dignes d'Armageddon dans son esprit embrumé de mère par encore assumée.
Pepper ne savait pas quoi faire. Vraiment pas. Tony et elle travaillaient énormément, enfin, surtout elle, en tant que PDG de Stark Industries, depuis que son époux lui avait passé la main. Ils étaient un couple, un binôme, un duo...une bonne équipe. Elle ne savait pas s'ils parviendraient à gérer un nouveau venu dans la vie bien rôdée qu'ils s'étaient construite. De plus, elle était quasiment convaincue que son époux ne voudrait pas d'un enfant. Il ne lui avait jamais laissé entendre qu'il voulait être père. Même Steve et Bucky y avaient songé, avec toutes les difficultés que cela apporterait ! Alors si Tony, qui avait la possibilité d'en avoir un naturellement, ne lui en avait pas parlé...c'était peut-être tout simplement qu'il n'en voulait pas. Le matin même, il lui avait lancé « On est bien, tous les deux, pas vrai ma chérie ? Rien que tous les deux ? ». Certes c'était dans le contexte du retour catastrophé de Pepper la veille, il cherchait toujours à se faire pardonner son bazar d'accueil.
Non, vraiment, elle ne savait pas quoi faire. Et ce petit être qui grandissait en elle de minute en minute ne l'aidait pas à réfléchir plus efficacement. Elle avait peur des sentiments qu'il éveillait en elle. Elle décida qu'elle avait besoin de conseils. Cela tombait bien, elle n'avait rien de prévu pour déjeuner, se dit-il en attrappant son téléphone portable, posé sur le bureau, à côté des maudits dossiers.
« -Allo...Pepper, tu as intérêt à avoir une sacrément bonne raison pour…, grogna une voix ensommeillée à l'autre bout du téléphone.
-Salut mon chou ! L'interrompit la rousse. Ca te dit un déjeuner aujourd'hui ? Il faut que je te parle de quelque chose...
-….aaaah...d'accord Pepper...je ne peux rien te refuser… mais tu sais quelle heure il est… ?
-L'heure de te lever. Il est 10h30 passées.
-...Ok pour le déj'. Où ça ?
-Passe me récupérer à la Tour Stark, il y a un nouveau restaurant indien délicieux qui a ouvert pas loin !
-De la bouffe indienne ? Tu veux m'avoir par les sentiments ? Je suis ton homme.
-A tout à l'heure ! 12h, ne sois pas en retard, Trésor.
-Je ne suis jamais en retard.
-Très juste. Continue comme ça. Bisou !
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
L'appartement des Barton subissait, en ces 11h20 du matin, les effets d'une véritable tornade ménagère. Clint, armé jusqu'aux dents de chiffons, serpillère et autres bouteilles de javel, avait récuré l'appartement dans sn intégralité, profitant de l'absence des enfants. Avec soulagement et une certaine satisfaction, il s'arrêta un moment pour considérer les fruits de son travail. Le sol luisait, les étagères étaient impeccables. L'ex-Marins en ronronnait presque. Il rangea tout son matériel ménager et finit de mettre de l'ordre, vidant le lave-vaisselle et étendant le linge sur le balcon -la pluie s'était calmée.
Satisfait, il décida qu'il était temps de s'occuper de son job. Il avait une relation dans une agence de de sécurité, qui lui avait permi d'obtenir une promesse de travail. Sa retraite de Marins était suffisante, mais cela lui permettrait de ne pas rester oisif et de mettre un peu d'argent de côté pour les études de ses enfants.
Mais après avoir pris cette résolution, il lui fut impossible de retrouver son téléphone. Son portable avait tout bonnement disparu. Il ne le trouva pas dans la poche arrière de son jean, où il le rangeait toujours. Il n'était pas dans la cuisine-salon, ni dans sa chambre, ni dans la salle de bain…Clint jeta tout de même un coup d'oeil dans les chambres des enfants, même si ce n'était pas leur genre de lui faire ce style de plaisanteries. Ca, ce serait plutôt le genre de...
L'ancien militaire eu soudain un flash. Pietro, mais oui ! La veille, il l'avait percuté dans le hall et son téléphone lui avait échappé des mains. Un peu étourdi par ce qu'il avait vu -l'état du jeune homme et sa réaction violente vis-à-vis de lui-, il avait complètement oublié de récupérer son téléphone par terre. Il attrapa ses clés avant de sortir en hâte, même s'il y avait peu de hance qu'il retrouva son téléphone dans le hall, lieu de passage de tout l'immeuble. On ne savait jamais, les voleurs étaient parfois cachés derrière les masques les plus honnêtes.
Evidemment, dans le hall, Clint ne trouva rien. Il eut beau fouiller partout, il eut vite fait le tour, et pas le moindre portable noir luisant en vue. Après un dernier regard alentour, il se dirigea vers la loge du concierge. Jarvis n'avait pas trouvé le moindre appareil de ce genre, il en était vraiment navré. Soupirant avec résignation, Clint le remercia et s'apprêta à rentrer. Cela l'ennuyait vraimnt d'avoir perdu le téléphone, d'autant plus que le numéro de l'entreprise qui devait lui offrir un emploi était entré dedans, et que cela avait été la croix et la banière pour lui avant d'obtenir ce numéro. C'est à ce moment que la porte cochère s'ouvrit sur un jeune homme à la peau noire. Ses cheveux rasés très courts et son habillement sobre mais soigné suscitèrent tout de suite quelque chose de familier chez Clint. Le jeune homme du avoir la même impression que lui parce qu'il vint à sa rencontre. Ils se jaugèrent un instant.
« -Quel corps d'armée ? Finit par demander le jeune homme.
-Marins.
-Air Force.
-Drôle de métier, hein ?
-Tu l'as dit, mec. Sam Wilson, rénchérit-il en lui tendant sa main.
-Clint Barton, répondit l'ex-Marins en la serrant.
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
Pepper retroussa sa manche pour regarder son bracelet-montre pour la énième fois. Elle était au pied de la Tour Stark, il était 11h48. Non, il n'était pas en retard, c'était simplement elle qui était descendue trop en avance. Avec un peu de chance, il arriverait lui aussi en avance, comme souvent. Il était toujours en avance, ou bien pile à l'heure. Jamais en retard d'une minute. Elle n'attendrait pas longtemps. D'ailleurs, n'était-ce pas lui qui s'avançait ? Pepper reconnut la tignasse blanche ébouriffée, reconnaissable entre toutes, qui se faufilait à travers la foule. Bientôt, un jeune homme émergea sur les marches de la Tour, tel un cabri, et fit un grand sourire à Pepper en la rejoignant.
« -Hello, ma belle, dit-il en l'embrassant sur la joue, comment ça va ?
-Et toi ? Répondit-il en l'embrassant à son tour, tu as l'air moins grognon que tout à l'heure.
-J'ai couru pour venir, éluda le jeune homme, et je suis content de te voir. Alors, c'est par où ton resto ?
-Par là.
Ils marchèrent quelques minutes en échangeant des banalités, essayant de ne pas se perdre dans la foule des travailleurs en route pour le déjeuner. Ils se rejoignaient souvent pour déjeuner, et avec plaisir. Les deux jeunes gens s'étaient connus peu après l'arrivée des jumeaux dans l'immeuble. Un jour, Pietro avait croisé la jeune femme peinant à porter un énorme carton, dans le hall de leur immeuble. Il l'avait aidée à porter son fardeau, et pour le remercier, elle l'avait invité à boire quelque chose chez elle. L'alchimie s'était faite naturellement, même s'ils avaient quelques années de différence, et ils s'étaient retrouvés autour d'un expresso pour Pepper et d'un thé pour Pietro, à discuter et rire comme des bananes jusqu'au retour de Tony. Ils avaient réitéré le lendemain, quelques jours après, ils s'étaient retrouvés pour déjeuner. De fil en aiguille, ils étaient devenus amis, et même confidents. Pietro, s'il ne disait pas autant de chose à Pepper qu'à Wanda, se confiait tout de même beaucoup à elle. Pepper, quant à elle, disait tout à son ami, et comptait sur ses précieux conseils. Même s'il avait l'air d'un gamin qui ne tenait pas en place -il l'était, mais pas que-, il était, comme sa sœur, assez avisé lorsqu'il n'était pas concerné par le problème qu'on lui exposait.
Finalement, la rousse tira Pietro dans une rue moins fréquentée. Avec soulagement, les deux amis s'éloignèrent de la foule dense, et pénétrèrent dans le restaurant. Ils furent accueillis par une jeune femme charmante, vêtue d'un sari revisité pour paraître assez moderne. Elle les installa à côté de la fenêtre. Pietro jeta un coup d'oeil alentour. L'endroit était chaleureux, décoré avec goût dans un mélange de tradition indienne et de modernité, dans des tons chauds, orange et rosés. Ils étaient installés dans des chaises à mi-chemin avec des fauteuils. Le jeune homme en aurait ronronné de bonheur, et se blottit un peu plus dans la chaise-fauteuil. C'était qu'il faisait frais, dehors, malgré la veste sweat-shirt épaisse bleu nuit qu'il avait enfilé en partant.
« -Alors, dis-moi, dit-il en faisant rouler son accent, une fois leurs commandes servies, de quoi voulais-tu me parler ?
-…c'est à dire que…
-C'est grave ?
-…je ne sais pas…bon…je suis enceinte, Pietro…
-Oh. Wow. Oh. C'est. Gé. Nial., articula le jeune homme, depuis quand tu le sais ?
-Depuis...et bien, j'ai fais le test quand j'étais chez mes parents, ce week-end…
-Tu sais de combien tu es enceinte ? Demanda Pietro, excité comme le gosse qu'il était.
-Eh bien...peut-être deux semaines ou trois, peut-être plus…
-Tony est au courant ?
-…
-Oh…d'où le déjeuner…
-Je ne sais pas quoi faire, Pietro…
-Comment ça ? Tu ne vas pas le dire à ton mari ? C'est ce qu'on fait, en général, plaisanta le jeune homme pour détendre l'atmosphère.
-Je ne sais pas s'il voudra de cet enfant…en fait je crois que j'ai peur de ce qu'il me dira…je suis effrayée qu'il me dise qu'il veut le garder…mais je crois que j'ai encore plus peur qu'il n'en veuille pas…
-Mais toi, Pepper, toi, la mère, tu veux le garder, cet enfant, ou non ? Dit le jeune homme en la pointant de sa fourchette.
Pepper le fixa comme si elle le voyait pour la première fois, sans même le voir. Voulait-elle de l'enfant ? Le jeune homme à la tignasse blanche venait de mettre le doigt sur ce qu'elle n'avait pas osé exprimer durant toute la matinée. Son instinct de mère s'éveillait tout à coup, la submergeant et faisait vibrer quelque chose d'ancestral en elle. Elle en eut les larmes aux yeux.
« -Hey, ma belle, ça va, fit Pietro en attrapant doucement sa main.
-O..oui…, articula la jeune femme, oui...je crois même que je ne me suis jamais sentie aussi bien...au mon dieu je vais être maman…
-Donc c'est un oui, tu veux garder le petit, conclut le sportif d'un sourire attendri.
-Je ne peux pas envisager autre chose…
-Alors, il ne reste plus qu'à le dire à Tony…
Pepper grimaça.
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
Il régnait dans l'amphithéâtre un silence religieux. Seul le cliquetis des claviers d'ordinateur, le crissement des stylos sur le papier et la voix du professeur troublait cette paix silencieuse. Il fallait dire que c'était un cours complexe, donné par une des plus brillantes spécialistes de Lacan à l'université. Wanda était vraiment ravie, cela faisait des semaines qu'elle attendait ce cours. Elle prenait des notes à toute vitesse, comprenant tout à la seconde. Les livres de Lacan, elle les avait dévorés, passionnée. Elle entrevoyait déjà des solutions alternatives, la manière de les adapter à leur époque, car, pour elle, ces théories étaient déjà dépassées dans le monde qui allait si vite. Elle trouvait en psychanalyse des réponses à ses propres questions, ses propres peurs, et à celles de son frère, pour la plupart héritées de son passé.
Le cours prit fin. Leur professeur leur donna rendez-vous pour la suite du cours le lendemain après-midi. Avec enthousiasme, la jeune femme rangea ses affaires. Elle récupéra son téléphone dans son sac, constata qu'elle avait un sms de son frère. Elle faillit sauter de joie en lisant le message : « Pepper est ENCEINTE ! Mais motus ! A ce soir, soeurette 3 ». Un immense sourire vint se peindre sur son visage. Un autre message arriva, de son amie Jane, étudiante en physique : « On t'attend à l'entrée du bâtiment des Sc-H, on va manger avec les loustics. A tout de suite ».
Wanda sortit de l'amphithéâtre, suivant le rythme des étudiants. Elle serra ses livres contre elle et essaya d'accélérer un peu pour ne pas faire attendre ses amis. Au coin d'un couloir, à quelques mètres de la sortie elle heurta violemment quelqu'un et tomba à la renverse, ses livres s'éparpillant autour d'elle.
« -Oh, bon sang, ça va, tu n'as rien ? Fit une voix masculine.
La jeune femme grimaça en levant les yeux. Un homme était agenouillé devant elle, l'air désolé, et commençait à ramasser les livres qu'elle avait laissés tomber. Il était trop âgé pour être un élève, Wanda en conclut qu'il était un professeur.
« -Non…, désolée, je n'ai pas fait attention à où j'allais…
-Ne t'inquiète pas, c'est de ma faute. Tiens, tes livres...oh, tu étudies Lacan ?
-Oui. Vous êtes professeur ?
-Oui, je suis tout jeune dans le métier, rit timidement. Euh, Paul Bettany, ajouta-t-il, professeur de physique quantique, de philosophie et d'histoire. Je donne aussi des cours du soir en mathématiques.
-Wanda Maximoff. J'étudie la psychanalyse.
-Oui, ça me paraît évident, dit . Bon, eh bien, je vais te laisser. Ravi d'avoir fait ta connaissance. Bonne journée.
Sur ces mots maladroits, Paul Bettany s'en alla, fendant la foule des étudiants à contre-courant. Wanda le regarda partir, un peu étonnée. Elle finit par rejoindre un petit groupe à la sortie. Jane vint tout de suite à sa rencontre. À la tête qu'elle faisait, la jeune Sokovienne comprit que son amie n'avait rien manqué de la scène.
« -Eh bien tu fais fort, toi ! Quand même, il est assez grand, comment as-tu fais pour ne pas le voir ? J'ai voulu venir te ramasser, mais il semble qu'il s'en ai très bien tiré tout seul, lui glissa-t-elle mutinement.
-Jane, tu n'en rates pas une, toi, hein ? Répliqua Wanda.
-Qu'est-ce qui se passe ? Demanda un grand type brun de leurs amis en les rejoignant.
-Wanda est entrée en colision avec Vision !
-Vision ? S'étrangla Wanda. D'où sors-tu ce surnom stupide ?
-A ma décharge, je ne l'ai pas inventé, dit Jane en levant les mains innocemment. Tout le monde l'appelle comme ça en cours de physique. Parce qu'il sait TOUT, et voit TOUT ! Dit-elle en faisant des grimaces ridicules.
Wanda rit aux bêtises de son amie, avant de l'attraper par le bras et de l'entraîner vers leurs amis pour camoufler le gargouillement de son ventre. Elle ne put s'empêcher de se dire que, pour un prof, ce Vision était plutôt mignon.
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
Clint regarda sa montre. Il était presque l'heure d'aller chercher les enfants à l'école. Il espérait que tout s'était bien passé pour Lila, même s'il ne se faisait pas trop de soucis. Avec un soupir paresseux, il se redressa du canapé où il s'était allongé pour lire un livre. La sonnette de l'entrée interrompit un long bâillement. Soupirant à pierre fendre, l'ancien Marins se leva et alla ouvrir. Il haussa les sourcils. Face à lui se tenait un jeune homme aux cheveux blancs, veste de sweat-shirt et bas de survêtement. Les yeux bleu perçant le trouvèrent tout de suite.
« -Salut, Papi.
-Bonjour, gamin. Tu n'es pas en cours ?
-Occupe toi de tes affaires.
Clint haussa les sourcils plus haut. Il ne manquait pas d'air, celui-là. Il venait jusque chez lui -ce qui en soit ne constituait néanmoins pas un trajet si important-, pour lui dire de s'occuper de ses affaires ?
« -Qu'est-ce que tu me veux ? Demanda-il franchement.
Baissant les yeux, Pietro fourra sa main dans la poche de son jogging pour en sortir un téléphone noir, qu'il fit tourner entre ses dix doigts. Il semblait presque gêné.
« -C'est toi qui avait mon téléphone ? S'exclama Clint avec surprise.
-Je l'ai ramassé hier en rentrant. Tu l'as fait tombé dans le hall quand nous nous sommes...bousculés.
-Et c'est maintenant que tu me le rends ?
-J'ai oublié de te le rendre...et puis estime toi déjà heureux que je te le ramène, vieillard, lâcha Pietro, vexé. J'aurais pu le vider et le revendre pour me faire de l'argent de poche, ça vaut pas mal de sous ce modèle-là...
-C'est quoi ton problème, Maximoff ?
-Mon problème, Barton ? Répliqua Pietro du tac au tac, une lueur factice d'innocence dans le regard. J'ai un problème ?
-Pour l'instant, non. Mais tu risques d'en avoir un si tu continue à jouer les sales mioches comme ça, le menaça Clint en avançant d'un pas.
-Vraiment, l'ancêtre ? Demanda Pietro en s'avançant lui aussi, souriant narquoisement.
-Ca suffit, les conneries, maintenant. Rends-moi ce portable et va en cours, gamin.
-...pour quoi faire.. ?
-Ca me paraît évident. Pour décrocher ton diplôme et trouver enfin un coach. Ce n'est pas ce que tu veux ? Wanda et Steve disent que tu as du potentiel…
Il y eut un petit éclair dans les yeux de Pietro, qui perdit tout de suite son attitude de jeune coq et resta pensif. L'ancien militaire contempla un moment son visage calme, une expression qui avait soudain remplacé l'agaçante arrogance qui tordait son sourire en un rictus. Il était beau, lorsqu'il cessait de se déguiser en le jeune freluquet stupide qu'il n'était pas.
« -...de toute façon, quel coach pourrait bien vouloir de moi ? Murmura-t-il finalement. Tu le vois bien, non ? Je suis colérique et insupportable. Laisse tomber Clint, je me démerde très bien tout seul. Mêle-toi de ce qui te regarde.
Son visage un peu dissimulé par les folles mèches blanches de ses cheveux, Pietro finit enfin par lui tendre son téléphone, d'un geste énergique, presque brutal. Leurs doigts se frôlèrent une fraction de seconde avant que la main pâle et vive, assez semblable à celles de Wanda, se retire aussi rapidement qu'elle s'était avancée. Le regard clair croisa un instant celui de Clint, avant que Pietro ne se détourne pour sortir.
« -Au fait, je t'ai mis mon numéro et celui de ma sœur. Au cas où. Bye.
Le doux claquement de la porte accompagna son départ désinvolte. Clint, lui, était resté à sa place, son téléphone à la main, de plus en plus étonné par ce personnage qu'était Pietro Maximoff. Mais outre l'étonnement, il était intrigué par ce jeune homme, qui semblait prendre un malin plaisir à se trouver là où on ne l'attendait pas, tour à tour provoquant, tête à claques, pensif, mélancolique. Peut-être était-ce cela, la fameuse « âme slave » ? Pour ce qu'il en savait. L'ancien militaire nota aussi, avec chaleur, que pour la première fois, le Sokovien avait prononcé son prénom. Peut-être y avait-il moyen d'apprivoiser cette « âme slave », finalement ?
Par réflexe, Clint chercha les prénoms de Wanda et Pietro dans son répertoire, sans les trouver. Il envisagea un instant que Pietro lui ai menti, mais ne voyant pas de raison valable, regarda à l'initiale de leur nom de famille. Nada. Il commença alors à réexaminer sa liste de contacts pour en repérer qu'il ne connaissait pas. Il en identifia deux, ce qui le fit rire. « Scarlet Witch », et « Quicksilver ». Déciement, ce gosse était plein de surprises.
TTTTTTTTTTTTTTTTTT
Steve toqua à une porte du 1er étage, vêtu pour aller courir, d'un jogging trop grand et d'un T-shirt trop serré. Il attendit quelques secondes avant qu'un jeune homme à la peau noire vienne lui ouvrir.
« -Salut Sam ! Alors, prêt à mordre la poussière ?
-Steve. Je ne vois pas de quoi tu parles.
-Allez, amène-toi.
Quelques minutes plus tard, les deux amis couraient dans un parc non loin de leur quartier. Ce n'était pas très grand, mais ils s'en accommodaient.
« -J'ai croisé le fameux Barton dans le hall, aujourd'hui, dit tout à coup Sam en courant.
-Ah oui ? C'est un gars bien, n'est-ce pas ?
-C'est un ancien Marins, alors la question ne se pose même pas.
-Je l'ignorais.
-Ca se voit dans ses yeux. Enfin, c'est sûrement plus facile pour moi, de repérer mes frères d'arme.
-Sans doute, oui.
-Il a le regard d'un Marins. Il l'aura toujours. Un Marins le reste toujours. Comme je serais toujours un para...
-J'ai beaucoup de sympathie pour ce gars. On devrait lui proposer de venir courir avec nous !
-Ouais, bonne idée !
-J'en profiterai pour demander à Pietro de venir avec nous, aussi.
-Oh non, pas lui, se lamenta exagérément Sam avant de recevoir un coup de coude de Steve. Je plaisante, mon pote.
-Il n'est pas si terrible, quand on le connaît, le réprimanda le blond. Au contraire, c'est une perle, ce petit, mais il faut savoir le prendre…
-Tu ne l'avais pas croqué d'ailleurs ? Sourit mutinement Sam.
-...Sam, est-ce que c'est moi, ou est-ce que tu viens d'insinuer que j'aurais pu m'intéresser à Pietro dans ce sens-là ? Dit Rogers d'un ton glacial.
-Hm. Non, pas du tout, se rattrapa Sam. Désolé.
-J'adore ce garçon, mais je le vois bien plus comme un petit frère ou un fils. D'ailleurs, je ne vois que Bucky.
-Bien sûr, mais tu ne peux pas nier que Pietro, lui, t'a vu dans ce sens-là à un moment, non ?
-Non, tu as tord, soupira Steve, les jumeaux venaient d'arriver, il était paumé. Je pense surtout qu'il avait besoin d'un modèle paternel sur lequel s'appuyer, et qu'il l'a confondu avec autrechose. Aujourd'hui, il a besoin de quelqu'un sur qui s'appuyer...
-Ouais...En tout cas, il a du potentiel ce petit…
Les deux amis continuèrent leur course silencieusement, chacun plongé dans ses pensées. Tandis qu'ils courraient, la nuit tombait doucement sur Brooklyn.
