Voilà enfin le chapitre 3 ! Encore une fois je suis vraiment désolée de l'attente mais bon, de toute manière ça ne sert à rien que je sois désolée donc je ferai tout mon possible pour être plus rapide pour le 4ème chapitre (quoi que ça serait difficile d'être plus lente) mais bon, maintenant je me tais parce que j'ai l'impression de m'enfoncer alors au lieu de lire ce blabla inutile (Alors pourquoi tu l'as écrit ?), allez découvrir ce 3ème chapitre qui j'espère, vous plaira (Je vous ferai grâce des éternels plaintes de l'auteur insatisfait de son ouvrage même si, d'ailleurs, cette dernière remarque y ressemble fort...). Il est aussi long que le second chapitre.

Note 1 : Un énorme merci à Geomik, mina2, Zazou, Pumbaa et Fiki pour vos reviews, ça me fait vraiment plaisir (et ça me donne encore plus honte de vous avoir fait attendre aussi... Hum, je le mérite bien).

Note 2 : Je tiens aussi à m'excuser pour les nombreuses erreurs d'étourderies du dernier chapitre (oui oui, il fallait que je le dise!), comme "et" au lieu de "est" pour citer le pire xD Ah et puis il y a aussi un petit problème de mise en page, notamment pour la ponctuation des dialogues mais c'est aussi à cause du site...

C'est tout ? Oui, je crois. Bonne lecture!


CHAPITRE 3

« Debout, Ron !

- Mmh…

- J'ai dit : debout !

- Comensayapudgato ?

- Ronald Weasley, ne m'oblige pas à employer la manière forte…

- Mémoigenvoulépouamenavépalécé ?

- RONALD ! »

Si le cri strident évadé des cordes vocales de sa petite sœur n'était pas parvenu à tirer le rouquin des bras de Morphée, en revanche les épais rayons de soleil qui virent transpercer ses paupières lorsque la diablesse ouvrit les volets de la chambre se chargèrent admirablement de cette affaire. Une dense chevelure flamboyante émergea de l'amoncellement de linge qui recouvrait le lit et son propriétaire dut cligner plusieurs fois des yeux pour voir apparaître distinctement la fine silhouette de Ginny Weasley qui l'observait d'un œil sévère dans une position qui lui rappelait désagréablement sa mère : les mains sur les hanches, le pied droit tapotant impatiemment le plancher, sa lèvre inférieure prisonnière de ses petites dents nerveuses. Ron laissa échapper un grognement et s'étira paresseusement, cognant au passage le mur de son bras trop long avant de demander d'une voix endormie :

« Pourquoi tu m'as réveillé ?

- Il est dix heures, Ron.

- Et alors ?

- Alors tu es le seul à dormir et le petit déjeuner est servi depuis longtemps. De plus, c'est l'anniversaire de Harry et il est hors de question que tu roupilles pendant que nous on s'occupe de tout préparer!

- Ils vont venir vers quelle heure ?

- Je ne sais pas, vers midi probablement. Bon, active toi, la marmotte ! » S'exclama la jeune fille avant de se diriger vers la sortie en faisant tournoyer sa longue chevelure rousse.

Ron se laissa nonchalamment retomber contre le matelas pour profiter des dernières secondes de répit qu'il lui restait avant de constater que Ginny était revenue avec une panière à linge et se tenait sur le pas de la porte, hésitante. Il fronça les sourcils. La jeune fille ne tenait visiblement pas à redescendre mais avant que le rouquin n'ait pu se concentrer sur le pourquoi du comment des faits, elle se dirigea vers lui d'un pas décidé. L'information arriva à son cerveau en un millième de seconde puis redescendit le long de ses fibres nerveuses pour ordonner à ses bras de prendre une position défensive, ce qu'il fit sans tarder. Que voulait-elle ?! S'il avait bien appris une chose en seize ans de vie commune avec cette tigresse c'est qu'il fallait éviter de la titiller trop longtemps au risque de se faire mordre mais parfois, il pouvait même lui arriver de griffer sans raison apparente… Heureusement pour sa vie, la lionne semblait plus intéressée par son oreiller que par lui-même. Ou plutôt, par la chose qui était posée sur son oreiller.

Nom d'un gobelin !

Trop tard. Loin d'avoir la fugacité de sa sœur en temps normal, et encore moins au réveil, il n'eut pas le temps de s'emparer de la lettre complètement froissée d'Hermione et Ginny alla s'installer sur une chaise, à l'abris des membres encore engourdis de son frangin, avant de la déplier sans la moindre gêne. Elle allait lire la lettre. C'était parfaitement clair dans l'esprit de l'adolescent mais cette fois, ses muscles refusaient catégoriquement de céder à ses lamentations implorantes.

« Rends-moi ça, toi ! Ordonna-t-il en sentant la pointe de ses oreilles prendre une couleur cramoisie.

- Tu as dormi avec ? Demanda la jeune fille sans prendre la peine de lever les yeux vers lui.

- Non ! Protesta-t-il avec une vigueur traîtresse.

- Mon frère est vraiment un crétin fini… » Murmura-t-elle après avoir parcouru les quelques mots, un sourire sans joie sur les lèvres.

Pour toute réponse, Ron lui lança un regard meurtrier qui, l'espérait-il, ferait passer la rougeur de ses joues pour de la colère. Mais Ginny ne le connaissait que trop bien. Se sentant totalement impuissant face à sa perfide petite sœur qui semblait être en train de méditer sur la conclusion qu'elle pourrait donner au fait que son frère dorme avec la lettre de sa meilleure amie en guise de compagnie, Ron attrapa un t-shirt aux couleur des Canons de Chudley et l'enfila, non sans quelques difficultés. Il le regretta aussitôt. Non pas parce que la couleur orangée du vêtement renforçait à merveille son teint écarlate, de cela il n'en avait le moindre doute, mais parce qu'il avait chaud. Très chaud. Et il était certain que le t-shirt n'y était pour rien. Lorsqu'il abandonna la vaine tâche de ralentir les battements de son cœur pour lever les yeux vers sa sœur, il vit que celle-ci s'était levée et manqua de s'étrangler lorsqu'il réalisa qu'elle s'était mise à ramasser les innombrables tissus informes qui traînaient dans la pièce.

« Qu'est-ce que tu fais ?

- Ca ne se voit pas ? Je range !

- Euh… Pourquoi ?

- Parce que cela serait assez dégradant pour nous tous si quelqu'un venait à apprendre que tu vis dans une porcherie !

- Laisse, je le ferai. » Tenta-t-il en ignorant superbement la remarque de sa sœur.

Silence.

« Ginny, va déjeuner ! Je suis grand, tu sais ? Je peux ranger ma chambre tout seul !

- Je préfère t'aider.

- Pourquoi tu ne descends pas ?

- Ron, tu m'agaces ! »

Une terrible vérité vint frapper le rouquin de plein fouet lorsque cette dernière remarque parvint à ses oreilles : sa petite sœur s'était levée du mauvais pied. Horreur. Il savait très bien ce que cela signifiait. Elle allait être d'humeur épouvantable toute la journée et s'arrangerait pour que son souffre-douleur favoris passe une aussi mauvaise journée que la sienne. Manque de pot, le souffre-douleur en question, c'était lui. Problème. Il avait déjà envie de retourner se coucher ce qu'il ne pouvait malheureusement pas se permettre puisque aujourd'hui, ils fêtaient l'anniversaire de son meilleur ami. Harry. Mais bien sûr... Le monde où Harry Potter et Ginny Weasley n'étaient rien d'autre que de bons amis redevint un lointain souvenir. C'était son crétin de meilleur ami qui mettait sa frêle petite sœur dans tous ses états ce qui expliquait également pourquoi elle semblait si réticente à l'idée de descendre au rez-de-chaussée. Fier de cette nouvelle preuve de lucidité à une heure pourtant matinale, Ron s'adressa à sa sœur afin d'en avoir la confirmation.

« Où sont les autres ? Demanda-t-il.

- Papa est au travail, Maman s'occupe du potager, Bill dégnome le jardin et Fleurk squatte la salle de bain depuis huit heures trente, pour changer.

- Et Harry ?

- Dans la cuisine.

- Ah. »

Sa seconde de gloire intellectuelle était révolue et la fierté du jeune homme s'évapora comme si elle n'avait jamais existé pour laisser place à un profond malaise. Sa sœur n'était pas juste passablement énervée, elle était surtout très triste. Il devait donc se résoudre à adopter une attitude correcte envers elle et, accessoirement, à la réconforter. C'est le rôle d'un grand frère, disait-on. Malheureusement, pas plus que la veille il ne saurait trouver les mots convenables dans ce genre de situation et ç'aurait été déplacé de laisser un blanc s'installer à ce moment-là. Trop tard. C'était fait.

Pff, bravo Ron ! Personne ne sait casser l'ambiance aussi bien que toi !

En désespoir de cause, l'adolescent feignit de chercher quelque chose parmi les nombreux vêtements amoncelés sur son lit de la façon la plus bruyante possible quand il fut interrompu par un bruit douteux qu'il identifia lorsqu'il tourna la tête vers sa sœur : elle avait le nez plongé dans un mouchoir et s'appliquait à la noble tâche de vider ses canaux nasaux. Il mit un certain temps à réaliser que, derrière le rideau de cheveux fauves qui masquaient son visage, coulaient des larmes silencieuses.

« Tu pleures ?!? » S'exclama-t-il avant de réaliser que ce genre de chose ne se disait pas et encore moins d'un ton aussi abrupt.

« Bien sûr que non ! Ironisa Ginny en essuyant ses yeux humides. Tu devrais te laver plus souvent Ron, ça pue le bouc dans cette pièce… » Ajouta-t-elle pour changer de sujet.

Oh non… Pas ça… Je dis quoi là ? On dit quoi quand une fille pleure ? On dit quoi quand sa sœur pleure ?Réfléchis Weasley, réfléchis… Mets-toi à sa place… Comment je pourrais me mettre à sa place ? C'est une fille ! Elles attendent qu'on leur dise quoi les filles quand elles se mettent à pleurer ? Qu'on les réconforte ? Comment je dois la réconforter ? Aaah, elle pleure sûrement à cause de Harry, elle est malheureuse parce qu'il l'a quittée et par conséquent elle doit penser qu'il ne l'aime plus… Je-suis-un-génie !

« Maiis, tu saiiis… Commença-t-il en trouvant soudainement la chose plus difficile à formuler qu'à penser. Harry est encore très amoureux de toi j'en suis sûr et même plus que sûr d'ailleurs puisqu'il me l'a dit oui oui il m'a même dit qu'il était malheureux et que tu lui manquais beaucoup alors tu vois faut pas que tu sois malheureuse parce que…

Respire, Ron, respire !

- Ronald, je ne comprends strictement rien à ce que tu me racontes ! »

Ron sentit ses joues s'embraser de gêne mais, à sa grande surprise, sa petite sœur éclata de rire ce qui le fit sourire à son tour, plus par soulagement que pour autre chose. Il ne trouvait pas la situation particulièrement cocasse. Mais il l'avait fait rire. Si son petit discours était parfaitement incompréhensible, au moins il avait eu le mérite de lui avoir remonté le moral. C'était l'essentiel. Ginny se leva et alla s'installer en tailleur sur le lit pour faire face à son frère. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire malicieux. Ron s'était toujours demandé comment faisaient les filles pour passer d'un extrême à l'autre en quelques secondes mais s'était résigné à l'idée de trouver un jour la réponse.

« Personne n'en parle, et c'est d'ailleurs très bien comme ça, mais je me doute bien que vous vous inquiétez à mon propos et que vous savez ce qui s'est passé avec Harry… » Commença-t-elle d'un ton tellement neutre que Ron finit par se demander si elle n'avait pas joué la comédie et versé des larmes de crocodiles. Finalement, il hocha la tête, ne voyant pas très bien où elle voulait en venir.

« En revanche, aucun de nous ne sait officiellement pourquoi TOI tu vas mal !

- Quoi ?!? » S'exclama le rouquin dont les yeux prirent aussitôt un diamètre équivalent à ceux d'un elfe de maison.

De quoi parlait-elle ? Où voulait-elle en venir ?

« Allons, Ron, ne me prends pas pour une idiote ! Depuis que l'on est rentrés de l'école, tu ne te ressers que deux fois à chaque repas, tu passes tes journées dans ta chambre ou je ne sais où, tu parles plus, tu n'as presque plus de vie sociale et je doute fortement que la mort de Dumbledore en soit la véritable cause !

- Bah… Je… N'importe quoi !

- Ronald Weasley, je ne sais pas qui tu espères tromper en bafouillant mais n'oublies pas à qui tu as affaire ! Pourquoi tu dormais avec cette lettre ? » Demanda-t-elle sur un ton autoritaire en agitant devant le regard affolé de son frère la lettre en question qu'elle avait préalablement ramassée en se délectant ouvertement de la situation.

« Je ne… Je n'ai pas de comptes à te rendre, Ginny ! Fiche-moi la paix maintenant ! Fit-il en lui arrachant le parchemin des mains.

- Rends toi à l'évidence, Ronald ! Reprit-elle en souriant, narquoise. Hermione est à toi ce que l'or est au Niffleur, elle est la seule qui parvienne à stimuler l'unique neurone encore actif dans ton cerveau, tu ne penses qu'à elle jour et nuit au point de réduire ta consommation de nourriture et le pire c'est que la terre entière est au courant sauf t…

L'oreiller qu'elle reçut de plein fouet dans la figure l'empêcha de poursuivre.

- EH ! Arrête de… dire ça ! Va-t-en maintenant, je… vais m'habiller.

- Ron, pourquoi tu nous parles jamais de ce qui te tracasse ? Je suis persuadée que tu n'en parles même pas à ton meilleur ami. Pourquoi gardes-tu tous tes sentiments et tes peines enfouis au fond de toi ? C'est encore un stupide prétexte de virilité, de fierté masculine ? Ou peut-être que tu as juste peur que l'on se moq…

Cette fois ce fut tout l'édredon entier que Ginny reçut en plein visage et Ron dut lutter fermement pour ne pas céder à l'envie de l'étrangler de ses propres mains. Frêle consolation que de pouvoir défouler ses nerfs sur le matelas dans lequel il enfonçait ses doigts de toute la

force qu'il possédait.

Que… Par Merlin mais qu'est-ce qu'elle raconte ?

Aussi hébété que furieux, le jeune homme se trouvait tout simplement dans l'incapacité de formuler quelque réponse que ce soit. Que pouvait-il lui dire, après tout ?! Qu'elle se trompait de A à Z ? Qu'elle n'avait strictement rien compris ? Qu'il n'était pas amoureux d'Hermione ? S'il niait, il ne s'enfoncerait que plus encore, ce genre de réaction était bien trop prévisible venant de lui. Il valait mieux encore qu'il se taise mais en vérité, gré ou pas il ne pouvait faire autrement. Les mots restaient prisonniers de sa gorge et le mutisme dans lequel il s'enfermait involontairement le rendait plus honteux encore ; il se sentait ridicule, il rougissait. Pourquoi perdait-il tous ses moyens ? Il savait qu'il ne devait pas entrer dans le jeu de sa fourbe de sœur, prête à tout pour le faire chanter mais ce besoin intense de se retrouver seul et de la voir partir le mettait dans l'incapacité de réfléchir et de prendre un semblant de recul. L'envie de fuir de celui qui n'a pas la conscience tranquille, celui qui cache un secret qu'il serait prêt à protéger envers et contre tout. Son amour-propre était en jeu. A qui allait-il mentir en ouvrant la bouche ?

- Fous-moi la paix, Ginny ! Tu… tu ne sais même pas de quoi tu parles !

- Au contraire, je pense savoir parfaitement de quoi je parle, en fait tu es beaucoup plus perdu que moi et c'est pour ça que tu m'envoies des oreillers dans la figure ! Ron, on est tous inquiets pour Hermione et tu le sais mais TU es son meilleur ami et elle t'a envoyé une lettre à TOI ! Pourquoi tu ne lui as pas répondu ? Peut-être qu'elle espérait que, pour une fois, ce serait toi qui lui manifesterais un peu d'intérêt !

- Bah…

- A mon avis, elle t'en veut énormément et c'est pour cela qu'elle ne t'écrit plus et qu'elle ne vient pas nous voir ! Tu lui as brisé le cœur, tu l'as tellement blessée que maintenant elle refuse de t'approcher et, franchement, je la comprends ! Sauf que maintenant, à cause de toi je ne peux plus la voir et tu oublies qu'elle est aussi mon amie !

- Mais…

- Tu sais quoi, Ron ? Je n'aimerais vraiment pas être à sa place !

Sur ces mots, la rouquine quitta la pièce sans accorder un regard de plus à son frère qu'elle avait laissé complètement abasourdi sur son lit. Quelle mouche l'avait piquée ?

Qu'est-ce qu'il lui prend de venir me faire la morale, tout à coup ?! De quoi elle se mêle ?!

Elle l'agaçait et cette fois plus qu'une autre, c'était le cas de le dire, mais il avait récolté de cette conversation avec Ginny bien plus que de la rancune et de la colère : du doute. Si la mission que s'était fixée sa petite sœur en abordant cette discussion épineuse avait été de semer le trouble dans l'esprit de son frère, c'était une véritable réussite. Ron pouvait mentir. Bien ou mal. Avec habileté ou non, là n'était pas la question. Il pouvait mentir, n'importe qui le pouvait. Nier était l'une des choses que la nature humaine exerçait avec le plus d'aisance mais même le plus subtil des mensonges ne pouvait tromper sa conscience. Il ne l'admettrait pour rien au monde mais Ron savait qu'il y avait une part de vérité dans les mots sortis de la bouche de sa sœur mais il y avait autre chose. Quelque chose qu'il ne parvenait pas à saisir. Il avait beau retourner le problème dans son esprit encore et encore, il ne trouvait pas la solution. Qu'avait-il encore fait ? Certes, son attitude des derniers mois avait été exécrable. Il avait été égoïste, rancunier, méchant et puéril. Il en avait conscience. Il s'en voulait. Mais de l'eau avait coulé sous les ponts depuis. Ils se reparlaient. Ils étaient redevenus amis. C'était presque comme si Lavande Brown n'avait jamais mis le pied dans sa vie. Il se souvenait encore de l'enterrement de leur regretté directeur durant lequel Elle s'était blottie dans ses bras en quête de réconfort et où il lui avait maladroitement caressé les cheveux en tentant de la rassurer. Il s'était même surpris à penser que le décès de Dumbledore avait peut-être donné naissance à quelque chose de bon avant de chasser cette idée honteuse de son esprit. Alors pourquoi lui en voudrait-elle de nouveau ? Avait-il de nouveau fait quelque chose de mal, depuis ? Non, il n'avait rien fait. Ils ne s'étaient même pas disputés. Alors pourquoi lui en voudrait-Elle au point de désirer s'éloigner de lui pendant un mois ?

Combien de temps resta-t-il allongé sur son lit à méditer en vain ? Il n'en savait que trop rien. Cela n'avait plus d'importance. Il finit par se lever. Il fallait bien qu'il le fasse un jour.

Dans la cuisine, sa mère et Ginny, toutes deux visiblement en grande discussion, s'affairaient à la préparation des repas tandis que Harry, installé à la table de la cuisine, les écoutait d'une oreille distraite. Une délicieuse odeur de caramel vint réveiller son estomac engourdi et Ron salua la petite assemblée avant de s'installer aux côtés de son meilleur ami. Sa sœur ne lui avait pas accordé un regard ; il se demanda s'il devait s'en offenser ou au contraire, lui en être reconnaissant.

« … et donc je lui ai dit qu'il fallait apprendre à respecter le bien des autres et elle m'a sorti tout un discours sur le partage, la solidarité et patati et patata ! Non mais vraiment, comme si venant de sa bouche cela pouvait avoir un semblant de crédibilité !

- Je sais Ginny, je sais… Tu n'as plus qu'à prendre ton mal en patience jusqu'à ce qu'elle et Bill… déménagent… Et puis, n'oublie pas qu'elle à accepter de l'épouser malgré son… Enfin, malgré ce qui lui est arrivé en juin…

- Ne fais pas cette tête, il va sûrement emménager à Londres, on continuera de le voir régulièrement.

- Oh mais je ne me plains pas… Du moment qu'il est heureux, je respecte parfaitement son choix. Tiens, voilà tes pancakes Ron, tu veux du lait mon chéri ? » Fit-elle en se tournant vers son plus jeune fils.

Ron hocha vivement la tête et enfourna une bouchée des pancakes que Molly avait déposé devant lui en compagnie d'un grand verre de lait frais. Lorsque la discussion reprit entre les deux membres de la gent féminine, Ron et Harry ne purent s'empêcher d'échanger un regard entendu, un sourire goguenard sur les lèvres. Plus le jour du mariage approchait, plus les discussions portant sur le comportement dit insupportable de la vélane croissaient. Ron les soupçonnait même de prendre plaisir à se plaindre de la belle française mais au fond, il s'en moquait. En vérité ces conversations le laissaient totalement indifférent. Fleur n'était désormais plus que le moindre de ses soucis.

Une fois rassasiés, les deux adolescents s'apprêtèrent à quitter la pièce lorsque Molly les intercepta.

« Les garçons, vous seriez gentils de débarrasser la table et d'aller l'installer dehors… Ah, et n'oubliez de l'agrandir aussi, nous serons nombreux à midi ! » Fit-elle en agitant sa baguette en direction des couteaux qui se mirent illico à peler les pommes de terre à une vitesse appréciable.

Ron lança un vague coup d'œil en direction de son meilleur ami qui, comme il s'y attendait, semblait particulièrement mal à l'aise, probablement à cause de l'importance qu'accordait sa mère à son anniversaire. Il ne semblait pas se rendre compte que cela leur faisait réellement plaisir de fêter son anniversaire comme ils se le devaient. Un peu de gaieté en ces temps troublés était de mise ! Ron lui sourit afin de le rassurer et ils montèrent tous deux dans leur chambre respective afin d'y chercher leur baguette en se plaignant gaiement de la manière scandaleuse dont ils étaient exploités.

Vingt minutes plus tard et après quelques mésententes avec la table qui refusait catégoriquement de sortir en raison du temps humide et qui s'était montrée ouvertement réticente à l'idée de changer de taille, la terrasse était aménagée et le couvert mis. Une fois assurés que leur aide n'était plus indispensable, Harry monta se doucher –Fleur avait finalement libéré la salle de bain et était partie acheter un cadeau à Harry en compagnie de son fiancé- et Ron retourna dans sa chambre où traînait encore la panière dans laquelle reposait la moitié de ses affaires.

Impitoyables, le calme et la solitude le ramenèrent aussitôt à la réalité. Les paroles draconiennes de sa sœur bourdonnaient dans son esprit telles un essaim d'abeilles, cherchant en vain quelque chose à butiner dans son cerveau. Il n'en récoltait au final qu'un amas de questions demeurant sans réponse, qui le tourmentait plus qu'autre chose. Hermione… Que se passait-il chez elle ? Il existait certainement des hommes capables de comprendre le fonctionnement du cerveau des femmes ; des sages, des savants, des érudits…. Mais Merlin lui-même se serait arraché les cheveux à essayer de comprendre le fonctionnement de cette femme-là… Femme… Hermione était devenue une femme. Une femme. Elle était loin et cette révélation ne l'éloignait que plus encore. Hermione changeait. Hermione n'était plus sa meilleure amie intelligente qui l'aidait à faire ses devoirs, qui le réprimandait, qui le conseillait et qui s'occupait d'eux comme une mère. Hermione était un Être Humain mais elle était différente d'eux. Différente de lui et de Harry. Et elle avait des sentiments. Elle pouvait être blessée, éprouver de la rancune… en vouloir à quelqu'un. Lui en vouloir. Elle n'avait aucune obligation vis-à-vis de lui. Si elle voulait l'effacer à jamais de sa vie, elle en avait le droit. Etait-ce ce qu'elle comptait faire ?

Je tremble…

Le sentiment d'être seul au monde. Il était dans une forêt dense dont il ne trouvait pas la sortie et à chaque pas, il avait l'impression de s'enfoncer de plus en plus. Il avait perdu tout sens de l'orientation. Que pouvait-il faire, sinon continuer en espérant trouver la lisière ? Alors il continuait, sans oser s'aventurer sur les nombreux chemins sinueux qui se révélaient à lui de peur de se perdre plus qu'il ne l'était déjà. Jusqu'à ce qu'arrive le moment où il pourrait se dire sans se tromper « ça ne pourrait pas être pire ». Quel était le pire ? Le pire, ce serait qu'Hermione refuse définitivement de lui adresser la parole voire même de le revoir.

Une douleur lancinante au niveau des tempes le fit vaciller. Y penser lui donnait mal à la tête ; cela n'était pas dans cet état qu'il trouverait une solution à son problème. Il plaqua ses paumes fraîches sur son visage, espérant que cela le soulagerait un peu. Il était brûlant. Ou peut-être étaient-ce ses mains qui étaient froides. Il devait tenter le tout pour le tout, la faire revenir par n'importe quel moyen. Elle était sa meilleure amie, pour rien au monde il ne voulait la perdre. Sortir avec Lavande avait été la pire erreur qu'il ait jamais commise et en plus de cela, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même ; on ne joue pas avec les sentiments d'une fille.

Une plume. De l'encre. Du parchemin. Ron en trouva parmi les nombreux objets qui avaient trouvé refuge sur son bureau et s'installa sur son lit, armé de l'épée de l'écrivain. Il devait juste apprendre à s'en servir et surtout, faire face à son nouvel ennemi : le manque d'inspiration. Triste fatalité, l'inéluctable question s'imposa à lui sans lui accorder la grâce d'une moindre échappatoire : J'écris quoi ?

Sa migraine gagnait en intensité au fur et à mesure que l'heure tournait et ce fut au bout d'un temps qui lui parut indéfini que le jeune homme put observer sans trop de fierté les vingt-cinq mots que sa plume était parvenue à retranscrire sur le parchemin.

Chère Hermione,

Désolé, j'ai agi comme un imbécile. Si tu reviens je promets d'être plus gentil avec toi.

Donne-nous au moins de tes nouvelles.

Ron.

Pathétique. Tant pis. Ron regarda sa montre. Il était onze heures. Combien de temps avait-il passé sur ces misérables mots ? Agacé, il rangea le parchemin dans une enveloppe sur laquelle il avait préalablement inscrit le nom de sa meilleure amie, et l'attacha à la patte d'un Coq ravi de se voir confier une nouvelle mission. Ce ne fut que lorsque le hibou eut définitivement disparu à l'horizon que Ron se rendit réellement compte du geste qu'il venait de faire. Il venait d'envoyer une lettre à Hermione. Une lettre parfaitement risible dans laquelle il s'excusait. Il se sentait déjà honteux et était d'autant plus gêné qu'il imaginait parfaitement bien Hermione rire cyniquement en lisant ces quelques mots avant de rouler en boule l'unique preuve de son travail acharné pour la jeter à la poubelle, misérable, parmi un tas d'autres ordures.

Dépité, il prit finalement la décision de quitter son havre de paix pour rejoindre la civilisation. Ou, du moins, sa cuisine. Les marches craquaient sous ses pas. Il se sentait lourd. Des voix retentissaient à travers la porte de la cuisine. Que lui était-il passé par la tête au moment où il prit la décision de tendre l'oreille pour entendre ce qui se disait ?

« Il avait vraiment besoin qu'on le remue un peu. J'ai été un peu brusque mais ce que j'ai dit n'était pas totalement faux, après tout. J'espère qu'il culpabilise à mort, il le mérite ! Honnêtement, mon frère à parfois des difficultés à comprendre que les autres aussi sont capables de souffrir !

- Donc toi non plus tu n'as pas eu de ses nouvelles… ?

- Non… Pas une lettre. Ron est le seul à qui elle ait écrit et je… honnêtement, cela m'inquiète, Harry… Cela ne lui ressemble pas et puis, avec tout ce qui se passe « dehors » en ce moment je… »

Trop. C'en était trop. La porte claqua violemment, signalant aux deux adolescents que l'essentiel de la conversation avait été entendu. Ron marchait à grandes enjambées dans le jardin, en quête d'un solide quelconque sur lequel il pourrait libérer la tension de ses muscles crispés, se jurant de ne plus jamais écouter une discussion dont il était exclu ; cela ne pouvait lui attirer que des ennuis. Mais c'était trop tard ; le mal était fait. Il le regrettait du plus profond de son être. Les mots font mal. Chaque écho dans sa tête lui donnait l'impression fulgurante de se faire transpercer par des centaines de poignards. Que cela cesse. Sa propre sœur s'était jouée de lui. Elle lui avait menti. Mais la vérité qui se cachait derrière ces faits dégradants était bien plus douloureuse. Il était la seule personne à qui Hermione ait écrit de tout l'été. Personne ne savait ce qu'elle devenait. Tout le monde s'inquiétait en silence et lui, un grand imbécile qu'il était, avait tout fait pour éloigner de ses pensées toutes éventualités selon lesquelles elle pourrait être en danger. Il n'avait même pas su être digne de son unique lettre. Et s'il ne la revoyait plus jamais ?

Ne pense pas à ça…

C'était comme si son cœur avait doublé de volume. Lentement, il gagnait en espace au fond de sa cage thoracique, écrasant ses poumons sans la moindre vergogne. Bientôt, il ne pourrait plus respirer. L'angoisse. Implacable sentiment qu'il éprouvait pour la première fois depuis longtemps. Chaque autre lui avait laissé une profonde cicatrice au fin fond de son cœur qui se rouvrait durant les moments les plus durs, lui rappelant combien il avait souffert ce jour là. Quand il avait découvert que sa sœur avait été enlevée par le monstre de Serpentard. Quand son père avait failli mourir. Cette fois, la sensation était plus forte que jamais. Merlin qu'il avait peur… La peur de perdre à tout jamais cet être si cher à son cœur. Et d'être impuissant. Il aurait aimé être assez fort pour protéger ceux qu'il aime mais au final il se retrouvait toujours premier au rang des inutiles alors que maintenant, plus que jamais, leur vie était en danger. Il se laissa retomber sur le sol, las. Ses muscles refusaient de lui obéir. Il ne devait pas perdre espoir. Rien ne lui prouvait qu'il s'était passé quelque chose de grave. Il aurait tellement aimé avoir quelqu'un d'autre que lui-même pour se rassurer.

- Qu'est-ce que tu fais par terre, Ron ?

Cette voix… Il releva les yeux. Une paire de prunelles ambrées le fixait, anxieuse. Ce visage, il aurait pu le reconnaître entre mille. Il ne comprenait plus rien. Mais en ce moment précis, comprendre ne lui aurait été d'aucune utilité. Parfois il vaut mieux profiter des effusions de l'instant avant de chercher des explications. Après tout, sont-ce les faits ou les causes qui ont le plus d'importance ? Une seule chose l'importait désormais.

C'était Elle…

Si la soudaine contraction de son coeur fut douloureuse, elle eut au moins le mérite de libérer les organes vitaux de Ron. Il rapprit à respirer. Un souffle nouveau s'échappa de ses lèvres, le son d'une voix rauque, trois ultimes syllabes qui lui rendirent la vie.

- Hermione…


Une petite review ? ;)