AUTEUR (AUTHOR) : Glassamilk
Traductrice (Translator) : Prusse
Disclaimer : Cette histoire a été traduite depuis l'anglais, elle est la propriété de Glassamilk, et le manga dont les personnages sont issus appartiennent à Hidekazu !
Rating : M, pour les moments durs de la fic, et ça prend effet dès le chapitre 1. (et non mes cocos, rien à voir avec du sexe...)
LES PERSONNAGES :
Ceci est bien un UR, mais bon, un petit rappel des noms humains des personnages ne fait pas de mal, et puis, sait-on jamais... (ils changent selon les chapitres, bien évidemment u_u)
Peter Kirkland = Sealand
Berwald = Suède
Tino = Finlande
REPERES GEOGRAPHIQUES :
Malmö: C'est une ville située dans le sud de la Suède se situant sur la côte du détroit de l'Øresund et faisant face à la capitale danoise Copenhague. Ces deux villes sont reliées par le pont Øresund depuis 2000.
Mer Baltique: C'est une mer qui se trouve entre la Finlande, la Suède, le Danemark et les Pays Baltes. Je vous invite à regarder sur une carte pour mieux comprendre.
Messine: Cette ville se trouve sur le bout de la botte italienne. Mais quand je dis le bout, c'est VRAIMENT le bout.
NOTE DE LA TRADUCTRICE :
Je voudrais à nouveau remercier les lecteurs qui passent sur ces pages et me soutiennent dans ce long périple qu'est cette traduction, car croyez-moi, j'ai besoin de votre soutient pour continuer sans lâcher prise ! ;)
Je voudrais en particulier remercier les lecteurs présents au RDV depuis le chapitre un et qui font entendre leur voix haut et fort :D
Maintenant, j'aimerais attirer votre attention sur les petites phrases que vous pourrez trouver sous chaque « Gutters — Chapitre... sur 20 » : ces phrases sont des devises nationales que j'ai pris la liberté d'ajouter car je trouvais qu'elles allaient particulièrement bien avec cette fic. Je le dis au cas où vous penseriez qu'elles aient quelque chose à voir avec ce que les personnages auraient pu dire !
Ceci fait, j'espère de tout cœur ne pas vous décevoir avec ce nouveau chapitre, j'ai mis un peu moins de temps à le traduire que le chapitre deux mais il m'a été tout aussi difficile de vous livrer une traduction de bonne qualité. J'aimerais avoir l'audace de dire que c'est une traduction de qualité irréprochable, mais ça, seuls les lecteurs peuvent en juger, et j'espère sincèrement qu'elle sera au niveau de vos attentes :)
En espérant vous retrouver à la fin de ce chapitre pour un petit mot, have fun~
Sur ce : Bonne lecture !
Les réponses aux reviews anonymes se trouvent sur mon blog dont l'adresse est sur le profil !
Gutters — Chapitre 3 sur 20
Grèce : « La Liberté ou la Mort »
Le matin, Sealand est réveillé par le bruit d'une toux étouffée.
Il réprime un bâillement et roule sur le côté, la joue pressée contre le bras de Danemark, il lève les yeux vers l'adulte tout en se dépêtrant des couvertures. Danemark est sur le dos, les yeux clos, une main plaquée légèrement contre ses lèvres tandis que l'autre est bloquée sous Peter qui se frotte le visage ensommeillé, avant de se redresser sur les coudes.
— Tu vas bien ?
Danemark cligne des yeux, groggy, puis lui offre un petit sourire alors qu'il lui ébouriffe les cheveux.
— Ouais, j'vais bien. J'ai juste avalé de travers, c'est tout.
Il pousse un soupir et remonte le coin de la couverture sur les épaules de Sealand, l'obligeant à se recoucher.
— Il est encore tôt. Tu peux dormir encore un peu si tu veux.
Peter secoue la tête, le menton posé contre l'épaule du danois.
— Non, je suis réveillé maintenant.
Il le regarde du coin de l'œil quand il tourne la tête et tousse à nouveau.
— Tu es sûr que tu vas bien ?
Danemark ne fait que sourire avant d'enfoncer la tête de Sealand dans son oreiller.
— J'te l'ai dit, je vais bien. T'as pas à t'inquiéter pour moi.
Le jeune garçon gigote et se défait de son emprise avant de se retourner sur le dos et de croiser les bras, indigné.
— J'suis pas inquiet ! Je demande juste, dit-il en regardant brièvement Danemark dans les yeux. C'est juste parce que Berwald n'arrêtait pas de dire que tu étais trop stupide pour demander de l'aide. Alors, tu vois...
Il baisse les yeux et termine :
— Fais pas l'idiot.
Les traits du danois s'adoucissent et il se redresse assez pour s'adosser au mur.
— Hé, je suis là maintenant, non ? Il presse le bras de Peter, un sourire en coin. T'as jamais entendu dire « trop stupide pour abandonner » ?
Sealand acquiesce.
— C'est aussi ce qu'il disait sur toi.
Il rit et passe une main sur son visage.
— Ouais, j'en doute pas une seule seconde, dit-il doucement en repoussant ses cheveux.
Peter ne dit rien, une boule épaisse lui serrant la gorge, les poings crispés sur les couvertures. Il lève les yeux vers Danemark avachi contre le mur, il regarde ses mains retombées sur ses genoux, les yeux fermés et expirant un long souffle, l'épuisement bien visible sur son visage même après avoir dormi. Il a vraiment l'air différent de l'image à laquelle Sealand était habitué; son corps est à présent anguleux, constellé de crasse et de ce qui semblent être des hématomes, si loin de la carrure forte qu'il avait eu quand il venait à Stockholm, en été, pour aider Suède à rassembler du bois ou à construire la cabane de Peter juchée dans un arbre. Danemark rouvre les yeux et Peter s'avance pour agripper le haut moucheté de boue du Danois, tout ça dans le silence à l'exception des petits souffles qui lui échappent quand il enfouit son visage dans les couvertures.
Danemark soupire à nouveau et laisse reposer sa main sur l'épaule du jeune garçon.
— Je sais, gamin. Je sais.
Il laisse le silence s'installer, tandis que Peter se bat pour retrouver le contrôle de ses émotions. Mais après un moment, Danemark empoigne son bras et le redresse pour qu'il s'assoit, le regardant droit dans les yeux, son œil mort n'est pas vraiment concentré sur un point précis, mais son autre œil le fixe sérieusement.
— Écoute Peter, je veux que tu viennes avec moi.
Il montre les portes d'un coup de tête et continue :
— Je ne peux pas rester ici, mais je ne veux pas te laisser avec ces gens-là. Ils ne prennent pas soin de toi et je ne leur fais pas confiance pour te garder sain et sauf.
Peter s'essuie les yeux.
— J-J'ai pas besoin qu'on s'occupe de moi. Je suis assez vieux pour m'occuper de moi-même, renifle-t-il.
Danemark hoche la tête.
— Dehors, c'est bien plus dangereux qu'ici et je sais que je suis probablement pas aussi marrant qu'avant, mais je ne peux pas te laisser ici.
Il sourit et tape le dos de Sealand, ajoutant :
— Si tu viens avec moi, je pourrai au moins garder un œil sur toi pendant que tu t'occupes de toi.
Peter croise les mains sur ses jambes et lève un regard curieux vers le plus vieux.
— T'as dit que t'as été en Italie, pas vrai ? Et maintenant, t'es ici, alors... où est-ce que tu vas ? termine-t-il dans un froncement de sourcils.
Danemark baisse légèrement la tête et soupire.
— Ah. Eh bien, j'essaie de rentrer à la maison je suppose.
Il étire son bras hors du lit pour attraper son sac sur le sol, l'ouvre et en extirpe une carte routière miteuse et détrempée. Il la déplie avec précaution.
— Tu te souviens du Pont Øresund, non ?
Peter acquiesce :
— On le prenait à chaque fois qu'on venait te voir.
— Bien. Tu vois, un des capitaines des bateaux m'a dit que certaines parties du pont tenaient toujours. Pas de mon côté, mais les parties qui sont reliées à Malmö.
Il étend la carte sur ses genoux et Sealand bouge pour la voir. Une longue et épaisse ligne tracée au marqueur part de l'Italie et coupe en une ligne presque droite la Suisse pour s'arrêter en Allemagne, puis tourner vers la Pologne pour s'arrêter aux bords de la Mer Baltique.
— Si une partie du pont a réussi à tenir après tout ce qui est arrivé, je suis prêt à parier que Malmö tient aussi debout. Il tapote la carte du doigt. C'est là que je vais.
Sealand se mord la lèvre.
— Tu vas en Suède ?
— C'est le plan.
— Mais... tu ne veux pas retourner à la maison ? Enfin, chez toi, je veux dire.
Danemark a la mâchoire crispée et les yeux rivés sur la carte entre ses mains.
— Il n'y a plus rien, dit-il d'un ton bourru. La moitié de mon territoire est sous les eaux, et ce qu'il en reste a été tellement brûlé qu'on ne peut pas y vivre. Je n'ai nulle part où aller.
Peter se tait, gêné.
— Je suis désolé.
L'autre secoue la tête.
— Ne le sois pas. Tu n'as pas à être désolé de quoi que se soit. Mais merci quand même, ajoute-t-il avec un sourire en coin accompagné d'un nouveau soupir, avant de retourner à la carte. De toute façon, je prévois de passer par la Pologne. Il n'y a plus d'essence, alors les anciens civils ne sortent plus leur péniche, mais il y a une rumeur qui circule dans quelques abris : quelqu'un qui continue de faire marcher un bateau, hors de Shupsk. Personne n'a voulu me donner une réponse claire, mais j'ai entendu dire par plus d'une personne que le type qui fait ça a une manière de parler complètement stupide.
Peter ouvre grand les yeux.
— Tu penses que c'est Feliks ?
— Ça se pourrait bien. Mais ce qui nous intéresse, c'est qu'il y a une chance que quelqu'un soit encore sur les mers. Et l'eau est maintenant trop imprévisible pour prendre une chaloupe, alors mon plan est de compter sur le fait que ce gars existe vraiment.
Il expire bruyamment.
— Si c'est pas le cas, alors je suis pas sûr de quoi faire après.
Il sourit en coin et reprend :
— Peut-être y aller à la nage, ou un truc du genre.
— Et comment tu vas aller jusqu'en Pologne ?
Peter prend délicatement la carte et la scrute.
— Tu as une voiture ?
Danemark secoue la tête.
— Plus d'essence, tu te rappelles ? Et même s'il en restait, les routes sont trop ravagées pour conduire. La plupart des autoroutes principales n'existent même plus... la chaleur les a fait fondre dans la roche, dit-il en claquant la langue. Alors j'ai tout simplement marché.
Peter en reste bouche bée.
— Tu as marché jusqu'ici ? Depuis Naples ?
— Plus loin que ça. J'ai commencé à Messine.
— Quoi ? Comment t'as atterri à Messine ?
Danemark hausse les épaules.
— De la même manière que toi t'es arrivé là. L'un des envoyés civils m'a repêché. Par contre je ne me souviens pas vraiment de comment je m'y suis retrouvé. En fait, je ne me souviens de rien. La dernière chose dont je me souviens, c'est de quelqu'un en train de me tirer hors d'un camion, à Brovst.
— Tu ne te souviens pas de ce qu'il s'est passé ? Les flashs ?
Il secoue la tête.
— Nope. Les gens m'ont raconté, mais sinon, je n'ai rien. Ça m'a pris une semaine après que je me sois réveillé dans un abri pour ne serait-ce que me souvenir de qui j'étais.
— Oh.
Peter se tait un instant, commençant à replier la carte; puis finit par dire :
— T'as de la chance.
— Tu t'en souviens ?
Hochement de tête.
— On peut dire ça. C'était caniculaire.
Danemark se contente d'un grognement évasif et range la carte dans son sac, acquiesçant.
— C'est bien que tu t'en souviennes un peu. Quelqu'un devra raconter ça aux générations futures.
Sealand grogne.
— Tu crois vraiment qu'on va tenir aussi longtemps ?
— Bien sûr.
— Comment ça ?
— L'humanité a réussi à tenir jusqu'à maintenant, explique-t-il en se penchant en arrière, grattant son torse négligemment. Trop bête pour abandonner, tu te souviens ?
Peter secoue la tête et remonte les genoux pour y poser son menton.
— Ça doit être ça.
Il enserre ses genoux et fixe ses pieds.
— Alors, pourquoi t'en es arrivé à vouloir aller à Malmö ?
Danemark ne dit rien quelques instants avant de soulever les hanches pour chercher quelque chose dans sa poche.
— J'ai pas envie de te donner de faux espoirs, mais j'essaie de retrouver tout le monde. Malmö est un bon point de départ et tant que les inondations n'empirent pas, je pourrai aller en Norvège et en Finlande puis en Suède.
— Tu penses qu'ils sont en vie ?
— Ils ont tous des montagnes et des coins isolés où ils peuvent se cacher. Mon royaume, lui, est plat comme une soucoupe et pourtant, je peux toujours passer sur certains espaces.
Il retire la main de sa poche et se rassoit.
— Et puis, Berwald sait que si moi j'ai réussi à tenir et pas lui, je lui en ferai baver éternellement.
— Mais... quelqu'un m'a dit qu'il ne restait plus rien de la Scandinavie et qu'il était impossible de repartir en Suède. Qu'est-ce qui te rend si sûr de toi ?
Le danois expire longuement avant de dire :
— Quand je me suis réveillé dans le bunker en Italie, je n'avais plus rien sur moi. Pas d'habits, pas de chaussures, rien. Quelqu'un avait tout chipé pendant que j'étais encore trop malade pour y faire quelque chose, alors une fois remis sur pieds et à nouveau capable de bouger, j'ai dû prendre des vêtements sur des hommes morts.
Il prend la main de Peter et y met quelque chose de chaud.
— Et j'ai trouvé ça quand je fouillais dans le sac de quelqu'un.
Sealand déplie les doigts. Nichée au creux de sa main se trouve une petite barrette dorée en forme de croix.
— Le type qui l'avait est arrivé dans le même bateau que moi. J'ai demandé à sa sœur d'où elle venait, et elle m'a dit qu'il l'avait troquée avec un homme avant que les envoyés ne les trouvent hors de Stockholm.
Il baisse le regard, le visage légèrement assombri.
— Je sais que c'est peu, mais c'est la meilleure piste que j'ai pu trouver.
Peter tourne et retourne la barrette entre ses doigts. Il n'y aucune tache dessus, apparemment astiquée chaque jour, il peut même voir son reflet dans le métal terne, fin et alarmé, lui renvoyant son regard. Elle pouvait appartenir à n'importe qui, vraiment. Il avait vu des barrettes du même genre avant, quand porter des bijoux était encore une marque de fierté.
— Et tu penses que c'est celle de Norvège ?
Danemark hausse les épaules.
— Mais c'est pas un peu...
Il cherche ses mots et ferme le poing autour de la barrette.
— Invraisemblable ? termine-t-il.
Danemark reprend appuie contre le mur, ne regardant toujours pas Peter dans les yeux, les épaules affaissées et son haut glissant sur un de ses bras. Un soupire lui échappe et il passe une main dans ses cheveux.
— Vaut mieux un peu d'espoir que rien du tout.
La barrette dans sa main semble d'un coup peser des tonnes.
Il s'éclaire la voix et rend gentiment l'épingle à Danemark, la plaçant dans sa paume avant de replier lui-même les doigts du plus vieux dessus.
— Je veux venir avec toi, fait-il après un moment, observant le danois remettre avec précaution la barrette dans sa poche.
Il se redresse, le visage sombre et sérieux, et commence à descendre du lit de camp.
— On peut les trouver à nous deux.
Il se penche et retire son sac-à-dos de dessous le lit, le fermoir cliquetant quand il l'ouvre, puis il commence à y enfourner les couvertures en fine laine avec les vivres restantes.
Danemark se fend d'un sourire et se lève à son tour. Il s'étire, son dos craque, et attrape son propre sac.
— Prends que ce dont tu penses avoir besoin, dit-il en remettant ses bottes. Tu as une veste ?
Peter secoue la tête.
— Non. Il fait froid dehors ?
— Parfois...
Danemark hausse un sourcil, curieux.
— Ça fait combien de temps que t'as pas mis le nez hors du bunker ?
— J'suis jamais sorti.
— Pas une seule fois ?
— Non. Je ne voulais pas voir.
— Merde.
Danemark tousse dans le creux de son coude et commence à farfouiller dans son sac.
— Tu vas pas aimer ce que tu vas voir. J'vais te le dire de suite, il ne reste plus rien. Tout a littéralement brûlé.
Il sort un bandana rapiécé du fin fond de son sac et une paire de lunettes de plongée bleues quelques instants plus tard.
— Personne n'a essayé de « faire le ménage », alors...
Danemark se mord l'intérieur de la joue.
— Il y a pas mal de personnes sur les routes. De corps j'veux dire.
Il fait signe à Peter de s'asseoir au coin du lit et se met devant lui, nouant le bandana autour de son cou pour le fixer à l'arrière de sa tête.
— J'essaie d'éviter les routes principales, par contre. Je vais essayer de faire en sorte à ce que tu n'aies pas à les voir.
Peter plisse le nez quand Danemark remonte le bandana sur son visage. Il sent la saleté et la sueur.
— Comment ça se fait que tu ne passes pas par les routes ? C'est pas plus rapide ?
Danemark marque une pause et secoue la tête.
— Si, ça l'est.
Il se penche vers son sac et en sort un fin anorak qu'il place sur les épaules de Sealand, le fermant jusqu'au cou avant d'y enfoncer les coins du bandana.
— Le problème, c'est qu'il y a des gens, dehors, qui ne sont jamais allés dans les abris et qui ont réussi à survivre. Ces gens-là sont désespérés et sont très, très dangereux. Il ne reste plus beaucoup de nourriture ou de rations et beaucoup d'entre eux ont arrêté d'en chercher.
Il fait enfiler les lunettes à Peter et les repousse sur son front.
— Les gens se retournent les uns contre les autres. Beaucoup attendent sur les routes principales des personnes qui voyagent et s'ils ont quoique ce soit d'utile sur eux, ils feront n'importe quoi pour l'avoir.
Il recule et remonte sa chemise, montrant une cicatrice irrégulière le long de son ventre plat.
— J'avais un imperméable.
Il laisse tomber l'ourlet de sa chemise et recommence à s'acharner sur l'anorak de Peter bien trop large, lui arrivant aux genoux.
— Il y a aussi des gens qui se servent d'autres personnes comme ressources, si tu vois ce que je veux dire.
Peter écarquille les yeux.
— Ils se... Ils se mangent les uns les autres ?
Danemark opine du chef et tire la capuche sur la tête du garçon.
— C'est ça.
Une fois satisfait de voir que la veste était sécurisée, il s'agenouille pour être au même niveau que Peter, et prend ses mains dans les siennes.
— Maintenant, écoute-bien, commence-t-il sérieusement. J'ai besoin que tu me promettes que dès qu'on va partir, tu écouteras tout ce que je te dirai.
Il montre les portes du bunker et continue :
— J'ai été à l'extérieur pendant un long moment et il est très important que tu me fasses confiance, d'accord ? Je sais que tu peux prendre soin de toi, mais il est nécessaire que tu réalises à quel point c'est dangereux. Ce n'est pas seulement les populations. Il en va de même pour la nature.
L'adulte presse les mains de Sealand.
— Tu me promets de faire ce que je te dis ?
Peter a les yeux rivés sur lui, les yeux ronds, et hoche frénétiquement la tête.
— Je te le promets.
Danemark sourit et tape gentiment son genou.
— Bien.
Il se redresse et met à son tour son manteau.
— J'essaie pas de te faire peur... je veux juste que tu saches dans quoi tu t'avances.
Il renoue les tissus en lambeaux qu'il avait plus tôt autour de son cou et sa bouche alors que Peter rassemble ses biens.
— Pourquoi on doit couvrir nos visages ? demande-t-il en vidant le contenu de sa taie d'oreiller dans son sac où attendent déjà une boîte de bonbons à la menthe et une paire de ciseaux. L'air est si mauvais que ça ?
— C'est l'une des raisons.
Danemark met ses lunettes et passe son sac sur une épaule, son fusil sur l'autre.
— Quand les flashs ont commencé, ils ont mis le feu à toute sorte de merde. Des décharges, des bâtiments, des voitures, tu l'as dit : tout était en feu. L'air est devenu vraiment caustique à cause de ça. Mais c'est aussi à cause des cendres. Si tu en respires trop, tu tombes malade et s'il y en a trop qui entre dans tes yeux...
Il tapote la lentille gauche de ses lunettes.
— Tu deviens aveugle. Ce qui nous amène à autre chose : il faut que tu marches toujours à ma droite, d'accord ? Si tu es à gauche, je ne pourrai pas te voir.
— D'accord.
— Bien.
Il pousse un profond soupir et hoche la tête.
— Tu veux dire au revoir à quelqu'un avant qu'on y aille ?
— Non.
— Très bien, une dernière chose avant qu'on parte.
Il ouvre la petite sacoche qu'il porte autour de la taille pour prendre un petit couteau qu'il tend à Peter.
— Une fois qu'on sera parti, j'essaierai de te trouver quelque chose de mieux, mais pour l'instant, garde ça sur toi tout le temps. Tino t'a déjà appris à tirer ?
Sealand prend le couteau et l'attache prudemment par la gaine à sa boucle de ceinture.
— En quelque sorte. Il m'a montré comment tenir une arme à feu mais je suis pas vraiment bon à ça.
Danemark acquiesce.
— C'est un bon début. Quand on s'arrêtera la nuit, je te montrerai. Je n'ai pas assez de balles pour que tu puisses réellement tirer, mais je t'apprendrai comment le charger et bien tirer.
Il tend la main droite pour que Peter la prenne puis le tire aux portes du bunker.
— Prêt ?
Sealand serre la mâchoire et tient fermement la main du danois alors qu'il fait tourner la poignée de la porte.
— Prêt.
— Essaie de ne pas inspirer, murmure-t-il en ouvrant la porte, le premier souffle est toujours le pire.
La lumière inonde l'entrée et les yeux concentrés, malgré ses efforts, Peter ne peut suivre le conseil de Danemark qui l'attrape facilement quand il bascule vers l'avant, toussant atrocement dans ses mains. L'air est chaud et plein de sable et quand il aperçoit le paysage grisâtre, il ne peut rien faire pour arrêter la forte inspiration qu'il prend, qui se rue le long de sa gorge et sa poitrine, enflammant ses poumons d'une brûlure qu'il n'avait plus ressenti depuis les premières vagues de La Catastrophe.
À sa droite, il peut à peine distinguer les bords de la fosse en feu, un anneau de fumée noir comme la poix sortant de ses profondeurs pour planer au-dessus des portes du bunker. Alors qu'il lutte pour retrouver son souffle, il essaie de ne pas regarder; il essaie de ne pas voir les empreintes dans la cendre ou la paire de lunettes broyées près de l'immense trou dans le sol, les derniers vestiges d'humains morts. Il essaie de ne pas penser à qui les lunettes ont pu appartenir ou si les pieds qui ont fait ces empreintes dans la cendre sont encore rattachés à leur corps.
Il essaie de ne pas se souvenir du petit garçon polonais.
Ce n'est que lorsque Danemark le prend dans ses bras et le porte que Peter réalise qu'il pleure. Sa poitrine lui fait mal et il enfouit son visage dans la veste de l'adulte, incapable de faire cesser sa toux rauque. Le danois le serre étroitement contre lui, se détournant de la fosse pour se diriger vers la route fissurée et poussiéreuse. Il veut dire à Danemark de le poser à terre. Il veut qu'il comprenne qu'il est assez grand pour ne plus avoir besoin d'être dorloter et qu'il peut prendre soin de lui-même, mais l'air fait mal et il y a des os dans le trou et il est complètement terrifié.
La main gantée de Danemark vient se poser sur sa tête, douce et prudente, et il presse sa joue contre la tête de Sealand.
— Peter, dit-il doucement, se penchant assez pour qu'il l'entende. Tout ira bien. Je ne vais pas laisser quoi que ce soit t'arriver. Je vais te garder sain et sauf.
Il l'étreint un peu plus fort et à travers sa capuche, Peter peut le sentir embrasser sa tempe.
— Je te le jure.
A suivre...
