Seasons in the Abyss
"Comme mon père disait, vous devez montrer de temps en temps le martinet au chien pour qu'il vous obéisse."
Peaky Blinders.
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Six ans plus tard...
Un sourire espiègle aux lèvres, Yoruichi Shinouin se projeta d'un coup de pied puissant par-dessus le muret supposé contrer toute visite inopportune avec une aisance d'enfant. Quelques minutes, elle demeura discrètement accroupie en hauteur, à épier le combat sauvage auquel les deux pré-adolescents Kuchiki se donnaient à coeur joie. La cour d'entraînement résonnait des coups bestiaux qu'ils s'échangeaient seconde après seconde, minute après minute, fracassant leurs sabres de bois l'un contre l'autre, reculant d'un bond, roulant dans la poussière, chargeant à nouveau. La queue-de-cheval ébène du garçon, un peu plus âgé que son adversaire, s'élevait vers les nuages au rythme de ses mouvements frénétiques tandis que la crinière de gorgone de la fille était constamment repoussée contre ses épaules par le vent doux. Puis vint le début de la fin, lorsque l'héritier se projeta violemment en avant et transperça les défenses de la bâtarde.
« Gagné. » articula arrogamment Byakuya, chatouillant du bout de son épée le creux de la gorge de Katsuyu. Roulant des yeux, celle-ci dressa les mains vers le ciel en signe de résignation, avant de distinguer, repoussant en arrière ses boucles trempées de sueur, la forme féline qui les dominait avec un sourire en coin.
« Yoruichi-sama ! » s'écria alors la jeune fille avec des étoiles d'adoration pleins les yeux tandis que le capitaine de la Deuxième Division se mouvait gracieusement à leurs côtés, le temps d'un quart de seconde. Byakuya tressaillit avant de froncer les sourcils, agacé de s'être fait une fois de plus – une fois de trop – surprendre.
« Yo, Katsu-chan. » Enveloppant les épaules minces de Byakuya d'un bras, elle échangea un check avec la gamine qu'elle aimait aussi appeler sa Gorgone. Elle adorait rendre visite aux deux enfants Kuchiki, juste pour tirer des mimiques exaspérées à l'aîné et le faire sortir de ses gonds en trente secondes chrono, et enseigner à la plus jeune quelques coups primaires de corps à corps qui lui permettraient d'enfin vaincre son frère en combat rapproché.
« Qu'est-ce que vous fabriquez ici ? » s'énerva en réponse Byakuya, se dégageant de son étreinte affectueuse. « Je paris que mon père ignore que vous êtes entrée ici ! »
« Avec une bonne technique shunpo, on s'introduit où et quand on le désire, chaton. » La femme capitaine n'avait pas perdu sa bonne humeur quotidienne et l'emportement du jeune garçon ne fit d'ailleurs que l'amuser. « Ce n'est pas pour rien qu'on me surnomme Déesse de la Vitesse. »
Katsuyu recula d'un pas, les laissant tous les deux se faire face. Clairement, la shinigami se divertissait en provoquant les sauts d'humeur colériques de son frère d'un claquement de doigts. Dans la lumière de l'après-midi, illuminée d'une aura d'assurance et de séduction imparable, elle dominait complètement le jeune garçon du haut de son corps souple et mince de liane, du vent plein sa courte chevelure. Belle, bien née et puissante, Yoruichi Shinouin avait tout pour elle. La bâtarde l'admirait comme elle n'avait jamais admiré quiconque.
« Et s'il s'avère que je suis plus rapide que toi ? » grinça des dents Byakuya.
La jeune femme sourit de plus belle.
« Dans ce cas… rattrape-moi et nous verrons. » Agile, elle subsista le bâton en bois des mains de l'héritier et l'asséna contre ses jambes, le repoussant à genoux dans la poussière. Byakuya n'eut pas le temps de se relever sur ses pieds, furieux, qu'elle avait déjà disparue dans un shunpo gracieux avec un rire franchement moqueur.
« Imoto-san, couvre mon absence à Mère ! » lança-t-il à sa sœur avant de s'élancer à la poursuite de son adversaire contre laquelle il reviendrait sans le moindre doute vaincu.
« Mais je suis chargée de ta protection ! Reviens Nee-san ! » Ses yeux couvrant le nuage de sable soulevé par le démarrage du garçon, Katsuyu hésita quant à le suivre puis haussa les épaules. Après tout, il ne risquait pas grand chose en la présence de Yoruichi-sama…
Dire que, demain matin, ils faisaient leur entrée à l'Académie Shin'o. Si, en temps normal, tous les potentiels étudiants avaient pour obligation de faire leurs preuves durant deux examens éliminatoires, l'un écrit et l'autre oral face à un jury constitué d'au moins un officier Shinigami, Byakuya et Katsuyu s'étaient vus automatiquement ouvrir les portes de l'école à la seule mention de leur nom. Appartenir à la famille Kuchiki avait ses nombreux avantages, elle ne prétendrait jamais le contraire.
Dans l'optique d'attendre patiemment le retour du capitaine et de l'héritier Kuchiki, elle tomba en tailleur dans le sable, passant ses doigts dans les lourdes boucles indisciplinées composant sa chevelure. Elle aurait largement préféré hériter de la raideur princière des longs cheveux de Sojûn, ou bien de la blondeur dorée qui rendait sa mère si solaire de son vivant. Alors, son esprit vogua vers les souvenirs de sa petite enfance dans les faubourgs miséreux d'Izunuri. Tout lui manquait, bien que ç'aient été des années difficiles aux côtés d'une femme souvent épuisée dans un froid constant et à la merci des brutes du quartier. Tout n'était certes pas rose à l'époque, mais qu'elle avait été heureuse, bêtement heureuse, dans les bras de Nebihime, lorsque celle-ci la chatouillait ou lui fredonnait des chansons du monde des humains quand Katsuyu se mettait à pleurer, affamée, gelée ou bien fiévreuse.
Je te rendrais fière, Maman.
Ici, tout était différent. En six années, elle avait fait de son mieux pour adapter sa pauvre éducation aux exigences de la noblesse impitoyable du Seireitei. De sa propre initiative, Byakuya s'était donné la mission de lui apprendre à lire puis écrire et ils avaient ainsi passé des jours et des jours enfermés dans la vieille bibliothèque du manoir, rien que tous les deux, jusqu'à ce que Katsuyu s'en débrouille suffisamment bien. Après cela, elle s'était découvert un esprit littéraire et avait, depuis, dévoré la moitié des exemplaires anciens lui étant accessibles. Son désir de réduire à néant tous les préjugés ayant accompagné son arrivée dans cette famille l'avait, ironiquement, rendue plus cultivée que la plupart des enfants du Seireitei. Ainsi sa culture de plus en plus vaste complétait la force guerrière des plus impressionnantes de son frère.
Si Sakura-sama lui avait confié la mission de protéger coûte que coûte la vie de son précieux fils, Katsuyu avait le sentiment que sa « protection » ne ferait pas de grande différence, au vu des capacités de Byakuya qui surpassaient désormais largement les siennes. Non, elle ne le dépasserait sûrement jamais sur le plan de la puissance physique. Mais l'abreuver de conseils, apaiser ses fureurs et le remettre dans le droit chemin avaient toujours été dans ses cordes. Quelle importance que mon rôle ? Il est le Soleil, je vis continuellement dans son ombre. Ou plutôt, je suis l'Ombre.
« Que fais-tu ici toute seule ? » Elle tressaillit, malgré tout soulagée que ce ne soit pas Sakura qui l'ait surprise à rêvasser loin de Byakuya. La grande dame l'avait toujours impressionnée et ses exigences concernant le rôle de garde du corps de la petite fille ne lui rendaient point grâce.
Précipitamment, elle se redressa pour faire face au chef de la famille Kuchiki et s'inclina, toute en maladresse. D'un mouvement nonchalant de la main, Ginrei lui fit signe de retrouver une position normale.
La pré-adolescente hésita un instant. Couvre mon absence à Mère ! Eh bien, leur grand-père n'était pas Sakura, donc on ne pourrait pas prétendre qu'elle le trahissait en avouant la vérité. Katsuyu abhorrait mentir, car c'était là une chose où elle était pire que mal-douée.
« Je guette le retour de Nii-san. »
Une lueur amusée traversa les yeux gris de Ginrei, qui s'approcha pour poser une main presque affectueuse sur l'épaule de sa petite-fille. Dès le premier jour où elle avait intégré leurs rangs, il l'avait considérée comme telle malgré sa bâtardise.
« Il se trouve avec Yoruichi Shinouin, n'est-ce pas ? Je lui avais pourtant dit d'ignorer les absurdités qui sortent à longueur de temps de la bouche de cette femme, mais ton frère est décidément une personne hypersensible. »
« Je pense… Je pense que Nii-san parviendra un jour à maîtriser ses colères. »
« Espérons-le, mon enfant. Ainsi, demain est un grand jour pour vous deux ? »
Avec un sourire timide, Katsuyu hocha vigoureusement de la tête. La large paume du vieil homme vint alors tapoter le haut de son crâne. « Bien, très bien. Je te souhaite du courage, dans ce cas-ci. L'Académie n'est pas la période la plus facile pour un shinigami en herbe. » Il la dépassa après ces derniers mots, et elle le regarda du coin de l'oeil s'éloigner, enveloppé dans son haori blanc frappé du symbole de la Sixième Division.
Un jour, Byakuya revêtirait ce même manteau. Un jour, elle serait libérée de ses obligations.
Un rêve. Je rêve tout le temps…
Puis apparurent, une poignée de minutes plus tard, des visiteurs bien moins sympathiques. Sakura, ses longs cheveux défaits et agités par le vent, approcha la bâtarde d'une démarche qui trahissait sa fureur, quand bien même ses beaux traits, eux, restaient imperméables, Ginjirô Shirogane sur ses talons. Katsuyu devina sans peine qu'elle allait vivre un sale quart d'heure.
La dame se positionna de façon à dominer du haut de sa taille svelte la jeune fille. « Je n'ai qu'une question à te poser et tu n'as qu'une réponse à me rendre, alors je te conseille d'être concise : où est mon fils ? »
« Je… je ne sais pas. » se résolut-t-elle à répondre, désarmée face à l'hystérie purement maternelle qui ravageait l'épouse de Sojûn.
Une émotion étrange, voire inquiétante, remplaça la rage qui assombrissait le regard de Sakura. Elle se recula d'un pas.
« Shirogane, cognez-la. Fort. »
Le shinigami aux cheveux d'or sursauta, comme pris au piège.
« Ce n'est qu'une enfant, ma dame… » tenta-t-il de protester, déjà vaincu par l'autorité Kuchiki.
« Exécutez-vous ou vous goûterez d'ici ce soir aux barreaux de la Grande Prison Souterraine Centrale. »
Katsuyu se mit à trembler en le voyant se retourner lentement vers elle. Elle savait. « Je suis navré, petite. »
La voix de la jeune fille ne fut qu'un murmure. « Je sais. »
Elle rétracta ses yeux noirs lorsque les doigts raidis de Ginjirô se contractèrent en un poing, que ce poing se dressa au-dessus de son épaule et s'élança dans sa direction, mais n'eut pas le temps de les refermer lorsque le coup se fracassa contre sa mâchoire. Son corps fut propulsé en arrière, et la douleur ne la tétanisa que lorsqu'elle se fut roulée en boule dans la poussière, sa paume appuyée contre ce qui deviendrait certainement un hématome. Par la barbe de Yamamato, que je la hais…
Tout sifflait, et l'ordre de Sakura fut difficilement audible pour ses oreilles sonnées :
« Relevez-là, s'il vous plaît. »
Et elle fut relevée sur ses pattes. Vacillante. Le son d'un katana que l'on dégaine l'avertit que leurs explications n'étaient pas finies, et la froideur du zanpakutô de Ginjirô contre sa peau l'en convainquit définitivement.
Katsuyu souleva péniblement les paupières, et son regard apeuré croisa celui, déterminé et froid, de Sakura.
« Ne penses que, parce que je ne manie pas de sabre, je suis faible. Ne fais pas cette erreur, mon enfant. Comme tu viens de le voir, les shinigami de Ginrei m'obéissent au doigt et à l'oeil. Ne penses pas non plus que tu as quelque forme d'intérêt à mes yeux car je t'égorgerais ici et maintenant sans le moindre regret s'il s'avérait que tu m'étais inutile. Le sang qui coule dans tes veines est certes celui de mon époux, mais Sôjun n'existe plus non plus à mes yeux depuis qu'il s'est révélé qu'il allait aimer d'autres femmes sous ses nobles airs. Mon seul talon d'Achille est mon fils, ma raison de vivre. Je t'ai accepté sous mon toit à la condition que tu veilles sur lui, et que fais-tu ? Tu rêvasses dans la cour, tu te montres inutile. Veux-tu retourner dans la minute à Izunuri, veux-tu vivre le même sort que ta mère et vendre ton corps au premier passant ? Car j'en suis capable. Et ni Sojûn, ni Ginrei, ni Byakuya, contrairement à ce que tu en penses, ne pourront m'en empêcher. C'est du moins le sort qui t'atteint si tu ne remplis pas ta part dans notre marché, comprends-tu ? Ce n'est pas par plaisir que je te menace ici, ce n'est pas par plaisir que j'ordonne à Ginjirô de faire ce qu'il répugne le plus au monde, mais au nom de Byakuya, je serais capable de n'importe quoi. Rentre ça dans ton crâne : sois son ombre et rien de plus. Tu n'as pas la vocation à être capitaine, de toute façon tu ne seras jamais rien de plus qu'une petite bâtarde sans importance alors gage-toi à donner un sens à ta misérable existence. L'Académie regorge d'ennemis des Kuchiki qui n'attendront qu'une faiblesse de ta part pour s'en prendre à Byakuya, et je viens d'apprendre que de nombreuses familles concoctaient déjà son assassinat. Alors comprends ma fureur et fais avec, Katsuyu Kuchiki. Prépare-toi à souffrir. Prépare-toi à te battre, et peut-être donner ta vie. Ici et maintenant, c'est ton heure. Mais sauve-le. Car, si tu ne le fais pas, je te retrouverais où que tu iras et je t'égorgerais de mes propres mains. »
La voix de Sakura se brisa sur la fin, et Katsuyu trouva dans ses yeux des larmes mal refoulées. Puis la lame s'abaissa, et la jeune fille put s'enfuir vers sa chambre, terrorisée et la gorge serrée de sanglots.
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Katsuyu pleura longuement. Plusieurs heures durant, la tête lourde, complètement enfouie sous ses couvertures dans la pénombre de sa chambre. Ainsi, elle n'alla pas dîner, elle qui s'était pourtant promis depuis la fin de son enfance miséreuse de ne jamais manquer un seul de ces repas que mettaient tant de mal à cuisiner le personnel du manoir. Les mots cinglants de Sakura à son égard étaient marqués au fer rouge dans sa cervelle, cruels et inoubliables.
Alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur le Seireitei, on vint timidement toquer à sa porte.
« Tu es là, Imoto-san ? » C'était Byakuya, bêtement planté sur le pas de la chambre.
Sa présence ne la poussa qu'à sangloter plus fort. En le laissant partir, elle avait failli à la mission qu'on lui avait donné, elle avait trahi la confiance de Sakura-sama… Elle s'était montrée inutile, et c'était un mot bien trop douloureux pour qu'elle puisse vivre avec, pour qu'elle puisse le digérer aisément.
La porte se referma, et le garçon effectua quelques pas à travers la pièce. Katsuyu sentit un vague courant d'air lorsqu'il souleva les couvertures et se glissa dans la chaleur de ce grand lit, ce trop grand lit de princesse dans lequel elle noyait ses souffrances, ses craintes et ses faiblesses. Pour une fois, il se montra calme et maître de lui-même face à la déchirure qui ouvrait le coeur de sa sœur – protecteur.
« Pourquoi tu pleures ? »
Embarrassée, elle essuya furieusement ses larmes avec la manche de son haut de pyjama.
« Je pleure pas ! »
Dans le noir, elle devina facilement le roulement d'yeux exaspéré de Byakuya.
« N'essaye pas de mentir parce que tu es une menteuse vraiment trop nulle… »
Remarque qui aurait pu tout autant la faire automatiquement repartir dans une crise de sanglots nerveux mais qui, au contraire, eut le mérite de lui arracher un éclat de rire mal étouffé par ses paumes. Ils restèrent ainsi toute la nuit dans le même lit, et finirent par tomber de sommeil vers une heure du matin.
Profondément endormis épaule contre épaule, encore un peu enfants, ils ignoraient tout de la vie qui les attendait.
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« Surtout, faîtes attention à vous. » Prestement, Ginjirô les embrassa tous deux à même le front, et les laissa aussi sec au pied de l'Académie en évitant de croiser le regard attristé de Katsuyu. La jeune fille renifla, et se retourna pour faire face aux locaux titanesques. Ses boucles relevées en une queue-de-cheval semblable à celle de son frère, flamboyante dans son uniforme aux nuances coquelicot, elle avisait d'un œil méfiant les groupes d'étudiants, une véritable fourmilière de corps qui s'insérait à l'intérieur du bâtiment principal.
S'ils ne découvraient pas l'école, l'ayant déjà visitée à l'occasion de la cérémonie de bienvenue, une semaine plus tôt, où ils avaient reçu chacun à leur tour uniforme, sabre en bois et autres fournitures, elle ne pouvait s'empêcher d'arpenter les lieux d'un oeil nouveau avec les paroles de la veille ayant émergé hors de la bouche de Sakura qui hantaient désormais sa cervelle.
L'Académie regorge d'ennemis des Kuchiki qui n'atteindront qu'une faiblesse pour s'en prendre à Byakuya, et je viens d'apprendre que de nombreuses familles concoctaient son assassinat.
« Je crois que nous avons cours d'ici dix minutes avec… » Le nez perdu dans le dossier de présentation qu'on leur avait confié avec la réponse positive à leur requête d'inscription, Byakuya concertait leur emploi du temps. Quatre secondes et demi plus tard, il dressa le menton avec de l'excitation plein les yeux. « J'y crois pas, avec Sôsuke Aizen ! »
Katsuyu rétracta les siens, indécise quant à comment réagir face à une telle nouvelle. « … Qui ? » Et se reçut de plein fouet le formulaire dans la gueule.
« J'y crois pas… » grommela le jeune garçon, secouant la tête comme pour mieux digérer l'ignorance abyssale de sa sœur. « Aizen est l'un des shinigami les plus populaires du Gotei 13, alors qu'il n'est que lieutenant de la Cinquième Division, plus aimé encore que son propre capitaine, et c'est dire. L'homme le plus charismatique et le plus convoité qu'on ait vu depuis cent ans, même l'Association des Femmes Shinigami l'approu… » Il eut la bonne idée de se taire, avisant le sourire étrange qui tira lentement les lèvres de Katsuyu, et se renfrogna.
« Byakuyaaa ? »
« … »
« A tout hasard, ce ne serait pas toi qui aurais chipé la collection de journaux féminins de notre tante Ayae ? »
« Non. Absolument pas. La ferme. » marmonna le jeune étudiant, soudainement très embarrassé.
Après cela, les deux rejetons rejoignirent la salle de classe à l'entente de la première sonnerie. L'amphithéâtre était littéralement bondé, mais ni Katsuyu ni Byakuya n'eurent le moindre mal à se tailler un chemin parmi les élèves qui chahutaient en l'absence du professeur. Des regards sans bienveillance les suivaient de près et elle les sentait sans peine, prenant place dans un coin inoccupé, pour sortir ses affaires et se placer en tailleur sur la chaise en bois.
Le cour ne tarderait à débuter.
Puis, tels des vautours vinrent rôder autour de sa personne les premiers problèmes de sa vie d'étudiante. Crochetèrent leurs serres à sa peau.
« Tu es Katsuyu, n'est-ce pas ? La fameuse bâtarde. » Une poignée de filles clairement mal attentionnées les entoura lentement, et, face à leur maigreur maladive, leurs regards particulièrement durs et la façon dont elles se tenaient, regroupées et sur la défensive face à ce nouveau monde, elle les reconnut naturellement comme originaires du Rukongai. Leur meneuse, celle qui venait de lui adresser la parole, avait à peu à peu près son âge, la peau chocolat et satinée, de longues tresses rêches lui dévalant l'échine jusqu'au creux du dos et un anneau à la narine. Les autres, Katsuyu en détourna rapidement son attention.
« C'est bien moi. »
« Je suis Soko Iganame. » Et face au regard que lui adressa cette fille-là, Katsuyu comprit que leurs ennemis ne se trouveraient pas uniquement parmi les enfants des familles rivales du Seireitei. A ce feu là, je ne survivrais pas bien longtemps. Tout le monde souhaitait apparemment sa mort ces derniers temps, Sakura, cette Soko et ses acolytes…
Puis Soko inclina légèrement l'échine, moqueuse, et jeta un crachat aux pieds de la bâtarde. Aussitôt Katsuyu vit rouge, son corps se crispa, s'élança, alors que, prête à faire payer cet affront par la chair de ses poings, elle s'apprêtait à bondir de sa chaise, lui sauter la gorge. Les filles ricanèrent encore, Byakuya siffla une injure qui n'atteignit même pas ses oreilles sifflantes puis…
Sôsuke Aizen fit son entrée et claqua dans ses paumes. « Dispersez-vous mesdemoiselles, le cours commence maintenant. » Il s'agissait effectivement d'un homme séduisant, la chevelure brune bien soignée et les lunettes carrées lui conférant une allure plutôt sexy. Elle lui trouva une expression amicale. Se torchant la bouche du dos de sa main, Soko ricana une dernière fois avant de s'éloigner, suivie de ses amies.
La tension dans le corps de Katsuyu disparut au bout de quelques minutes, à force de se concentrer sur le cours et gratter des phrases, guidée par la voix chaude d'Aizen.
« Ça va ? » chuchota Byakuya.
Elle ne répondit rien, perdue dans ses pensées. Au bout de deux heures, lorsque le cours toucha finalement à son terme et que l'amphithéâtre fut peu à peu déserté, elle poussa Byakuya à aller déjeuner sans elle, effrayée à l'idée de se retrouver de nouveau face à ses nouvelles ennemies.
Elles vont me payer ça...
Quelques minutes, Katsuyu resta seule, prostrée sur son bureau. Puis se leva, ramassa lentement ses affaires dans l'optique de passer sa pause déjeuner au sommet d'un arbre, là où nul n'irait la déranger.
« Si c'est pas triste, une fille aussi mal aimée… » Cette voix moqueuse la fit tressaillir, et, faisant volte-face, elle découvrit le garçon le plus bizarre qu'elle ait jamais vu. Aussi grand que mince, une espèce d'asperge sur pattes, drapé dans l'uniforme trop ample pour sa maigreur, les cheveux gris, des fentes à la place des yeux et un sourire flippant à la bouche.
« Qu'est-ce que tu me veux ? » feula-t-elle en retour, complètement désarçonnée.
« Aïe, aïe, dire que tu aurais pu lui faire ravaler ses dents… je suis déçu. »
Puis, sous ses yeux ahuris, il hissa sa propre sacoche en travers de son épaule et quitta la classe sans un regard en arrière.
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Après la lecture de ce chapitre, on peut se rendre compte que l'ambiance de l'Académie est plutôt différente ici de celle, montrée, dans le manga. C'est un parti pris totalement assumé. Pour les besoins de cette fanfiction, les rivalités entre les familles nobles du Seireitei sont à leur paroxysme durant la période où se déroule ce chapitre, et à celles-là s'accumule la profonde rancune que le Rukongai rumine contre les riches. Ainsi, tout se règle à l'Académie.
Soko Iganame est un personnage que j'aime énormément, pouvant certes paraître cliché ici mais que je compte approfondir dans sa rivalité/haine avec Katsuyu.
