- Hermione, tu es avec nous là ?

La jeune femme hocha la tête, honteuse. Non elle n'était plus avec eux…

Elle s'était enfuie très tôt dans la matinée pour éviter d'avoir à le croiser lui, et sa mauvaise humeur matinale. Elle s'était achetée un croissant sur le pouce dans une boulangerie moldue et avait directement filé au ministère de la magie, département de contrôle et régulation des créatures magiques. Voilà comment elle s'était retrouvée là, dans une réunion traitant d'un sujet auquel elle n'arrivait à s'intéresser.

- Bien, alors est-ce qu'on peut compter sur toi pour le transfert du dossier ?

Machinalement, elle affirma d'un signe de tête et successivement, toutes les paires d'yeux présents dans la salle la toisèrent ce qui la força à se demander si, réellement, elle avait eu raison de répondre cela. Alors, prenant le risque de démontrer qu'une fois de plus, elle ne les avait pas écoutés, elle demanda d'une voix presque éteinte :

- Je le transfère à quel étage au juste ?

- Tu l'accompagnes au bureau des aurors, Hermione.

Voilà, il l'avait dit. Une fois de plus, ils se servaient de l'emploi qu'occupait son mari pour l'envoyer faire leur sale boulot. Par Merlin, les aurors n'en avaient que faire d'une histoire comme celle-là et puis… bien sûr ils ne savaient pas que depuis la veille, Ron n'était plus du tout disposé à l'aider.

Elle leva la tête et fronça ses sourcils pour leur répondre :

- Je ne pense pas que…

- … on a trop fait traîner cette histoire et on n'a visiblement pas d'autres choix.

Par Merlin, pourquoi avait-il fallut qu'elle perde le fil de la conversation à ce moment là ? Elle en payait déjà la sentence…

- Tu n'avais qu'à pas dormir, Hermione.

Et en plus de ça, il fallait qu'il l'enfonce. Elle le regarda se lever et entraîner ses autres collègues hilares vers la sortie. Puis, il se retourna vers elle et fit léviter le lourd dossier jusqu'à là table où elle était la seule encore assise.

- Souries Hermione ! La vie est belle… Oh et… si tu pouvais faire ça rapidement. Disons… tout de suite…

Sans cacher son énervement, elle se leva de sa chaise et se dirigea vers les grands ascenseurs dont usaient les sorciers pour passer d'un étage à un autre, d'un département à un autre. Elle connaissait le chemin qu'elle allait faire par cœur. Pour cause, elle l'avait fait bien des fois. Au début pour aller rendre visite à Harry alors que Ron travaillait encore dans le magasin de farces et attrapes de George. Puis, pour aller le voir lui. Juste quelques minutes… Juste pour gagner quelques minutes en sa compagnie. Il était déjà loin ce temps.

Elle n'entendit même pas la voix lui dire qu'elle était arrivée au bon quartier, et elle sortit machinalement de l'ascenseur, comme un automate.

Couloir durant cinquante mètres puis, première porte à droite. Bureau de Ronald Weasley. Seulement, elle s'arrêta bien avant. Surprise d'entendre l'écho d'une voix qu'elle connaissait si bien à un endroit où elle ne devait pas être, elle se surprit à glisser sa tête à l'entrebâillement d'une porte avant d'y pénétrer totalement.

Ron était là, partageant une partie de fléchettes magiques avec certains de ses collègues qu'elle reconnut tout de suite.

Il était étrange comme elle avait l'impression de se trouver face au Ron qu'elle avait connu jadis. Souriant, gai et un tantinet mauvais joueur. Elle avait toujours apprécié de l'observer évoluer parmi ses collègues, dans son milieu. Peut-être parce que à ce moment, il lui semblait être un autre homme. Et puis… et puis elle aimait surtout cette manière dont il lui souriait quand enfin, il s'apercevait de sa présence.

Seulement, elle ne devait pas oublier que là, ils étaient en froid et que… elle avait tout de même quelque chose à lui demander.

Cette fois, ce ne fut pas un sourire de bienveillance qui l'accueillit, mais un regard des plus noir. Ron lança sa fléchette avec force et prit la direction de son bureau, sans un mot. Il savait qu'elle le suivait.

Enfin, quand il fut arrivé, il attendit que sa femme rentre avant de fermer la porte derrière elle et d'aller s'asseoir dans son lourd fauteuil.

Hermione s'approcha en faisant au mieux pour ne pas laisser paraître sur son visage cette gêne qui commençait à vouloir la trahir. Alors, pour se donner un air décontracté, elle regarda autour d'elle un endroit qu'elle connaissait pourtant comme sa baguette. Ron avait sans aucun doute voulut faire de ce lieu son antre à lui. Des papiers gisaient à même le sol. Papiers que normalement, il essayait de dissimuler avant son entrée. Normalement… Les dossiers sur lesquels il travaillait, étaient restés ouverts sur son bureau. Et sa cape était roulée en boule à même le sol.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Par Merlin qu'elle n'aimait pas lorsqu'il la regardait ainsi. Elle avait l'impression de n'être qu'une personne comme les autres, venues l'interrompre dans son travail. Elle s'efforça de rester de marbre et lui tendit le dossier qu'elle tenait encore contre elle.

- J'ai besoin que tu te charges de ça.

Ron se contenta de la regarder sans faire le moindre geste. Elle tenta de garder son sang froid et réitéra :

- C'est professionnel, Ron…

- Bien alors, professionnellement, il est de mon devoir de te faire remarquer que notre section n'a pas à se charger d'une affaire de chien qui parle…

- Tu ne sais même pas si c'est ça !

- D'accord… c'est quoi ?

Comment avait-elle pu en arriver là ? Etre obligée de lui mentir tout ça pour un dossier dont finalement, elle n'en avait rien à faire.

- C'est bon, laisse tomber, murmura-t-elle.

Elle s'apprêta à quitter le bureau de son mari, lorsque la perspective de devoir aller raconter tout ça à son patron, la fit changer d'avis. Elle glissa sa dernière carte et demanda :

- Si tu pouvais te comporter comme un mari, sur ce coup, ça m'arrangerait !

- Ah oui ? Et bien dans ce cas, ton cher mari te fait remarquer que tu n'as pas à te servir de lui au boulot… Je rajouterai que je n'aime pas les chiens. Alors aucunes envies de gérer ton dossier. Et puis… tu te souviens notre conversation d'hier ?

Et voilà, ils y arrivaient… Si seulement elle avait su ce qui allait se passer aujourd'hui. Et puis finalement, non. Il l'avait bien cherché !

- Je décide maintenant… Hermione.

- Très bien… Décide si ça t'amuse ! Mais ne viens pas pleurer quand tu auras fait les mauvais choix !

Comme pour ficeler leur conversation, elle se dirigea vers la porte de sortie tout en murmurant entre ses dents. Voici où commençait leur guerre, et si elle en était la première victime, elle ne comptait pas le rester.

D'un pas vif, elle se dirigea vers son unique échappatoire pour ce qu'elle tenait encore entre ses mains : le bureau de l'auror Harry Potter.