« Paroles »
*russe *
/écriture, mouvement de tête ou pensées envoyées à une autre personne/
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Chapitre 3 : Patronus
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Deux années étaient passées. Harry faisait de son mieux pour mettre la guerre derrière lui, pour avancer, sortir la tête de l'eau. Pour cela, il s'investissait de toutes ses forces dans l'éducation de Talya et de Teddy qu'il récupérait de plus en plus souvent de manière à permettre à Andromeda de vivre un peu. Mais également dans la rénovation de Square Grimmaurd, dans les livres sur les droits et les devoirs des Lords et leur place politique, et dans l'organisation du futur mariage de ses deux meilleurs amis.
Ils grandissaient, petit à petit, loin de la guerre.
« Bonjour ! » lança Hermione en sortant des flammes vertes de la cheminée.
Dans la cuisine où elle aidait Harry à préparer le repas de la soirée, le visage de Talya s'illumina. Elle adorait Hermione, qui lui apprenait toujours énormément de chose, qui lui rapportait des cadeaux et des livres. C'étaient Harry et la jeune femme qui lui avaient appris à parler, lire et écrire anglais. Ils avaient passés des heures durant dans le salon, à décrypter des lettres, à former des mots, à comprendre et apprendre. Hermione lui caressait toujours les cheveux en déclarant qu'elle était fière d'elle quand elle réussissait.
Ron sortit à son tour, rapportant un dessert de sa mère pour l'occasion. Il eut tout juste le temps de le déposer qu'il recevait une furie brune dans les bras, une fois que celle-ci eut lâchée sa fiancée.
« Hey ! Salut Princesse ! » s'exclama le grand roux en la faisant tournoyer dans ses bras malgré ses qinze ans.
Elle n'était pas allée à Poudlard, car Harry venait tout juste de devenir son tuteur légal et magique. De plus, Poudlard n'acceptait pas les nouveaux arrivants. Alors elle suivait des cours à domicile, d'Harry, Hermione, Luna, et de Professeurs qui se déplaçaient à domicile.
Alors que les deux discutaient de la prochaine coupe de Quidditch et de la prochaine fois que Ron viendrait pour lui apprendre à voler, Hermione s'approcha doucement.
« Comment va Malfoy ? »
Harry ferma les yeux un instant, le temps de se remémorer le visage pâle et paisible endormit dans un grand lit à l'étage. Anna McKinnon venait tous les matins voir son patient, lui administrer des potions et faire bouger ses membres. Il la laissait faire puis ils partageaient ou non un café en discutant.
Parfois, Harry passait des heures dans sa chambre, à parler de tout et de rien, simplement pour lui tenir compagnie.
« Pas d'améliorations. Mais pas d'aggravation non plus, alors c'est positif. »
La jeune femme pinça les lèvres, sans rien dire. Elle était présente à la fête ce soir-là, elle se souvenait du sang, tellement de sang, et de la réaction de Harry. Elle se souvenait de ses yeux, noirs de haine, noirs de folie. Elle le connaissait par cœur, Harry. Ils avaient vécu tellement de choses ensemble qu'elle savait lire dans ses yeux comme personne. Ce soir-là, elle avait entendu un hurlement. Un hurlement de douleur. Elle n'avait pas tout de suite compris. Elle était à l'autre bout de la pièce, elle n'avait pas vu le sort, il y avait simplement ce hurlement dans sa tête. Puis elle s'était retournée et elle avait vu le sang.
Le minuteur sonna, déclarant que le repas était prêt et avec un sourire satisfait, le brun sortit la quiche du four.
« A table les enfants ! »
Hermione gloussa alors que Ron protestait : il avait dix-neuf ans, pas huit par Merlin !
La soirée fut joyeuse et remplie de rire. Talya adorait Ron et Hermione. Pour parfaire ce tableau de famille, il ne manquait plus que Teddy qu'elle avait considéré comme son petit-frère dès l'instant où il avait tendu les mains vers elle, et Andromeda, leur grand-mère.
Il y avait une photo de tout le monde sur le frigo et il aimait la regarder en buvant son premier café.
Tout en écoutant Ron et Hermione débattre sur les dangers du Quidditch, Harry observa sa jeune protégée. Elle avait bien changé en deux ans. Elle était plus ouverte, plus épanouie. Toujours aussi franche, elle détestait mentir et les mensonges. Elle souriait, riait, pleurait quand elle le voulait et ses yeux bleus brillaient maintenant. Elle avait grandi, gardant sa beauté étrange des pays froids et sa peau pâle malgré tous ses voyages au soleil.
Il observa aussi ses mains, capables de faire de la Magie sans baguette. Olivander avait été clair après une demi-heure de recherche. Talya n'avait pas besoin de baguette. En fait, ce n'était pas réellement une sorcière. Elle pouvait voir la Magie, la sentir même par son don d'empathe mais ne pouvait pas vraiment la manipuler. Elle y arrivait quelques fois, de manière aléatoire, pour quelques sorts comme un Accio, Protego, Wingardium Leviosa, ou Expelliarmus. Cependant, ils s'étaient rendu compte que ce n'était pas un problème. Elle restait plus ou moins imperméable à toute action de la Magie contre elle. Elle pouvait résister aux Stupefix, Oubliette, et d'autres. Lorsqu'elle se sentait en danger, un dôme de protection l'entourait instinctivement. Ollivander avait été stupéfait, Hermione émerveillée, Harry subjugué.
« Harry ? »
« Hm ? »
« Tu étais partit dans tes pensées. » rit Hermione en lui tendant une part de tarte à la pomme. « Comment avance ton projet ? »
« Bien, je devrais finir dans le mois. »
Harry était devenu peintre, la plus grande surprise de tous. Mais il avait toujours adoré dessiner : chez les Dursley, derrière les rideaux de son lit dans leur dortoir, dans sa chambre poussiéreuse au Square Grimmaurd. Son métier lui permettait également de rester à la maison avec Talya et d'éviter les groupies qui campaient devant chez lui.
Il avait déjà vendu une dizaine d'œuvres sous un nom d'artiste : Lya. Il exposait ses toiles une fois par mois dans une galerie qui accueillaient également d'autres artistes inconnus Sorciers ou moldus. En effet, la galerie se trouvait avec une entrée pour chaque monde, car les peintures exposées n'étaient pas animées.
Si Harry avait été honnête avec lui-même, il aurait peut-être avoué peindre un peu trop Draco Malfoy endormit. Mais Harry était un Gryffondor et il savait parfaitement bien faire l'autruche quand il s'agissait de ses sentiments.
La peinture était son catalyseur. Les heures passées à peindre sans plus se soucier du monde extérieur l'aidaient énormément à survivre à cette épée de Damoclès constamment au-dessus de sa tête. Il s'était passé quelque chose le jour de la défaite de Voldemort. Parce qu'il avait vécu dix-sept ans en cohabitation avec un morceau d'âme du Mage Noir, que celui-ci avait détruit ce lien de ses propres mains puis que Harry ait définitivement tué Voldemort avait créé une connexion, un pont, un fil tangible entre eux durant un quart de seconde alors que le Mage Noire trépassait. Et une partie de la Magie de Voldemort s'était engouffrée par ce lien, avant d'exploser à l'intérieur du brun. Il n'avait survécu que par son statut de Maitre de la Mort, qui avait scellé la puissance phénoménale à l'intérieur de lui.
Alors Harry devait lutter tous les jours, pour contenir cette puissance, pour l'éviter de s'échapper hors de lui. Au cours des deux dernières années, il avait perdu trois fois le contrôle. La première fois le jour de la Bataille Finale, quand la Magie étrangère avait pénétré en lui. La seconde fois lors de l'attaque contre Draco Malfoy. La troisième fois en pleine rue, quand plusieurs groupies s'étaient attaquées à Talya, jalouses. Harry avait explosé, fou de rage à l'idée que l'on puisse la blesser.
On avait touché à son trésor, à son soleil.
Il avait créé un typhon qui avait dévasté la rue entière. Cependant, en périphérie et donc là où les vents étaient les plus violents, Talya n'avait pas été touchée. Peut-être était-ce sa Magie qui l'avait protégée, ou celle d'Harry, toujours était-il que l'adolescente avait traversé les vents qui hurlaient, était arrivée au cœur du typhon puis avait doucement prit la main d'Harry. Alors le brun s'était calmé, le vent était tombé et tout le monde avait pu se relever pour découvrir la rue ravagée. Plus personne n'avait cherché à s'en prendre à la jeune fille après ça.
Si Harry ne dormait plus la nuit, ce n'était plus à cause des cauchemars, mais de la crainte de perdre le contrôle. Cependant, avec Talya à ses côtés, il pouvait se reposer de plus en plus.
HPDM
Il avait suffi d'une seconde.
D'une unique seconde.
D'une main qui en quitte une autre, d'un magasin illuminé, d'un oiseau qui vole.
Ils faisaient les courses de Noël dans une rue Moldue en discutant de Teddy qui grandissait trop vite, d'Andromeda qui se faisait vieille, des futurs enfants de Ron et Hermione, des voyages de Luna, des plantes de Neville. Ils cherchaient un présent pour Anna McKinnon qui donnait des cours de Medicomagie à Talya. La jeune fille était avide de connaissances et elle aurait parfaitement eu sa place à Serdaigle. Étrangement, la Magie de soin correspondait à ses capacités.
De la neige qui tombait, du verglas qui tapissait la route, d'une capuche.
Talya voulait manger des marrons chauds alors il lui avait répondu qu'ils en prendraient au retour.
Ce n'était de la faute de personne. Ni de la neige, ni du conducteur, ni du magasin, ni de l'adulte.
Talya avait vu quelque chose qui lui avait tapé dans l'œil, de l'autre côté de la route et sa main avait lâché celle d'Harry. Un oiseau s'était envolé quelque part à sa gauche. Le temps qu'il se tourne en lui criant de l'attendre, elle était déjà sur la route. La voiture était apparue par surprise, tournant de la rue perpendiculaire à toute vitesse. Les phares avaient éclairé la silhouette emmitouflée de l'adolescente, et s'étaient reflété dans ses yeux bleus.
Elle n'eut pas le temps de crier. Harry non plus. Le conducteur n'eut pas le temps de freiner, elle n'eut pas le temps de s'écarter ou de se protéger.
Le bolide la percuta avec violence, envoyant son corps valser quelques mètres plus loin.
Il y avait du sang partout.
Harry entendit un cri, un cri déchirant, inhumain, ravagé par la douleur et le désespoir. Il fallut qu'il reprenne sa respiration pour se rendre compte que c'était lui. Il se précipita vers elle, vers son trésor, son soleil. Elle était étendue sur le sol, ses jambes brisées, ses cheveux noirs tout autour de son visage. Il tomba à ses côtés et la prit doucement dans ses bras, n'osant y croire. Ils rejouaient presque la scène de leur première rencontre. Mais Talya n'ouvrirait plus jamais les yeux. Elle ne sourirait plus jamais. Elle ne rirait plus jamais. Elle ne pleurerait plus jamais. Elle ne bouderait plus jamais.
Elle était déjà morte.
Il criait et pleurait en même temps, serrant le corps froid contre lui alors que l'on criait d'appeler l'ambulance, alors que le conducteur titubait hors du véhicule le visage ensanglanté, alors que la neige tombait.
Ses parents, Cédric, Sirius, Dumbledore, Hedwige, Dobby, Fred, Remus, Tonks, Colin, Snape.
Autour de lui tout le monde mourrait. Il était le Maitre de la Mort, aucun mortel ne pouvait rester à ses côtés.
Tout le monde.
Une lueur dorée sortit du corps vide de l'enfant pour se réfugier à l'intérieur de son tuteur sans que personne mis à part le concerné ne le remarque. Stupéfait, il hoqueta avant que l'on ne l'arrache du corps. Il cria mais c'était les ambulanciers. Il eut envie de hurler de nouveau, de hurler qu'elle était morte, que c'était trop tard, qu'il était seul, qu'il était maudit, que les Dieux le châtiaient. Il eut envie de hurler qu'elle était enfin elle-même, qu'elle lui avait raconté son sombre passé, que Hermione la voulait comme témoin. Il eut envie de hurler que Teddy allait pleurer, que Andromeda aussi, que tout le monde allait pleurer et hurler. Il eut envie de hurler que c'était injuste, que ce n'était jamais lui, qu'on ne le laissait pas mourir.
Mais il se tut, ravalant ses cris et ses larmes, le regard vide, le cœur en sang, montant dans l'ambulance à la suite de son soleil. De son étoile qui s'était éteinte.
HPDM
Il ne l'avait pas enterrée à Godric's Hollow. Le cimetière était sombre et terrifiant là-bas. Il avait préféré le cimetière à côté du Ministère car il y avait de grands arbres qui coloraient le paysage. Il avait choisi une tombe d'un granit très clair, presque blanc et une épitaphe dorée sur laquelle on pouvait lire : « Talya POTTER-BLACK, 08/01/1985 – 19/12/2000, Ci-gît une étoile polaire, qui était pourtant toujours chaleureuse et qui a su apporter la lumière dans une maison sombre. »
Hermione avait hurlé. Ron avait crié. Andromeda avait pleuré. Luna avait tremblé. Neville s'était effondré. Teddy n'avait pas compris.
Il était terrifié à l'idée de rentrer et de ne trouver que le vide. Terrifié à l'idée que sa chambre reste vide, que le frigo soit à demi-plein, de devoir jeter toutes ses affaires. Terrifié à l'idée de devoir affronter sa propre maison, affronter le monde, faire son deuil, accepter. Terrifié à l'idée de participer au mariage de ses meilleurs amis sans elle, de se coucher sans la savoir quelque part, de passer des mois à s'attendre à la voir débarquer.
Il était terrifié à l'idée qu'elle ne soit plus là.
Il ne s'en remettrait jamais. Ce serait pire que la mort de Sirius, pire que la mort de Dumbledore, pire que la mort de Remus, Tonks et Fred. Ce serait pire que de regarder Dumbledore s'empoisonner, pire que d'apprendre que l'on est un Horcruxe, pire que de s'enfoncer dans une forêt en sachant que l'on doit mourir, pire que le meurtre de Voldemort.
Son âme ne s'en remettrait jamais.
Alors il se laissa harper par les souvenirs. Il se perdit avec plaisir dans les souvenirs des moments passés à rire, à se chamailler, à peindre sa chambre couverts de couleurs. Du jour où il l'avait peinte pour la première fois, de l'illumination de ses yeux quand il lui avait offert son premier cadeau, des chatouilles qu'elle faisait à Teddy, des batailles de chantilly, des soirées à danser et sauter dans le salon au son de la radio. De son sourire quand Ron la faisait voler, de ses rires quand Hermione lui racontait leurs mésaventures, de la lumière dans ses yeux quand Luna lui montrait les incroyables photos des paysages visités. Il se souvint du moment où elle lui avait pris la main le jour où il avait perdu le contrôle, sans montrer la moindre peur, simplement une confiance absolue. Il se souvint des après-midis à courir dans la neige, de son premier parc d'attraction, des fêtes au Ministères qui étaient moins ennuyantes quand elle était avec lui.
Une larme coula sur sa joue, allant se perdre dans son sourire fragile.
Les yeux fermés, il ne vit pas la boule de lumière quitter son corps pour flotter juste devant lui, au-dessus de la tombe. Il ne la vit pas s'étirer, de déformer, jusqu'à prendre la forme d'une silhouette humaine. Il ne vit pas Talya sourire avec tristesse jusqu'à ce qu'il ouvre violement les yeux suite à un effleurement sur sa main.
Choqué de la voir, il hoqueta en reculant d'un pas, les yeux écarquillés.
« Qu'est-ce que ?! »
* Bonjour Harry. *
« Talya ?! »
« C'est moi. Excuse-moi de t'avoir fait peur. » murmura l'apparition en penchant la tête sur le côté avec une petite moue coupable.
« Comment… »
« Je ne sais pas. Je me suis senti partir. J'ai senti mon corps mourir sous le choc, mon cœur s'arrêter. J'ai senti mon esprit et mon âme quitter mon corps mais je ne voulais pas te laisser alors je me suis accrochée de toutes mes forces à cette pensée. Puis j'ai senti ta présence. C'était étrange, c'était comme si tu étais là mais en même temps pas vraiment, comme si ce n'était pas vraiment toi. Je me suis approchée, j'ai tendu la main vers toi et quelque chose m'a harpée à l'intérieur. En fait, c'était tellement puissant que même si je ne m'étais pas approchée, ça m'aurait harpé. »
« Alors… »
« Je suis à l'intérieur de toi oui. Je ne pouvais pas sortir avant parce qu'il me fallait une ouverture et que tu étais trop renfermé sur toi-même pour créer une brèche. Un jour, tu m'as parlé du sortilège de protecteur, Spectro Patronum. Si tu essayes de le jeter, alors j'apparaitrais. »
« Un Patronus ? Mais pourquoi ? »
« Je ne sais pas vraiment. Parce que j'utilise la brèche ouverte par les sentiments positifs je suppose. »
Il resta silencieux un instant, encore trop choqué pour faire quoi que ce soit. Il la regarda sourire doucement, avec tendresse. Elle s'approcha et tendit la main avec lenteur, comme si elle avait peur de le toucher. Ou de ne pas pouvoir le toucher. Mais ses doigts rencontrèrent sa peau, qui brula légèrement.
« Tu es là. » souffla Harry, subjugué.
« Je suis là. » répondit-elle en levant ses yeux bleus vers lui.
« Tu es vraiment là. Ce n'était pas un mirage de mon esprit. »
« Non. »
Les larmes dévalèrent ses joues, et il tomba à genoux.
Elle était là. Elle était vraiment là. Elle n'était pas partie.
Ils étaient toujours ensembles.
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