Je tiens à remercier emilie Voinson et Talim pour leur Review. Ça m'a fait très plaisir et je suis contente que cette histoire vous plaise.

Sachez que j'ai déjà écrit 15 chapitres de cette histoire car je la publie sur un forum depuis déjà quelques semaines. Pour l'instant je vais donc publier 2 à 3 chapitres par semaines puis quand j'aurais rattrapé mon retard je passerais à un chapitre par semaine, posté le Mercredi.

Note pour ce chapitre et les suivants : Tous les dialogues se font en russe. L'histoire se passant pour l'instant en Russie et l'enfant ne parlant que cette langue (ce qui est normal pour un russe de 5 ans), c'est normal que se soit cette langue qui soit utilisée. Par contre, entre Severus et Milo, lorsqu'ils ne sont que tous les deux, les dialogues se font en anglais. De part son métier Milo maitrise bien l'anglais et Severus est tout de même plus à l'aise dans sa langue maternelle^^

Voilà, j'espère que ce chapitre vous plaira tout autant. Bonne lecture


Chapitre 3 : Ioann.

Severus était sorti du local. Il n'avait pu rester à contempler ce sinistre spectacle. Milo était pâle aussi. Il le suivit et le soutint lorsque le brun manqua de s'effondrer contre le mur. C'était encore pire que la dernière fois où il était venu. Il tenta d'en faire abstraction car son ami était réellement au plus mal. Il n'osait même pas imaginer ce qu'il pensait. Apprendre qu'il avait un fils et voir dans quel état il se trouvait, le tout en une toute petite poignée de jours, ce devait être le pire des calvaires pour lui.

Severus en avait vu des tortures. De part sa place de Mangemort, il avait été témoin de la violence humaine, ou plutôt inhumaine bien plus que de nécessaire. Il s'était forgé une carapace inébranlable. Une carapace dans laquelle il pouvait s'enfermer pour faire abstraction de l'horreur qu'on lui imposait. Mais là, tout était différent. Merlin, c'était son propre fils. Le petit être de lui et d'Iva qui était traité comme un vulgaire animal nuisible. C'était son fils qu'il découvrait pour la première fois. Il savait déjà que plus jamais il ne pourrait oublier ce moment. Plus jamais il ne pourrait supporter ce genre de scène. Parce que tout ce qui lui restait de la femme qu'il aimait, était presque en train de mourir sur la terre souillée de ce bâtiment. Il respira profondément et savoura le soutien de Milo. Il fit le vide pour pouvoir une fois de plus écarter le cauchemar qui avait lieu de l'autre côté des planches.

Il releva la tête pour regarder le Russe et lui faire comprendre que ça allait. Il se décolla de la fine cloison le séparant du garçon. Du coin de l'œil il vit un mouvement dans la maison. Il se retourna et vit Sergueï les regardant par la fenêtre de l'étage, un verre à la main, le visage fermé. Puis il se retira, laissant le rideau retomber devant la vitre. Severus fut pris d'une bouffée de haine envers cet homme. Mais il fallait qu'il se calme. Il devait se calmer. Il posa sa main sur l'épaule de Milo et la serra fermement. Puis il laissa la main retomber sur son flan. Il contourna son ami. La main tremblante posée sur la poignée de la porte. Pour son fils. Il l'ouvrit doucement mais sûrement. Il fit un pas à l'intérieur avant de lancer un Lumos, à l'abri des regards. La petite chose couchée sur sol trembla plus fortement. Il prit sur lui. Il le devait. Il s'approcha. Calmement. Un pas après l'autre. Avec une sérénité qu'il était loin d'avoir. Et plus il avançait plus l'enfant se recroquevillait et tremblait.

Il avait peur. Il n'aurait pas du revenir aussi tôt. Mais était-il réellement tôt ? Il ne le savait pas. Il ne le savait plus. Il avait perdu toute notion de temps il y a bien longtemps. Il ne savait même plus où il était. Et qui il était, était une question qu'il se posait des fois. Il était « la chose », « l'objet ». Etait-il quelqu'un ? Avait-il été quelqu'un ? Serait-il quelqu'un ? Toutes ces questions qui le dépassaient totalement. Après tout il n'était rien, n'était bon à rien. Il lui disait tout le temps. Mais il lui semblait bien que cette fois il revenait en avance. Qu'avait-il fait de mal ? Il n'avait pourtant pas désobéi. Il était resté là, sage, sans bruit, sans bouger. Il se mit à trembler. Pourquoi ne faisait-il donc rien ? C'était une nouvelle punition ?

L'attente était pire que les coups de ceinture. Parce qu'on ne savait pas ce qui va arriver. Parce qu'on ne sait pas comment ça va arriver. On ne sait pas quand ça va arriver. Il avait envie de pleurer mais il ne le devait pas. Ce serait pire s'il pleurait. Alors il retint ses sanglots. Du moins il essaya car il avait beaucoup de mal à maitriser ses larmes. Il n'était pas seul. Il était venu avec quelqu'un d'autre. Ça n'était arrivé qu'une fois. Une seule fois. Mais il en faisait encore des cauchemars. Heureusement que quelqu'un avait eu besoin de lui et on l'avait à nouveau fermé dans la cave. Il s'était terré derrière une étagère. Son long tee-shirt serré contre lui. Comme une protection dérisoire. Il avait remonté son slip le plus haut possible, espérant que plus jamais on ne lui enlèverait. Que plus jamais des mains râpeuses et poilues ne le touchent à ces endroits là.

Il entendit un nom. Il lui sembla que c'était le sien. Mais qui était-il ? Il chercha dans sa mémoire. Oui, il avait déjà entendu ce nom. Mais quand ? Il était à nouveau seul. Il ne comprenait pas. Pourquoi était-il entré pour ressortir ? Il avait peur. Peur de ce changement dont il ne comprenait pas les conséquences. La porte s'ouvrit une nouvelle fois. Ses larmes silencieuses redoublèrent. Cette fois il n'y échapperait pas. Il s'avançait. Il arriva devant lui et quand il s'agenouilla, il laissa s'échapper un gémissement de pure détresse.

Severus sentit son cœur se fendre et saigner en entendant cette lourde plainte. Il était accroupi devant le garçon. Il n'osait tendre la main vers lui de peur de l'effrayer encore plus. Il inspira fortement. Comment aborder l'enfant sans l'affoler plus qu'il ne l'était déjà ? Il semblait si perdu. Peut-être qu'en lui parlant il pourrait l'apprivoiser plus facilement. Il ne pouvait pas le laisser là. Mais il ne pouvait pas non plus l'attraper et partir sous peine de le traumatiser un peu plus.

[Dialogues en Russe.]

- Ioann ? Ioann, tu m'entends ?

La respiration déjà hachée s'affola un peu plus. Severus était désespéré. Il ne savait pas comment le rassurer. Son fils était terrifié par sa simple présence. Il allait faire une nouvelle tentative quand il remarqua que l'enfant venait de s'uriner dessus. Il devait le rassurer.

- Ioann, mon garçon. Tout va bien. Il ne t'arrivera plus rien. Je te le promets. Je vais m'occuper de toi maintenant.

Les tremblements de l'enfant s'accentuèrent un peu. Comment allait-il pouvoir le tranquilliser ? Il n'était pas doué pour les sentiments. Il ne savait pas comment faire. Personne ne lui avait montré. Seule Iva avait su lui ouvrir cet horizon là. Ivanna.

- Tu sais, je connaissais bien ta maman.

Mама ? Dans les brumes de son esprit la silhouette d'une femme aux longs cheveux noirs se dessina. Puis deux yeux gris. Un sourire. Une chaleur lui envahit le ventre, lui donnant envie de pleurer un peu plus.

Severus avait remarqué que ce sujet là avait fait réagir son fils. Alors il décida d'insister.

- Tu te rappelles de ta maman ?

Mама. Oui, il s'en souvenait un peu. Il aimait bien être avec elle. Il y avait aussi un monsieur. Il était gentil lui aussi. Pourquoi lui parlait-on de sa maman ? Car ce n'était pas lui. Ce n'était pas sa voix. Qui était-ce ? La voix de l'homme était douce. Il avait envie de croire qu'il ne lui ferait rien. Mais il savait qu'il ne fallait pas. Qu'après ce serait plus dure encore. Quand les coups arriveraient.

- Tu lui ressembles beaucoup à ta maman. Tu as les mêmes cheveux qu'elle. Tu as son petit nez mignon aussi.

Il n'était pas mignon. Pourquoi ce monsieur lui disait qu'il l'était ? Pourquoi sa voix le faisait se sentir bien ? Pourquoi ? Il fallait qu'il le voie. Il devait le voir. Il devait anticiper et ne pas se faire surprendre par la punition. Alors il souleva péniblement ses paupières. Pas beaucoup. Juste assez pour voir le visage de celui qui lui parlait.

Le cœur de Severus se mit à battre la chamade quand il le vit ouvrir tout doucement ses yeux. Alors il ne dit rien. Et le laissa l'observer. Le laissa faire ses premiers pas. Puis quand il vit qu'il allait les refermer, il reprit ses paroles.

- Ne ferme pas les yeux. Regarde-moi Ioann. C'est bien mon garçon. C'est bien. Tout va bien.

Ioann, car c'est comme ça qu'il s'appelait n'est-ce pas ? Ioann aurait voulu refermer les yeux mais quand l'homme lui dit de les garder ouvert, il obéit. Toujours obéir. L'homme ne semblait pas vouloir le frapper. Mais il n'avait pas confiance. Faire confiance ça faisait mal. Alors il le regarda, comme il lui avait demandé. Il avait des cheveux noirs lui aussi. Et un peu longs. Il sembla qu'il lui rappelait quelqu'un. Quelqu'un qu'il avait vu quelque part, dans un miroir. Mais c'était si lointain. C'était peut-être qu'un rêve. Une illusion. Ses tremblements le firent claquer des dents. Ou alors c'était le froid qui commençait à s'infiltrer dans son dos, sous les planches du mur.

- Je sais que tu ne me connais pas. Je sais que tu ne me croiras sûrement pas. Mais je suis…

Qui ? Quoi ? L'homme qui avait abandonné sa mère en pensant que c'était la meilleure chose à faire ? Celui qui aurait dû s'occuper d'eux deux. Celui dont l'absence l'avait tant fait souffrir et rendu si malheureux ? Qu'était-on sensé dire à un enfant battu qui ne vous prend que pour la dernière menace en date ? Merlin lui vienne en aide.

- … je suis ton papa, Ioann. Je suis venu te chercher. Je serais venu plus tôt si j'avais su ce qu'il te faisait.

Папа ? Un papa ? Il savait ce qu'était un papa. Mais il pensait ne pas en avoir. Il n'était déjà pas sûr d'avoir une maman. Un papa ça donne des coups aussi ?

- Je te promets que je te protègerai. Plus personne ne te fera du mal.

Severus approcha doucement la main de celle de l'enfant. Puis il la posa dessus. Il caressa doucement les petits doigts, comme il aurait caressé les ailes d'un papillon. Le garçon s'était tendu au toucher mais il n'arrêta pas. Il s'évertua à rester le plus doux et tendre possible. Il n'avait pourtant jamais appris. Mais devant son fils, ces gestes lui semblaient presque naturels.

- Tu es mon garçon. On va rentrer à la maison. Je vais te soigner. Je vais prendre soin de toi. Tu es d'accord ?

Папа. Ça avait l'air bien d'avoir un papa. En tout cas, celui-là semblait ne pas vouloir lui faire de mal. Et puis il aimait sentir cette main sur la sienne. Il ne savait pas pourquoi. Mais il voulait que ça dure.

Severus sentit la petite main sous la sienne bouger. Il retint son souffle. Allait-il le rejeter ? Puis il sentit des petits doigts essayer d'agripper les siens. Alors il resserra doucement son étreinte. Il ressentit comme une explosion de joie lorsque Ioann attrapa son index et le serra aussi fort que ses maigres forces lui permirent.

- Tu ne crains plus rien, mon fils.

Un sanglot lui répondit, alors que l'enfant se roulait un peu plus en boule, attirant la main de l'adulte contre lui, comme pour se rassurer. De sa deuxième main, aussi doucement qu'il le put, il caressa les cheveux du garçon dans un geste réconfortant. Un autre sanglot, suivi d'un troisième puis d'un quatrième secouèrent l'enfant.

- C'est fini, mon Cœur. C'est fini.

Ioann avait refermé les yeux. Il était submergé par toutes les émotions qu'il ressentait. Il ne savait plus où il en était. Tout ce qu'il savait c'est que l'homme, son papa, ne lui voulait pas de mal. Il décida que cette main dans ses cheveux était ce qu'il y avait de plus merveilleux au monde. Cette main qui le rassurait au lieu de le frapper. Cette main qui était douce et pas râpeuse. Cette main qui restait dans ses cheveux sans vouloir aller plus loin. Cette main qu'il ne voulait jamais quitter. Oh, non. Il ne voulait pas que ça s'arrête. Il ne voulait pas devoir se réveiller et se rendre compte que tout ceci n'était qu'illusion.

- Ioann. On va rentrer à la maison maintenant. D'accord ?

A la maison ? Il allait avoir une maison ? A lui ? Pour de vrai ? Un papa et une maison ?

- O...u...i

La petite voix enrouée de son fils fit céder le barrage qui retenait les larmes de Severus. Et elles glissèrent le long de ses joues, en cascade, avant de tomber et de disparaître dans la terre meuble du sol de l'abri de jardin. Doucement il bougea pour s'approcher du garçon. Délicatement il lâcha la petite main. Tendrement il passa ses mains puis ses bras sous le corps trop petit et trop maigre. Puis il le cala confortablement contre son torse. Ramenant précautionneusement le pan de son manteau sur son corps dénudé. Puis il se releva, les yeux fixés sur l'animal blessé qui lui était si cher.

Cette chaleur contre lui. Il était si bien. Et ce cœur qui battait contre son oreille. Si rassurant, si entêtant. Ioann agrippa ses petits poings sur le pull de l'adulte. Il serra fort. Ses articulations étaient blanchies. Mais il ne voulait pas le laisser partir. Il voulait toujours rester comme ça. Une pression humide se fit sentir sur son front. Et il s'endormit. Détendu. Comme il ne l'avait plus était depuis tant de temps.

Milo était resté à la porte. Il ne voulait pas interférer. Ioann était trop pris dans les affres de sa misérable vie pour supporter deux présences adultes. Et c'était à Severus que revenait le rôle de le rassurer. Il regarda la scène douloureusement. Des larmes débordant de ses yeux régulièrement et plus encore quand il comprit l'acceptation du garçon. Puis le père se releva, son fils dans ses bras. Tous deux en larmes. Il sourit d'attendrissement en voyant Severus embrasser le front de l'enfant qui ne semblait pas vouloir être ailleurs que là où il était précisément. Quand son ami arriva devant lui, il rajusta le manteau doucement, afin de bien protéger le petit du froid. Puis il posa son bras en travers des épaules de Severus pour lui montrer son soutien. Il n'y avait pas besoin de mots. Ioann et son père étaient enfin réunis. Et le garçon allait retrouver une vie normale, entouré et épaulé. Et là tout de suite, c'était tout ce qui comptait à ses yeux.

Ce fut ainsi que tous les trois revinrent vers la maison de Sergueï afin de ne pas se faire remarquer en transplanant dans une cours Moldue. Ils n'avaient pas réagi que le temps était passé si vite. La nuit était tombée maintenant. Quand ils arrivèrent dans le hall d'entrée, la porte menant vraisemblablement à la cuisine, s'entrouvrit un peu, laissant apparaître l'œil curieux puis rassuré de Sylvana. La porte du salon s'ouvrit en grand, claquant contre le mur. Le petit corps dans les bras de Severus sursauta. L'adulte resserra légèrement son étreinte rassurante.

- Ce n'est pas trop tôt ! Je ne pense pas vous avoir autorisé à me faire perdre autant de temps !

Ioann se mit à trembler violement en l'entendant. Non, il voulait rester dans ces bras. Il ne voulait pas retourner avec lui. L'homme à côté de son papa, lui répondit d'un ton à faire peur.

- Je te conseille de te tenir tranquille Soloviev. Sinon je me ferais une joie de te montrer ce que je pense de ta façon d'élever mon filleul !

- Ce n'est pas ce qu'il est. Et tu le sais très bien.

- Il le sera bientôt. Tout comme Ivanna l'avait désiré. Et ne vous approchez plus jamais de mon fils. Ou je me ferais une joie de vous torturer avant de vous laisser agoniser jusqu'à ce que la mort se décide à vous faucher.

La voix de son papa était froide, cinglante, effrayante. Mais Ioann ne se sentait pas menacé. Car en même temps les bras qui le tenaient ne voulaient pas le lâcher. Parce que la main qui avait atteint ses cheveux, les lui caressait à nouveau doucement. Parce que le cœur qui battait dans cette poitrine contre lui, mêlés aux vibrations que les paroles avaient apportées, était la sensation la plus douce et la plus agréable qu'il n'avait jamais ressenti. Il en était sûr. Car sinon il s'en souviendrait, n'est-ce pas ? Puis le mince courant d'air qui s'infiltra dans le manteau lui apprit qu'ils étaient de nouveau dehors. Le portillon grinça. Il partait. Son papa lui avait dit vrai. Il l'emmenait avec lui. Il colla son nez dans le pull de l'adulte et respira fort. C'était une odeur rassurante. Celle de la personne qui était venue le chercher. Et cette fois, il s'endormit profondément. Ne se réveillant même pas quand le paysage tourbillonna et changea.

Milo ouvrit la porte de l'appartement. Ils avaient transplané dans la ruelle attenante afin de ne pas se faire surprendre. Severus entra, son paquet étroitement pelotonné contre lui. Le Russe lui parla mais il ne l'entendit pas. Il réagit quand il sentit un regard insistant, sur lui. Milo lui sourit et il lui répéta.

[Dialogues en Anglais]

- Je sais que ça ne sera pas évident. Mais tu devrais le réveiller pour lui faire prendre un bain. Pendant ce temps je lui préparerais un bouillon de poulet. Je pense qu'il ne pourra pas faire de gros repas pour l'instant.

- Je ne le pense pas non plus. Il faudra lui donner plusieurs collations pendant la journée. Comme ça il aura la quantité sur une journée sans que son estomac ne se contracte. Si tu as de la compote, je pense que ça lui ferait du bien de manger quelques fruits. Je vais aller le réveiller. Est-ce que tu peux me transformer quelque chose en petit lit ? Après sa douche je l'y installerais et il mangera là avant de dormir.

- Bien sûr. Je le mettrais dans ta chambre. Et je t'apporte aussi des vêtements. Quand je t'ai écrit, je suis allé faire les magasins pour qu'il ait de quoi s'habiller correctement.

- Merci. T'es un parrain de première classe.

Avec un nouvel échange de sourire, les deux hommes partirent chacun de leur côté. Severus alla dans sa chambre et s'assit sur son lit. Il cala le garçon endormi sur ses genoux et de sa main libre il caressa son visage en lui murmurant de se réveiller. Ioann ouvrit les yeux et se tendit. Il ne reconnaissait pas le lieu. Ni l'homme. Il avait peur.

[Dialogues en Russe]

- Chut mon Cœur. Tout va bien. Papa est là. Tu ne crains rien. C'est fini.

Papa ! Il avait un papa. Il était avec son papa. Son papa qui était venu pour lui. Il se détendit progressivement et se laissa bercer par les douces paroles qu'il lui disait.

- Tout va bien. Tu es en sécurité. Tu vas prendre un bain, puis tu mangeras un peu de bouillon bien chaud et une compote. Après tu pourras dormir autant de temps que tu veux d'accord ?

Un bain ? Un vrai bain ? Et un bouillon ? Chaud ? Pour de vrai ? Il hocha doucement la tête contre le torse de l'adulte. Celui-ci l'assit sur le lit moelleux. Il retira son manteau, son pull et ses chaussures. Puis il lui dit de rester ici le temps qu'il allait remplir la baignoire. Ioann leva les yeux et regarda autour de lui. Cette chambre. Il la connaissait. Il l'avait déjà vu. Dans un rêve. Dans une vie avant. Il ne savait plus. Son papa revint et s'agenouilla devant lui. Il lui demanda s'il pouvait marcher. Il hocha à nouveau la tête. Délicatement la main de l'adulte attrapa la sienne et l'incita à se mettre debout.

Une fois sur ses jambes, il chancela un peu mais tint tout de même. Lentement ils traversèrent la chambre et le couloir, se dirigeant vers la salle de bain. La porte resta entrouverte. Ioann regarda tout autour de lui quand il remarqua que l'homme lui parlait. Il n'avait pas compris. Il n'avait pas écouté. Il était un mauvais garçon. Il baissa la tête et tritura le bas de son tee-shirt avec ses doigts, attendant la punition qui ne devrait pas tarder. Un doigt glissa sous son menton le lui remontant. Il rencontra le regard de couleur noir mais si tendre de l'adulte. Puis l'homme répéta, sans colère aucune dans la voix. Il lui demandait de retirer ses vêtements. Il paniqua. Non pas ça. Il ne voulait pas ça.

Severus s'était perdu dans le regard profond de son fils. Des yeux aussi noirs que les siens. Mais piquetés de paillettes d'argent. Un vrai mélange entre Ivanna et lui. Quand il lui demanda pour la deuxième fois de poser ses vêtements, il s'inquiéta de la panique qui s'empara du garçon. Que lui avait fait ce sale Moldu pour obtenir une telle réaction ? Il ne voulait même pas imaginer ce que son cerveau lui criait. Il s'accroupit devant lui, gardant ses craintes et sa colère bien en lui et prit ses petites mains dans les siennes.

- Tout va bien Ioann. Mais tu dois te déshabiller pour prendre un bain. Après tu pourras mettre un beau pyjama confortable qu'oncle Milo t'a acheté.

Oncle ? Alors l'autre homme qu'il n'avait pas vraiment vu était son oncle ? Le ton calme de son papa était rassurant. Et puis c'était son papa. Il lui avait dit que tout irait bien. Alors il se détendit. Mais ne fit pas un geste de plus.

Severus sentit la tension retomber. Lentement il saisit le vieux tee-shirt et le remonta pour le passer par dessus la tête du garçon. Puis il attrapa le slip et le fit glisser le long des jambes bien trop maigres et entaillées de l'enfant. Puis avec toute la délicatesse possible il l'attrapa sous les bras et l'assit dans la baignoire. Il n'y avait pas beaucoup d'eau. Juste un peu pour le faire barboter mais pas assez pour qu'il s'affole si jamais il craignait l'eau. Il sentit Milo se glisser silencieusement dans la pièce pour déposer un pyjama et récupérer les loques sales et usées. Il attrapa un gant et y mit du savon. Il savonna progressivement le visage, derrière les oreilles puis les épaules, le ventre et le dos avec une délicatesse extrême pour ne pas lui faire mal. Tant de blessures sur un si petit homme. De longues trainées rouges sillonnaient son dos principalement. Certaines s'étaient infectées par le manque d'hygiène. Il posa le gant. Il déposa du shampoing dans sa main et massa ses cheveux longs et emmêlés pour enlever la saleté qui s'y trouvait.

Puis il remit le gant et nettoya entre les orteils avant d'aider son fils à se mettre debout. Il s'attaqua alors aux jambes. Une après l'autre. Il sentit le garçon se tendre au maximum lorsqu'il s'occupa de ses fesses et de ses parties intimes. Il vit des larmes couler des yeux fermés du garçon. Il maudit Sergueï. Mais se força à ne pas transmettre ses pensées à l'enfant. Puis il posa le gant. Ouvrit la bonde pour évacuer l'eau marron. Il alluma l'eau et la régla à une température correcte avant de rincer Ioann. Quand toute trace de savon et de saleté eurent disparu, Severus l'essuya avec attention. Puis il l'installa sur un petit tabouret pour soigner ses blessures. Malgré de nombreuses grimaces, aucune plainte ne fut prononcée. Enfin, il l'aida à enfiler un petit pyjama bleu. Il lui démêla ensuite les cheveux et les sécha avec une autre serviette.

Assis sur le petit tabouret, Ioann se laissait bercer par les attentions de son papa. C'était tellement bon. Surtout que maintenant que les baumes de soin ne le piquaient presque plus c'était plus agréable. Doucement il sentit ses yeux se fermer. Il tenta de les garder ouverts mais à chaque fois ils voulaient se refermer tous seuls. Sa tête bascula un peu en avant, avant qu'il ne se remette bien droit. Il ne voulait pas s'endormir. Pas maintenant. Il sentit qu'on mettait ses bras autour d'un cou et qu'on le soulevait. Instinctivement il resserra sa prise et enroula ses jambes autour de l'adulte dans une parfaite imitation du koala. Il glissa son nez dans le cou de l'homme, renifla cette odeur si tranquillisante et se laissa emporter hors de la salle de bain.

Severus déposa son fils sur le petit lit qui était désormais au côté du sien. Il l'assit confortablement contre les oreillers et le regarda lutter pour rouvrir ses yeux. Il eut un sourire attendri devant le tableau. Milo arriva dans la chambre, tenant un plateau. Il le déposa sur le chevet et attrapa le bol fumant avant de s'asseoir sur une chaise proche du lit.

- Ioann, Milo a apporté un peu de soupe. Tu vas manger un peu et après tu pourras dormir. D'accord ?

- Oui monsieur.

Milo lui donna le bol et Severus nourrit lentement l'enfant. Quand il vit qu'il semblait calé, il attrapa la compote de poire et lui en proposa quelques cuillérées. Il lui fit ensuite boire un verre de lait légèrement chocolaté. Le russe reprit le plateau alors que l'anglais allongeait le garçon sous les couvertures. Il l'embrassa sur le front et lui caressa les cheveux jusqu'à ce qu'il s'endorme profondément. Il le regarda dormir. Dire que moins de 48 heures plus tôt il était à Poudlard, enseignant à des élèves médiocres et turbulents, gardant le souvenir de cette URSS loin dans sa mémoire, et que maintenant, il était de retour ici, et avait un fils. Un fils qui avait été maltraité. Un fils qu'il n'avait jamais osé s'imaginer même dans ses rêves les plus fous, de peur d'être déçu de ne jamais pouvoir le concrétiser. Un adorable enfant de cinq ans qui avait terriblement besoin de lui. Et il était loin de s'imaginer à quel point il avait besoin de lui.