« Non, non et NON !!! »
Dans la chambre de Temari, j'esquivais les assauts de la blonde qui, cintre en main, tentait désespérément de m'attraper.
« Yusuki viens ici ! Tu ne comptes quand même pas rester habillée comme ça ?!
_ J'ai dis NON ! Il est hors de question que j'enfile ça ! »
Le fameux « ça » que je m'évertuais à repousser était en fait une tenue de Temari. La première fois que je l'ai vue, souvenez vous, j'avais trouvé son look plutôt… disons, euh… maritime. Hors de question que je ressemble à un maquereau empêtré dans un filet ! L'encouéttée était tenace, et me coursait depuis une demi-heure déjà en beuglant comme une sourde.
« Je te dis de venir ici ! Tes habits sont en lambeau ! Il faut les changer que tu le veuilles ou non !
_ Alors donnez moi des vêtements ! Des vrais ! » protestais-je en grimpant au sommet de son lit à baldaquin.
Temari pila net.
« Comment ça « des vrais » ? Je m'habille bien avec, moi ! » dit-elle d'un ton où je sentais poindre la colère.
« Parce que tu te trouves habillée, toi ? » ripostais-je en prenant grand soin de me tasser encore plus dans ma cachette.
« Avec un filet sur le dos ou toute nue c'est pareil ! Je préfèrerais encore piquer les vêtements de Kankuro ! »
Les yeux de Temari disparurent sous sa frange tandis qu'une veine gonfla dangereusement sur sa tempe.
« Espèce de… » grinça-t-elle en brandissant le poing, retenant difficilement un coup qui ne demandait pourtant qu'à partir.
Dans sa main le cintre en bois rendit l'âme d'un « craaac » menaçant. Adieu monde cruel, j'aurais vu la liberté pour finir embrochée sur un cintre ! Un appel salvateur retentit soudain de l'autre côté de la porte, m'accordant quelques secondes de plus sur cette terre.
« Temari, Yusuki ? On peut entrer ? »
Je me dépêchais de répondre un « oui ! » presque suppliant tandis que Temari brandissait son gigantesque éventail.
« Tu vas enfiler ça… TOUT DE SUITE !!!!!! »
Waaaaaah !!!! Cette fille était folle ! Pire que dingo ! Elle s'habillait avec des filets à poisson, hurlait tout le temps et essayait de me tuer dans sa propre chambre ! Elle abattit son éventail avec une force impressionnante, déclenchant une mini tornade qui détruisit le lit en une fraction de seconde ! Sautant de mon perchoir juste à temps pour ne pas finir découpée en rondelles, je me réfugiais derrière Kankuro qui observait la scène d'un œil ahurit.
« Bah… Qu'est ce qui se passe ? » demanda-t-il, hébété de voir sa sœur dans un tel état de colère.
Temari haletait, prête à commettre un meurtre au moindre dérapage.
« Elle refuse de porter mes vêtements ! » grogna-t-elle en s'approchant dangereusement.
Je reculais encore, jusqu'à me heurter à Gaara que je n'avais pas remarqué. Ni une, ni deux, je me planquais derrière lui et en rajoutais une couche – à présent que j'étais sûre qu'elle ne s'attaquerait pas à moi, j'allais pas me gêner pour lui déballer la vérité sur son compte !
« Je veux pas porter de filet à poisson ! » assénais-je en sortant à peine la tête de derrière Gaara.
« Un filet à… »
Kankuro mourut littéralement de rire, tapant du pied et trépignant sur place, tandis que Temari s'étranglait en s'arrachant les cheveux. Même le Kazekage ne pu retenir un sourire qu'il dissimula habilement derrière une main.
« Mais que… C'est pas un filet à poisson !!!! » se défendit la blonde en serrant les poings.
« BWAHAHAHAHA !!!! C'est… ha ! ha ! Comment dire… pfffffff !!!! C'est véridique ! » hoqueta Kankuro avant de s'esclaffer de plus belle.
« Personne n'a jamais osé te le dire… t'as trop un sale caractère mais… ha ! ha ! C'est trop drôle ! »
Respire Kankuro, respire. Un gros soupir de soulagement vint gonfler ma poitrine lorsque je vis Temari rendre les armes en râlant comme un pou ( ou une poutte, dans le cas d'une fille. Ca doit être ça la femme du pou, non ? Enfin bref. ) La sœur ainée du Kazekage rougit de honte et de colère avant de balancer son éventail sur le crâne de son frère.
« Bon ben trouvez lui des vêtements, vous, si vous êtes si doués ! » maugréa-t-elle en quittant la pièce.
Une fois la furie partie, je quittais l'abri que constituait le dos de Gaara et m'emparais de la tenue légère que la blonde avait délaissée sur le sol. Je l'observais quelques secondes puis la balançais à l'autre bout de la pièce.
« Non décidemment, hors de question que j'enfile ça. » affirmais-je en m'asseyant sur ce qui semblait être le reste d'une latte du lit.
Kankuro, qui regagnait peu à peu son sérieux, vint prendre place à côté de moi.
« Toi, je commence à beaucoup t'apprécier ! » dit-il en essuyant une petite larme qui perlait au coin de son œil – et qui par le fait menaçait son maquillage ô combien sexy.
« T'as du culot et pas mal de franchise. J'aime beaucoup ! »
Je lui adressais un sourire forcé. Si j'avais repoussé la tenue de sa sœur, ce n'était certainement pas pour lui plaire ! Sur le pallier de la porte Gaara nous fixa en silence – pour changer ! – avant de s'approcher à son tour.
« Kankuro, trouve lui un pantalon. »
L'intéressé se leva derechef, les mains levées en signe d'obéissance, et s'éloigna.
« OK, chef ! » plaisanta-t-il en s'éclipsant.
Super. Me voilà seule face à Gaara. Pas qu'il me déplaise, je n'avais rien de particulier à lui reprocher. C'était juste que je n'étais pas franchement adepte des conversations à sens unique. Et question répondant, Gaara avait passé son tour. Il me toisa longuement, en prenant son temps, puis se détourna et m'invita à le suivre d'un signe de tête. Fido au rapport, camarade ! En bon chien bien dressé, j'accoure la langue pendante et la bave aux lèvres ! Vous l'avez certainement deviné, j'obtempérais et le suivi à travers les artères du bâtiment jusque dans l'aile exclusivement réservée au Kazekage. La partie Nord était séparée du reste du bâtiment par une lourde porte de bois et de bronze grossièrement gravée et sertie de roche brillantes. Gaara la franchit sans mal, ce qui ne fut pas mon cas. A peine eu-je posé le pied sur le seuil que deux ninja sortirent de nulle part et, vifs comme l'éclair, me menacèrent d'un kunai sous la gorge.
« Halte ! » grogna l'un d'entre eux d'une voix enrouée et gutturale.
Charmant comme accueil. Bienvenu chez le Kazekage et sa bande de fous furieux gagas du kunai ! J'étais à deux doigts de leur balancer une remarque bien sentie mais je n'en eu pas le temps, interrompue par Gaara qui intercéda en ma faveur.
« C'est bon laissez la passer. » ordonna-t-il.
Les deux gardes se regardèrent dans le blanc des yeux, perdus. Visiblement ce genre d'ordre n'était pas inscrit dans leur manuel. Allez, comptons le temps que mettra l'information pour arriver à leur cerveau ( si tant est que cerveau il y ait ). Une… deux… troix… Le plus baraqué des deux eu un sursaut –un éclair de géni ? – puis retomba tout à ses réflexions. Fausse alerte. Quatre… cinq… Non, décidemment, cette situation ne rentrait pas dans leur schéma. Six… Sept…
« B… Bien maitre Kazekage… » balbutia finalement l'un d'entre eux en retirant l'arme de sous ma gorge non sans une certaine mauvaise grâce.
Wow !!! Huit secondes de temps de réaction ! Le gorille était-il en train de devenir intelligent ? En tout cas ces deux bestioles là ( non, non, je refusais de croire qu'il s'agissait d'homme normaux. Pas avec des épaules pareilles ! ) avaient l'air d'avoisiner les deux de QI ! Ils s'écartèrent à reculons, m'ouvrant le passage jusqu'à Gaara qui avait déjà repris sa marche. Je lui emboitais le pas illico, prenant tout de même le temps d'adresser un pied-de-nez aux deux ninjas restés prostrés devant l'entrée. Totalement puéril comme attitude. Ouais. Mais ça, je m'en foutais comme d'une guigne.
Les chambres que reliait le couloir étaient toute fermées à clef, condamnées plusieurs années auparavant. Seules quelques pièces étaient encore habitées, et ce par Gaara seul. Poussant une porte richement décorée ( tient, tient, le Kazekage aimait l'améthyste… ), il m'invita à pénétrer dans le dernier endroit où je pensais atterrir : sa chambre. Là, sans me prêter la moindre attention, ( comme si ça me changeait, tient ! ), il ouvrit son armoire et commença à farfouiller à l'intérieur. OK. Et moi qu'est ce que je faisais pendant ce temps ? Je faisais la poussière, le thé, ou alors j'attendais sagement que mon maitre me donne un nonosse ?
Repoussant mes sarcasmes au fin fond de mon esprit – il faudrait que je pense à ralentir sur les remarques déplaisantes, ça commençait à être une habitude chez moi – je détaillais la pièce. La décoration était sobre, sans prétention aucune. Les murs blanc crème adoucissaient la lumière crue du soleil, baignant la chambre d'une atmosphère sereine. Le lit croulait sous les étoffes, décoré d'une multitude de tentures beige et rouges et supporté par quatre pieds en bois sculpté. Bien qu'il soit luxueux, je savais qu'il n'avait jamais servi. Face à la couche bordée de satin et de velours se dressait une gigantesque armoire, celle là même où Gaara s'enfonçait de plus en plus, en quête de je ne savais trop quoi. Toute de bois faite, elle offrait à l'œil sensible une palette de teintes brunes et ocres qui semblait couler tout le long de sa surface lisse. Les gonds de ses portes luisaient faiblement d'un éclat doré, faisant miroiter milles merveilles aux murs tachetés de lumière. A peine plus loin se dressait un bureau minuscule, juste assez grand pour une personne, où reposait un coffret de bois fin. J'aurais pu passer des heures ainsi, à détailler chaque objet de la pièce, si Gaara n'avait pas émergé de l'armoire, un tee-shirt à la main.
« Tiens. » dit-il en me tendant le vêtement.
« Enfile ça. »
Interloquée, je saisis le haut qu'il me tendait. C'était un bête tee-shirt noir, sans manches ni col, plus taillé pour un homme que pour une femme. Non sans blague ? Il voulait m'habiller avec des vêtements à lui ? Je le regardais d'un air méfiant, hésitais sur la marche à suivre. Obéir une fois de plus allait contre mes principes. Le rouquin sentit mon indécision.
« Tu préfères peut-être les vêtements de Temari ? »
Au diable mes principes ! Message reçu cinq sur cinq, j'abdiquais devant l'argument le plus redoutable qui soit ! Je grommelais un « OK, OK... » grincheux, et allais pour me déshabiller quand je remarquais le regard vert du Kazekage toujours rivé sur moi.
« Tu veux pas te retourner ? » demandais-je en le gratifiant d'une œillade suggestive.
Ses yeux s'agrandirent – j'y crois pas il n'avait même pas capté que j'allais me retrouver à poil sous son nez ! – et parti inspecter les draps de son lit. Très captivant les reflets du satin… Et c'était du lin, ça ? Croyez le ou non, je cru voir une légère teinte rosée sur ses joues. Le maitre de Suna serait-il humain en fin de compte ?
« Yusuki la ferme et habille toi ! » me sermonnais-je intérieurement, furieuse de n'avoir pas su contenir mon esprit moqueur.
Après m'être assurée que Gaara ne regardait pas dans ma direction, je me débarrassais de mes vieilles fripes et enfilais le haut qui, trois fois trop grand pour moi, glissais de mes épaules. C'était toutefois beaucoup mieux que les habits de nudistes de Temari, aussi ne m'en formalisais-je pas. Il me suffirait de prendre garde à ne pas me baisser trop souvent. Fin prête je toussotais légèrement, signe à Gaara qu'il pouvait cesser d'étudier la fibre des draps qu'il n'utiliserait jamais de toute façon. Le rouquin m'examina de loin puis, jugeant sûrement que ça ferait l'affaire, hocha la tête.
« Je te le donne. » dit-il.
« Garde-le en attendant qu'on te trouve un haut à ta taille. »
Comme je le remerciais d'un hochement de tête son visage se fit plus dur, et je devinais qu'il revenait aux choses sérieuses. Sa main passa derrière lui et retira le bouchon de liège qui obstruait le goulot de sa jarre dont il fit jaillir un maigre filet de sable. Je frémis en sentant le fin courant de son chakra qui parcourait les grains, soudant les particules de pierre les unes aux autres. Mon propre chakra fonctionnait de la même façon. Le serpent grumeleux ondula quelques instants dans les airs avant de venir mourir à mes pieds, éparpillant sa mue jaunâtre au sol.
« Montre-moi ce que tu sais faire. » dit-il en désignant du regard le petit tas de sable qui attendait à mes pieds.
Quoi, un test ? Mes yeux se posèrent sur le sable, puis sur lui, effectuant des allers-retours indécis. La tentation était forte. Cette poussière dorée était mon élément, et je sentais les grains m'appeler, quémander mon soutient. Doucement, je chassais le chakra de Gaara et le remplaçais du mien, prenant le contrôle du serpent qui revint à la vie. Le sable s'éleva dans les airs, suivant mes ordres, tournoya un instant autour de moi, puis éclata. Un nuage ocre et doré m'enveloppa alors tandis que je fermais les yeux, happée par la chaude étreinte des fragments de roches. Je rappelais ensuite chaque grain à moi, et modelais un kunai qui durcit au fur et à mesure que je compactais le sable. Ma main se referma sur sa garde râpeuse, en caressa un instant la texture puis se retira alors que l'arme restait dans les airs. La surface de la lame trembla quelques secondes avant de s'effriter lentement sous les yeux interdits du Kazekage. Un sourire serein ornait à présent mes lèvres. J'aimais le sable. Le manipuler, le modeler, l'éclater puis le durcir, le relâcher pour le capturer de nouveau ensuite.
Rouvrant les yeux, je croisais le regard de Gaara. Indéchiffrable, comme d'habitude. Le sable se libéra soudain de mon emprise, et je senti le chakra du rouquin balayer le mien, reprenant ses droits. Le sable rentra bien gentiment dans sa jarre, nous laissant seuls, le Kazekage et moi, face à face.
« Shukaku… » murmurais-je.
Gaara tiqua à l'entente de ce nom, ce qui m'arracha un sourire.
« Sabaku no Gaara... Tu aimerais savoir pourquoi, hein ? »
Ses yeux verts plongèrent dans les miens, à la recherche d'une réponse qu'ils ne trouvèrent pas.
« Pourquoi est-ce que je peux moi aussi manipuler le sable à ma guise ? » demandais-je en m'asseyant sur le lit, à quelques centimètres à peine de Gaara.
Il ne dit rien, attendant la suite. Je levais la tête au plafond, l'esprit soudain ailleurs.
« Un jinchûriki parfait, fusionné avec le démon tanuki depuis sa naissance. J'ai souvent entendu parler de ton cas, là où j'étais. »
Aucune réaction chez le Kazekage. Tout ça, il le savait déjà mieux que moi.
« Moi… » repris-je.
« Je suis une copie de cette perfection. »
Les pupilles de Gaara s'agrandirent brusquement. Probablement était-il en train de prendre conscience de ce que je représentais ; pour lui comme pour moi.
« Je suis un autre Gaara, si tu préfères. » expliquais-je.
« Je suis une réplique exacte de tes pouvoirs, habitée par un Shukaku artificiel. Techniquement, je te suis semblable en tout point. C'est pour ça qu'on m'a créée. »
La mine abasourdie du rouquin m'arracha un nouveau sourire, et pendant un court instant je me demandais ce que ça faisait d'apprendre que l'on avait été cloné, copié, remanié et surtout convertit en fille. Je descendis du lit d'un geste souple, soudain inquiète pour lui. Peut-être aurais-je dû réfléchir avant de parler. Ma manière de présenter les choses n'avait rien d'encourageant. Mais que dire d'autre ? C'est ce que j'étais ; une pâle photocopie, un brouillon de plagiat inachevé.
« Euh… Ca va ? » hasardais-je en lui passant une main devant les yeux.
Il ne moufta pas, glissant simplement son regard émeraude sur mon visage. Une vague de culpabilité m'envahit soudain.
« Dé… désolée. » dis-je en me reculant, la tête basse.
« Ca ne doit pas être très agréable d'apprendre ça. Mais… Sache juste qu'être une réplique ne m'enchante pas plus que toi. Je n'ai pas demandé à… »
J'hésitais sur les mots à employer. « Naitre » n'était pas vraiment approprié. Je laissais planer un blanc, me creusant les méninges puis repris très doucement, précautionneusement.
« … à ce qu'on me crée.»
Pourquoi m'excusais-je ? Rien de tout ça n'était de ma faute, au fond. Alors pourquoi me sentais-je obligée de me justifier, de demander pardon d'exister ? J'étais débile, voilà quelle était la seule réponse possible. Ca, je le savais déjà. Mais à ce point ! Me sentir mal à l'aise devant lui, lui parmi tant d'autres, lui que j'étais censée égaler, non c'était vraiment au-delà de la débilité ! Le visage de Gaara se dégela, changea enfin d'expression. Ses yeux verts toujours rivés sur moi devinrent songeurs, touts à leur réflexions.
« A ce qu'on te crée… » murmura-t-il si bas que je dû tendre l'oreille.
« Quel âge as-tu ? »
Je comptais sur mes doigts.
« Euh… J'ai été créée peu de temps après que tu sois devenu Kazekage, donc si je compte bien… je vais bientôt avoir deux ans ! »
Le rouquin assimila l'information, quelque peu déboussolé. Son regard passa en revue mon corps entier, visiblement pas convaincu. Forcément, je me senti obligée d'éclairer sa lanterne.
« Je suis une arme. » expliquais-je.
Gaara sursauta.
« Ou du moins j'étais censée l'être. » me repris-je vivement.
« C'est pour ça que j'ai été modelée directement à cet âge ci. Une arme qui braille et qui porte encore des couches, c'est pas très efficace. »
La plaisanterie ne le fit pas sourire, et ses prunelles se firent encore plus inquisitrices.
« Si l'on devait évaluer mon âge grâce à des moyens cliniques, n'importe quel médecin pourrait t'affirmer que j'ai le même âge que toi ; à la seconde près. Je vieillis normalement, aussi. Donc… mis à part le fait que je suis née vieille, je suis un être humain tout à fait normal en apparence. C'est juste que je n'existe que depuis deux ans. »
Un rire jaune s'échappa de ma gorge. Mes explications étaient tellement claires ! Je m'y perdais moi-même ! Mais allez expliquer, vous, que vous êtes nés il y a deux ans directement sous votre forme adolescente ! Il y avait de quoi devenir chèvre ! C'était peut-être ça, la cause de mes dérapages cyniques et moqueurs. Ouais, je devais être sérieusement fêlée du bocal ! Un de ces quatre il me faudrait envisager la camisole de force. On ne sait jamais, peut-être ces trucs là étaient-ils confortables ? Mais avant ça il faudra que j'en propose une à Temari… Enfin passons.
Gaara s'assis à côté de moi sur le grand lit. Ses yeux baissés fixèrent ses pieds qui se balançaient dans le vide – si, si, j'ai bien dit dans le vide, le lit étant conçu pour supporter le poids d'un éléphant. Obèse, l'éléphant. Mais peut être le précédent Kazekage était-il gros, justement ? Un horrible frisson me parcouru l'échine. Ne pas imaginer un vieux Gaara munit de bouées, non, ne surtout pas imaginer ça ! Yusuki soi gentille et pense à autre chose ! N'importe quoi ! Bon OK, passez moi la camisole, enfermez moi dans une pièce confinée et ne m'en laissez plus sortir jusqu'à ce que j'arrête d'avoir des idées tordues dans ce genre là ! Ce qui en somme revient à m'y laisser croupir jusqu'à la fin de mes jours… Je me tortillais sur place, mal à l'aise devant le silence du rouquin.
« Par pitié dis quelque chose ! » le suppliais-je en silence, de plus en plus obnubilée par l'image d'un vieux débris à moitié noyé dans sa graisse.
Le silence s'éternisa et je maudis le mutisme forcené du Kazekage. Ce dernier ne semblait pas – mais alors pas du tout – enclin à la discussion. Je dirais même qu'il était partit pour rester muet pendant les trois prochaines années. Au moins. Remarquez, j'étais quasiment certaine que personne ne s'en apercevrait. Il était d'un naturel tellement causant !
La ferme Yusuki !
« Donc… toi non plus tu n'as pas choisis d'être comme ça… »
Alleluia il a parlé ! Ne pas sauter de joie ni se moquer de lui. Tais-toi, reste concentrée et répond à sa question.
« Oh non ! » confirmais-je en riant.
« Crois moi, si j'avais eu le choix je ne serais pas venue au monde comme ça ! »
Sa tête bougea imperceptiblement.
« Je vois… »
Un sourire contrit étira mes lèvres. Arrivera-t-il un jour à faire une phrase de plus de dix mots ?! Ou alors faudra-t-il que je lui tire les vers du nez sous la torture ?! Chose très tentante, soit dit en passant…
Un hurlement assourdissant nous parvint soudain, nous faisant sursauter à l'unisson. Mais quand je dis un hurlement, je parle bien sûr d'un truc énorme, lourd en décibel, un pur beuglement à en faire siffler les tympans d'un sourd ! Ca, c'était forcément…
« Je te parie que c'est Temari ! » lançais-je en quittant le lit.
Gaara sourit discrètement, se leva et me rejoignit près de la porte.
« Je tiens le pari. »
Et en effet, à peine eûmes nous rejoint l'entrée de l'aile Nord que nous trouvâmes les deux pauvres gardes ligotés comme des saucissons et suspendus la tête en bas, en proie à la fureur d'une Temari ivre de colère.
« Et maintenant vous allez bien me donner les clefs de cette foutue porte ! Hein ?! Ou alors il faut en plus que je vous laisse griller au soleil ?! »
Les deux gorilles s'agitèrent et croyez-moi, deux saucissons de corde et de muscle qui se balancaient au plafond des larmes pleins les yeux et un foulard chacun dans la bouche était un spectacle carrément poilant. Hilarant même ! Tellement cocasse que j'explosais de rire, suivie de près par Kankuro qui était accouru au bruit. Seul Gaara réussit à garder son sérieux, plus exaspéré par l'attitude tortionnaire et capricieuse de sa sœur qu'amusé par les deux babouins suspendus au plafond par les pieds.
« On peut savoir ce qui se passe ? »
Temari sursauta au son grave de la voix de son frère cadet. Deux secondes après elle nous sautait dessus.
« Ah ben quand même vous voilà ! » dit-elle en souriant.
Eh, minute ! En souriant ? Je restais perplexe face à son visage enjoué. Il n'y avait pas trois secondes elle était rouge de colère et voilà que son visage s'était instantanément mué en grimace heureuse ! J'avais l'impression de me retrouver devant le fameux Mr Patate, en version fille bien sûr. Mais oui, vous savez, cette espèce de boule informe sur laquelle vous pouvez coller une paire d'yeux différente chaque jour, avec trente-six expressions de visage et quarante accessoires hideux ! Et bien avec Temari, on avait droit au lot entier ! Accessoires minables comprit ( je pensais bien sûr à ses filets à poisson et à son lit qui, soit dit en passant, était d'un joli rose Barbie… ). Donc, madame patate – appelons la ainsi – avait revêtu ses yeux des beaux jours et s'était clipé sur la face un énooorme sourire.
« Justement je voulais vous rejoindre ! Mais ces deux là n'ont pas voulu m'ouvrir, alors ça m'a énervé et…
_ Et tu les as tabassé avec ta délicatesse naturelle ! » compléta Kankuro en ricanant.
La blonde lui lança un regard noir.
« Oui bon, mais de toute façon vous êtes là, c'est le résultat qui compte ! » éluda-t-elle en agitant la main.
Gaara acquiesça d'un hochement de tête.
« Et que nous voulais-tu ? »
Olala… Sourire monstrueux de la part de l'encouéttée qui fouilla dans son sac. Si je n'étais pas si sûre que c'était de mauvaise augure, j'aurais presque pu la croire aimable et agréable à vivre. Presque. Soudain elle ressorti les couettes du sac en brandissant la chose la plus horrible, la plus atroce que je n'avais jamais vu.
« Tadaaaaaam ! Yusuki, voici l'élément final de ta nouvelle tenue !!!! »
Dieu, Bouddha, ptit Jésus, Mr Patate et autre divinités super connues, tuez-moi !
