2. Déjeuner(s).
Le lendemain, de même que le mercredi, la même routine se répéta, seulement rythmée par la ronde des cours se suivant et ne se ressemblant pas. À chaque cours de littérature avancée, je me préparais mentalement à tenter d'aborder la moindre conversation avec elle. Je me préparais même une liste de sujets pour ne pas me trouver plantée face à elle, incapable de dire un mot. Mais en grande adepte de l'adage « courage, fuyons », je me liquéfiais simplement à chaque cours.
J'étais tout juste capable de la regarder à la dérobée les rares fois où j'avais simplement le cran de décoller mon nez de mes notes de cours dans lesquelles je trouvais le plus souvent refuge. Le fait est que m'enhardissant de plus en plus et de plus en plus distraite, la qualité de mes notes de cours alla décroissant... jusqu'à ce que, jeudi, s'étant naturellement rendue compte de mon manège, la demoiselle de mes pensées me tendit ses notes de cours, accusant pour ma part, d'une copie parfaitement vierge.
D'embarras, je rougis jusqu'à la racine des cheveux et elle feignit, par courtoisie, de ne rien voir en reportant toute son attention à son dernier dessin. Au contraire du premier, elle ne dessinait plus que des silhouettes, des corps, indéniablement féminins, aux cheveux longs, mais sans visage. Et ce, à chaque fois, invariablement, depuis le cours du mardi. De mon coté, je m'empressai de rattraper mon retard en recopiant ses notes, pour m'arrêter sur la dernière page, ne comportant que trois lignes de cours... et un post-it.
« Est-ce que tu accepterais que l'on discute un peu à l'heure du déjeuner ? » avait-elle écrit, de sa plus belle écriture, à l'encre violette sur fond jaune. Soudain prise d'un coup de stress, je m'attendais à ce qu'elle me confronte sur mon comportement depuis trois jours et elle avait choisi son moment car aujourd'hui, seule une très longue heure de maths me séparait de celle du déjeuner. Je lui répondis par la positive en essayant de ne pas trembler comme une feuille.
À moitié satisfaite, je lui rendis ses notes, et ma réponse par la même occasion. Sans empressement, elle continua son dessin alors que je reprenais sérieusement le cours. Elle finit par s'emparer de sa copie, regarder ma réponse, me regarder, attendre que je lui rende son regard que je ressentais sur moi comme prise de frisson. Et finalement, elle me sourît, le genre de vrai sourire, sincère, contagieux, qui se lit tant sur les lèvres que dans les yeux.
Le cours continua studieusement, du silence religieux de la prise de note et pour moi, de manière béate et détendue comme jamais. Alice Cullen voulait me parler, déjeuner avec moi... et pas juste pour exiger une explication à mon comportement maladroit... ou juste tout simplement flippant ? Je ne vis pas le temps passer. Même le cours de maths n'avait pas réussi à altérer mon humeur lorsque la sonnerie du déjeuner retentit enfin.
oOoOo
En entrant dans la cafétéria du lycée, je ne pouvais manquer les Cullen, seulement trois à leur table habituelle. J'étais en partie rassurée à l'idée qu'un déjeuner avec elle ne signifie pas nécessairement un déjeuner avec la fratrie au complet. Mais j'étais aussi paniquée car je ne la trouvais pas, jusqu'à ce que je vis sa main s'agiter dans ma vision périphérique, à l'autre bout de la pièce. En fait, très exactement à la table la plus éloignée de celle ou elle avait ses habitudes, et ça, c'était curieux...
Sans moufter, je partis me servir et une fois mon plateau garni en conséquence, je rejoignis Alice après un petit geste d'excuse pour Angela à ma table habituelle. On n'avait pas signé de pacte depuis Lundi, déclarant solennellement que désormais, je mangerais à sa table toute l'année, mais je me sentais tout de même tenue à ce minimum de politesse. Ce que je n'avais pas prévu, c'était l'ambiance de nouveau tendue, une fois à table avec Alice. Elle ne mangeait pas, ne parlait pas et jouait avec la nourriture comme pour se donner de la contenance et ce, pendant un temps qui me parut une éternité.
- J'ai un aveu à te faire... » Finit-elle par lâcher, dans un murmure.
- Ah ? » Fut tout ce que je trouvais à répondre. Autant pour mon éloquence naturelle.
- Tu vois mon frère, Edward ? Non, pitié, ne te retourne pas ! » ajouta t-elle alors que j'étais sur le point, justement de le faire. « Tu l'intrigues...et pas seulement parce que tu es la petite nouvelle du lycée. Du coup, comme on a un cours en commun et qu'on se connaît déjà un peu, je voulais disons... tâter le terrain ? »
- Wahou. Bon, au moins, ça a le mérite d'être direct. » Répondis-je du tac au tac, un peu gênée par la tournure de la conversation.
- Oui, je sais. Désolée. Je ne voulais pas tourner autour du pot et laisser traîner les choses en longueur pour ne finalement pas en parler... »
-Je comprends. Ne t'excuse pas. Juste, je ne sais pas exactement ce que je suis supposée répondre à ça. »
- Hmmm. Je pense que tu t'en es aperçu mais on fait beaucoup bande à part. On change régulièrement d'adresse pour le travail de Carlisle, notre père. Aussi, on ne prend pas vraiment la peine de se lier à qui que ce soit. On intimide un peu aussi je crois. Bref, je tâtais déjà un peu le terrain rien que te demandant si tu voulais bien déjeuner avec moi... et tu es là. Donc pour mettre les deux pieds dans le plat : si je te propose un déjeuner, tout aussi informel, avec mon frangin, tu dirais plutôt oui ou tu t'enfuis en courant ? » Elle avait réussi à me débiter sa tirade d'une seule traite et à dédramatiser assez son propos pour arriver à m'en faire rire, ce qui n'était pas une mince affaire.
- Et bien... J'ai accepté ce déjeuner parce que c'est toi. J'ai envie de faire connaissance avec toi depuis notre premier cours mais courageuse comme je suis... enfin bref, c'est malpoli de répondre à une question par une autre question et prétentieux de ma part de te demander si on peut être amie et continuer de se parler indépendamment de ton frère mais... » je perdais les pédales et le fil de mon discours lorsque la main d'Alice, une main glacée, vint prendre la mienne dans un geste qui pourtant se voulait chaleureux.
Je fus choquée par la froideur de sa peau. Assez pour retirer ma main par réflexe mais je n'en fis rien. Son regard avait capté le mien et quand bien même je n'eus pas été tétanisée sous son intensité que je n'aurais jamais retirée ma main de la sienne, sachant très bien combien ce geste l'aurait blessée.
- Stop. Temps mort. Tu viens sérieusement de dire que tu aimerais que l'on soit amie, toutes les deux ? » Aucun sarcasme dans sa voix, juste de la gêne, de la vulnérabilité et aussi, une lueur d'espoir. À quel point restaient-ils entre eux de leur propre volonté, se sentait-elle exclue, mise à l'écart ? Avait-elle, elle aussi, désespérément envie d'une amitié vraie, sincère et profonde ?
- Oui. Je pensais chaque mot. J'ai répondu oui ce matin en pensant que tu voulais me prendre à part sur mon comportement. J'ai espéré en te voyant sourire qu'on pourrait être plus que des voisines de cours, faire connaissance, se parler et tisser une amitié si le courant passe, comme je l'espérais. » Ma voix s'était cassée, était devenue un murmure pour finalement s'éteindre. Je n'avais plus les mots et de toute façon, j'étais certaine de souffrir d'une extinction de voix sous le coup de l'émotion. Et j'avais pleuré d'émotion dans le processus... bref, j'étais pathétique.
Ces yeux à elle était écarquillés, prétentieusement oserais-je, émus (?) quoi que parfaitement sec. Ma main toujours dans la sienne me faisait maintenant souffrir, sous la morsure du froid mais aussi parce que la pression de sa main avait augmenté et que j'avais peur qu'elle ne me transforme en glace pilée même si je n'étais toujours pas résolue à retirer ma main de la sienne. Des mots franchirent ses lèvres mais ils furent prononcés trop bas pour que je les entende. Où alors j'avais été frappée de mutisme ET de surdité...
« Pardon ? » réussis-je cependant à dire, en partie rassurée...
- Oui ! C'est oui ! Oui, on peut être amie quoique tu me répondes et même si le courant ne passe pas avec Edward. On est frère et sœur mais on est pas marié et je ne cesserais pas de te parler à cause d'Edward si ça se passe mal. Donc... amies ? »
En voyant mon visage, partagé entre un franc sourire et une grimace douloureuse, elle compris mon malaise, relâcha ma main et ma main libre et valide vint alors instinctivement s'en emparer... la masser et la réchauffer bien que la douleur n'en soit que plus intense. Cela faisait mal mais cela faisait du bien en même temps. C'est avec soulagement et un sentiment de joie totale que je répliquais « Amies » tout sourire, sous son air mi-amusée, mi-désolée.
- Tu es froide.. .et tu ne connais pas ta force ! » dis-je, en riant dans ma douleur. Montrant que je ne lui en voulais pas.
Elle s'excusa très sincèrement et nous rîmes un bon moment, changeant de sujet, diminuant la tension entre nous, le coté mélo de notre déclaration d'amitié et nous découvrant vraiment l'une l'autre pour la première fois. C'était incroyable, merveilleux et peut-être l'un des moments les plus joyeux et euphoriques de ma courte existence, rien que ça.
Elle finit, en prenant des gants et sans me mettre la pression, par me redemander si c'était okay pour Edward et je lui répondis que je serais d'accord pour un déjeuner. Je fis aussi l'acquisition du numéro personnel d'Alice mais ne put lui rendre la pareille, je n'en avais pas. Je lui donnais celui de la maison et après un haussement de sourcil, elle finit par déclarer qu'il ne serait jamais trop tard pour faire un tour à Port Angeles et acheter un téléphone cellulaire...
Cela ramenait finalement au fait que pour avoir un téléphone portable, il fallait de l'argent, de même que pour faire le plein de ma toute nouvelle voiture... ce qui appelait fatalement à la recherche d'un petit boulot. Et au fait que je ne m'étais pas encore bougée pour en chercher un. Et je découvris une nouvelle facette de mon amie, apparemment bien renseignée et capable de me fournir, du tac au tac, plusieurs enseignes de la ville ayant justement un poste à pourvoir.
Le déjeuner fila à une telle vitesse que je restai sur ma faim mais heureuse. L'après-midi passa également à une vitesse affolante de même que mon vendredi. Et finalement, je me retrouvai le samedi, à tenter de faire le bilan de ma semaine et tenter de trouver quoi en dire à Renée qui me harcelait de mail depuis Lundi de sorte qu'il me fallut une heure entière rien que pour tous les lire.
J'avais une meilleure amie, un travail à « chez Newton » dont la famille Cullen comptait justement, comme par hasard, parmi les meilleurs clients. Et un rendez-vous à déjeuner avec Edward prévu pour Lundi midi. Je ne savais pas trop quoi en penser d'ailleurs. Je ne savais rien de lui et c'était flippant, mais je pouvais en dire autant d'Alice et moi avant que notre relation évolue ce jeudi pour mon plus grand bonheur.
Le week-end passa très vite. J'avais hâte d'être à Lundi pour annoncer à Alice que j'avais finalement un petit boulot. J'aurais pu l'appeler sur son portable mais étrangement, je n'osais pas, quand bien même je mourrais d'envie de lui parler et de rester des heures suspendues au téléphone : au final, ce serait Charlie et non moi qui payerait la facture le cas échéant et mes relations avec mon père s'en ressentiraient d'autant plus mal.
oOoOo
Mon lundi matin fut une calamité : la neige, le froid, l'humidité. Aujourd'hui la météo était contre moi, les cours aussi avec une interro surprise en maths. Je ne m'en étais pas trop mal sortie mais par principe, rien ne pouvait mieux plomber mon humeur qu'un contrôle de maths. Le déjeuner arriva à grand pas et j'appréhendais d'avoir accepté ce déjeuner avec Edward. À la table des Cullen, il n'y avait que Rosalie et Emmet, Edward n'était pas là, Alice non plus.
Elle n'était à aucune table et semblait avoir décidé de sécher le déjeuner. Pour Edward, je n'en avais cure. Je m'installai à la même table que jeudi avec Alice et commençai à lire. Au programme, la poésie de Lord Byron et l'influence de celui-ci sur la prose des sœurs Brontë. Tout un programme, ridiculement simpliste au demeurant, mais qui avait le mérite de m'occuper l'esprit et me permettrait d'aller chercher un haut classement dès le premier contrôle... lorsque se déciderait à en faire un.
J'entendis très nettement le raclement d'une chaise en face de moi mais décidai de ne pas lever la tête avant que la personne ne se soit annoncée, pour ne pas me trahir. Si c'était Alice, je risquerais de faire preuve d'un enthousiasme disproportionné après une matinée pareille. Si c'était Edward, je risquais de lui montrer trop clairement ma déception et lui faire comprendre d'entrée de jeu qu'il n'était pas le bienvenu.
Ce qui était impoli et mal venu puisqu'il n'était en rien responsable de la neige, du contrôle de maths, de ma déception de ne pas encore avoir vu Alice et encore moins du petit nuage noir qui planait au dessus de ma tête.
- Bonjour » Dit une voix harmonieuse, mais définitivement pas celle d'Alice. Je me renfrognais un instant avant de me ressaisir et de composer mon sourire le plus accueillant avant de relever la tête vers mon interlocuteur. « Nous n'avons pas été présentés. Edward Cullen, mais tu peux m'appeler juste Edward. Et toi, Isabella ou juste Bella ? »
Une fois n'est pas coutume, j'avais envie de lui répondre de m'appeler par mon nom complet, Isabella Marie Swan, juste histoire de le mettre sur le cul et lui faire ravaler son trop plein d'assurance. Mais c'était vache et au fond, la simple mention d'Isabella me donnait de l'urticaire et que Charlie l'employa dans mon doigt me hérissait le poil.
- Juste Bella » répondis-je donc, laconique. Je n'avais pas lâché mon bouquin, ni touché à mon plateau repas. Durant un moment, il ne dit rien et ne mangea pas non plus. Il semblait passablement curieux et en même temps gêné ce que se traduisit par sa posture : tournée vers moi, mais positionnée aussi loin que le permettait la conformation de la table et de nos deux chaises, face à face.
- Premier jour de neige sur Forks, finit-il par dire, avec enthousiasme puis avec une nuance réelle d'intérêt face à mon indifférence. La neige : Tu aimes ou pas ?
- Pas vraiment » répondis-je, toujours aussi laconique et distante. Je ne pris même pas la peine de lever le nez pour lui répondre.
- Tu n'aimes pas le froid » constata-t-il.
- Ni l'humidité » renchéris-je, de bon cœur cette fois.
- Tu dois difficilement supporter Forks » c'était une assertion, pas une question. Et pour une fois, je relevai franchement la tête pour l'étudier.
- Hormis ta sœur, tu es le seul qui semble l'avoir remarqué »
Il semblait à la fois fasciné que je lui confirme les faits, de but en blanc mais en même temps, déçu de ne pas être le seul et unique à l'avoir remarqué. Désolée Edward, mais Alice était en avance de quatre jours...
- Pourquoi es-tu venue t'installer ici alors ? » Là, je devais reconnaître que même Alice n'avait pas osé la question. Sans doute avait-elle sentit que c'était un sujet sensible. Cependant, la question était posée avec une telle curiosité, une telle innocence que je répondis du tac au tac.
- Ma mère s'est remariée.
- Et tu as un problème avec ton beau-père ?
- Non, il est adorable, un peu jeune pour Renée mais adorable.
- Okay. Alors où se situe le problème ?
- Je faisais obstacle à leur relation.
- Et donc ta mère s'est... euh... débarrassée de toi ?
- Non, c'est moi qui suis partie.
- Excuse ma curiosité, mais je ne saisis pas et je suis très curieux.
Oui, exagérément curieux, mais je ne le lui dis pas.
- Phil voyage beaucoup, pour le travail. Ma mère était contrainte de rester, pour moi et elle était malheureuse. Du coup, j'ai décidé qu'il était temps de venir vivre avec Charlie.
- Et maintenant c'est toi qui es malheureuse. »
Un ange passa. C'était une assertion mais il avait tort. Pourtant, sans Alice, je lui aurais donné raison. Alice était mon rayon de soleil dans cette région déprimante. Je vibrais littéralement pour elle. J'étais heureuse quand elle était là, triste et renfrognée quand je ne la trouvais nul part. C'était à la fois simple... et tellement plus compliqué. En tout cas, je n'étais pas malheureuse. Je n'étais plus malheureuse. Pas vraiment.
Je rougis violemment à cette pensée et préparai mentalement une réponse adéquate lorsque je réalisais que c'était parfaitement inutile. La chaise où se tenait Edward quelque seconde plutôt était vide et il n'était nul part où que puisse porter mon regard. Alice non plus : elle était toujours aux abonnés absents. Pour en revenir à Edward, je ne savais pas quand je m'étais suffisamment abîmée dans mes pensées pour qu'il se sauve sans que je le remarque mais apparemment, ce laps de temps, aussi court fut-il, avait suffi à lui faire prendre la fuite.
Regardant l'heure, j'eus la confirmation que je n'étais pas folle et que mon « absence » n'avait pas pu durer plus d'une ou deux secondes... et qu'il me restait encore une quarante minutes pour manger et me rendre en cours avant la dernière sonnerie. Finalement, ce déjeuner à deux avait été court, lapidaire et m'avait laissé énervée contre Edward qui était parti sans mot dire après m'avoir balancé ses préjugés en pleine face.
Se croyait-il tout permis pour demander rendez-vous à quelqu'un, se comporter ainsi et se sauver ensuite comme un voleur ? Bon, d'accord, j'étais d'humeur exécrable aujourd'hui et ça avait dû déteindre sur notre conversation mais tout de même... Je passais mon humeur sur la nourriture, le plus lentement et calmement possible : ce n'était pas le bon jour pour finir avec un mal de ventre par dessus le marché faute d'avoir mangé à une vitesse normale.
oOoOo
Lorsque j'arrivai en Littérature avancée, Alice était là, à m'attendre tout sourire, me suivant des yeux tout du long jusqu'à ce que je m'installe.
- Salut Bella ! Alors, ça s'est bien passé ce déjeuner ?
-Tu connaîtrais déjà la réponse si tu avais été là ce midi... d'ailleurs, pourquoi venir déjeuner chaque midi puisque tu ne touches jamais à ton plateau ?
- Comment tu sais ça ?
- Je t'ai cherché partout et sans vouloir passer pour une stalker*, j'ai remarqué la semaine passée que ton plateau repas demeurait toujours intact.
- Et tu penses que j'ai un trouble de l'alimentation, n'est ce pas ?
- Non, enfin oui. Mais ça ne se voulait pas blessant. Je sous-entendais juste que je m'attendais à te voir ce midi, que tu manges ou pas et tu n'étais nulle part... Désolée, je me sens nulle. Je suis comme ça depuis ce matin. »
Je me sentais étrangement bouleversée d'avoir pu ne serait-ce qu'insulter mon amie par omission, sous le coup d'une saute d'humeur. J'étais honteuse, confuse. Je devais être rouge pivoine et je tremblais à la limite de sangloter sur place. Belle réaction Bella, tu vas définitivement te faire aimer après ça !
Contre toute attente, elle posa ses mains sur les miennes puis sur mes joues en geste d'apaisement. Ces paroles étaient douce et apaisaient les tensions de toute une journée. Elle ne m'en voulait pas, elle en avait entendu d'autres, souvent bien pires et dans son dos. Sous entendre une anorexie ou une boulimie à cause de son apparence et par rapport à son teint de porcelaine était une explication plausible et un raccourci facile.
Et le cours commençant, nous reprîmes la conversation où nous l'avions laissée par échange de papier interposée. Je n'avais jamais fait ça de ma vie et je me sentais de nouveau comme une adolescente pré-pubère expérimentant ses premiers interdits. C'était excitant, c'était passionnant et j'avais vraiment besoin de discuter avec Alice pour faire le point.
- J'en déduis que ça s'est mal passé avec mon frère ? » finit-elle par m'écrire lorsqu'elle osa aborder de nouveau le sujet.
- Il est très curieux. Mais surtout, il m'a planté au milieu de la conversation sans un mot ni explication. » Lui répondis-je.
- Donc tu lui en veux ?
- Non mais il peut se gratter s'il vient me demander un nouveau déjeuner avant de s'être excusé au préalable.
- Je comprends. Ce n'est probablement pas contre toi.
- C'est quoi son problème, exactement ?
- Je ne peux pas t'en parler, c'est personnel.
- Okay. »
Puis le sujet fut clos, aussi simplement que ça. Et nous continuâmes à échanger ainsi jusqu'à la fin du cours, en prenant tout de même soin pour ma part de noter assidûment le cours. Ça ne semblait pas être un problème pour Alice qui était visiblement calée en matière de multi-tâche mais je devais admettre que je ne tenais pas la comparaison. Je ne voulais pas d'une amitié « needy » à dépendre de ses notes pour suivre le cours... donc je m'accrochais... et on se parlait un peu moins.
Note de bas de page :
*Stalker : harceleur au sens de personne qui vous suit partout, vous surveille de loin, vous regarde quand vous avez le dos tourné. Bref, flippant. Un mot que j'aime utiliser et qui n'a pas d'équivalent français sans faire de périphrase à rallonge. J'utilise plein de petits mots comme ça, je ne fais pas attention, des fois et je m'en excuse par avance.
Réponses aux reviews de la semaine :
shiznagisa : Juste merci pour l'encouragement. Une fan de strawberry panic !? Ce n'est pas mon yuri préféré mais j'aime beaucoup. Voilà le chapitre suivant. J'espère qu'il sera à la hauteur de tes attentes.
FabPezBerry78 : Thanks for the review. You read english, spanish and french stories...It's so pretty cool ! Presently, I read english stories too to improve my english. But my english is the worst. (You have so many favorite stories that I give up to see all of them...) See you !
L.I.E : C'est pas la première fois que je vois ce pseudo mais j'arrive pas à me souvenir d'où...En tout cas, merci pour la review.
Yep ! Ma bella est une fille qui réfléchit trop. Le livre originale la décrit comme mature, mais je ne trouve pas que ça se reflète assez. Ici, pas besoin de vous décrire les paysages et de vous infligez des détails que vous connaissez déjà. Donc Bella réfléchit, beaucoup, beaucoup trop.
Les fautes m'affligent, je sais...par contre est-ce que tu peux développer le problème des points de vue ? J'essaye de me caller au livre et donc de respecter le point de vue interne de la première personne. Je préfère pour ma part écrire au point du vue interne de la troisième personne que je trouve moins agressive. Je me suis trompée quelque part ?
Evilys : Last but not least ! Merci pour ta review.
Je suis récemment tomber amoureuse des Alice/Bella et il n'y en a jamais assez. Si tu veux une histoire qui suit le même schéma que le mien, il y a Forever à lire en anglais car le traducteur français à abandonner en cours de route. Cette fiction est géniale et j'ai adoré la lire. Mais autant j'ai aimé, autant j'avais envie d'écrire ma propre version d'un Alice/Bella from the beginning. Donc voilà, si ça te tente, son histoire t'emmenera très très loin, avec un Edward très maléfique que l'on adore détester. Moi, je voulais moins écrire une aventure qu'une romance, donc mes méchants...ne sont pas à la hauteur ^^
Un grand merci à Evilys qui vous permet de lire cette histoire avec un minimum de fautes !
Je suis toujours partante pour une deuxième correction. On ne va jamais assez loin dans le perfectionnisme. Evilys fait déjà du super boulot. Il reste un poste de libre pour les courageux et courageuse. ;)
Bon, je me sauve. Période d'exam. Snif, snif. À la semaine prochaine pour le chapitre suivant !
